28.08.2009

De la condition de tueur à gages en temps de crise

un petit boulot.jpgJake Skowran était chef d'équipe dans une usine. Licencié comme tous les autres employés à la fermeture de cette dernière, il se retrouve seul (sa copine le quitte rapidement), sans emploi et sans perspective d'avenir dans une petite ville américaine totalement sinistrée par le chômage. C'est alors que Ken Gardocki, bookmaker et truand, lui propose un marché : si Jake accepte de tuer sa femme infidèle, Ken effacera son énorme dette de jeu. Jake accepte et prend goût au métier de tueur à gages...

 

Un petit boulot est le premier roman de Iain Levinson, surtout connu si je ne m'abuse pour ses Tribulations d'un précaire qui ont été pas mal chroniquées sur les blogs de lecture, et c'est une totale réussite. Jake raconte, avec un détachement cynique et beaucoup d'humour noir, comment on peut devenir tueur à gages pour retrouver l'estime de soi qui va de pair avec la satisfaction du travail bien fait et la reconnaissance de son patron. On peut être un employé modèle quelle que soit la voie professionnelle que le destin nous donne et en ces temps de crise il ne faut pas être trop regardant sur le travail proposé. Toutes les réflexions qui vont dans ce sens prêtent à sourire tout en ouvrant de vertigineux abîmes de réflexion sur la déchéance de celui que l'on prive de son travail au nom d'intérêts financiers pervers qui dépassent le cadre de l'individu. Outre la dimension sociale, Levinson n'en oublie pas pour autant de bâtir une intrigue solide, qui propose des scènes proprement hilarantes (l'assassinat, sur une plage de Miami, de l'amant de la femme de Gardocki avec un fusil à baïonnette qui sent la pisse est une scène d'anthologie). Un roman grinçant et plus profond qu'il n'en a l'air : je recommande chaudement.

 

Iain Levinson, Un petit boulot (Since the Layoffs), Liana Levi piccolo, traduit de l'américain par Fanchita Gonzalez Batlle, 211 pages, 2002, 2003 pour la traduction française.

Le billet de Delphine (qui me l'a prêté en février 2008, ne dites rien, je sais).

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Catégories : "Tout vient à point à qui sait attendre" et "Certains regrettent de m'avoir prêté un bouquin, promis la prochaine fois je ferai plus vite"

2/20