01.11.2009

Hoche-Vite

le garçon en pyjama rayé.jpgBruno a 9 ans, et il est le fils d'un officier SS à qui Hitler donne la direction du camp d'Auschwitz. Brutalement déraciné (la famille vivait dans une vieille demeure berlinoise), livré à lui-même, le petit garçon s'ennuie terriblement dans ce nouvel univers pour le moins étrange : personne ne veut lui expliquer qui sont ces gens en pyjama rayé de l'autre côté du grillage ni pourquoi il ne faut pas en parler. Bruno développe à leur égard une curiosité de plus en plus intense jusqu'au moment où il rencontre un jour, loin de sa maison, un jeune garçon de son âge derrière le grillage. Ils deviennent amis.

 

 

Le garçon en pyjama rayé de John Boyne est sorti en 2006 et a été immédiatement traduit en français, chers happy few, et Gallimard a profité de la sortie du DVD de l'adaptation en août dernier pour le rééditer dans un nouveau format très agréable dans lequel j'ai enfin découvert ce roman couvert de prix qui s'est vendu à plus de 5 millions d'exemplaires dans le monde, ce qui n'est pas étonnant tant le traitement du thème de l'Holocauste est ici original et fort. Il ne faut surtout pas en savoir trop en ouvrant cette fable (car c'en est une, tant dans l'histoire qui est peu vraisemblable que dans le personnage de Bruno, tellement naïf qu'il en paraît parfois un peu attardé), qui est une indéniable réussite. L'histoire est très frappante, grâce notamment au choix d'une narration à la troisième personne mais qui suit totalement les pensées et le raisonnement de Bruno : on a l'impression d'être dans la tête de ce petit garçon tout en anticipant l'intrigue, puisque nous savons décrypter ce que Bruno ne comprend pas, ce qui crée un climat très pesant et concourt évidemment à la réussite de la chute, poignante et inéluctable. Un très bon roman, à faire lire dès 13 ans.

 

 

John Boyne, Le garçon en pyjama rayé, Gallimard jeunesse, 186 pages, 2009, existe aussi en Folio junior

 

Les avis de Karine, LaureTamara.

19.10.2009

Résistant

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En 1942, alors que la Pologne est dévastée par les nazis et les Soviétiques, Jan Karski est envoyé en mission auprès du gouvernement en exil à Londres. Il doit l'alerter sur le sort des Juifs et prévenir le monde entier des massacres perpétrés dans les camps. Jan Karski s'acquitte de sa tâche et inlassablement raconte ce qu'il a vu dans le ghetto de Varsovie. En pure perte, nul ne l'écoute. Trente-cinq ans plus tard, il témoigne dans Shoah, le film de Lanzmann.

 

Me voilà bien ennuyée pour vous parler de cet ouvrage, chers happy few, qui a, si je ne m'abuse, eu bonne presse partout. Si Jan Karski est sous-titré roman, il n'en est un que dans sa dernière partie, où Haenel se met enfin à la place de cet homme et en fait un personnage qui s'interroge inlassablement sur les raisons qui ont poussé les Alliés à ne pas agir alors qu'ils savaient que les Juifs étaient exterminés. Il a rencontré Roosevelt, a témoigné infatiguablement et nul n'a pris le relais : les médias ont atténué ses révélations, les gouvernements l'ont poliment écouté et lui ont tout aussi poliment tourné le dos, pour des raisons politico-économiques qui font froid dans le dos mais n'en sont pas pour autant des révélations fracassantes. Et de fait, le problème de cet ouvrage n'est pas son fond : la vie de Karski, résistant, aventurier qui survécut à presque tout, mérite bien évidemment d'être racontée. Mais la forme choisie par Haenel se révèle vite limitée : la première partie est purement descriptive (il raconte l'intervention de Karski dans Shoah, retraçant même les intonations et les plans de caméra, exercice que je trouve franchement un peu vain) et la deuxième est paraphrastique (Haenel résume le témoignage de Karski paru en 1944 sous le titre Story of a secret state). Et je ne peux que m'interroger sur cet étrange choix formel, qui est bien évidemment source de nombreuses répétitions et qui fait à mon avis de Jan Karski une espèce d'essai déguisé (le Prix Médicis ne s'y est pas trompé, qui l'avait sélectionné dans cette catégorie contrairement au Goncourt) qui manque de force. Je pense que Karski aurait mérité qu'on prenne la peine de lui consacrer un véritable roman (c'est d'ailleurs la dernière partie la plus réussie quand Haenel ose enfin se plonger dans la fiction, comme s'il avait été réticent dans les deux premières parties à se défaire du cadre de la réalité) ou au contraire un véritable essai d'historien et pas cet ouvrage hybride que je trouve inabouti et qui n'a étrangement suscité en moi aucune émotion particulière.

 

Yannick Haenel, Jan Karski, Gallimard, L'Infini, 187 pages, 2009

Lu dans le cadre du Prix Goncourt des Lycéens.

Les billets de Chiffonnette et Leiloona.

 

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