18.02.2009

De l'orgueil, des préjugés et de la guimauve autour

P&P.jpg Non, vous ne rêvez pas, chers happy few éberlués, j'ai enfin regardé l'adaptation cinématographique de Joe Wright, qui manquait singulièrement à ma culture austenienne (ou pas, en fait). Vous aurez remarqué dans votre grande perspicacité que c'est le film qui a été le plus envoyé dans les colis du Swap Saint Valentin et dans le cadre de mon fameux Challenge Jane Austen 2009, je ne pouvais pas passer à côté. Voilà qui est réparé.


J'avais réuni pour ce visionnage les meilleures conditions possibles : une copine qui a lu le roman (mais pas vu la version BBC) et une bouteille de vin. Hélas, trois fois hélas, malgré l'excellence de la bouteille, nous avons passé notre temps à nous exclamer et à frémir (et pas de plaisir). Le format du film (2 heures) ne se prête évidemment pas à la richesse et à la complexité du roman, et le scénariste s'est attaché presqu'exclusivement à l'histoire d'amour entre Darcy et Elizabeth, mais là où, sur le même schéma, Autant en emporte le vent est un chef-d'oeuvre, cette version d'Orgueil et préjugés est une bluette sans grand intérêt. La faute d'abord aux coupes et aux transformations opérées dans l'histoire et aux ajouts de mauvais aloi : le bal initial qui arrive trop vite est trop long et je n'ai pas aimé du tout l'aspect trop populaire de ce bal, en contraste total évidemment avec le bal qui sera donné à Netherfield. On n'a pas besoin de ça, et encore moins de discussions sur les cochons pour comprendre que Darcy et Elizabeth n'appartiennent pas au même monde. Mr Bennett est d'ailleurs extrêmement négligé (Donald Sutherland a une invraisemblable coupe de cheveux et il n'est jamais rasé) et passe son temps dans la basse-cour. Du côté des transformations qui m'ont fait hurler, la première déclaration de Darcy est une infâmie totale : les personnages sous la pluie (car il pleut beaucoup dans ce film, certainement pour en faire un film romantique, ce qui est un contresens littéraire total) et Darcy qui fait mine de s'approcher d'Elizabeth et de se pencher pour l'embrasser : sacrilège! Il y a me semble-t-il dans cette adaptation une tentative de séduire un public contemporain qui conduit à des hérésies : pourquoi Elizabeth est-elle toujours en cheveux par exemple ? Quand elle arrive chez les Bingley pour voir sa soeur malade, elle a carrément les cheveux lâchés et elle ne porte jamais de chapeau ou de coiffe. Cette volonté de démontrer ainsi avec des gros sabots qu'elle est un esprit rebelle m'a exaspérée. Les acteurs masculins ne sont jamais correctement rasés, par exemple, ce qui m'horripile aussi.


Ensuite, il y a un problème de casting qui me paraît évident : Keira Knightley n'a pas un jeu suffisamment subtil pour rendre compte de manière accélérée qu'elle est tombée amoureuse de Darcy (et avoir vu la version BBC et les incroyables nuances du jeu de Jennifer Ehle la dessert encore plus par comparaison). Elle possède deux mimiques et un sourire à son actif et franchement, on ne voit strictement aucune évolution dans son personnage entre le début et la fin du film. Mathew McFayden n'est pas un Darcy très charismatique (Yueyin, ne me frappe pas), et même si son jeu est plus crédible à la fin du film qu'au début, il ne m'a pas du tout emballée (au contraire de Colin, évidemment ou même de l'acteur qui l'incarne dans Lost in Austen et qui est beaucoup plus darcynien). Les personnages secondaires ne peuvent pas vraiment se déployer vu le format du film mais je n'ai pas du tout aimé Mr Bennett, qui est pourtant l'un de mes personnages préférés dans le roman et le choix d'accentuer l'hystérie et la vulgarité de Lydia et Kitty rend les scènes où elles apparaissent difficilement supportables. Enfin, certains choix de mise en scène sont très discutables : les lumières notamment (ah, la scène où Elizabeth croise Darcy dans le jardin à la fin, elle en cheveux évidemment, lui totalement débraillé avec la chemise ouverte et le soleil qui se lève, arrgh que c'est raté), les ellipses (quand elle reste devant la fenêtre et que le jour passe en 10 secondes ou la scène sur la balançoire sous la pluie, oui, again de la pluie, ou la scène ridicule et risible où les valets ferment Netherfield au ralenti : on remarquera d'ailleurs que les valets ont une livrée impeccable et portent perruque alors que les maîtres ne sont pas rasés) et certains décors (l'intérieur de la maison des Bennett est négligé au possible).


Au final, c'est pour moi une version qu'il vaut mieux oublier, et je ne saurais trop recommander à ceux qui ne l'ont pas encore fait de regarder la version de la BBC, chroniquée ici même, ou Coup de foudre à Bollywood, qui a fait le pari (très réussi) de la transposition géographique et temporelle. Colin n'est pas près d'être supplanté.


Orgueil et préjugés, disponible en DVD un peu partout, réalisé (le terme me paraît mal choisi vu la pauvreté de la réalisation) par Joe Wright, avec Keira Knightley, Mathew Mc Fayden, Donald Sutherland...


PS : merci Cuné pour le prêt!