09.03.2009

Mais nous avons continué à vivre, vivant ou vivant à demi

laure.jpg Dans les années 50, un petit village misérable enclavé dans les montagnes de la Drôme. Marlène, qui s'imaginait starlette mais qui s'est retrouvée fermière parce qu'elle est tombée enceinte des oeuvres d'un garçon du village, met au monde une grande prématurée de 750 grammes. Contre toute attente, le bébé, baptisé Laure, survit grâce à l'acharnement de sa grand-mère. Pour cette enfant haïe par une mère qui la rend responsable de ses malheurs, une vie difficile s'annonce...


J'avais vaguement entendu parler de Pierre Magnan quand j'ai vu La maison assassinée il y a très longtemps (je vous parle assurément d'un temps, chers happy few, que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, un temps où la seule mention du nom de Patriiiick faisait se pâmer les jeunes filles et déplacer des hordes d'ados vers le cinéma le plus proche, que voulez-vous, il faut bien que jeunesse se passe) mais je n'avais jamais lu un seul de ses romans. Or, il se trouve que Laure du bout du monde est le maillon n°2 de la Chaîne des Livres organisée par Ys, il a été choisi par Hathaway dont c'est l'un des coups de coeur et Stephie, première à le lire dans la Chaîne a été enthousiasmée par l'histoire assez terrible de cette petite fille têtue et courageuse qui tente de faire en sorte que sa vie ne soit pas semblable à celle de cette mère qui la déteste.

C'est un faux roman de terroir, qui en reprend certains ingrédients : une nature omniprésente, sublime mais inhospitalière, une famille qui se définit par rapport aux grands-parents, autoritaires chacun à leur manière, une héroïne différente qui paye cette différence tous les jours, l'arrivée de la modernité dans cette vie rude et dure... On ne peut pas ne pas s'attacher à cette petite Laure, qui a pour armes une intelligence inattendue et un goût prononcé pour l'école mais certaines choses m'ont gênée. Au niveau de l'histoire, j'ai eu un peu de mal à croire que l'oisillon maigrelet se transforme d'un coup en plantureuse jeune fille qui excite la convoitise des mâles, j'ai eu l'impression que Magnan ne savait plus quoi inventer comme épreuves pour faire pleurer dans les chaumières, parce qu'on a évidemment droit, ô surprise, à plusieurs épisodes tournant autour de la tentative de viol, bon, une fois aurait suffi... Du coup, le récit acquiert une dimension démonstrative trop appuyée, genre, "ah les paysans sont rudes mais au fond certains ont un coeur et puis cette petite, quel courage quand même et voilà c'est la vie", typiquement le genre de récit qui m'ennuie. Du côté du style, ce n'est pas mal écrit, il y a une certaine fluidité dans la narration mais l'abus de patois en début de roman, qui disparaît après comme s'il faisait partie d'une espèce de "couleur locale" qu'il fallait asseoir lourdement pour donner de la crédibilité au récit, a failli me faire abandonner au bout de quelques pages (même si certains mots et expressions sont similaires à des expressions qu'on utilise dans le sud-ouest). Un roman qui se laisse lire, mais Magnan ne repassera pas par moi, chers happy few.


Pierre Magnan, Laure du bout du monde, Folio, 294 pages

PS : Selon le principe de la Chaîne, ce roman s'envole maintenant vers Yueyin.
PSbis : le titre de mon billet est emprunté l'exergue, un vers de T.S Eliot.

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05.03.2009

Le paysan et la princesse

Non, vous ne rêvez pas, chers happy few, me voici de retour après une panne de lecture qui a duré près de dix jours, ce qui est, hélas un triste record. La faute certainement au fameux Docteur qui nous a maraboutées, Karine et moi, je ne vois que ça pour expliquer de manière plausible et totalement crédible (qui ricane bêtement au fond de la salle ?) le désintérêt total qui s'est abattu en même temps sur nous à des milliers de kilomètres de distance, ce sentiment d'ennui total face aux pages imprimées que tout LCA qui se respecte éprouve de temps en temps, cette envie de jeter toute sa PAL par la fenêtre et de passer son temps affalé sur son canapé berlingot (une denrée rare mais qui existe, je vous le certifie) à soupirer et à gémir sur la cruauté du monde et l'absence de chocolat dans le placard (car évidemment dans ces cas-là, tout va de travers, c'est bien connu). Mais maintenant que me voilà sortie du marasme par la grâce conjuguée d'un roman de haute volée et d'un Beaumes de Venise extraordinaire (comment ça, aucun rapport ?), j'ai repris le cours normal de mes lectures.


lorna doone.jpg Somerset, Angleterre, deuxième moitié du XVIIème siècle. John Ridd, fils de fermier lettré (sa mère a insisté pour qu'il soit scolarisé le plus lontemps possible), a 14 ans quand il est contraint de prendre en charge sa mère et ses deux soeurs, Annie et Lizzie, après que son père a été assassiné par une bande de malfaiteurs bien organisés qui ont mis depuis longtemps le comté en coupe réglée : les Doone. Adolescent placide et fort comme un boeuf, lent mais finaud, il fait la rencontre d'une petite fille de 9 ans, Lorna, élevée par les brigands comme leur reine, enfermée dans la vallée dont elle n'a pas le droit de sortir. Entre la prisonnière belle comme un coeur et le jeune homme un peu rustre, c'est le coup de foudre. Ils se reverront quelques années plus tard, leurs sentiments sont inchangés et c'est le début pour John d'une série d'aventures...


Lorna Doone, considéré comme le chef-d'oeuvre de Richard D. Blackmore (il a été réédité 38 fois du vivant de l'auteur), a été publié pour la première fois en 1869. C'est donc un roman victorien (mais de ceux qui annoncent le romantisme), qui se déroule au XVIIème siècle dans une contrée reculée de l'Angleterre et en des temps troublés (la mort en 1685 de Charles II, protestant, donne lieu à la montée sur le trône de son frère, Jacques II, catholique) et que j'ai trouvé formidable. La narration est prise en charge par John Ridd, qui a un ton tout à fait délicieux, à mi-chemin entre fausse simplicité et ironie, et qui raconte a posteriori les événements de manière à la fois drôlatique et poétique. Sous sa plume défile toute une galerie de personnages hauts en couleur (l'oncle Ben, le colonel Strikles, la mère de John, Tom Faggus), de femmes délicieuses (Lorna, Ruth, Annie) et d'hommes détestables (Carver et Charlie Doone pour ne citer qu'eux). John Ridd réussit l'exploit d'être un pacifiste que la politique n'intéresse pas, uniquement attaché à sa terre et à la femme qu'il aime, et de se retrouver mêlé malgré lui à des complots et à des intrigues dont il réussit toujours à tirer le meilleur parti possible sans avoir l'air d'y toucher. Ce n'est pas le moindre intérêt de ce roman enlevé, qui accumule les rebondissements, les bagarres, les retournements de situation, les enlèvements et les révélations avec beaucoup de talent, le tout sur fond d'histoire anglaise (des notes en bas de page attestent la véracité de certains faits rapportés). Une véritable réussite.


Richard D. Blackmore, Lorna Doone, Phébus, libretto, traduit de l'anglais par Marie-Madeleine Fayet, 432 pages, (1869), réédition française de 2008

Le billet de Lilly (qui n'aime pas John Ridd, oh my, comment est-ce possible ?)

Merci à Cryssilda qui m'a envoyé ce roman dans le cadre du Swap Victorien!

PS : en farfouillant sur le net, j'ai découvert qu'il y avait (au moins) une adaptation par la télé anglaise, disponible en DVD. Je la veux! (surtout que les commentateurs sur notre ami à un sein louent la plastique de l'acteur qui incarne John Ridd) (je dis ça, je dis rien, comme d'habitude) (en même temps, on est jeudi, il est donc normal que ce billet dévie un peu vers cette belle science qu'est l'étymologie, science négligée ces derniers temps, mea culpa, chers happy few, mea culpa)