25.04.2011

"Notre devise : infantilisation de la populace, principe de précaution et couches-culottes."

Dans la sélection du prix des lecteurs de L'Express du mois d'avril, chers happy few, il y avait un roman raté (Charlotte Isabel Hansen de Tore Renberg), un roman qui m'a étrangement plu par sa façon de résonner en moi (une lecture personnelle, donc, comme ça m'arrive finalement peu) (le roman en question est Colères de Lionel Duroy, un auteur que je vais certainement lire de nouveau), un roman au traitement surprenant (L'Homme à la carabine de Patrick Pécherot) et un récit (faute de meilleur terme) qui m'a emballée :

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L'écologie en bas de chez moi de Iegor Gran.

 

 

 

En 2009, à l'occasion de la diffusion surmédiatisée de Home, le film de Yann Arthus-Bertrand, Iegor Gran demande à Libération de lui donner une tribune afin d'exprimer son ras-le-bol face à l'écologisme béat et obligatoire dont le citoyen lambda doit se faire le défenseur sous peine de passer pour un irresponsable sans cerveau et, certainement pire, sans coeur. Cet article, "Home ou l'opportunisme vu du ciel", publié le 4 juin 2009, marque pour l'écrivain le début d'une réflexion contre la bien-pensance toute-puissante.

Documenté, de mauvaise foi, drôlatique et fort bien écrit, L'écologie en bas de chez moi est un pavé dans la mare en ces temps où "recyclage" et "développement durable" sont devenus les deux mamelles d'une citoyenneté éclairée (aux ampoules à basse consommation, évidemment). Sans contester (quoi que) le réchauffement climatique et ses conséquences, Iegor Gran s'insurge contre les aberrations (comme par exemple les ampoules au mercure) (je prends cet exemple parmi tant d'autres parce que c'est une de mes colères personnelles depuis longtemps), les approximations, les idées reçues assénées de manière d'autant plus péremptoires qu'elles sont étayées sur pas grand-chose et l'opportunisme de certains, au premier rang desquels Yann-Dieu comme il l'appelle, habilement reconverti de photographe du Dakar en défenseur de la planète ("Les voies de gazole sont décidément impénétrables" comme le fait remarquer Iegor Gran.)

Construit comme un roman mené tambour battant, bourré de notes de bas de page aussi hilarantes qu'instructives, L'écologie en bas de chez moi est un pamphlet provocateur sur le fascisme rampant dont le citoyen français est devenu l'objet en matière d'écologie, un ouvrage dont la lecture, en ces temps où le politiquement correct a été érigé au rang de vertu ultime et absolue et où la pensée unique s'est répandue comme une traînée de CO2, est non seulement indispensable mais salutaire, ne serait-ce que parce que Iegor Gran manie comme personne l'arme absolue de tous les trouble-fêtes et empêcheurs de penser en rond de tous bords : un humour ravageur. A lire absolument, chers happy few, quelle que soit votre façon de trier vos poubelles.

Iegor Gran, L'écologie en bas de chez moi, P.O.L, 189 pages, 2011

16.03.2011

"Sur cette terre malmenée par le vent, même les pierres semblaient souffrir."

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Paolo est un petit garçon à l'âge incertain. Il vit avec ses parents dans une masure sur une terre aride et isolée de l'extrême sud du Chili. La vie est difficile sur ce lopin de terre rocailleuse mais Paolo, qui n'a connu qu'elle, vit sans se poser de questions au rythme des saisons et de la chasse aux serpents, sa grande occupation. Un jour, un étranger demande l'hospitalité pour la nuit. C'est Angel Allegria (le mal nommé) : "un truand, un escroc, un assassin". Il tue de sang-froid et sans raison les parents de Paolo mais ne peut se résoudre à assassiner le petit garçon, qui vit avec lui comme s'il était son père, sa mémoire comme effacée d'un coup par la vision de ses parents égorgés. La vie reprend son cours.

 

Les larmes de l'assassin est un roman graphique adapté du roman éponyme d'Anne-Laure Bondoux, que je n'ai pas lu, chers happy few (ben oui, ce genre de chose arrive même aux meilleurs, la preuve) ce qui m'a permis de découvrir cet album comme s'il était premier et j'ai été emballée par la noirceur poétique de cette histoire terrible, magnifiquement servie par de grandes vignettes sombres (Thierry Murat n'utilise que trois couleurs : le gris, le marron et le beige), à l'unisson de cet univers désertique et désolé et de la violence sourde d'Angel, qui s'humanise au contact de ce petit garçon au regard bouleversant qui développe avec le meutrier de ses parents une troublante relation père/fils. Un très bel album, élu BD-RTL du mois.

Thierry Murat, Les larmes de l'assassin, Futuropolis, 126 pages, 2011

Le roman d'Anne-Laure Bondoux a été publié en 2003 par Bayard jeunesse.  

21.12.2010

Top Ten Tuesday #5

Aujourd'hui, happy few enneigés (enfin, pour certains, car je sais que ce blog est lu de manière internationale, j'en profite d'ailleurs pour saluer le lecteur thaïlandais qui me rend visite tous les samedis vers midi (heure de Paris) et la lectrice néo-zélandaise qui lit surtout mes billets qui ne parlent pas de livres), nous avons repris le top du 24 août dernier, un petit Top Ten consacré aux livres de la honte : ceux que j'aurais dû lire depuis longtemps mais que pour une raison qui m'échappe totalement, je n'ai pas ouverts, parce que nul n'est parfait, hélas et que contrairement à ce que disait l'autre, je n'ai pas lu tous les livres (je n'ai même pas lu tous les livres de ma PAL, alors, pensez donc).

 

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1. Monadologie physique, exemple de l'usage de la métaphysique unie à la géométrie dans la science de la nature de Kant. Je suis aussi choquée que vous par mon manque flagrant de kulture kantienne, chers happy few, j'ai d'ailleurs prévu d'y remédier incessamment sous peu, une fois épuisée la bibliographie de Hegel.

2. Livre de messe des petits enfants de la Comtesse de Ségur. Déjà que sa prose me sort par les yeux, faudrait quand même pas pousser la lectrice païenne dans les bras de l'Eglise. J'ai bien conscience cela étant du terrible manque que cela occasionne dans ma kulture littéraire, je vais me flageller un peu et je reviens.

3. Les oeuvres complètes de Georgette Heyer, une romancière britannique née en 1902, qui a créé le genre du roman d'amour se déroulant sous la Régence Britannique (c'est une niche over précise, il fallait y penser). Les titres de cette romancière figurent tous dans toutes les listes anglo-saxonnes des meilleurs romans d'amour de tous les temps de toute la vie de toute la galaxie et je n'ai appris son existence que la semaine dernière. Inutile de préciser que ma légendaire rigueur scientifique va remédier rapidement à ce déplorable état de fait. La série Alistair (quel délicieux prénom) me paraît pleine de promesses.

4. Ulysses de Joyce. Je l'ai commencé, attention, n'allez pas croire que je ne sois pas une lectrice pleine d'abnégation et d'enthousiasme, hein. J'ai abandonné page 51. Deux fois.

5. Le rivage des Syrtes de Gracq. Mon Dieu, quel pensum. La page 122 a eu raison de moi trois fois. Je ne souhaite pas cette lecture à mon pire ennemi, c'est dire (enfin, maintenant que je l'écris, il y a bien un ou deux noms qui me viennent à l'esprit, là tout de suite maintenant et qui méritent pire lecture que Gracq mais point ne persiflerai).

6. Anges et démons de Dan Brown. Incroyable, je sais. Envoyez-moi un Marc Lévy pour me punir, c'est tout ce que je mérite.

7. Panégyrique sur le consulat de Probinus et d'Olybre de Claudien. La te-hon totale, là, quand même.

8. Les exploits d'un jeune Don Juan d'Apollinaire. C'est d'autant plus lamentable de ma part que j'ai lu la quasi totalité de sa bibliographie (c'est beau l'amour) y compris Les onze mille verges, mais pour une raison qui m'échappe to-ta-le-ment, pas celui-ci. Menottez-moi au montants du lit, je le vaux bien.

9. Que serais-je sans toi ? de Guillaume Musso. Il est temps de faire un aveu qui me coûte, chers happy few et qui va je le sens, m'attirer les foudres du comité de vérification de la culture des blogueuses : je n'ai jamais lu Musso. Jamais. Pas une ligne. Je mérite vraiment d'être pendue par les pouces pendant que Clovis Cornillac m'en fera la lecture.

10. Glee, the beginning, le roman prequel de la série. Mais j'ai une excuse Monsieur le Juge, il n'est sorti qu'en septembre et je dois d'abord lire le roman High School Musical que m'a offert ma coupine Caroline.

 

Elles participent cette semaine : Caroline, Karine, Stéphanie... Et vous ?

(Abeline, n'hésite pas à mettre ton Top dans les commentaires, comme d'hab' girl, grrrr.)

12.05.2010

"Je fus toute ma vie la victime de mes sens"

Si on m'avait dit il y a quelques mois que je regarderais en anglais non sous-titré une mini-mini série britannique de 3 épisodes consacrée à la vie de Casanova, le plus célèbre des libertins italiens, je me serais gaussée, chers happy few, car voilà bien un personnage qui n'avait jamais suscité le moindre intérêt chez moi. Mais comme je ne l'ai pas fait (car personne dans mon entourage n'a les pouvoirs de Cassandre, thank goodness), je peux donc vous parler en toute liberté de ma dernière découverte. (Oui, je sais, je fais vraiment ce que je veux dans ce salon, ça en devient limite désagréable, vous pouvez me punir en me faisant lire en boucle le dernier Musso, tiens.) (Mais ça c'est uniquement si vous êtes très en colère, hein, sinon un peu de Lévy suffira.)

 

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Casanova (Peter O'Toole) vit ses derniers jours, reclus dans la bibliothèque d'un château qui n'est pas le sien, au service d'un gentilhomme qui n'est jamais là, maltraité par les servantes et ignoré par les autres. Un soir, une jeune fille de bonne famille qui vient d'arriver au château, contrainte de vendre ses services comme servante suite à la mort de son père pourri de dettes, se rend dans sa chambre pour lui porter son repas. Elle le reconnaît pour avoir entendu son père en parler plusieurs fois et le vieil homme lui raconte alors sa version de sa vie...

 

Casanova est une série particulièrement réussie, chers happy few, certainement en raison de son parti-pris de départ : Russel T. Davies (oui, celui-là même, j'entends déjà certaines whoviennes se mettre à hausser un sourcil), qui a écrit le scénario, a décidé de faire fi de toute réalité historique pesante. Les décors sont réduits au minimum (et certains sont réutilisés dans des circonstances différentes, notamment la salle de bal), les costumes ne sont pas exactement ceux qu'ils devraient être et certaines saynètes sont très éloignées de la réalité historique (je pense notamment à la vision de la cour virevoltante de Louis XV, où les femmes portent la jupe au-dessus du genou et où Casanova est entraîné dans un tourbillon de danses où hommes et femmes l'encensent et tentent de le séduire avant que de le chasser, le tout en cinq minutes à peine). Davies s'est concentré sur la figure de Casanova pour en proposer un portrait personnel tout en s'appuyant sur certains faits décrits dans ses Mémoires : il en fait un homme joyeux, épicurien et léger, cultivé et talentueux (il a un don pour l'apprentissage ce qui fait de lui un musicien hors-pair, un homme qui parle six ou sept langues et qui est capable de se faire passer tour à tour pour un médecin ou un avocat avec autant de succès que s'il en était un), chanceux parce que doué d'une formidable capacité d'adaptation et d'improvisation, doté d'un délicieux talent de répartie, qui joue sa vie sans se soucier des conséquences (il quitte la France en catimini et en quatrième vitesse, ayant perdu toutes ses possessions au jeu, y compris... ses dents) et qui aime vraiment les femmes, qu'il séduit toutes sans distinction mais sans système (Casanova n'est définitivement pas un Dom Juan) . Davies s'est servi de quelques éléments biographiques (la prison, l'évasion, les voyages incessants, l'invention de la loterie et bien évidemment les nombreuses conquêtes) mais il se les est appropriés en les changeant de contexte, ce qui leur donne une autre signification. En effet, pour ajouter une dimension plus profonde à ce personnage déjà terriblement attachant, Davies lui invente un grand amour jamais consommé, celui pour Henriette, une très belle jeune femme née dans la misère et fiancée au duc de Gramani, espèce de bellâtre rigide, amour dont il fait la cause indirecte de l'emprisonnement de Giacomo dans la fameuse prison vénitienne, les Plombs, d'où il s'échappera au bout de quelque temps (Casanova fut le seul à jamais s'évader de cette prison) et de son éternelle cavale.

 

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Henriette et Giacomo, dans une très jolie scène à haut pouvoir soupirant.

 

Bourrée d'inventivité (les scènes muettes avec Henriette, les paroles de Casanova jeune qui se superposent à ce qu'écrit Casanova vieux, les scènes de bal, les scènes de Cour qui fonctionnent en miroir (notamment celles Louis XV et de George II), les jeux autour des portes qui s'ouvrent et se ferment, les remarques sur les langues et les accents alors que tout est en anglais, la relation entre Casanova et Roco, son valet) et d'humour (c'est extrêmement bien écrit et de nombreuses répliques sont délicieuses), excellemment interprétée (Peter O'Toole est touchant dans sa volonté de se raconter sans se justifier et David Tennant, qui incarne Casanova jeune est parfait de grâce séduisante, d'énergie et d'assurance, sans parler des personnages secondaires), Casanova est le portrait enlevé et enjoué d'un jeune homme aimé de la Fortune dans un monde en mutation (la dernière séquence à Naples en est parfaitement représentative). Très réussi.

 

Casanova, BBC, 2005, scénarisé par Russel T. Davies, avec Peter O'Toole, David Tennant, Rose Byrne, Rupert Penry-Jones... 3 épisodes de 60 mn chacun, zone 2 en import anglais uniquement, mais il semble épuisé (plus disponible sur amazon briton, ni sur le site de la BBC).

 

Merci infiniment Nataka, grâce à qui j'ai enfin pu voir cette série!

 

PS : j'ai regardé l'intégralité de cette série en anglais sans sous-titres (ce que je ne fais que depuis peu, depuis le début de la saison 5 de Doctor Who il y a 6 semaines pour être tout à fait précise). Grâce à la fabuleuse diction des acteurs britanniques j'ai tout suivi, ce qui veut dire que je suis prête pour les livres audio. Une marotte de plus se profile à l'horizon, chers happy few. On n'est pas rendu.

 

PS bis : comme une découverte n'arrive jamais seule, j'ai très envie de lire les Mémoires de Casanova, publiés sous le titre Histoire de ma vie. Et comme la LCA est toujours encouragée dans ses vices, Bouquins en propose l'intégrale en trois volumes. C'est pas ma faute, Monsieur le Juge. Evidemment.

03.12.2009

Interfacé

cable.jpgCowboy est un panzerboy : il livre des cargaisons de marchandises de contrebande aux mafieux de la zone libre, au nez et à la barbe des Orbitaux, qui gouvernent de très loin les habitants de la Terre. Sarah est une ancienne prostituée devenue tueuse à gages : elle a les nerfs câblés pour optimiser sa façon de combattre et porte dans sa gorge une arme mortelle, un cobra cybernétique. Le chemin de ces deux Glaiseux va se croiser : arriveront-ils à mettre fin aux rêves de toute-puissance des Orbitaux ? Vous ne le saurez que si vous vous câblez.

 

Je suis bien consciente que mon résumé en a déjà perdu plus d'un, chers happy few, et c'est une erreur que je vais tenter de rattraper avec brio (et avec mon clavier) (oups, désolée, je ne le ferai plus, my bad). C'est que voyez-vous, après des semaines de rentrée littéraire pour le moins mollassonne (en même temps, la rentrée littéraire est toujours aussi excitante qu'un bol d'ovomaltine, je ne sais pas pourquoi je m'obstine chaque année à penser que cette fois-ci peut-être elle aura, soyons fous, un goût de ricorée) et de lectures en demi-teinte, j'ai décidé de prendre la PAL par les cornes et de me tourner vers un de mes genres de prédilection, qui ne m'a pratiquement jamais déçue (certainement parce que j'y choisis mes titres avec discernement, en toute modestie parfaitement assumée évidemment), la S-F. Dans mon hénaurme PAL (70 titres rien qu'en SF/fantasy/fantastique), j'ai exhumé ce Câblé, premier volume de la tétralogie du même nom de Walter Jon Williams, dont j'avais lu le quatrième volet, Le souffle du cyclone, il y a de cela très longtemps, parce que parfois je suis désordonnée, chers happy few, c'est là mon moindre défaut.

 

Walter Jon Williams est un écrivain de SF relativement prolifique, très mal traduit chez nous, hélas (certaines de ses séries ont vu leur premier volume traduit et pas les autres), qui s'est essayé à de nombreux genres dont le cyberpunk, auquel cette série appartient. Comme je ne voudrais pas perdre les deux courageux et demi qui sont encore devant leur écran, j'en donne rapidement une définition simplifiée (car oui, croyez-moi, on peut en parler pendant des heures, surtout quand le serveur prépare de délicieux Cosmo, n'est-ce pas les filles ?) : il s'agit d'un courant de SF qui met en scène une personne évoluant marginalement dans une société ultra-technologique dominée par une autorité totalitaire, dans un monde plongé dans le chaos suite à un bouleversement technologique, économique et/ou politique. Dans Câblé, la Terre est plongée dans le chaos suite à une guerre contre les Orbitaux, qui ont facilement gagné et pris le pouvoir. Les Etats-Unis se retrouvent coupés en deux zones, une libre et une occupée (en gros, l'Ouest et l'Est) et les Terriens, victimes des prix prohibitifs pratiqués par les Orbitaux qui contrôlent absolument toutes les usines et toutes les industries agro-alimentaires,  se retrouvent bien malgré eux contraints d'avoir recours au marché noir, à la merci donc des plus véreux et des plus malins, qui trafiquent des denrées de première nécessité et des drogues en tous genres, car il n'y a pas de raison que l'humanité ait changé, même dans un futur lointain.

 

C'est dans ce monde tout sauf glamour, où règne la violence et où tout le monde vit en interface plus ou moins grande avec le monde virtuel que Cowboy évolue : ancien pilote de Delta, nostalgique du ciel, il subodore une entourloupe des Orbitaux et profite de ses incessants voyages en tant que convoyeur pour tenter de rassembler autour de lui d'autres panzerboys et de contrôler le marché noir. Cet homme idéaliste (si, si) croise le chemin de Sarah, personnage complexe et tourmenté qui n'a qu'un but : s'arracher elle et son frère, à ce monde de brutes et rejoindre les Orbitaux. Mais le prix du billet est tellement exorbitant qu'elle accepte une mission trop bien payée, mission qui la mettra à la merci des Orbitaux. Autour de ces deux personnages que tout sépare Walter Jon Williams bâtit une intrigue très solide à défaut d'être très originale (mais n'oublions pas que ce roman date de 1986, soit à peine deux ans après Neuromancien de Gibson, considéré comme fondateur du genre), et met en place de manière très habile un monde terrifiant, où les mesquineries humaines semblent décuplées par l'utilisation à outrance de la technologie (clonage, interfaçage, câblage, chirurgie plastique de remplacement et j'en passe). Les personnages sont très attachants et on suit leur parcours et leurs atermoiements avec infinement de plaisir, d'autant que Williams fait preuve d'un réel talent dans la construction narrative comme dans le style, traversé parfois de douloureuses fulgurances. Excellent.

 

 

Walter Jon Williams, Câblé (Hardwire), Denoël, Présence du futur, traduit de l'américain par Jean Bonnefoy, 371 pages, 1986, 1987 pour la traduction.

 

 

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Challenge Crazy SF

Catégorie Cyberpunk

2/3

 

 

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Challenge Objectif PAL

Catégorie "In ze PAL depuis 2007, ne dites rien, je sais (et il y a pire) (hum)"

5/20

25.02.2009

La plume serait-elle plus forte que les balles ?

écrire pour exister.jpg Erin Gruwell est un jeune professeur d'anglais inexpérimenté. Pour son premier poste, elle demande à enseigner dans un lycée difficile de Los Angeles, au lendemain des émeutes qui ont bouleversé la ville. Pleine de bonne volonté et de naïveté, elle croit qu'il va être facile d'amener les 35 élèves de sa classe vers la littérature. Mais ces jeunes, issus des ghettos, se haïssent et détestent l'école, incapable de fournir une alternative à la violence qui les entoure.


Le cinéma américain a un faible certain pour les figures de professeurs charismatiques (le plus frappant exemple étant certainement Robin Williams dans Le cercle des poètes disparus, qui a marqué toute une génération, la mienne), le professeur incarnant dans la mythologie hollywoodienne le passeur qui permet à l'élève quel que soit son âge (mais c'est mieux s'il est ado, âge de tous les dangers et de tous les dérapages) de révéler toute l'étendue de ses potentialités et de s'éveiller à la vie. Ce n'est pas une conception dénuée de fondement (après tout, le prof est bien un passeur de savoir) mais c'est prêter au prof des pouvoirs qu'il est loin de posséder (même s'il s'y essaye très fort, vous pouvez me croire sur parole). Et si le cinéma américain aime mettre en scène des profs charismatiques et forcément solitaires qui changent le monde par la seule force de leurs convictions et de leurs actes, il n'aime rien tant aussi que les histoires vraies, le fameux "based upon a true story" semblant assez paradoxalement servir de gage à la crédibilité et à la qualité de la fiction qui va suivre (car un film non-documentaire est toujours une fiction), comme s'il ne pouvait pas être de meilleures histoires que celles que nous sert la vie sur un plateau. Le film Ecrire pour exister (Freedom writers) réunissant ces deux tendances (le prof et l'histoire vraie), c'est donc avec une certaine réticence que je l'ai abordé (je précise aussi que je fuis généralement comme la peste les histoires qui mettent en scène des profs, pour des raisons aussi diverses que variées qui ont à voir, rapidement, avec la non-crédibilité en général du métier vu par le cinéma et le fait que j'y consacre suffisamment d'heures pour ne pas en plus avoir envie de voir mes conditions de travail sur écran, mais je m'égare).

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Ecrire pour exister met en scène avant tout la violence des adolescents, confrontés depuis leur naissance aux guerres des gangs et aux sanglants problèmes de frontières qui en résultent. La scène d'ouverture, qui montre quelques épisodes de la vie d'Eva, jeune fille d'origine hispanique, condense en quelques minutes la fatalité de la violence quotidienne subie par tous : on s'entretue parce qu'on n'a pas la bonne couleur de peau au bon endroit, les black contre les latinos, les latinos contre les cambodgiens, les cambodgiens contre les black et tous contre les blancs, les opprimeurs. Dans cet univers assez terrifiant, où les enfants de 9 ans meurent sous les balles, Erin Gruwell, collier de perles et tailleur chic, incarne alors tout ce que ces jeunes rejettent en bloc : elle est blanche, riche (du moins aux yeux de ces ados dont la plupart vivent dans la misère la plus totale, craignant à chaque instant l'expulsion ou les représailles de quelque usurier non payé) et cultivée. Car la culture et la littérature sont terra incognita pour ces jeunes, qui viennent au lycée par désoeuvrement. Erin se rend vite compte qu'il est impossible de les intéresser : comment se fasciner pour L'Odyssée (c'est le thème de ses premiers cours) quand on pense qu'on peut mourir à tout instant ? Comment penser qu'on peut réussir quand on n'a droit qu'à la version abrégée et illustrée de Romeo et Juliette parce que l'administration (qui pratique éhontément les classes de niveau et pense que ce genre de "classe-poubelle" n'a droit qu'à de la garderie de la part des enseignants) a décidé une bonne fois pour toutes que "ces élèves-là" ne méritent pas mieux ? Le combat qu'Erin décide alors de mener, la foi chevillée au corps, consiste en un premier temps à faire coexister pacifiquement ces élèves et à les amener à la littérature par le biais de romans qui leur parlent d'eux-mêmes (ce sera dans un premier temps un roman-documentaire sur un jeune dans un gang, encore le pouvoir de la réalité dans la fiction) puis par l'écriture de leur journal intime, pour, au terme d'un long travail (en gros une année scolaire), leur faire enfin cours de manière "normale".


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On ne peut pas nier qu'il y ait des ficelles dans ce film : Erin est vraiment caricaturale au début, toute en sourires niais et en bonne volonté désordonnée (le passage avec le rap en est un bon exemple mais il montre aussi que ce n'est pas une bonne idée de tomber dans la démagogie en essayant d'aller sur un terrain qu'ils maîtrisent évidemment mieux qu'elle) et le parallèle entre ces ados et Anne Franck n'est pas forcément des plus subtils mais le dieu des professeurs désespérés sait bien que parfois, pour aller d'un point A à un point B, il faut employer des chemins de traverse et que tous les moyens sont bons pour intéresser et faire lire des élèves récalcitrants. Plusieurs choses m'ont beaucoup touchée dans ce film, que ce soient les histoires personnelles de ces élèves ou l'obstination sans faille d'Erin, qui achète des livres pour eux sur ses propres deniers, organise des voyages pour les ouvrir au monde et soulève la montagne qu'est l'administration. Certes, le scénario en rajoute un peu pour faire pleurer dans les chaumières (et ça n'a pas loupé avec moi mais j'ai la larme facile) mais c'est un film finalement intelligent et plutôt lucide (un des meilleurs films sur l'enseignement à mon avis, en tout cas j'ai retrouvé beaucoup de moi-même dans le personnage d'Erin), qui prouve que rien n'est jamais perdu et que la littérature peut finalement sauver le monde. Vous avez compris, chers happy few : je recommande.


Ecrire pour exister (Freedom writers) de Richard Lagravenese, avec Hillary Swank, Patrick Dempsey, Scott Glenn..., 2007


Merci Virginie pour le prêt!

21.11.2008

Dans le vieux parc solitaire et glacé

51kw2haF1vL__SL500_AA240_.jpg Louis est un jeune homme pauvre et brillant. Il entre au service du Conseiller G., directeur d'une usine de produits chimiques et... tombe amoureux de sa femme. Cet amour est partagé mais jamais consommé, car Louis est envoyé par le Conseiller (qui ne sait rien de cette idylle) en Amérique du Sud, où il espère faire fortune. Il promet à la jeune femme de revenir bientôt, mais hélas la première guerre mondiale éclate. Ce n'est que neuf ans plus tard qu'il remettra enfin le pied sur le continent européen mais si la jeune femme est veuve, en revanche Louis s'est marié...


Ce Voyage dans le passé est une nouvelle de Zweig qui a connu un sort étonnant, chers happy few. On n'a longtemps eu de ce texte qu'un fragment publié dans un recueil collectif de 1929. Ce n'est qu'en 1976 qu'on retrouva à Londres un tapuscrit de la main de Zweig, de 41 pages achevées qui composaient cette nouvelle, avec un titre raturé, repris faute de mieux pour la publication. Et il aura fallu attendre 2008 pour que cette nouvelle soit enfin traduite en français, dans un très agréable demi-format sous jaquette chez Grasset qui propose après la traduction le texte original, ce qui est je trouve une excellente initiative (même si je ne parle pas un mot d'allemand, mais là n'est pas la question).

Alors autant dire tout de suite, chers happy few, pour éloigner tout de suite les problèmes de subjectivité, que Stefan Zweig est certainement l'un de mes auteurs préférés et ce n'est pas pour rien que l'une de ses nouvelles figure dans le Fashion Klassik's Challenge. C'est un auteur qui possède le talent rare de faire naître l'émotion par l'analyse psychologique rigoureuse des personnages avec un style éblouissant. Vous voilà prévenus, Stefan, je l'aime. C'est donc tout naturellement que j'ai aimé cette nouvelle, qui décrit de manière très fine une histoire d'amour somme toute banale. La cristallisation et la révélation du sentiment amoureux chez Louis, qui est le personnage principal de cette histoire d'amour raté, et son évolution, sont brillamment rendues. La façon dont le sentiment amoureux se nourrit de concret (les lettres que Louis reçoit) pour s'évanouir peu à peu quand la communication est coupée à cause de la guerre et les raisons pour lesquelles Louis finit par se marier, puis reprendre contact avec la veuve du Conseiller sont incroyables de justesse. C'est pour moi un roman qui démontre que l'amour ne peut être reporté car il demande à s'épanouir à un moment donné et ne se satisfait pas des retards et des délais. Louis tentera bien de souffler sur les braises, pour s'apercevoir que leur amour est devenu une ombre qu'ils s'évertuent à saisir, chacun à leur manière (elle dans le recul, lui dans le désir). C'est très beau.


Stefan Zweig, Le voyage dans le passé (Die Reise in die Vergangenheit), Grasset (traduction de Baptiste Touverey, qui signe aussi un avant-propos), 102 pages de texte français, 173 pages en tout.


Les billets d'Emeraude (merci pour le prêt!) et Stéphanie


PS : le titre de mon billet est emprunté à Verlaine (avec son consentement, of course). Il s'agit du très beau "Colloque sentimental", dont deux vers (faux) sont évoqués par Louis à la fin de la nouvelle et qui rendent parfaitement l'esprit de ce Voyage dans le passé. Je vous livre le poème, car je vous sais avides de kulture, chers happy few (même le vendredi matin, ne niez pas!) :

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé.

Leurs yeux sont morts et leur lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

Te souvient-il de notre extase ancienne?
Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne?

Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?
Toujours vois-tu mon âme en rêve?
Non.

Ah! Les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches :
C'est possible.

Qu'il était bleu, le ciel, et grand l'espoir!
L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

PSbis beaucoup plus prosaïque mais il paraît que l'on ne peut pas vivre que de poésie : demain, chers happy few, à partir de 7 heures, il y aura un jeu en ligne, jeu fondé non sur la rapidité des réponses mais sur leur justesse, vous pourrez donc jouer en vous connectant en soirée et même dimanche, c'est incroyable. Ne le ratez surtout pas car il y aura des cadeaux!