21.06.2009

En bref

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Des hommes et des femmes ordinaires, qui tout d'un coup le sont moins, vivent, s'aiment, se quittent, se tuent, s'imaginent des choses folles, dans ces seize nouvelles...

 

Non, vous ne rêvez pas, chers happy few, me voici de retour, de manière certainement toute momentanée : la grande ronde écrits-oraux commence mercredi, pour mon plus grand bonheur (of course), et je me retrouve seule à bord du navire familial en cette merveilleuse période surchargée (ah, que j'aime la pêche aux canards, les tombolas et les chorégraphies des enfants de maternelle), l'homme ayant décidé dans un accès de folie passagère de se prendre pour Tony P. sur le playground du quartier, ce qui lui vaut une rupture du tendon d'Achille et six semaines d'immobilisation (oui, vous avez le droit de rire, je ne m'en suis pas privée, d'autant qu'il ne souffre pas, le dur à cuire).

Bref.

Dans Au Bon roman, Ivan Georg lit tous les romans de Franz Bartelt, chers happy few, ce qui m'a donné envie de faire de même (car oui, je suis influençable et j'assume) : ça tombait bien, j'avais un recueil de nouvelles de lui dans la minuscule PAL qui menace de m'ensevelir dans mon sommeil, grâce à Valdebaz qui me l'a envoyé quand j'ai gagné le Lotobook. Je l'ai donc élégamment exhumé de derrière ses petits compagnons et... je me suis régalée. Ces 16 nouvelles mettent toutes en scène des personnages décalés qui vivent des situations qui ne le sont pas moins. Du serial killer qui ne tue que des femmes de notaires (Tueur en série, une nouvelle drôlatique où l'on apprend que "le grand public ne parvient pas à se désoler sincèrement de la mort d'une épouse de notaire. Seraient-elles toutes assassinées le même jour à la même heure que personne ne s'en retournerait plus de cinq minutes. On dirait, oui, c'est triste, mais enfin elles n'avaient qu'à pas épouser un notaire.") à la femme de professeur de Lettres qui fait de monstrueuses fautes de grammaire, ce qui nuit terriblement à la qualité de sa vie amoureuse (Un  parcours sans fautes), en passant par la jeune femme qui veut changer de nom (Lili, et franchement on la comprend, car ce ne doit pas être facile tous les jours de se nommer Poaldeuf), Bartelt multiplie les situations loufoques et les personnages à la marge, avec un humour à froid très réjouissant. Certaines nouvelles flirtent avec le fantastique, comme Un mauvais joueur qui raconte une histoire d'homme creux, Dans le train, réflexion sur les personnages de roman, Le souvenir de Fred (certainement la nouvelle que j'ai trouvé la moins réussie) ou Le sixième commandement où un mari jaloux intervient bien malgré lui dans la vie de sa femme, d'autres sont férocement drôles, comme Testament d'un homme trop aimé, qui suit le parcours d'un incurable narcissique ou Un voisin redoutable, histoire d'une vengeance bien méritée. Quant au Bar des habitudes, qui donne son titre au recueil, Ta tête d'assassin, La tourte ou Date limite, elles sont d'une redoutable finesse psychologique. Un excellent recueil, qui donne envie de lire les autres ouvrages de Bartelt.

Franz Bartelt, Le bar des habitudes, Folio, 292 pages, 2005

A noter que ce recueil a reçu le Prix Goncourt de la nouvelle 2006.

Les avis de Laurence, Valdebaz (merci encore!), Cathulu, Bellesahi