08.04.2009
Un jour, quand la neige fondra et que viendra le dégel
Cornouailles, septembre 1653. Honor Harris a quarante ans. Infirme depuis une terrible chute de cheval alors qu'elle avait dix-huit ans, elle sent sa fin venir et décide de rédiger son histoire et celle de son amour hors-normes pour Sir Richard Grenvile, soldat de génie et homme ombrageux à l'orgueil infini.
Le Général du Roi, chers happy few, met en scène une histoire d'amour qui a des accents de tragédie. Se déroulant durant la période troublée de la première révolution anglaise, elle raconte, du point de vue de Honor, les conflits qui ont eu lieu entre 1644 et 1646 et qui ont vu la chute des partisans de Charles Ier (qui finira décapité en 1649) et la victoire du Parlement. Roman de guerre donc, Le Général du Roi est original dans son traitement puisque Honor est doublement décalée par rapport à cette guerre : elle est une femme et elle est invalide, ce qui réduit considérablement son champ d'action physique. Mais c'est une femme hors du commun, à l'intelligence aiguisée, aussi orgueilleuse que son amant, Richard, qu'elle refuse de revoir après sa chute de cheval alors que leurs sentiments n'ont pas changé. Ils se retrouvent quinze ans plus tard, et faisant fi des racontars et de sa réputation, Honor le suit de camp en camp, refusant toujours de l'épouser afin de ne pas devenir pour lui un fardeau dont il pourrait se lasser. De son côté, Richard est un homme à la volonté farouche, qui ne se ménage pas et qui attend la même chose de la part de ses soldats à qui il impose une discipline de fer, et de ses enfants, qui, hélas pour eux, ne sont pas tous à la hauteur de ses exigences. Homme retors, parfois cruel, il est une formidable figure dont l'ombre plane sur tout le roman, roman qui, entamé comme une romance, sombre rapidement dans les ténèbres de la guerre et de la passion (car les couples, autour d'Honor, vivent aussi des histoires tourmentées et souvent déchirantes). Inspiré par une macabre découverte faite au XIXème siècle (un squelette dans un mur), habité par des personnages historiques dont l'histoire a été romancée et servi par la délicate plume de Daphné du Maurier, toute en suggestions et en ironie parfois féroce, Le Général du Roi est un excellent roman historique. Pas moins.
Daphné du Maurier, Le Général du Roi (The King's General), Phebus, Libretto, traduit de l'anglais par Henri Thiès, 357 pages, 2003 (traduction française de 1995, parution anglaise 1946)
Les billets de Lilly et de Bladelor
22:57 Écrit par fashion dans Les écrivains oubliés, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : daphné du maurier, le général du roi, tiens un classique anglais, y aurait-il challenge silencieux dans l'air ?, *sifflotement discret*
27.10.2008
Love of the sea
Plyn, Cornouailles, 1830. Janet, une jeune fille un peu sauvage qui aurait aimé être un garçon pour être marin, épouse, à l'âge de 19 ans, Thomas Coombe, artisan au chantier naval de la petite ville. Ils auront six enfants, mais c'est avec le troisième, Joseph, que Janet développe une relation totalement fusionnelle. A travers cet enfant bagarreur et indomptable dans lequel elle se reconnaît tant, elle vit son amour pour la mer : en effet, Joseph s'engage dès 18 ans dans la marine marchande et se retrouve capitaine à 29 ans...
J'aime beaucoup les romans de Daphné Du Maurier, chers happy few, écrivain qu'on a un peu vite relégué en France au rang des auteurs mineurs, et que Bladelor a mis à l'honneur il y a peu en lui consacrant une semaine spéciale. C'est ainsi, grâce à Bladelor, que L'Amour dans l'âme est arrivé entre mes mains et j'ai passé un excellent moment en compagnie de la famille Coombe. Ce premier roman de Daphné Du Maurier, publié pour la première fois en 1931 (elle n'avait que 22 ans) est en effet une véritable fresque familiale , puisque nous suivons la famille Coombe sur quatre générations : l'histoire commence avec Janet, qui entretient avec la mer un lien désespéré et sans issue, puisque son statut de femme la condamne à rester indéfiniment à terre et à être en butte à l'incompréhension des autres, notamment de son mari, se poursuit avec Joseph, le fils marin qui n'aimera jamais vraiment aucune femme, puisqu'il cherche à travers ses multiples conquêtes cette mère qui l'a tant aimé et qu'il a vénérée de tout son être, puis Christopher, le fils aîné de Joseph, qui entretient avec son père une relation conflictuelle qui vient de la haine qu'il voue à la mer et enfin Jennifer, la fille de Christopher, vivant portrait de son arrière grand-mère, physiquement et moralement. Ces quatre générations se succèdent, au rythme des saisons et des tempêtes, attirées ou rejetées par ce village qui se développe et se modernise, et surtout par la mer, personnage principal du roman, qui rend au centuple l'amour qu'on lui porte, enveloppant dans ses bras tempétueux ceux qui cherchent l'aventure ou le repos. Il y a un véritable amour pour cette terre un peu sauvage, ces falaises battues par les vents et ces hommes et femmes simples qui vivent paisiblement en communion avec la nature. Les passages qui ont pour décor Plyn (une partie du récit se déroule à Londres) ont d'ailleurs été comparés au moment de la publication aux écrits d'Emily Brontë (dont une phrase sert d'ailleurs d'exergue au roman). Comme dans toute fresque, celle-ci n'est pas exempte de rebondissements et de coups durs, et une figure de "méchant" la traverse de part en part, incarnée par Philip, le frère de Joseph, espèce de Caïn qui cherche à jamais l'amour de cette mère qui lui préféra toujours son frère et qui va jusqu'à faire payer cette préférence aux descendants de Joseph. C'est un roman plein d'amour, qui décrit fort bien l'enracinement à la terre et la permanence des humains dans la nature. Un très bon roman, donc.
Daphné Du Maurier, L'Amour dans l'âme (The loving spirit), Phébus (traduit de l'anglais par François et Alix d'Unienville), 387 pages, édition manifestement épuisée
L'avis de Bladelor, que je remercie d'en avoir fait un livre voyageur!
A noter que ce roman avait été traduit sous le titre La chaîne d'amour, chez Albin Michel en 1950.
06:30 Écrit par fashion dans Les écrivains oubliés, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : daphné du maurier, que d'eau que d'eau!, ah la cournouaille ses falaises ses landes ses châteaux, mais où est le roi arthur ?