02.02.2011

Prix Landerneau 2011

J'aime beaucoup le Prix Landerneau, happy few qui suivez avec un intérêt évidemment immense les (très) nombreux prix français : créé en 2008 par les Espaces culturels Leclerc, ce prix récompense chaque année un auteur d'expression française promis au succès auprès d'un large public (comprendre un auteur talentueux lisible par le plus grand nombre). En 2008 et 2009, j'avais participé à ce prix en marge, puisqu'une dizaine de blogueurs dont je faisais partie avait lu les titres sélectionnés, et j'avais vu avec plaisir d'excellents romans primés (La main de Dieu de Yasmine Char en 2008 et Un dieu, un animal de Jérôme Ferrari en 2009). L'année dernière il y eut quelques remaniements et cette année, je suis de nouveau de l'aventure avec plaisir et avec quelques copines blogueuses.

 

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2011 est l'année des modifications : le Prix sera désormais décerné en février (et non en juin), il y a plus de romans sélectionnés et la liste est susceptible d'être changée jusqu'au dernier moment (aujourd'hui en l'occurrence). Au total, ce sont 11 titres en lice pour un prix décerné par un jury de 8 libraires sous la présidence de Jean-Christophe Rufin :

  • La blessure la vraie de François Bégaudeau (Verticales)
  • Une lointaine Arcadie de Jean-Marie Chevrier (Albin Michel)
  • Samba pour la France de Delphine Coulin (Le Seuil)
  • Tu verras de Nicolas Fargues (P.O.L)
  • Les hommes sirènes de Fabienne Juhel (Le Rouergue)
  • Un homme ébranlé de Pascale Kramer (Mercure de France)
  • L’homme de Lyon de François-Guillaume Lorrain (Grasset)
  • Une langue venue d’ailleurs d’Akira Mizubayashi (Gallimard)
  • Les champs de Paris de Yann Suty (Stock)
  • Corps mêlés de Marvin Victor (Gallimard)
  • Le barbaresque d'Olivier Weber (Flammarion)

Au cours du petit déjeuner organisé pour la présentation du prix il y a une quinzaine de jours, six auteurs se sont déplacés afin de répondre à quelques questions et je suis pour ma part repartie avec quelques titres dans mon escarcelle, titres dont je vous parlerai bientôt (enfin, si ma participation aux Chroniques de la Rentrée littéraire et au Prix des lecteurs de L'Express n'ont pas eu raison de moi d'ici là) (je sais qu'il faudrait que j'arrête ce genre de choses, happy few de mon coeur mais je suis une femme facile comme chacun le sait depuis longtemps).

En attendant de lire mes billets (premier sur ma liste Les hommes sirènes de Fabienne Juhel dont j'avais beaucoup aimé A l'angle du renard, sélectionné en 2009) et de connaître le nom du lauréat (remise du prix le 9 février), je vous laisse entre les mains compétentes et manucurées de Caroline, qui a interviewé tous les nommés. Enjoy.

 

27.11.2010

The Quatermass Experiment

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(Ouh, voilà longtemps que vous n'aviez pas vu ce logo, chers happy few. Avouez qu'il vous avait manqué.)

 

Parce que je suis une challengeuse hors pair (qui en doute, mmmh ?), j'ai regardé récemment, dans le cadre du challenge le plus populaire de la galaxie :

 

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The Quatermass Experiment (BBC, 2005).

Le Professeur Bernard Quatermass (Jason Flemyng) a trouvé les financements pour envoyer la première fusée britannique dans l'espace. Le but : se mettre en orbite autour de la Terre et effectuer toutes sortes de relevés scientifiques. Mais voilà que l'équipe au sol, composée de Quatermass, Paterson (Mark Gatiss) et Judith Carroon (Indira Varma, vue notamment dans Torchwood et Bones), la femme de l'un des trois astronautes envoyés en mission, perd tout contact avec la fusée pendant 57 heures.

Quand le contact est rétabli, la fusée est de retour vers la Terre où elle se crashe, mais de l'habitacle ne sort qu'un seul des trois hommes, Victor Carroon. Non seulement les deux autres se sont volatilisés mais Victor n'est plus lui-même. Appelé en urgence, le médecin de l'équipe, Gordon Briscoe (David Tennant) (en blouse blanche, hiiiiiiii) (oui, je ne suis qu'une femme, j'ai des fantasmes communs) constate que son organisme est en train de se modifier à toute allure, et qu'il pourrait bien constituer un danger pour l'humanité tout entière. (Oui, je sais, ce penchant que j'ai pour les histoires de ce genre est étrange, limite pervers, je veux bien m'allonger pour en parler mais pas avec n'importe qui, hein.)

 

En 1953 (oui, aujourd'hui, c'est Histoire time, profitez bien de la leçon, happy few avides de savoir), alors que la télévision en était à ses balbutiements, la BBC a produit un programme qui a connu à l'époque un succès phénoménal : The Quatermass Experiment, série de science-fiction de 6 épisodes filmés en direct entre juillet et août et qui ont été plus ou moins perdus (les deux premiers sont abîmés, les quatre suivants n'ont même pas été enregistrés). En 2004, BBC4 met en place un nouveau programme, TV On Trial, qui se propose, en une semaine, de revisiter soixante ans de télévision, notamment en diffusant de vieilles séries ou téléfilms. Au centre de ce programme, une idée originale : tourner un remake de cette série... en direct.

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(Je ne commenterai pas, je ne commenterai pas, je ne commenterai pas, parce que la Force est avec moi.)

 

Les difficultés sont évidemment nombreuses (lieux, caméras mutiples) et le plus important est le choix du casting : il faut trouver des acteurs capables de se plier à l'exercice et de tourner ensemble sans se connaître vraiment (les rares séries télés qui ont parfois tourné un de leurs épisodes en live sont des séries qui roulent depuis longtemps, comme Urgences ou Coronation Street). La production commence une longue période de répétitions en même temps qu'elle caste ses acteurs. Premiers à rejoindre le projet, Jason Flemyng et Andrew Tiernan sont rapidement rejoints par Adrian Dunbar, Mark Gatiss (j'en connais une qui frémit du sourcil, là) et donc David Tennant, qui a motivé l'achat de ce DVD (je suis over faible je sais, et encore vous ne savez pas tout, happy few de mon coeur). Le tournage et la diffusion ont eu lieu le 2 avril 2005 dans la soirée et c'est donc le résultat de cette expérience que j'ai visionné, parce que rien ne m'arrête sur le chemin de la kulture et de la connaissance.

The Quatermass experiment est un téléfilm à l'esthétique résolument datée, qui fait le pari de raconter une histoire mouvementée de manière statique, le direct ne permettant ni effets de manche ni effets spéciaux. Filmé en couleurs ternes (vert, gris), parfaitement interprété (mention spéciale à David, quand même, sinon vous vous demanderiez si je vais bien), The Quatermass experiment est un très bon téléfilm de science-fiction qui renoue avec une certaine vision du genre (conquête spatiale, entité extra-terrestre, questionnement philosophique sur l'humanité et son rapport à l'autre...). Personnellement, toute tennanterie mise à part (Dieu que cet homme a de beaux cheveux) (mais je m'égare), je me suis régalée.

 

30.08.2010

Quel goût dépravé!

L'heure est grave, chers happy few.

 

Une rumeur court dans les milieux les mieux informés, voire même dans les milieux autorisés.

 

Il paraîtrait (j'emploie à dessein le conditionnel, je ne voudrais pas que l'on m'accuse de répandre des informations non vérifiées, je tiens à la réputation de rigueur intellectuelle chèrement acquise qui est la mienne, chers happy few), il paraîtrait, donc, disais-je, que la Rentrée littéraire, la seule, l'unique, la française, celle que personne ne nous envie, a commencé. On m'a dit que les nouveautés affluent sur les tables des libraires (pensez donc, je ne suis pas allée vérifier, une librairie, brrr, cékoitesse ?) et que les petits jeunots comme Amélie N. ou Michel H. se rongent les ongles et les sangs en attendant les premiers papiers sur leurs premiers romans. Comme je ne veux pas être en reste sur cet événement dont tout le monde parle et sur ces sélections over originales (j'en ai lu trois dans trois magazines différents, les titres étaient rigoureusement identiques, c'est beau le professionnalisme quand même), je vais vous parler aujourd'hui d'un jeune auteur qui débute et que je trouve ma foi fort prometteur :

 

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...

 

Oui, bon, ça va, hein, si on ne peut même plus plaisanter deux minutes où va-t-on, je vous le demande. (Et puis il paraît qu'un bon auteur est un auteur mort, non ?) (Hum, désolée mais c'était trop tentant.)

 

On ne présente plus Casanova (peut-être le devrais-je quand même mais la paresse m'assaille la bougresse, et puis je ne vais quand même pas faire tout le travail pour vous bande de fainéants) et ce tout petit riquiqi (110 pages, une broutille, que dis-je, une broutillette) folio 2€ m'a littéralement sauté dessus un jour de vacances où je me suis malencontreusement trouvée sans lecture pendant une heure, situation bien évidemment proprement effarante pour les LCA que nous sommes et qui ne peut conduire qu'à l'achat compulsif et immédiat. Bref.

 

Et une fois n'est pas coutume, cette collection tient ses promesses : proposer un aperçu intéressant de l'oeuvre d'un auteur et donner envie d'en lire plus. Les deux histoires choisies ici sont celle de Madame F., femme mariée dont Casanova est tombé amoureux en 1745 (il avait vingt ans) et qui a mis longtemps avant de s'abandonner aux avances du jeune homme mais dont, par un malheureux concours de circonstances (impliquant, dans l'ordre, un malentendu, une courtisane et une maladie vénérienne), il n'est jamais devenu l'amant et celle d'Henriette, femme extraordinaire et en cavale qui fit la conquête de Casanova quelques années plus tard, par son esprit brillant, son refus des convenances et sa beauté. Malgré un style alambiqué (n'oublions pas que Casanova, italien, écrivit ses Mémoires en français, ce qui le pousse parfois à des étrangetés stylistiques), j'ai été conquise par la vivacité d'esprit, l'humour et la ténacité de cet esprit brillant et fin psychologue. Un auteur à soutenir, chers happy few, et à qui je prédis une belle longévité.

 

Casanova, Madame F., suivie de Henriette, Folio 2€, 110 pages, 2009.  

 

 

02.07.2010

Il est une vérité universellement reconnue... : le swap, ça rend heureux!

Pour cette deuxième édition du swap au long cours organisé par Bladelor, chers happy few, Karine et moi avions prévu d'échanger nos colis en mains propres, la plus célèbre des québécoises étant à Paris depuis mardi dernier. Après quelques péripéties à base d'avion en retard et de RER en panne (les joies de la vie parisienne) et quelques verres de rosé (il fait chaud, on lutte comme on peut) (qui ricane ?), nous avons étalé nos paquets sur la table en couinant par avance. Il faut dire que nous avions choisi un thème particulièrement couinesque, limite glamourous : "Intertextualité et palimpseste".

 

...

 

Oui, nous sommes comme ça, over kulturelles.

 

(Et nous avons parfois de drôles d'idées entre l'apéro et deux couinements, our bad.)

 

Et donc, pour illustrer ce thème, j'avais demandé à Karine, qui est ze spécialiste intergalactique de la chose, de me faire un colis autour d'un personnage qui connaît une postérité tout à fait incroyable, l'ombrageux et orgueilleux... Darcy. (Le premier qui dit quoi que ce soit sera contraint de faire une étude de l'utilisation du zeugme dans les oeuvres moldaves du Haut Moyen-Age, ça rigole moins tout d'un coup.)

 

J'ai donc découvert :

 

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Oh mon Dieu.
Hyperventilation, j'écris ton nom.

 

 

un SLAT fantabuleux en provenance directe du Jane Austen Center de Bath (oui, je le précise car je suis comme ça, élitiste, moi monsieur), qui contenait :

 

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Flou, j'écris ton nom.
Again.
On ne change pas une équipe qui gagne, ou, dans mon cas, une photographe incompétente.

 

Quatre romans : Drood (sans rapport avec Darcy mais en rapport avec le thème), que je voulais lire depuis longtemps (entre Dan et moi c'est une histoire d'amour qui dure depuis longtemps, si vous rajoutez Charles on top, c'est l'extase) (oui, je sais parfaitement ce que j'ai écrit bande de petits pervers) ; Pride, prejudice and Jasmine Field (où comment une pièce adaptée de P&P va changer la vie de nos héros) ; The last man in the world, qui imagine ce qu'il serait advenu si Elizabeth avait accepté la première demande en mariage de Darcy (à mon avis rien de bon, chers happy few, je dis ça, je dis rien) et An assembly such as this qui est la réécriture de P&P du point de vue de Darcy. J'ai comme dans l'idée que le mois de juillet va être darcynesque, je ne sais pas pourquoi, tiens.

 

Et, pour accompagner toute cette darcytude :

 

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des objets de folie : un service à thé customisé rien que pour moi (la théière, so cute, porte l'inscription Mrs Darcy's teapot), des savons d'invités (un au nom de Fitzwilliam, l'autre au nom de Lizzie), un magnet overcouinant avec Colin-Who-Else-Darcy, des chocolats et deux sachets de David's Tea (je vous le jure, chers happy few, une marque comme ça ne s'invente pas, c'est un miracle, c'est tout), l'un porte le doux nom de Vert séduction et l'autre de Thé d'amour ("Une seule gorgée et vous voilà éperdument amoureux. [...] Est-ce les pépites de chocolat qui atténuent vos inhibitions ?" se demande l'argumentaire au dos du sachet. Je ne sais mais je peux vous assurer qu'aucun David ne sera maltraité durant l'enquête).  

 

Et comme Karine s'est emmêlée dans les règles, elle a ajouté :

 

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un Guide Supernatural qu'elle avait commandé pour la première édition du swap au long cours et qui n'était pas arrivé à temps, deux romans pour mes enfants, du sirop d'érable, du beurre d'érable aux framboises (en voie de trépassement en grande pompe le pauvre, c'est sa faute aussi, a-t-on idée d'être aussi bon, franchement ?) et un SLAT New York pour ma collection (oui, je crois qu'il faut voir les choses en face chers happy few et affronter son destin quand il se présente : quand on possède plus de 15 SLAT en tissu, on peut raisonnablement penser qu'on les collectionne, mais en tout bien tout honneur évidemment, même si quelques sexy men se sont glissés sur certains d'entre eux, quels fripons).

 

C'est comme d'habitude un colis over couinant que m'a concocté Karine, il m'a fait totalement capoter! (oui, vivre depuis quatre jours avec une québécoise pure souche, ça laisse des traces, chers happy few, je dis des choses étranges comme "magasiner", "cellulaire", "cute" ou "prenons un drink"... et je suis certaine que d'ici son départ, je lui aurai aussi piqué l'accent, mais je le lui rendrai parce que je suis bien élevée) Merci mille fois, chère binômette de folie!

 

Et parce que je ne m'en lasse pas :

 

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Qui veut la tasse Whickham ?

21.06.2010

Did I fall asleep ?

Comme ceux qui suivent les élucubrations auxquelles je me livre depuis plus de trois ans dans ce modeste salon le savent, chers happy few, je voue à Joss Whedon un culte, un vrai, un de ceux qui incluent danse nue autour d'un autel à sa gloire avec "evohé" de bon aloi (car je suis digne en toutes circonstances comme chacun le sait), lecture d'articles qui lui sont consacrés, visionnage en boucle de ses séries et mails hystériques à destination des autres whedonaddicts. Et malgré tout mon amour, je n'avais pas encore regardé la saison 1 de Dollhouse, pourtant acquise il y a quelques mois (oui, parfois je suis comme ça, je manque à tous mes devoirs, d'ailleurs pour me punir, je vais rouvrir les Harlequinades, tiens, ça m'apprendra). Il faut dire que je ne sais pas vous, chers happy few, mais je ne connais pas pire situation que la déception artistique provoquée par un être que l'on aime d'amour, d'où mes atermoiements.

 

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Dollhouse (littéralement, la maison de poupée) est une organisation secrète qui propose à des gens très riches et peu encombrés par des considérations morales un service extrêmement spécial : louer les services de "poupées", des gens vides, dont la personnalité a été effacée et stockée dans un petit boîtier et à qui on injecte une personnalité composite qui correspond à la demande du client. Certains veulent une femme pour un week-end parfait, d'autres attendent la baby-sitter d'exception, d'autres encore une voleuse hors-pair ou une dominatrice. Echo (Eliza Dushku) est une "poupée" ("active" dans le langage politiquement correct de la maison) très demandée, elle enchaîne les missions puis reste en sommeil dans la maison de poupées, mémoire vide et occupations routinières (yoga, natation, travaux manuels dignes d'un enfant de cinq ans). Le hic, c'est que contre toute attente, elle semble garder la mémoire, fragmentée et non gérée, de ses missions, ce qui inquiète les dirigeants de la maison. En parallèle, un flic, Paul Ballard (Tahmoh Penikett) bien décidé à mettre fin à ce qu'il considère à juste titre comme de l'esclavage et de la traite d'êtres humains, est prêt à tout pour prouver l'existence de la maison de poupées.

 

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Les "Actifs", un terme neutre qui cache une réalité épouvantable, encadrés à gauche par Paul Ballard, le flic obsessionnel et trop curieux et à droite par Topher Brink, le savant fou, Adele De Witt, qui dirige la maison et Boyd Langton, celui qui s'occupe d'Echo quand elle est sur le terrain.

 

Oh mon Dieu, chers happy few, quelle série! (Oui, c'est le grand retour du couinement enthousiaste, en même temps, on me dit en régie qu'il n'est jamais bien loin, c'est pas faux.) Originale, complexe (on va de découvertes en rebondissements parfois inattendus et c'est une atteinte du syndrome "je trouve toujours le coupable au bout de cinquante pages" qui vous parle), Dollhouse est une série de pure science-fiction avec tout le sous-texte que cela implique : utilisation de la science (ici la manipulation cérébrale) et mise en scène de ses dérives (pourquoi ne pas profiter de ces corps volontaires pour se réincarner à l'infini ?), réflexion sur l'individualité et l'humanité (qu'est-ce que la personnalité, qu'est-ce que l'âme ?) et la responsabilité personnelle, résistance politique et une très intéressante réflexion morale. Tournée pour moitié comme un huis-clos dans les locaux à la fois zen et étouffants de la maison de poupées, c'est une première saison très riche, qui explore magistralement la complexité de la psyché humaine et met en scène des personnages passionnants, Topher Brink et Adele De Witt en tête (car contre toute attente, ce n'est pas le personnage principal le plus intéressant, en partie en raison de son absence de personnalité, en partie en raison de ce que l'on apprend de sa vie "d'avant" qui en fait une femme finalement sans surprise et sans zones d'ombres).

 

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"Did I fall asleep ?"

 

Mais comme on ne change pas une équipe qui gagne, c'est évidemment une saison qui a souffert (encore!) de l'ingérence de la production (Joss a vraiment eu la chance que Buffy rencontre immédiatement un public qui ne l'a jamais désavoué parce que pour le reste, entre le massacre de Firefly et ce qui est arrivé à la saison 1 de Dollhouse, c'est la lose, hélas). Whedon avait signé pour 13 épisodes, qu'il a tournés, mais la production n'a pas diffusé le pilote (again, l'histoire Firefly se répète) et lui a alors réclamé un quatorzième épisode. L'existence d'une saison 2 étant fortement compromise, Whedon a alors tourné un treizième épisode (Epitaph One) qui clôture totalement la saison 1 mais que la Fox n'a jamais diffusé, lui allouant finalement le budget (largement amputé) pour une saison 2 (qui sera la dernière). Cet épisode figure dans le coffret DVD (de même que le pilote jamais diffusé), ce qui permet paradoxalement de voir cette saison 1 comme une série terminée, de manière totalement incroyable et brillante (j'ai adoré ce dernier épisode aux accents d'apocalypse) : je me demande vraiment comment Whedon a scénarisé la suite (en faisant comme si cet épisode n'existait pas ou en s'en servant au contraire d'une manière ou d'une autre), ce que je découvrirai quand la saison 2 sortira, ce qui ne saurait tarder, chers happy few.

 

Le billet de Thomas, élogieux en diable.

 

Dollhouse, saison 1, 2009, 14 épisodes dont 2 jamais diffusés.

07.06.2010

"Something wicked this way comes"

Vendredi dernier, chers happy few, j'ai assouvi un de mes fantasmes. En tout bien tout honneur, évidemment. As usual.

 

Je suis allée voir une pièce de Shakespeare au Globe, à Londres. (Rien que d'écrire ça, je me sens de nouveau toute chose, c'est ça d'avoir un petit coeur tout mou.)

 

Depuis que je suis tombée raide amoureuse de William, le 4 février dernier à 13h42 très exactement, je n'avais qu'une envie : voir une représentation dans ce lieu mythique qu'est le Shakespeare's Globe, reproduction à l'identique et quasiment au même endroit (à 230 mètres pour être précise comme il est dans ma nature) du Globe dont Shakespeare était l'un des propriétaires et qui a brûlé en 1613, suite à un malencontreux coup de canon (j'ai appris en lisant la délicieuse biographie de William par Bill Bryson que les Elisabéthains avaient une conception toute particulière des accessoires et qu'ils utilisaient de véritables mousquets sur scène, ce qui a occasionné au moins une fois la mort de trois spectateurs ; la preuve que la culture c'est dangereux), qui a été reconstruit l'année suivante, fermé en 1642 puis détruit en 1644. C'est donc avec enthousiasme que je me suis rendue à une représentation de Macbeth, accompagnée de quelques amatrices de shakespeareries, Bookomaton, Isil, Cryssilda et Titine.

 

Et j'ai été incroyablement emballée par l'expérience.

 

Avant de parler de la pièce, il faut quand même dire un mot du lieu, unique en son genre. Inauguré en 1997 (très récemment, donc), le Globe, qui a vu le jour grâce à la ténacité d'un américain, est un théâtre circulaire, dont une partie est à ciel ouvert (les représentations n'ont lieu qu'à la belle saison, de mai à octobre, et le spectateur est averti qu'il doit se prémunir contre d'éventuelles conditions climatiques extrêmes, comme le froid, la pluie ou la forte chaleur). Les spectateurs peuvent acheter une place assise (il y a deux balcons et un parterre) ou une place debout, auquel cas ils se retrouvent dans ce qu'on appelle le « yard », devant la scène. Le but étant de recréer les conditions de représentation de l'époque, les spectateurs sont invités à participer activement à la représentation et à manifester bruyamment leurs émotions, par des rires, des huées, des cris d'horreur, etc. Pendant l'entracte, les spectateurs du « yard » ont déballé leurs chips et ont pique-niqué et la moitié de la salle est revenue les mains chargées de bières qui ont été consommées pendant la deuxième partie de la pièce. Autant dire que pour la française que je suis, ce fut un brin dépaysant, mais comme je suis une aventurière, je me suis vite adaptée. (Et pas qu'à cause de la bière, bande de mauvaises langues.)

 

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Comme tout le monde l'avait compris, ceci est l'extérieur du Globe.

 

La pièce jouée ce soir-là était donc Macbeth, dans une mise en scène de Lucy Bailey, qui est apparemment réputée pour sa propension à verser dans le gore et l'horreur, ce qui colle parfaitement à Macbeth qui est une pièce d'une infinie violence (rien qu'à la lecture, la scène du massacre des enfants et de la femme de Macduff m'a fait frémir, pour ne citer qu'elle). Les spectateurs sont prévenus à l'entrée que la pièce est brutale et que certains effets sont violents et peu ragoûtants et il ne faisait certes pas bon être trop près de la scène, le portier balançant le contenu de son pot de chambre (bon, c'était de l'eau, hein, pas la peine de couiner, petites natures) sur quelques malheureux assez courageux pour avoir bravé les avertissements. La mise en scène est à la fois métaphorique (un immense dais noir est tendu devant la scène, et les spectateurs du « yard » qui le souhaitent peuvent y prendre place, seules les têtes dépassant, comme un rappel de l'Enfer de Dante, qui parle d'un lac gelé d'où dépassent les têtes des damnés, la forme circulaire se prêtant idéalement à cet emprunt) et explicite (le sang coule à flot et les cadavres jonchent la scène) et j'en ai aimé tous les parti-pris, notamment celui qui fait de Macbeth et de sa femme deux jeunes gens ambitieux à la sexualité exacerbée (leur première scène ensemble est violemment torride) ou l'omniprésence des trois sorcières qui semblent surveiller sans relâche les faits et gestes de Macbeth (j'ai trouvé notamment que la fameuse scène 1 de l'acte II « Is this a dagger which I see before me... » gagnait beaucoup à cette mise en scène). Il se dégage de l'ensemble une formidable énergie virile (beaucoup de scènes de groupes, d'accolades, de bruits de bottes et d'épées...) et une violence sourde à la hauteur de cette histoire de guerriers, de meurtres et de folie et l'interprétation est fort bonne même si j'ai trouvé qu'Elliot Cowan qui tient le rôle titre (et qui est connu des austeniennes puisqu'il est le Darcy de Lost in Austen) n'articulait pas suffisamment clairement (et je me suis rendue compte en lisant quelques critiques anglaises que ça lui était reproché par tout le monde, mes oreilles de française ne sont donc pas fautives) (par contre, il enlève plusieurs fois sa chemise, pour la plus grande joie des spectatrices). Je suis sortie de cette représentation sur un nuage, et je sais que ce n'est que la première d'une longue série, chers happy few : monomaniaque forever.

 

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Les saluts après lesquels les comédiens se livrent à une sorte de haka écossais, tout à fait, ma foi... réjouissant.
Toujours d'après l'indispensable Bill Bryson, la jigue finale était une tradition de l'époque, qui constituait un divertissant "bonus" pour les spectateurs.
Elliot Cowan l'interprétant torse nu, je confirme, ce fut appréciable.

 

 

Macbeth, actuellement au Shakespeare's Globe à Londres, jusqu'au 27 juin, prix des places de 5£ (dans le « yard ») à 35£ (c'est donné je trouve, surtout quand on voit le prix des places dans les théâtres privés parisiens), durée du spectacle 2h50 avec entracte.