03.11.2008

Noir c'est noir

51ZK2RBXCKL__SL500_AA240_.jpg Sara Linton est pédiatre et médecin légiste (deux activités qui ne sont manifestement pas incompatibles) dans une petite ville d'Alabama. Un soir, à la patinoire où tous les ados et tous les couples de la ville se donnent rendez-vous, elle assiste à un drame : Jenny, une ado de 13 ans, menace résolument de tuer Mark, 16 ans. Après avoir tenté de la raisonner et dans l'incapacité de l'arrêter, Jeffrey Tolliver, chef de la police (et accessoirement ex-mari de Sara) est obligé de l'abattre. Sous le coup d'une immense culpabilité, Jeffrey met les bouchées doubles pour découvrir le pourquoi de cette scène de cauchemar : il n'est pas au bout des ses terribles surprises...


Figurez-vous, chers happy few, que parce que ma PAL est minuscule, il m'arrive de la nourrir grâce aux copines : partie dîner en toute innocence chez une amie LCA non déclarée (et donc encore plus dangereuse), je suis rentrée avec pas moins de 5 volumes (si on ajoute les 4 romans rapportés du Club des Théières de dimanche, on obtient une petite pile supplémentaire, très décorative, et qui a spontanément trouvé sa place parmi les autres... il faut dire qu'il n'y a pas plus accueillante qu'une pile de livres). Donc, disais-je, je plaide totalement non coupable : j'ai rapporté et lu ce roman à l'insu de mon plein gré. Il fallait que cela fut dit.

Bref. Alors autant prévenir tout de suite les âmes sensibles que sont certains d'entre vous : l'intrigue concotée par Karin Slaughter la bien nommée (si c'est son vrai nom, ça n'a pas dû être facile tous les jours, si c'est un pseudo, elle a manifestement le sens de l'humour) est sordide à souhait. En effet, l'enquête conjointe de Jeff et de Sara (qui avait soigné Jenny à plusieurs reprises et qui ne comprend pas ce qui a pu lui échapper) s'oriente vite vers les horizons terrifiants, que je peux vous dévoiler puisque on s'en doute très vite, de la pédophilie organisée. Voilà donc nos deux héros plongés dans des abysses de glauquitude parfois éprouvants pour le lecteur. Construit d'abord comme une enquête classique, Au fil du rasoir prend assez rapidement la forme d'un thriller, où la police, aidée du FBI, tente de mettre fin à la cavale des suspects et de sauver les enfants qui peuvent l'être. Cette histoire déjà terrible en elle-même est décuplée par les souvenirs de l'agent Lena Adams, enlevée, martyrisée par un tueur en série et finalement sauvée quatre mois auparavant et qui a beaucoup de mal à retrouver une vie normale et à faire correctement son boulot de flic. Vous l'aurez compris, chers happy few, rien ne vient soulager la tension qui parcourt ce roman, pas même l'histoire d'amour recommencée entre Sara et Jeffrey, qui sonne comme le rapprochement désespéré de deux âmes traumatisées. C'est diablement efficace, mais c'est aussi diablement noir.

Karin Slaughter, Au fil du rasoir (Kisscut), Le livre de Poche (traduit de l'américain par Paul Thoreau), 442 pages