11.06.2009

Au vent mauvais

de pierre et de cendre.jpgAngleterre, 1898. Le jeune Samuel Godwin, étudiant en art, a été engagé par le très riche Ernest Farrow pour servir de précepteur à ses deux filles, la douce Juliana et la sauvage Marianne, respectivement âgées de 17 et 16 ans. Immédiatement séduit par la personnalité des deux jeunes filles, par l'amabilité de leur gouvernante, Charlotte Agnew, et par le charisme de Mr Farrow, le jeune homme tombe littéralement amoureux de la maison, Fourwinds, somptueuse demeure qui a la particularité de présenter sur ses façades une sculpture représentant les Quatre Vents, d'où son nom. Mais la façade qui devrait mettre en scène le Vent d'Ouest est nue, Marianne a des crises de somnanbulisme qui ressemblent à des épisodes de folie passagère, Juliana semble cacher quelque chose et leur mère, Constance Farrow, est morte dans des circonstances étranges. Que s'est-il réellement passé dans cette charmante demeure ?

De pierre et de cendre est un hommage affiché aux romans victoriens et gothiques, chers happy few, et qui à ce titre, en reprend ouvertement certains codes. Il débute comme La dame en blanc de Wilkie Collins : un jeune professeur de dessin arrive de nuit dans une grande propriété solitaire et il est confronté à une apparition, ici en l'occurence Marianne, qui tient un discours sans queue ni tête sur la disparition du Vent d'Ouest. S'enclenche ensuite une narration à deux voix (celle de Charlotte, la gouvernante, et celle de Samuel), parfois entrecoupée de lettres ou de récits menés par une tierce personne. Cette alternance des points de vue clairement matérialisée par les en-têtes de chapitres, permet d'instaurer un malaise qui de diffus au départ, devient de plus en plus pesant, l'écheveau du terrible secret de famille étant déroulé de manière quasiment parallèle par Charlotte (bien malgré elle) et par Samuel le bien nommé (Godwin=Good Wind) (et qui lui, mène volontairement l'enquête). Je ne peux rien dire de l'intrigue (car contrairement à une légende bien établie, je ne suis pas une spoileuse, non mais), mais elle est bien menée et l'atmosphère est particulièrement bien rendue, le cadre idyllique de ce coin de Sussex se révélant abriter beaucoup de souffrance ; on y retrouve des lieux communs propres aux romans gothiques, comme la demoiselle en détresse (qui n'est pas forcément celle qu'on croit), les figures masculines terrifiantes, le lac et son inquiétante profondeur, et les mystérieuses scènes de nuit, auxquelles s'ajoute une réflexion sur l'art, peinture et sculpture, qui parcourt le roman de manière très intéressante. A ce titre, j'ai commencé par pester contre la couverture du Livre de Poche, me disant qu'un tableau pré-raphaélite aurait été une bien meilleure idée, tant pour la période que pour les personnages (le tableau choisi date de 1909), avant de comprendre en cours d'intrigue le pourquoi de ce choix finalement pas si mauvais. Au final, si De pierre et de cendre n'est pas le roman du siècle, c'est un bon roman page turner, qui ravira les amateurs de littérature victorienne, de belles maisons et de secrets, et que vous pouvez emporter dans votre valise en toute confiance (ben oui, les vacances se profilent, non ?) (comment ça, pas pour tout le monde ?).

Linda Newbery, De pierre et de cendre (Set in stone), Le Livre de Poche, 380 pages, traduit de l'anglais par Joseph Antoine, 2006 pour la première parution, 2008 pour la traduction française et 2009 pour la présente édition (ce roman a d'abord été publié chez Phébus). Je trouve le titre anglais meilleur et plus parlant, by the way (ben oui, si je ne pinaillais pas, vous vous demanderiez ce qui m'arrive, chers happy few, ne niez pas, va, je sais tout).

Les billets des copines victoriennes : Cryssilda, Lilly (qui a été la première à me donner envie de lire ce roman et qui a manifestement contaminé tout le monde), Lou, Pimpi, Romanza.