16.08.2010
Alchimie
Quand le père de Jill Jekel, un chimiste, est sauvagement assassiné sur le parking de son laboratoire, le monde de la jeune fille s'écroule : non seulement son père travaillait sur une formule dangereuse visant à recréer la formule du (pas si fictif) Docteur Jekyll mais il est accusé en plus d'avoir volé des produits chimiques dangereux et, cerise sur un gâteau déjà bien lourd, il a vidé le compte en banque de sa fille, la privant ainsi de toute perspective d'avenir. Au milieu de la tourmente se dresse alors Tristan Hyde, un jeune anglais très perturbé contre l'épaule de qui Jill aimerait bien se reposer. Mais des choses étranges se produisent dans le sillage du jeune homme...
Vous l'aurez compris, perspicaces happy few, c'est alléchée par ce que j'imaginais comme une réécriture ou un hommage à Stevenson (le titre original Jekel loves Hyde est d'ailleurs très explicite, remplacé en français par ce titre passe-partout et peu accrocheur d'Alchimie pour des raisons qui ont à mon avis à voir avec ce même sous-texte, les ados français n'ayant pour la plupart jamais lu ce roman à moins de m'avoir subie en quatrième, pauvres d'eux) et le moins qu'on puisse dire c'est que j'ai été très déçue. Alchimie est en effet bâti sur une bonne idée qui n'est jamais correctement exploitée : le roman de Stevenson ne serait pas une fiction mais une oeuvre inspirée de faits totalement réels et la formule du Docteur Jekyll permettrait vraiment de créer un monstre dont descendent les Hyde, ce qui fait des membres masculins de la famille (pourquoi uniquement eux, mystère) des psychopathes incontrôlables. A partir de là, Beth Fantaskey se perd dans une narration qui tourne en rond où elle fait alterner de manière assez plate les points de vue de Jill et de Tristan. C'est long, les personnages avancent pour mieux reculer (Jill est très agaçante, elle veut, elle ne veut plus, elle voudrait bien) et quand on croit enfin que l'intrigue franchit un palier avec la guérison de Tristan, nous voilà repartis pour un tour de manière artificielle avec Jill, puis le père de Tristan, sans compter que les quelques rebondissements qui parsèment l'histoire sont totalement téléphonés. C'est un roman qui se voudrait une métaphore du côté obscur de l'adolescence mais Beth Fantaskey ne réussit pas à dépasser la démonstration parce qu'elle ne parvient à mon sens jamais à relier finement cette métaphore à l'histoire qu'elle raconte. Si on ajoute une traduction parfois lourdaute, on obtient un roman dispensable, chers happy few.
Beth Fantaskey, Alchimie (Jekel loves Hyde), Msk, traduit de l'anglais par Nathalie Jakubowski, 397 pages, septembre 2010 pour la traduction française et 2010 pour la parution en VO.
Ce roman a été aussi lu par Nataka (en anglais).
14:23 Écrit par fashion dans Fantastique, Jeunesse, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : la rentrée littéraire commence light, je patine dans un roman indien, j'aime beaucoup un roman américain, j'ai envie de classiques, normal c'est la rentrée, bref c'est pas gagné tout ça