05.09.2010
Des gifles au vinaigre
Février 1939. Franco a gagné. Les armées républicaines, vaincues, se replient sur la frontière française. A., commissaire politique anarchiste, débarque en France : il laisse derrière lui des faits d'armes et une famille. Des années plus tard, son fils tente de reconstituer l'histoire de cet homme dont il ignore presque tout.
"Gifles au vinaigre!" (hostias en vinagre), c'est le juron préféré (et intraduisible) du père de Tony Cartano, Alfonso Cartaña, homme au passé mystérieux, "illusion entièrement façonnée par l'utopie" que son fils tente de cerner en lui consacrant ce roman-portrait fragmenté en forme d'hommage. Des gifles au vinaigre raconte donc une histoire à la fois banale (j'y ai retrouvé des éléments de ma propre histoire familiale) et unique, celle de cet homme engagé dans une lutte politique perdue, ses combats bien réels, son exil et sa deuxième vie, en France, auprès d'une autre femme avec qui il a eu deux enfants ; mais c'est aussi une intéressante réflexion sur les liens entre autobiographie et fiction. Comment écrire ce qui nous a été raconté de manière parcellaire et partiale ? Comment recréer une figure paternelle qui s'est toujours volontairement dissimulée ? Cartano est donc parti en quête de l'histoire et de la personnalité de ce père décédé en 1973, à l'aide de ses souvenirs, de documents parfois obtenus de haute lutte et de son imagination. Le résultat forme un roman émouvant et sincère à la forme éclatée comme peut l'être la mémoire, une tentative pour le romancier de mieux comprendre sa propre histoire en esquissant ce portrait. J'ai beaucoup aimé, chers happy few.
Tony Cartano, Des gifles au vinaigre, Albin Michel, 265 pages, 2010
10:56 Écrit par fashion dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : cartano, des gifles au vinaigre, guerre d'espagne, fiction et réalité, taguons sérieux la rentrée littéraire nous le rendra