04.12.2008

Leave no path untaken

517swaKl-hL__SL500_AA240_.jpg Par une nuit d'octobre, un assassin élimine froidement trois des membres d'une famille de quatre. Alors qu'il se rend dans la chambre du bébé sous les combles pour achever le travail, il se rend compte que le petit dernier, un garçon de 18 mois, a disparu. Il suit sa trace jusqu'au cimetière en haut de la colline, cimetière d'où il est chassé par une silhouette haute et sombre. Les esprits des défunts qui vivent paisiblement dans ce vieux cimetière où plus personne n'est enterré depuis un siècle décident de prendre en charge l'enfant. Mr et Mrs Owens se portent volontaires pour être les parents de celui qu'on baptise alors Nobody 'Bod' Owens. L'enfant grandit, apprend à connaître le monde qui l'entoure mais la menace de l'assassin plane toujours...


Vous ne rêvez pas, chers happy few attentifs, j'ai enfin réussi à me procurer le dernier roman de Neil Gaiman, vainement poursuivi lors de sa sortie américaine (n'allez pas chez Brentano's, ils ne connaissent même pas l'existence de Neil, j'ai failli en tourner de l'oeil de désespoir), et enfin acheté chez Smith (eux, vous pouvez y aller en confiance, ils ne m'ont jamais déçue et en plus maintenant ils vendent des turkish delight et du fudge, paradise on earth, really), dans la très belle édition anglaise : j'adore la couverture de Chris Riddell, qui signe aussi 8 illustrations intérieures de toute beauté.

The graveyard book est un roman formidable, chers happy few, un hommage au Livre de la Jungle de Kipling (que Gaiman remercie d'ailleurs en fin d'ouvrage) sombre comme une nuit sans lune au-dessus d'un cimetière. Enlevé bien malgré lui à son monde (même s'il s'est sauvé tout seul), Bod est élevé par les esprits bienveillants et démodés de ce cimetière gigantesque où certains mausolées sont classés monuments historiques. Solitaire et décalé, il y développe des talents peu naturels : il peut disparaître à volonté, manipuler les esprits des autres en provoquant en eux divers degrés de peur ou encore modifier à sa guise les rêves des humains. Il est sous la protection de Silas, son gardien, un vampire passé du côté du bien, et Gaiman réutilise comme à son habitude de manière très personnelle les éléments du folklore occidental : il est ici question de loups-garous (enfin, d'une variante), de fantômes, de sorcières et de goules. Les habitants du cimetière, toujours présentés avec leurs dates de naissance et de mort et leur épitaphe, jouent chacun un rôle dans l'éducation de Bod : il se fait des amis et a des professeurs en tous genres (dont certains, comme le médecin victorien, lui dispensent des savoirs un peu... discutables). Véritable roman d'apprentissage (Bod vit des aventures diverses, apprend l'amour et l'amitié et à se débrouiller tout seul), c'est surtout un roman sur la perte et le deuil car Bod est finalement condamné à voir partir ceux qui l'entourent : sa famille d'origine, certains mentors, l'amie qu'il s'est faite puis enfin les fantômes bienveillants de la colline. Bod grandit, quitte l'enfance et sort enfin du cimetière, riche de ce qu'il a vécu et de ce qui l'attend. C'est émouvant et drôle, profond et léger, beau, tout simplement.


Neil Gaiman, The graveyard book, Bloomsbury, illustré par Chris Riddell (à noter que la version américaine est illustrée par Dave McKean), 289 pages

Les billets de Karine, tout aussi conquise et de Mélanie (in english), enthousiasmée par sa découverte de Gaiman (quand je dis que c'est un auteur fantabuleux, chers happy few...)


PS : si on devait juger de la qualité d'un roman au nombre de stations de métro ratées (ce qui est, je trouve, un critère assez objectif), ce roman remporte la palme haut la main : j'ai raté 5 stations de métro à cause de lui. Non, vous ne rêvez pas, chers happy few, j'ai bien écrit 5 (du coup j'ai loupé mon changement, heureusement que pour une fois je n'étais pas pressée) : voilà qui ne m'était pas arrivé depuis longtemps.