20.08.2009

On s'était dit : "Rendez-vous dans dix ans..."

(Oui, chers happy few, aujourd'hui, c'est nostalgie attitude, parce que nous le valons bien. Et Patrick aussi.)

 

Dans cette énième rentrée littéraire, qui est comme d'habitude aussi excitante qu'un bol d'ovomaltine, il n'y a qu'un auteur, chers happy few, dont j'attendais le roman avec impatience. Oui, un seul petit veinard (ou pas) : Antoine Laurain, dont j'avais beaucoup aimé Fume et tue, découvert à l'occasion de la première édition du Prix Landerneau, et qui est de retour avec

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Carrefour des nostalgies, aux éditions Le Passage.

 

 

François Heurtevent,  vient de perdre les élections : il n'est plus le maire de Perisac. Destabilisé, brusquement désoeuvré, François est perdu dans la nouvelle vie qui lui tombe dessus. Alors qu'il réceptionne les cartons d'archives en provenance de la mairie, il tombe sur une vieille photo de classe, celle de sa classe de Terminale du cours Levert. Curieux, vaguement nostalgique, François, qui a loué par hasard l'appartement de son ancien mentor en politique, André Dercours, mort depuis des années, demande à un de ses amis des services secrets de retrouver la trace de ses anciens camarades. En parallèle, il ouvre, dans l'appartement de Dercours, un placard dissimulé dans le mur et qui contient une trace du passé. Voilà François lancé dans deux enquêtes qui le mèneront plus loin que prévu. Ou qu'espéré.

Décidément, chers happy few, Antoine Laurain est un excellent raconteur d'histoires. Il a le don pour tricoter sans avoir l'air d'y toucher, avec une étonnante fluidité, des intrigues bien ficelées qui entraînent toujours le lecteur dans des endroits insoupçonnés. Si la nostalgie sert de point de départ et de trame de fond à ce roman, il apparaît rapidement qu'elle n'est nullement gratuite et qu'elle motive une quête qui aura des répercussions de taille dans la vie de François. Tout l'art d'Antoine Laurain est de partir d'un point de départ à la fois intime et universel (que celui qui n'a jamais googlisé ses camarades de classe se dénonce sur le champ, chers happy few), et de le mêler à une autre enquête, qui semble politique pour se révéler rapidement toute différente. François, personnage très attachant malgré (ou à cause de) ses défauts, retrouve ses camarades dans des scènes tour à tour drôles (les rencontres avec Clément Jacquier, réalisateur de films X, ou Cédric Pichon, concepteur hors-normes de jeux vidéo) ou émouvantes (les vies de Marjorie Levart que la vie a menée sur d'étranges chemins de traverse ou Jérôme Auberpie devenu prêtre par amour). Parfaitement construit, ce roman qui a de faux airs de roman policier est un roman sur le temps qui passe, narré dans un style à la fois enlevé et chaleureux. La rentrée est bonne, finalement, chers happy few.

 

Antoine Laurain, Carrefour des nostalgies, Le Passage, 301 pages, août 2009.

Challenge du 1% littéraire officiel (1/7)

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