02.06.2010
"Dans l'eau, je flotte"
Philomena est un bébé braillard et difficile jusqu'au jour où ses parents l'amènent aux bébés nageurs et où ils découvrent, abasourdis, que cette enfant semble considérer que l'eau est son environnement naturel. Philomena grandit trop et trop vite, voit le monde s'écrouler autour d'elle quand les deuils se succèdent et trouve refuge à la piscine, où elle enchaîne les longueurs avec une facilité déconcertante et où elle finit par être repérée par un entraîneur célèbre, qui donne un sens à sa passion...
Dans la longue liste des romans lus dans une année, chers happy few, il en est finalement peu qui soient de véritables coups de coeur, de ceux que l'on ne peut s'empêcher de relire et d'offrir autour de soi et dont le titre vient spontanément aux lèvres quand on vous demande de recommander un titre. Le dernier en date était pour moi Le coeur cousu de Carole Martinez, que j'ai offert quatre fois, et il vient sans conteste d'être rejoint par ce Nage libre, roman éminemment poignant d'une densité à couper le souffle. J'ai été profondément émue et transportée par l'histoire de cette jeune femme, que j'ai lue d'une traite, comme en apnée : une famille totalement dysfonctionnelle et frappée par les malheurs en série, la natation comme seule échappatoire et comme seul monde viable, l'eau étant le seul endroit où Philomena ne soit pas un monstre (elle mesure 1m88) et où, paradoxalement, elle respire enfin, la compétition et ses rites, puis finalement l'angoisse profonde qui succède à la retraite... Cette histoire peu banale est traversée de personnages profondément humains et émouvants (la mère et les soeurs de Philomena sont des personnages très attachants malgré leurs névroses) au premier rang desquels Philomena elle-même, celle que la vie a à la fois malmenée et récompensée et qui peine à trouver un sens à sa vie (mais la vie en a-t-elle vraiment un ?). Nage libre est un magnifique portrait de femme et une histoire à l'incroyable souffle romanesque, servis par un style éblouissant et puissant, à la fois épuré et imagé et traversé de fulgurances poétiques, qui prend le lecteur aux tripes et ne le lâche pas, même la dernière page tournée. A lire absolument, chers happy few.
Nicola Keegan, Nage libre (Swimming), L'Olivier, traduit de l'anglais par Madeleine Nasalik, 425 pages, 2010 pour la traduction française, 2009 pour la parution en V0.
Les billets de Cuné (merci, merci pour le prêt!), Amanda, Cathulu, toutes trois transportées par ce roman, qui mérite d'être lu et chéri par le plus grand nombre, chers happy few.
Une interview de l'auteur ici (in english)
09:25 Écrit par fashion dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (33) | Envoyer cette note | Tags : nage libre, nicola keegan, natation et addiction au sucre, familles je vous haime