10.10.2008

Rêves de cendres

Lors des dernières Imaginales d'Epinal, chers happy few, j'ai rencontré Mélanie Fazi, auteure et traductrice, notamment de la série Women of the otherworld de Kelley Armstrong. Et, au terme d'une discussion sur les titres de fantasy qui marchent le mieux chez Bragelonne, de l'intérêt ou non d'un moyen format (toujours chez Bragelonne), de la virilitude de Clayton et de la sexyté de Hugh J. en Wolverine, je lui ai demandé quel titre elle me recommandait pour faire connaissance avec son oeuvre. Elle m'a donc conseillé de lire


514j3SLgz9L__SL500_AA240_.jpg Serpentine, un recueil de 10 nouvelles publié chez Bragelonne (donc).


Et je dois vous avouer d'emblée, chers happy few, qu'entre Mélanie et moi, c'est une véritable rencontre littéraire qui a eu lieu, un coup de foudre, pas moins. J'ai littéralement été happée par l'imaginaire très particulier de ces 10 nouvelles, un imaginaire sombre et un peu terrifiant, qui sert de base à la création de mondes tous différents et particulièrement fascinants. Je trouve que Mélanie Fazi a un talent certain pour se réapproprier de manière très personnelle des éléments de la mythologie ou du folklore. Mémoires des herbes aromatiques qui conte la vengeance de Circé sur Ulysse dans notre monde contemporain est tout bonnement géniale, Elégie, qui a pour fondement la toute-puissance de la nature sur l'humanité est terriblement émouvante, Le faiseur de pluie explore certaines superstitions (les maisons ont-elles une âme ?) de manière très poétique et Ghost Town Blues, variation sur la ville fantôme chère à la tradition du western, a un pouvoir évocateur assez terrifiant. Elle puise aussi son inspiration dans ce que le monde contemporain a de plus inquiétant, dans les lieux à la marge où l'étrangeté peut surgir à tout instant : les salons de tatouages, qui servent de décor à Serpentine, nouvelle qui donne son titre au recueil et qui l'ouvre, plongeant d'emblée le lecteur dans une atmosphère oppressante et fantastique, où les encres ont le pouvoir, en se dissolvant sur les peaux, de modifier la vie de ceux qui ont choisi de se faire tatouer, le métro, dans Petit théâtre de rame, qui voit agir plusieurs personnages qui ont pour point commun de croiser un fantôme et ses rats, ou les aires d'autoroute, qui personnellement me fascinent, et qui sont le théâtre de Nous reprendre à la route (très beau titre), une histoire de passage et de lâcher prise. D'autres nouvelles s'inspirent des icônes de nos sociétés contemporaines (Matilda, une réflexion sur le star system et la fascination exercée par une rock star, très réussie) ou sont magistralement bâties autour des psychoses de ses personnages (le héros du Passeur est un serial killer, celle de Rêves de cendre une suicidaire pyromane). Le style de Mélanie Fazi est à la hauteur des histoires qu'elle raconte : parfois poétique, charnel, extrêmement tenu, adapté à chaque narrateur et maîtrisé de bout en bout. Vous l'aurez compris, chers happy few, je suis littéralement conquise. Je pense qu'entre Mélanie et moi c'est une histoire d'amour qui commence, comme avec Neil, Jasper et Janet. Seriously.


Mélanie Fazi, Serpentine, Bragelonne, 315 pages


PS : j'aime beaucoup la couverture, qui contribue à instaurer, avant même l'ouverture du recueil, un climat d'étrangeté (la photo vieillie sur le médaillon est faussée) et de trouble (le nom de l'auteur semble s'estomper dans le brouillard). Comme chez Bragelonne les couvertures vont du meilleur (celles de la série de Locke Lamora sont de véritables tableaux) au pire (celle de Morsure est vraiment gnangnan moche), je trouve bon de le souligner.
PSbis : les plus perspicaces d'entre vous auront compris que je me suis sérieusement attelée à la PAL spinalienne. Y aura-t-il nuit d'amour or not nuit d'amour? Le suspense est à son comble.