29.09.2010

De la sexytude en milieu professoral

(Ce salon étant en train de devenir over sérieux, il était temps de prendre les choses en main comme disait le poète moldave en empoignant vigoureusement son verre de Pimm's) (...) (qu'alliez-vous donc imaginer, bande de coquinous ?)

 

Je sais qu'il y en a parmi vous, chers happy few, qui pensent que les Harlequin ne sont que des romans légers, limite aériens, déconnectés de la réalité et qui ne présentent que des personnages qui n'existent pas, véritables clichés ambulants. Mais (car oui, il y a un mais), ce n'est pas toujours le cas, loin de là. Parfois, les romans Harlequin sont de véritables études sociologiques, profondes et argumentées. C'est exactement le cas de

 

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Coup de folie (collection Rouge passion) et Une inoubliable rencontre (collection Désirs).

Si, si, je vous jure. (Certes, ce n'est pas évident quand on voit les (sublimes) couvertures. Mais on ne va pas pinailler pour si peu.)

Figurez-vous, chers happy few, que ces deux romans ont pour cadre l'enseignement. Je ne pouvais donc pas passer à côté d'une si belle occasion d'apprendre comment on concevait l'éduc' nat' aux Etats-Unis et c'est donc dans le cadre de l'étude scientifique la plus rigoureuse que j'ai décidé de me rendre possesseuse de ces deux fantabuleux romans. Et ma conscience professionnelle a été récompensée au centuple par ce que j'ai appris, chers happy few. Au moins.

Dans un roman Harlequin, pour être proviseur-adjoint d'un lycée de l'Arizona, il faut être empli d'une infinie sexytude et répondre au doux prénom de Tuck (pour une fois que ce n'est pas Josh, on ne va pas s'en plaindre). Tuck Manning, le héros d'Une rencontre inoubliable est un homme "très séduisant, avec ses yeux à la George Clooney, un peu obliques, et son air mêlant le sérieux et l'ironie. Le premier de la classe en Harley Davidson... Solide, narquois et brillant. Une combinaison explosive."  Passons sur le fait que je n'ai pas bien compris en quoi les yeux de Clooney étaient "obliques", et sur l'emploi étrange de cet adjectif ("en amande" m'aurait paru de meilleur aloi) et arrêtons-nous deux minutes sur cette description. Force est de constater, chers happy few, que je n'ai jamais côtoyé un proviseur-adjoint de cette trempe. Surtout si on ajoute à ce physique georgesque son jeune âge (il a 28 ans, mais on sait depuis longtemps qu'aux âmes bien nées, la valeur bla bla bla) et son tempérament de poète, qui lui fait dire dès la page 30 : "Il y avait eu quelque chose de précieux, dans cette rencontre. Comme la neige à Tucson." Si un proviseur-adjoint m'avait parlé ainsi, chers happy few, nul doute que j'aurais moi aussi été emportée, comme Kate, dans un "délicieux maelstrom de sensations" qui m'aurait empêché de me concentrer sur mes cours.

Dans un roman Harlequin, quand on est prof de fac, on n'enseigne pas des matières ringardes et poussiéreuses, non, chers happy few, on enseigne, comme Miranda (l'héroïne de Coup de folie), un module sur "Sexualité et reproduction", avec une nette tendance à prôner à ses élèves les bienfaits de l'abstinence et de la vertu. On mélange donc allègrement morale et science, on publie des tas d'articles sur le sujet et on est élue "Personne la plus moralement méritante du campus" (ouh que ça fait envie). La question est : vaut-il mieux passer son doctorat et finir comme Miranda, frustrée et solitaire ou avoir encore "une ou deux U.V à passer" comme Kate (oui, elle ne sait pas combien il lui en manque, mais il faut dire à sa décharge qu'elle n'est pas prof de maths) et finir dans un lycée de l'Arizona à se laisser draguer par son proviseur-adjoint ? Vaste question, limite métaphysique, chers happy few.

Dans un roman Harlequin, quand on attend le passage d'un collègue on jardine en mini-short et en débardeur ultra-moulant (personnellement, il n'y a cette année pas un seul collègue pour qui je ferais cet effort, mais c'est parce que je suis une vilaine égoïste) et on a raison puisque le collègue en question se révèle rapidement être un champion du tuyau d'arrosage dont il fait un usage ma foi tout à fait intéressant, ce qui prouve bien que la pédagogie c'est un investissement de tous les instants, limite un art de vivre, chers happy few. Vivent les profs, tiens.

 

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                                C'est toujours Ofelia qui a oeuvré avec talent, limite brio.

 

Ce billet clôture pour ma part sur le fil les Harlequinades 2010, qui, je le rappelle, ferment demain!  

 

 

20.01.2010

"Je te connais Al, tu n'es pas le genre d'homme qui..."

un rôle qui me convient.jpgWilliam Henry Devereaux junior, quarante-neuf ans et des poussières, est professeur de Lettres et directeur par intérim du département des Langues Vivantes d'une petite université de Pennsylvanie. En avril, mois cruel pour le poète et pour les profs qui voient se réveiller leur légendaire paranoïa, il vit un week-end particulièrement éprouvant : on lui demande de faire une liste des collègues à virer pour raisons budgétaires, il a un rhume des foins galopant, une vessie récalcitrante, des collègues pénibles, une fille sur le point de divorcer et des élèves toujours aussi peu intéressés. Heureusement, Hank a depuis longtemps mis au point un système de défense contre le monde entier : une propension à n'en faire qu'à sa tête mâtinée d'humour à froid...

 

 

Un rôle qui me convient est un excellent roman, chers happy few, qui peint avec beaucoup de drôlerie la crise de la cinquantaine d'un universitaire sans envergure, englué dans une vie professionnelle tout sauf excitante et une vie personnelle un peu morne. Hank a publié un seul roman alors qu'il avait une trentaine d'années et c'est grâce à ce roman qu'il a obtenu un poste de professeur titulaire auquel sa simple maîtrise de Lettres aurait dû l'empêcher de prétendre. Il n'a pas écrit une ligne depuis, ce qui le condamne à rester dans ce coin perdu de la Pennsylvanie, entouré de collègues aussi médiocres que mesquins, tous obnubilés par l'éventualité d'un licenciement. Sa fonction de directeur par intérim contraint Hank à se positionner dans des histoires de budget et de coupes, ce qu'il refuse de faire, prenant des échappatoires plus ou moins évidentes, la plus drôle consistant à menacer devant une équipe de télévision venue pour autre chose, de tuer une oie par jour jusqu'à ce que l'état rétablisse les financements de l'université. Et le pauvre Hank, abandonné pour le week-end par sa femme, a bien d'autres chats à fouetter, comme le retour de son père, universitaire célèbre qui a sombré dans la dépression, ou sa prostate qui fait des siennes.

 

 

Il y a une évidente jubilation dans la description ironique de ce petit monde d'universitaires qui "caressent leurs fantasmes paranoïaques de la même façon que les chiens se lèchent les testicules" et qui font des recherches sur "l'imagerie clitoridienne dans l'oeuvre d'Emily Dickinson" tout en rêvant de tromper leur conjoint avec une étudiante consentante. On suit avec plaisir les pérégrinations de Hank, qui revient avec lucidité sur les raisons qui l'ont conduit à se retrouver, à l'aube de la cinquantaine, prisonnier d'un coin de terre qu'il n'a même pas choisi, mais toujours amoureux, "à quatre-vingt dix pour cent", de sa femme. Cet homme un brin cynique, imprévisible et cultivé, est entouré d'une galerie de personnages attachants (comme Mr Purty, le voisin malmené de sa mère, Rachel, la secrétaire qui termine toutes ses phrases par des points d'interrogation ou Billy, son collègue qui court après l'argent pour payer les études de ses dix enfants) ou horripilants (le geignard Teddy ou la dure June en tête), mais tous profondément humains, qui se débattent dans des vies qui les gênent aux entournures comme un costume trop petit. Certains passages sont fort drôles (Hank se retrouve successivement dans le plafond, en prison puis à l'hôpital) voire carrément jouissifs, comme la réhabilitation tardive de Dickens par William Devereaux senior, qui a passé toute sa carrière à l'éreinter en raison de son sentimentalisme pour lui reconnaître au soir de sa vie "une force... quelque chose de... transcendant, vraiment" et finir par mourir en lisant L'Ami commun. Un roman dense, ironique et désabusé, que je recommande plus que chaudement ; une chose est certaine, chers happy few, je n'en ai pas fini avec Richard Russo. Oh non.

 

Richard Russo, Un rôle qui me convient (The straight man), 10/18 domaine étranger, traduit de l'américain par Jean-Luc Piningre, 430 pages, 1998 pour la traduction française, 1997 en VO. 

 

Un grand merci à Zag pour le cadeau : il n'a séjourné que deux ans et trois mois dans la PAL. No comment.  

16.11.2009

A l'abordage, cacahouètes et potage!

larançondespirates.jpg2216, Angleterre. Enfin, ce qu'il en reste. Lily Melkun, 13 ans, est pêcheuse dans les Dix dernières contrées d'Angleterre, terres très pauvres du sud de feu le Royaume-Uni, soumises malgré elles aux raids des pirates et oubliées de l'état et surtout de l'Ecosse, devenue une super-puissance. Un jour, Lily rentre au village pour trouver ce dernier en émoi : les pirates de Medwin ont fait une razzia et non contents d'enlever Lexy, la fille du Premier Ministre qui vivait chez sa tante, ils sont assassiné la grand-mère de Lily. Seule au monde, Lily décide de fuir afin d'échapper au mariage auquel on veut la contraindre : elle se met en tête d'aller sauver Lexy des griffes des pirates en proposant une rançon qu'elle a dérobée chez la tante de la petite fille, un bijou qui parle... Les aventures commencent.

 

 

En 2008, The Times a organisé un concours d’auteur avec Barry Cunningham, l’éditeur d’Harry Potter, comme président du jury, chers happy few, dans le but de découvrir un nouvel auteur jeunesse. C'est Emily Diamand et sa Rançon des pirates qui a remporté le concours et donc la publication, avec cet ouvrage de SF post-apocalyptique qui décrit un monde ravagé par une catastrophe écologique sans précédent. Alors que les trois quarts de Londres sont sous les eaux et que la partie émergée de la ville est un marécage sans nom, l'Ecosse, elle, au-delà de ses frontières sévèrement gardées, est une nation puissante, qui, dit-on, aurait gardé quelques ordinateurs et quelques machines intelligentes d'avant la catastrophe, ce qui est formellement défendu aux habitants des Dix dernières contrées, et maîtrise les nouvelles énergies, ce qui lui assure une grande richesse. Comme toujours dans les romans post-apocalyptiques, l'humanité revenue à l'âge pré-technologique doit faire face à des menaces qui semblent surgies d'une époque révolue, ici les pirates qui ont mis en coupe réglée les rivages pauvres et qui livrent une lutte sans merci aux Anglais dans le but de prendre le pouvoir sur ce qui reste de l'Angleterre.

 

Avec son intrigue pas franchement révolutionnaire (une ado brave tous les dangers pour sauver une petite fille et se retrouve prise au milieu d'une intrigue dont l'ampleur la dépasse) qui enchaîne les rebondissements par à-coups (le début est très lent), ses personnages assez superficiels et son style très plat et un peu artificiel (notamment l'alternance des points de vue entre Lily et Zeph qui ne se justifie pas vraiment), La rançon des pirates est un roman qui s'adresse à mon avis à de très jeunes lecteurs (dès 9 ans) et qui ne m'a pas vraiment convaincue, chers happy few. Si on en croit Cunningham, qui se fend des traditionnelles louanges de 4ème de couverture (une habitude décidément détestable, mais cela n'engage que moi), Emily Diamand est un grand écrivain. Si c'est vrai, elle a une mauvaise traductrice.

 

 

Emily Diamand, La rançon des pirates, Michel Lafon, 371 pages, traduit de l'anglais par Nathalie Gouyé-Guilbert, mars 2009

Le billet de Mélanie, qui m'avait donné envie.

 

Et comme de nos jours on semble ne plus savoir écrire de one-shot et qu'on surfe allègrement sur la vague des séries à rallonge, il y aura une suite, qui sortira en Grande-Bretagne en 2010. (Oui, je suis en mode schtroumpf grognon en ce moment, j'assume.)

 

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Challenge Crazy SF

Catégorie Post-apocalyptique

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(Toutes les informations sur ce Challenge sont chez GeishaNellie.)