09.11.2009

"Je m'appelle Paul Valéry. Mettons."

l'homme de 5 h.jpgLe narrateur, en sortant de la Bibliothèque Nationale où il fait des recherches, rencontre un homme qui ressemble un peu à Paul Valéry et qui lui dit, en substance, qu'André Breton a eu tort de prêter à ce dernier ces propos que nous connaissons tous sur le roman, le fameux "on ne peut plus commencer un roman par 'La marquise sortit à cinq heures'." Intrigué par cet homme qui ne peut pas être Valéry mais qui présente avec l'auteur de troublantes similitudes physiques et qui semble connaître son oeuvre de manière intime et personnelle, le narrateur se perd en sa compagnie dans une longue balade littéraire et culturelle sur la trace des "cinq heures", balade qui l'emmènera plus loin que prévu.

 

L'homme de cinq heures de Gilles Heuré est un roman à côté duquel je serais assurément passée, chers happy few, s'il n'avait pas été sélectionné pour le Prix des Chroniques de la rentrée littéraire, catégorie Premier roman, ce qui aurait assurément été un tort tant j'ai été séduite par ce roman surprenant et érudit qui se paie le luxe de la légèreté la plus totale. L'homme qui dit s'appeler Paul Valéry invite ainsi notre narrateur (dont nous ne saurons pas grand-chose mais on l'imagine bien chercheur et enseignant en lettres) à flâner de manière libre mais non déstructurée dans ce qui l'obsède depuis des dizaines d'années : le traitement des cinq heures en littérature et en peinture. Sur un sujet à la fois pointu et inutile, qui sonne au départ comme une parodie de sujet de thèse (Monsieur V., ainsi que l'appelle le narrateur, est d'ailleurs la risée du monde universitaire), le lecteur est convié à un parcours passionnant : de Stendhal (dont il est beaucoup question, pour mon plus grand bonheur) à Orwell en passant par Hemingway, Zola, Verne, Hugo, Valéry évidemment, et bien d'autres, c'est tout un pan de la littérature vue par le tout petit bout de la lorgnette qui est ici mis au jour, et s'engage alors une réflexion décalée sur l'Art. Mais l'histoire (car il y en a bien une finalement, malgré les apparences) ne tourne pas qu'autour de la littérature, cette dernière s'étant révélée être le moyen pour notre Monsieur V. de tenter de domestiquer un passé douloureux. Hommage à la littérature, aux chercheurs et aux obsédés textuels, ce roman virtuose sans jamais être pédant, écrit par une plume vive et non dénuée d'humour m'a conquise, chers happy few.

 

Gilles Heuré, L'homme de cinq heures, Viviane Hamy, 286 pages, 2009

Le billet de Leiloona.

challenge-du-1-litteraire-20091.jpg