25.04.2011

"Notre devise : infantilisation de la populace, principe de précaution et couches-culottes."

Dans la sélection du prix des lecteurs de L'Express du mois d'avril, chers happy few, il y avait un roman raté (Charlotte Isabel Hansen de Tore Renberg), un roman qui m'a étrangement plu par sa façon de résonner en moi (une lecture personnelle, donc, comme ça m'arrive finalement peu) (le roman en question est Colères de Lionel Duroy, un auteur que je vais certainement lire de nouveau), un roman au traitement surprenant (L'Homme à la carabine de Patrick Pécherot) et un récit (faute de meilleur terme) qui m'a emballée :

écologie.jpg

 

L'écologie en bas de chez moi de Iegor Gran.

 

 

 

En 2009, à l'occasion de la diffusion surmédiatisée de Home, le film de Yann Arthus-Bertrand, Iegor Gran demande à Libération de lui donner une tribune afin d'exprimer son ras-le-bol face à l'écologisme béat et obligatoire dont le citoyen lambda doit se faire le défenseur sous peine de passer pour un irresponsable sans cerveau et, certainement pire, sans coeur. Cet article, "Home ou l'opportunisme vu du ciel", publié le 4 juin 2009, marque pour l'écrivain le début d'une réflexion contre la bien-pensance toute-puissante.

Documenté, de mauvaise foi, drôlatique et fort bien écrit, L'écologie en bas de chez moi est un pavé dans la mare en ces temps où "recyclage" et "développement durable" sont devenus les deux mamelles d'une citoyenneté éclairée (aux ampoules à basse consommation, évidemment). Sans contester (quoi que) le réchauffement climatique et ses conséquences, Iegor Gran s'insurge contre les aberrations (comme par exemple les ampoules au mercure) (je prends cet exemple parmi tant d'autres parce que c'est une de mes colères personnelles depuis longtemps), les approximations, les idées reçues assénées de manière d'autant plus péremptoires qu'elles sont étayées sur pas grand-chose et l'opportunisme de certains, au premier rang desquels Yann-Dieu comme il l'appelle, habilement reconverti de photographe du Dakar en défenseur de la planète ("Les voies de gazole sont décidément impénétrables" comme le fait remarquer Iegor Gran.)

Construit comme un roman mené tambour battant, bourré de notes de bas de page aussi hilarantes qu'instructives, L'écologie en bas de chez moi est un pamphlet provocateur sur le fascisme rampant dont le citoyen français est devenu l'objet en matière d'écologie, un ouvrage dont la lecture, en ces temps où le politiquement correct a été érigé au rang de vertu ultime et absolue et où la pensée unique s'est répandue comme une traînée de CO2, est non seulement indispensable mais salutaire, ne serait-ce que parce que Iegor Gran manie comme personne l'arme absolue de tous les trouble-fêtes et empêcheurs de penser en rond de tous bords : un humour ravageur. A lire absolument, chers happy few, quelle que soit votre façon de trier vos poubelles.

Iegor Gran, L'écologie en bas de chez moi, P.O.L, 189 pages, 2011