16.02.2009
A part
Waterford, Surrey, fin des années 40. Lewis Aldridge a 10 ans quand sa mère se noie sous ses yeux. Son père, qui ne comprend pas la douleur de l'enfant, ne supporte plus de le voir, et se mure dans le silence. Il se remarie moins de cinq mois plus tard avec une femme beaucoup plus jeune, Alice, maladroite et immature, qui ne sait absolument pas comment tendre la main à cet enfant que personne n'aime (le village va jusqu'à faire semblant de croire qu'il a assassiné sa mère). Lewis grandit, de plus en plus perturbé ; de brimades injustes en incompréhensions, d'auto-mutilation en dépression, il finit par mettre le feu à l'église du village. Il écope de deux ans de prison ferme, puis revient, à 19 ans, décidé à ce que le pire soit derrière lui...
Le proscrit est un très beau roman, extrêmement fort et terriblement touchant, chers happy few, qui raconte la longue descente aux enfers d'un jeune garçon privé tout d'un coup de la lumineuse présence de sa mère et de son amour inconditionnel. Lewis a 7 ans quand son père rentre de la guerre, autant dire qu'ils sont étrangers l'un à l'autre, et ce sentiment ne disparaîtra jamais. Dans une Angleterre bourgeoise et provinciale, où les rumeurs vont bon train et où chacun espionne et critique son voisin tout en cachant soigneusement des squelettes dans ses placards, Lewis ne peut que déranger l'ordre qui semble établi. On trouvait déjà que sa mère était trop libre (elle buvait beaucoup et en public, s'habillait comme ça lui chantait, avait la langue bien pendue et l'esprit vif et semblait s'accommoder de l'absence de son mari) ; on va vite coller sur ce petit garçon désemparé et qui culpabilise de ne pas avoir su sauver sa mère quelques étiquettes aimables dont il ne pourra plus se défaire : "dérangé" diront certains, "violent" répliqueront d'autres, "meurtrier" chuchoteront les bien-pensants. L'implacable évolution psychologique de Lewis, qui court après la reconnaissance de son père, dans ces années où aller voir un psychiatre signifiait demander un internement, est parfaitement rendue, créant une tension terrible dans le roman, tant le lecteur est persuadé de s'acheminer vers une inéluctable tragédie (qui sera finalement évitée de justesse). Les personnages secondaires sont fort bien campés, prenant de l'ampleur au fur et à mesure que l'histoire se déploie, et forment une clique d'hypocrites et de médisants assez stupéfiante, ajoutant une forte dimension sociale à ce roman très dense. Un coup de coeur.
Sadie Jones, Le proscrit (The outcast), Buchet Chastel, traduit de l'anglais par Vincent Hugon, 377 pages, 2009
Les billets d'Amanda (mitigée), Clarabel (conquise), Laurence (emballée, avec une réserve pour la fin) et Lily (bouleversée).
PS : Ce roman est en cours d'adaptation cinématographique par John Madden, le réalisateur de Shakespeare in love.
PSbis : La bande annonce de ce roman, tournée par des étudiants de NFTS (National Film and Television School), et qui est lauréate des BookVideo Awards 2008 organisés par The Bookseller (l’équivalent en Grande-Bretagne de Livres Hebdo) (je la trouve d'ailleurs plutôt réussie, ce qui prouve que des bandes-annonces de romans avec de vrais acteurs peuvent être intéressantes) (bon, évidemment, si Colin y apparaissait, ce serait mieux, mais on ne peut pas tout avoir) :
PSter : et tant qu'on y est, le teaser de L'assassinat de Christophe Dufossé, dont je vous parlerai bientôt (et que je trouve assez efficace dans son genre) (j'aime beaucoup la musique, c'est mon côté amatrice de violons pas très subtils qui ressort) (que voulez-vous, on ne se refait pas):
06:30 Écrit par fashion dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : sadie jones, le proscrit, j'aime les bandes-annonces de romans, j'espère que l'adaptation sera à la hauteur, et que colin aura un rôle