25.09.2008

Call me Mrs D.

Non, vous ne rêvez pas, chers happy few matutinaux (depuis le temps que j'avais envie d'employer cet adjectif, je suis envahie par la douce torpeur provenant de la satisfaction du devoir accompli), j'ai bien réussi à épouser Darcy. Ze one and only. Fitzwilliam de son (vilain) prénom. Absolument. Et pour ce faire, il ne m'aura fallu qu'une petite heure, quelques humiliations, trois fous rires et une ténacité à l'épreuve de son fameux Bouclier d'Orgueil, le tout grâce à


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Jane Austen et moi d'Emma Campbell Webster.



Voici typiquement le genre de livre que je n'aurais jamais acheté. Il s'agit d'une variante des fameux "romans dont vous êtes le héros", qui faisaient fureur du temps de ma folle jeunesse et que je n'ai jamais aimés : j'aime qu'on me raconte une histoire et non créer la mienne avec des dés et des calculs (toujours faux, of course). Mais il se trouve qu'une amie bien intentionnée m'en a fait cadeau, irrésistiblement attirée par les yeux énamourés de Darcy sur la jolie couverture de Pénélope Bagieu, et sachant qu'au pire je serais ravie d'ajouter un Darcy supplémentaire à ma bibliothèque (monomaniaque, moi ? jamais). Je me suis donc lancée dans l'aventure, curieuse de voir où elle me mènerait. Car le but de l'histoire est simple : vous incarnez Elizabeth Bennett et vous devez réaliser un mariage avantageux et d'amour. Hélas pour vous, vous ne possédez ni Fortune ni Relations ni Talents. A vous de vous débrouiller pour vous faire épouser quand même malgré toutes ces tares (qui en plus se multiplient au cours du jeu : je me suis retrouvée affublée par exemple d'un "Déplorable Faible pour la Littérature Gothique", de "Préjugés Obstinés" et, pire, de "Connaissance Insuffisante de la Broderie", autant vous dire que mon amour-propre en a pris un sacré coup, chers happy few). Le livre se divise en 4 parties, qui sont autant d'étapes à franchir pour parvenir à Darcy, car vous imaginez bien, chers happy few, que je ne visais que lui, même si tous les personnages masculins des romans de Jane se bousculent dans ce roman. Après m'être comportée comme une idiote à Northanger Abbey et m'être ridiculisée devant Mr Tilney (il ne faut définitivement pas abuser de la lecture d'Ann Radcliffe, chers happy few), j'ai donc été demandée successivement en mariage par Mr Crawford (refusé, non mais quel noceur, on ne me la fait pas), Mr Knightley (trop vieux et trop donneur de leçons), Mr Darcy une première fois (mais je savais qu'il fallait refuser et j'ai bien fait car sinon j'aurais fini par mener une vie adultère avec Mr Martin, non mais quelle horreur!) puis Mr Darcy une deuxième fois, ce qui m'a conduite à la félicité la plus parfaite. Evidemment.

Alors autant le dire tout de suite, chers happy few, pour apprécier ce curieux ouvrage, il faut avoir une solide connaissance de l'oeuvre de Jane, et si vous voulez finir dans les bras virils (mais toujours corrects) de Darcy, il faut suivre la trame d'Orgueil et Préjugés à la lettre : tout manquement est immédiatement puni par un échec de votre mission, parfois même par la mort (vous frissonnez, hein ?). Le début, qui paraphrase le début d'Orgueil et Préjugés en y ajoutant des commentaires du maître de jeu est drôle et démarre sur les chapeaux de roue, pour s'enliser un peu à cause d'un problème de cohérence narrative : je discutais tranquillement avec Wickham quand un de mes choix m'a projetée sans ménagement et sans transition aucune dans une discussion avec Tom Lefroy, ce que j'ai trouvé déstabilisant (même si, je l'avoue volontiers, rencontrer Tom fut délicieux). Ce genre de mésaventure m'est arrivée deux fois, et j'ai subi un malencontreux retour en arrière (on voulait me forcer à revivre la désagréable première demande en mariage de Darcy, quel manque de tact, chers happy few!). Je ne sais si c'est dû à un défaut de construction ou de correction dans la pagination mais ça a coupé mon élan. Il y a aussi quelques longueurs (que j'ai évitées en trichant de manière éhontée, j'avoue tout) et le mélange de toutes les intrigues n'est pas forcément heureux. Il faut donc prendre cet ouvrage pour ce qu'il est : un jeu qui m'a fait souvent sourire et parfois rire, et qui m'a permis de concrétiser enfin un vieux rêve d'adolescente en épousant le ténébreux Darcy. Que voulez-vous, chers happy few, on ne se refait pas.


Emma Campbell Webster, Jane Austen et moi (Lost in Austen : Create your own Jane Austen Adventure), Danger Public (traduit de l'anglais par Sylvie Doizelet), 375 pages, illustrations de Pénélope Bagieu

Le billet de Clarabel, qui a épousé Wickham puis Knightley : Darcy is definitively mine, chers happy few!


PS : l'auteure est une spécialiste de l'oeuvre d'Austen, son site est ici.