08.05.2009
Demon inside
Comme je suis une élève particulièrement appliquée et disciplinée, chers happy few (ceux qui ricanent derrière leur écran seront condamnés à une vie de lecture de Régine Desforges en moldave médiéval), j'avais décidé, quand Thom a lancé L'Odyssée des séries, de regarder une des séries citées et que je n'avais jamais vue, histoire de pouvoir étoffer mon classement (devinez qui en occupe la première place, mmmh, chers happy few ? petit indice : il monopolise la vie nocturne de Karine, elle va même jusqu'à prétendre qu'il aurait fait tomber sa PAL lors d'un combat contre un alien, laissons-la rêver, chers happy few).
Lors de mon passage à Toulouse il y a quelques semaines, j'ai donc profité de la Dévédéthèque de ma cyberjumelle (dévédéthèque aussi fournie que la mienne, ce qui vous donne une idée de l'ampleur de la chose, chers happy few) et je suis repartie avec (entre autres) :

la saison 1 de Dexter (dont la version française sera disponible au mois de juin).
Même si j'ai l'impression que tout le monde connaît cette série (Canal+ s'était même fendu d'une campagne de pub de plusieurs semaines (assez ratée, d'ailleurs) dans le métro parisien), je pitche pour ceux qui n'ont pas la télé.
Dexter Morgan est technicien pour la police médico-légale de Miami. Sa spécialité : l'analyse des taches de sang sur les scènes de crime. Dexter adore son métier, et pour cause : soumis à des pulsions meurtrières depuis sa tendre enfance, il est un serial killer. Mais il ne tue que des tueurs que la justice n'a pas punis, obéissant en cela en un code moral (le terme est mal choisi mais vous comprenez l'idée chers happy few indulgents) élaboré par Harry, son père adoptif, qui n'a rien trouvé de mieux pour canaliser les pulsions du jeune homme et lui éviter l'internement. Dans cette saison, Dexter est confronté à un tueur particulièrement retors, le "ice-truck killer" qui saigne à blanc ses victimes et les coupe en morceaux, tueur qui développe avec lui une bien étrange relation...
Côté intrigues, que ce soient celles qui sont résolues en un épisode ou celle qui constitue le fil rouge, rien de nouveau sous le soleil et tout est très prévisible (j'avais compris immédiatement qui était le "ice-truck killer" et quelle relation il entretenait avec Dexter, j'avais même anticipé entièrement le déroulement des deux derniers épisodes). Mais comme ce ne sont évidemment pas les histoires qui font l'intérêt de cette série, je suis prête à le pardonner aux scénaristes (magnanimité is my middle name). La richesse de Dexter se trouve dans le postulat de départ : nous suivons la vie et les pensées de cet homme détaché de la vie, qui répond à ses pulsions meurtrières sans les questionner (la voix off accentue cette impression de narration à la première personne), et nous sommes donc contraints de l'écouter, et de tenter de le comprendre. Cet aspect forcément malsain est renforcé par le fameux code de Harry, qui a fait de son fils une espèce de vigilante de comic-book ("an absurd avenger" dira le "ice-truck killer" dans l'épisode final), sauf que nous sommes censés être dans la vraie vie et non dans une uchronie toute fictionnelle. Le télespectateur est donc le prisonnier consentant des actions de Dexter et de leur justification et toutes ses "normes" morales se hérissent (les miennes en tout cas), même s'il est bien forcé de reconnaître que les victimes de Dexter n'ont eu que ce qu'elles méritaient, et le fait que les méthodes de Dexter soient celles d'un serial killer (rituel immuable, utilisation d'objets tranchants) n'est pas fait pour lever le profond malaise. Dexter est une série qui pose des questions sur l'humanité et sur la façon dont nous réagissons aux horreurs (il y a évidemment une explication psychologique à l'état de Dexter), sur la part du monstre qui sommeille en chacun de nous et sur la justice des hommes, mais c'est aussi et surtout une série qui met profondément mal à l'aise, certainement parce qu'elle questionne d'un peu trop près notre attirance pour les ténèbres. Malgré une caractérisation des personnages impeccable et très fine (les flics qui travaillent avec Dexter sont tous des personnages bien campés et très intéressants, chacun à leur manière et leur l'évolution est passionnante), malgré l'humour noir toujours bienvenu et malgré la qualité indéniable de l'ensemble (mention spéciale à l'acteur Michael C. Hall, très inquiétant, et au décor : Miami est une ville moite et vénéneuse), je ne suis pas sûre de regarder la saison 2.
Dexter, saison 1 disponible en import (Zone 2 aussi), version française en juin, très vite suivi de la saison 2.
Merci Yueyin pour le prêt! Le billet de Carolyn Grey (qui est très emballée par le cynisme et l'humour noir de la série).
A l'origine il s'agit d'une série de thrillers de Jeff Lindsay : Delphine en a parlé ici (et j'ai cru comprendre que la série était très éloignée du matériau de départ).
06:33 Écrit par fashion dans Séries télé | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note | Tags : dexter, michael c.hall, je n'irai pas passer mes vacances à miami, il faut se méfier de ses collègues de travail