07.06.2010
"Something wicked this way comes"
Vendredi dernier, chers happy few, j'ai assouvi un de mes fantasmes. En tout bien tout honneur, évidemment. As usual.
Je suis allée voir une pièce de Shakespeare au Globe, à Londres. (Rien que d'écrire ça, je me sens de nouveau toute chose, c'est ça d'avoir un petit coeur tout mou.)
Depuis que je suis tombée raide amoureuse de William, le 4 février dernier à 13h42 très exactement, je n'avais qu'une envie : voir une représentation dans ce lieu mythique qu'est le Shakespeare's Globe, reproduction à l'identique et quasiment au même endroit (à 230 mètres pour être précise comme il est dans ma nature) du Globe dont Shakespeare était l'un des propriétaires et qui a brûlé en 1613, suite à un malencontreux coup de canon (j'ai appris en lisant la délicieuse biographie de William par Bill Bryson que les Elisabéthains avaient une conception toute particulière des accessoires et qu'ils utilisaient de véritables mousquets sur scène, ce qui a occasionné au moins une fois la mort de trois spectateurs ; la preuve que la culture c'est dangereux), qui a été reconstruit l'année suivante, fermé en 1642 puis détruit en 1644. C'est donc avec enthousiasme que je me suis rendue à une représentation de Macbeth, accompagnée de quelques amatrices de shakespeareries, Bookomaton, Isil, Cryssilda et Titine.
Et j'ai été incroyablement emballée par l'expérience.
Avant de parler de la pièce, il faut quand même dire un mot du lieu, unique en son genre. Inauguré en 1997 (très récemment, donc), le Globe, qui a vu le jour grâce à la ténacité d'un américain, est un théâtre circulaire, dont une partie est à ciel ouvert (les représentations n'ont lieu qu'à la belle saison, de mai à octobre, et le spectateur est averti qu'il doit se prémunir contre d'éventuelles conditions climatiques extrêmes, comme le froid, la pluie ou la forte chaleur). Les spectateurs peuvent acheter une place assise (il y a deux balcons et un parterre) ou une place debout, auquel cas ils se retrouvent dans ce qu'on appelle le « yard », devant la scène. Le but étant de recréer les conditions de représentation de l'époque, les spectateurs sont invités à participer activement à la représentation et à manifester bruyamment leurs émotions, par des rires, des huées, des cris d'horreur, etc. Pendant l'entracte, les spectateurs du « yard » ont déballé leurs chips et ont pique-niqué et la moitié de la salle est revenue les mains chargées de bières qui ont été consommées pendant la deuxième partie de la pièce. Autant dire que pour la française que je suis, ce fut un brin dépaysant, mais comme je suis une aventurière, je me suis vite adaptée. (Et pas qu'à cause de la bière, bande de mauvaises langues.)

La pièce jouée ce soir-là était donc Macbeth, dans une mise en scène de Lucy Bailey, qui est apparemment réputée pour sa propension à verser dans le gore et l'horreur, ce qui colle parfaitement à Macbeth qui est une pièce d'une infinie violence (rien qu'à la lecture, la scène du massacre des enfants et de la femme de Macduff m'a fait frémir, pour ne citer qu'elle). Les spectateurs sont prévenus à l'entrée que la pièce est brutale et que certains effets sont violents et peu ragoûtants et il ne faisait certes pas bon être trop près de la scène, le portier balançant le contenu de son pot de chambre (bon, c'était de l'eau, hein, pas la peine de couiner, petites natures) sur quelques malheureux assez courageux pour avoir bravé les avertissements. La mise en scène est à la fois métaphorique (un immense dais noir est tendu devant la scène, et les spectateurs du « yard » qui le souhaitent peuvent y prendre place, seules les têtes dépassant, comme un rappel de l'Enfer de Dante, qui parle d'un lac gelé d'où dépassent les têtes des damnés, la forme circulaire se prêtant idéalement à cet emprunt) et explicite (le sang coule à flot et les cadavres jonchent la scène) et j'en ai aimé tous les parti-pris, notamment celui qui fait de Macbeth et de sa femme deux jeunes gens ambitieux à la sexualité exacerbée (leur première scène ensemble est violemment torride) ou l'omniprésence des trois sorcières qui semblent surveiller sans relâche les faits et gestes de Macbeth (j'ai trouvé notamment que la fameuse scène 1 de l'acte II « Is this a dagger which I see before me... » gagnait beaucoup à cette mise en scène). Il se dégage de l'ensemble une formidable énergie virile (beaucoup de scènes de groupes, d'accolades, de bruits de bottes et d'épées...) et une violence sourde à la hauteur de cette histoire de guerriers, de meurtres et de folie et l'interprétation est fort bonne même si j'ai trouvé qu'Elliot Cowan qui tient le rôle titre (et qui est connu des austeniennes puisqu'il est le Darcy de Lost in Austen) n'articulait pas suffisamment clairement (et je me suis rendue compte en lisant quelques critiques anglaises que ça lui était reproché par tout le monde, mes oreilles de française ne sont donc pas fautives) (par contre, il enlève plusieurs fois sa chemise, pour la plus grande joie des spectatrices). Je suis sortie de cette représentation sur un nuage, et je sais que ce n'est que la première d'une longue série, chers happy few : monomaniaque forever.

Macbeth, actuellement au Shakespeare's Globe à Londres, jusqu'au 27 juin, prix des places de 5£ (dans le « yard ») à 35£ (c'est donné je trouve, surtout quand on voit le prix des places dans les théâtres privés parisiens), durée du spectacle 2h50 avec entracte.
15:39 Écrit par fashion dans Au théâtre ce soir | Lien permanent | Commentaires (40) | Envoyer cette note | Tags : shakespeare's globe, macbeth, elliot cowan, je meurs d'envie de voir le songe d'une nuit d'été, donné cette saison, vais-je résister ?, question rhétorique of course, hum, limite ahem