17.03.2010

Bonheur à vous!

felicidad.jpgPour tous les Citoyens de Grande Europe, le bonheur est un droit et un devoir. Il est le garant d'uns société harmonieuse et policée. A la demande du ministre de la Sûreté intérieure, le lieutenant Alexis Deckcked enquête sur une affaire de la plus haute importance. Des parumains, conçus pour servir les humains, se sont révoltés et se sont enfuis dans les enclaves de Felicidad et le ministre du Bonheur obligatoire, Claude Buisson a été assassiné. Deckckerd, le flic de génie, se lance dans une enquête qui se révèle vite être plus complexe que ce qu'il croit...

 

Comme les amateurs de science-fiction l'auront peut-être deviné en voyant le terme de parumain et le nom de Deckcked, Felicidad est un hommage à Blade Runner, lui-même adapté des Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick, et le moins que l'on puisse dire, chers happy few, c'est que l'hommage est réussi. Menée tambour battant, l'intrigue reprend l'idée centrale de Blade runner : les parumains, qui sont l'aboutissement ultime de la révolution génétique (la génévolution) sont, malgré leur apparence humaine, des produits de laboratoire ultra performants dont on a inhibé les hormones et qui restent ainsi sous contrôle, ne pouvant éprouver que les émotions pour lesquelles ils sont programmés. Mais un jour, certains se retrouvent libérés de leurs inhibiteurs et de leurs bracelets traceurs : ces êtres parfaits et dangereux (les premiers à être libérés ont été conçus comme de fabuleuses machines de guerre) sont lâchés en pleine nature et semblent menacer le pouvoir en place. Construit comme un polar très efficace, Felicidad est une excellente réflexion sur la manipulation génétique, qui est tellement facile que l'on peut futilement modifier son apparence pour quelques heures seulement en sacrifiant à la dictature de l'apparence sans réfléchir un seul instant aux conséquences que cela entraîne ; l'humanité et le libre arbitre (qu'est-ce qui rend humain ? peut-on manipuler la conscience de ceux que l'on a créés ? est-il humain de créer une race d'esclaves sans pensée propre ?) et sur le pouvoir (la dictature se justifie-t-elle au nom du bien collectif ? une société qui cloisonne et ghettoïse les individus qui la composent est-elle viable ? la passivité entraîne-t-elle l'autoritarisme ?), dans laquelle on appréciera le style efficace et les allusions à Philip K. Dick. Jean Molla est décidément un auteur de talent, chers happy few.

 

Jean Molla, Felicidad, Gallimard, Scripto, 301 pages, 2005

 

Les billets de Chiffonnette, Isil et SBM.

 

 

Et parce qu'on ne peut pas vivre sans Lui :

 

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Do androids dream of electric sheeps ? de Philip K. Dick.

 

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Blade runner, donc en bon Français de France, parce que depuis quelques années la traduction porte le nom du film, certainement pour être plus facilement identifiable par l'acheteur potentiel (oui, ce genre de pratiques me hérisse, d'autant que le titre original est un des meilleurs titres de roman, ever).

 

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Et LE film, donc, pour moi le meilleur de Ridley Scott, dont toutes les versions sont présentes dans ce coffret, que je chéris, croyez-moi.

 

 

 

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Harrison Ford le sublimissime dans le rôle de Deckard.
Juste pour le plaisir.

18.11.2008

Un secret

417E521KX3L__SL500_AA240_.jpg Emma a 17 ans. Elle est gravement anorexique au point qu'elle a déjà été hospitalisée. Ses parents, dépassés, ne lui parlent pas, ne lui demandent rien, font comme si de rien n'était. Emma souffre, Emma se désincarne, étrangère à son propre corps, car Emma a découvert quelque chose, un secret, un mensonge monstrueux sur lequel repose l'histoire de sa famille...


Il est des romans, chers happy few, que vous prenez en pleine figure, violemment. Sobibor est de cette trempe-là. Avec une économie de moyens incroyable, dans un récit extrêmement dense, Jean Molla retrace le chemin de croix de cette adolescente qui tombe en anorexie comme pour expier les fautes de ses ascendants, sans savoir qu'elle exprime ainsi un remords familial à la place de ceux qui auraient dû le faire. Il m'est difficile d'en dévoiler plus sur l'intrigue sous peine d'en dévoiler trop (et pour une fois la quatrième de couverture est très brève et ne dit rien, c'est un miracle), mais je peux vous dire que l'histoire que découvre Emma dans le vieux cahier caché sous les vêtements de sa grand-mère est terrible et insoutenable, à tel point que je ne suis pas arrivée à en anticiper une partie, comme si je me refusais à croire que ce que je pouvais deviner était juste. La souffrance de cette adolescente confrontée au pire est d'autant plus opressante que nul ne semble lui accorder l'importance qu'elle mérite, et notamment ses parents qui sont tellement maladroits qu'ils en paraissent indifférents (son père est pourtant médecin, on pourrait croire qu'il sait faire face à l'anorexie, mais il semble empêtré dans ses sentiments). La grande réussite de ce roman, outre son utilisation très intéressante de la psycho-généalogie, est sa sensibilité et son refus de toute généralisation : la situation d'Emma est présentée et vécue comme une situation unique et particulière, ce qui la rend d'autant plus tragique. Un roman bouleversant, à lire absolument.

Jean Molla, Sobibor, Gallimard, scripto, 189 pages

Les billets de Solenn et Joelle

PS : il s'agit d'un livre Lotobook : merci Païkanne!