19.05.2011

Colères - Lionel Duroy

Je n'avais pas prévu de mettre en ligne dans ce salon ces quelques lignes sur Colères de Lionel Duroy, lu dans le cadre du Prix des Lecteurs de L'Express (par une espèce d'attitude follement perverse que j'assume totalement, il m'arrive souvent de garder mes billets sérieux pour d'autres supports) mais le récent billet d'Emeraude m'a poussée dans mes retranchements (de la métaphore guerrière dès le matin, je ne suis pas du tout dans l'exagération, happy few de mon coeur diabolo, pas du tout).

 

entrer des mots clefs

"Ecrire c'est une façon de rester debout" : ainsi s'exprime Lionel Duroy dans une interview, et c'est exactement ce qu'il met en oeuvre dans Colères, ce roman autobiographique (on ne se laissera pas abuser par la modification des noms, l'écrivain qui se livre dans ce roman s'appelant Marc Maison) rédigé au jour le jour quand il s'est trouvé confronté à un bouleversement familial de grande ampleur au moment de la sortie de son autobiographie, Le chagrin. En effet, sa femme, Hélène, lui avoue qu'elle ne le désire plus et prend un studio et son fils, David, l'escroque de la pire des manières qui soit. Roman "à fleur de peau", Colères (on remarquera l'emploi révélateur du pluriel, le narrateur étant assailli de tous côtés par des motifs de colère divers) est un roman qui exhibe ce que l'on cache normalement, les fêlures, les désamours, les conflits familiaux et qui s'interroge sur l'écriture, ses vertus et ses paradoxes.  Si l'écriture est nécessaire, elle lui coûte aussi : sa famille a cessé de lui parler vingt ans auparavant quand il a publié son premier roman sur ses parents  et au moment où son autobiographie, dont l'écriture l'a à la fois libéré et laminé, rencontre un joli succès critique, sa femme le quitte et son fils se venge de ce qu'il a ressenti de l'attitude de son père à son égard. Dans un style très sobre, sans jamais tomber dans les récriminations ni le pathos (une gageure avec ce type de sujet très intime), Duroy s'interroge sur l'amour et la paternité, se remet en question et écrit, tout, pour ne pas sombrer dans la dépression et enfin, dépasser la colère. Un roman très touchant et très pudique.

Lionel Duroy, Colères, Julliard, 211 pages, 2011