29.03.2010
Le fantôme d'Hannah
Clay Jensen, élève de Terminale dans une petite ville américaine reçoit un carton contenant des cassettes audio. Intrigué (il n'y a pas de nom d'expéditeur, et qui utilise encore des cassettes de ce genre à l'ère du numérique ?), il place la première dans le lecteur et frémit : sur les cassettes, Hannah Baker, une fille de sa classe dont il était secrètement amoureux, a enregistré le récit des raisons qui l'ont poussée à se suicider, deux semaines auparavant. Et s'il a reçu les cassettes, c'est qu'il est l'une des treize raisons qui expliquent l'acte d'Hannah. Clay s'apprête à passer la plus longue nuit de son existence en écoutant ce qu'il ne veut pas entendre.
Treize raisons est annoncé comme un roman magistral et prenant (bien sûr, à l'heure où j'écris ces lignes, je ne retrouve plus les billets élogieux, my bad), chers happy few, avis que je suis loin de partager. Sur une trame de départ relativement intéressante, la voix d'Hannah venant se mêler aux réactions et aux propres souvenirs de Clay, Jay Asher bâtit une histoire qui n'échappe pas à certaines facilités, la plus ennuyeuse étant à mes yeux la personnalité de Clay. Ce jeune homme introverti et populaire ne comprend pas pourquoi il est concerné par les cassettes, chaque face dénonçant le comportement plus ou moins lamentable de quelqu'un qui a participé à l'enchaînement des faits menant au suicide d'Hannah, et effectivement, il ne l'est pas, comme si mettre en scène un personnage odieux allait nuire au pouvoir d'identification du lecteur et donc à l'empathie nécessaire pour apprécier le roman (la narration est assurée à la première personne). Clay est donc le gentil de l'histoire, celui qui éprouve regrets et remords en lieu et place des autres dont finalement nous ne saurons rien des réactions, ce qui est bien dommage. De plus, j'ai trouvé le ton du roman inutilement mélodramatique : le sujet, le suicide adolescent et ses possibles raisons, était à mon avis suffisamment fort en lui-même pour ne pas se voir rajouter un pathos inutile (je ne veux pas spoiler mais le récit de la dernière fête et la description de ce qui se passe dans le jacuzzi étaient à mon avis tout à fait dispensables). Enfin, même si certains passages résonnent assez justement, j'ai trouvé le personnage d'Hannah assez peu crédible, l'auteur semblant chercher à en faire plus une démonstration qu'un personnage cohérent (le ton qu'elle emploie notamment sonne faux à plusieurs reprises, je lui reproche un abus de théâtralité). Le tout forme un roman pas désagréable à lire mais finalement peu convaincant, chers happy few.
Jay Asher, Treize raisons (Thirteen reasons why), Albin Michel Wiz, traduit de l'anglais (américain) par Nathalie Peronny, 286 pages, 2010
23:24 Écrit par fashion dans Jeunesse, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (40) | Envoyer cette note | Tags : jay asher, treize raisons, je ne laisserai personne dire que 17 ans, est le bel âge