11.10.2009

"Joss Whedon is a god"

Il y a de cela quelques semaines, chers happy few, j'ai été très gentiment conviée par les éditions Gallimard jeunesse en la personne de Victor Dillinger, attaché de presse, à réaliser une interview d'Alison Goodman, l'auteur de Eon et le douzième dragon, excellent roman de fantasy dont j'ai parlé ici.

Alison est extrêmement chaleureuse et sympathique, nous avons bavardé off the record et avons découvert que nous partagions le même engouement pour Joss Whedon, Buffy et Spike pour ne citer qu'eux, et que Jamie Fraser était notre fantasme commun, comme quoi je ne suis pas si seule dans l'univers, ça fait plaisir.

Voici donc une retranscription de l'interview, interview que vous pouvez aussi voir (on n'arrête pas le progrès, chers happy few), en  6 morceaux sur youtube (je donne le lien à chaque fois), si vous n'avez pas peur d'être agressés par ma coupe de cheveux. Ne dites rien sur mon accent anglais, s'il vous plaît, mon petit coeur tout mou n'y résisterait pas.

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(Alison Goodman chez Gallimard où a eu lieu l'interview. Photo de moi-même, (presque) sans flou, visible en plus grand si on clique dessus. On n'arrête pas le progrès.)

 

Si j'ai facilement identifé dans Eon les emprunts à l'astrologie chinoise, à la civilisation japonaise et au feng-shui, je suis certaine d'en avoir manqué d'autres. De quoi vous êtes-vous inspirée pour écrire ce roman ?

Une de mes tantes était japonaise, elle a transmis sa culture à ma famille, et a déclenché mon intérêt. Et puis, un jour, alors que j'écrivais mon deuxième roman (un policier pour adultes), j'ai fait des recherches sur le feng-shui et son histoire et j'ai alors découvert un tout petit paragraphe qui relatait un incident historique mineur  : un empereur avait décidé de faire bâtir un palais pour asseoir la puissance de son fils. Il a réuni tous les maîtres feng-shui les plus réputés et il lui ont construit un magnifique palais. Il les alors tous fait exécuter. Quand j'ai lu cette histoire, quelque chose en moi s'est déclenché et dix minutes après, j'avais les grandes lignes de l'histoire d'Eon.

http://www.youtube.com/watch?v=9GTjhq1KKXE

 

Vous vous êtes appuyée sur l'histoire chinoise (le pouvoir, l'empereur) et sur l'histoire japonaise (avec l'allusion aux étrangers qui sont mal perçus par ce pays fermé). Pourriez-vous développer un peu ce qui vous a intéressée dans ces pays ?

C'est vrai que je me suis appuyée sur leur Histoire, j'ai notamment repris l'ouverture de ce pays d'une Asie magique et mythique aux étrangers diabolisés. J'en ai fait la base de l'intrigue politique : l'empereur veut ouvrir le pays au reste du monde, alors que son frère, le diabolique Sethon, veut revenir à un isolationnisme forcené, ce qui va bien évidemment créer un conflit.

http://www.youtube.com/watch?v=RyI1KFib8_Y

 

Comment vous est venue l'idée du Dragon Miroir ?

Dans l'astrologie chinoise il y a 12 animaux (que je ne peux pas citer comme ça, au débotté, rires). Dans mon roman, j'ai associé chaque animal à un dragon et quand je suis arrivée au dragon-dragon, je me suis dit "Tiens, voilà un nom intéressant!". Il y a une symétrie dans ce nom qui en fait un miroir, ce qui colle parfaitement au thème du roman qui contient beaucoup de jeux de miroirs. Il y a par exemple cette scène où Eon voit son reflet dans un miroir et découvre sa féminité, et beaucoup de jeux de regards entre les personnages. C'est pour cette raison thématique que je l'ai créé et que je lui ai donné ce nom... et pour d'autres raisons que je garde secrètes pour ceux qui n'auraient pas lu le roman!

http://www.youtube.com/watch?v=TjQ22ghE3U0

 

Quel est votre signe astrologique chinois ?

Je suis Cheval. Cheval de Feu pour être précise. J'ai lu que dans les temps anciens, les femmes qui naissaient sous ce signe étaient considérées comme dangereuses (rires). Tellement dangereuses d'ailleurs, qu'on les noyait à la naissance. C'est l'aspect négatif de ce signe mais nous sommes aussi réputées pour être passionnées et créatives!

http://www.youtube.com/watch?v=gTT6AuoXVIA

 

Eona est un personnage très intéressant, notamment dans le fait qu'elle veut tellement nier sa part féminine qu'elle en vient à la détruire presque entièrement. Faut-il y voir une métaphore de la difficulté à trouver son identité sexuelle à l'adolescence, d'autant que d'autres personnages sont à cheval sur les genres (Dame Dela et Ryko pour ne citer qu'eux) ?

Oui, Eona est venue de cette partie de moi-même qui s'est rendue compte en grandissant que les garçons avaient plus de liberté que les filles. Et cette partie de moi voulait être un garçon. Bien sûr, cela a changé et je suis contente d'être une femme, mais dans la société d'Eona, les choses ne sont pas les mêmes que dans notre société, les femmes y sont opprimées. Etre une femme pour Eona signifie souffrir, c'est pour cela qu'elle veut être un mâle. Et cela va la mener dans la quête de son identité, qui va se poursuivre dans le tome 2, qui s'intitulera d'ailleurs Eona, et non plus Eon.

http://www.youtube.com/watch?v=Y0pe6gY588s&feature=re...

 

Puisque vous parlez du deuxième volume, pourriez-vous nous en donner un aperçu, quelques spoilers peut-être ? En saura-t-on plus sur la disparition du Dragon-Miroir ?

De nombreuses choses seront expliquées dans le tome 2 et l'une d'elles est pourquoi le Dragon-Miroir a quitté le cercle. On saura aussi ce qui est arrivé à Chart et Rila, à Dame Dela et Ryko, à Dilon (pauvre Dilon, rires) et à Lord Ido! (note : on a alors évoqué le triangle amoureux qui semble se profiler entre Ido, Eona et le Prince... mais je n'en dirai pas plus, parce que parfois je suis vilaine, oui, je sais, c'est mal)

http://www.youtube.com/watch?v=ClPyGyKzZvw

 

Un grand merci à Alison pour sa patience et sa disponibilité et à Victor, qui a filmé, monté et sous-titré l'interview! Et vivement le tome 2 (qui devrait paraître courant 2010)!

En bonus : Alison Goodman répond au questionnaire de Proust.

03.09.2009

La fureur du dragon

eon.jpgEon se prépare pour la cérémonie qui, comme chaque année, permettra à un jeune garçon de 12 ans d'accéder au rang d'apprenti d'Oeil du Dragon Ascendant. Cette année est celle du Dragon Rat et le candidat choisi au terme d'un rituel aura 12 ans (un cycle) pour apprendre à maîtriser la puissance du dragon sous les ordres de l'Oeil du dragon, Sire Ido. Mais Eon a un secret : ce n'est pas un garçon de 12 ans mais une fille infirme de 16 ans. Or les femmes ont interdiction de participer au rituel mais son maître, persuadé de ses nombreux talents (elle a un pouvoir extrêmement rare, celui de voir réellement les 11 dragons) l'a entraînée et présentée. Mais les choses ne vont pas se dérouler comme prévu... 

 

Eon le douzième dragon d'Alison Goodman est un roman dans lequel Gallimard a manifestement beaucoup investi puisqu'il est publié simultanément dans une édition jeunesse (Gallimard jeunesse, donc) et une édition adulte (La Table Ronde, dont la couverture, qui figure en tête de ce billet, est très belle). Et autant dire que ce roman de fantasy, premier volet d'un dyptique (le volume 2 est annoncé pour 2010) justifie la confiance que son éditeur-traducteur a placé en lui, tant je l'ai trouvé bon!

Le monde dans lequel se déroule ce roman d'aventures initiatique sur fond de révélations personnelles et de luttes de pouvoir est très riche, empruntant à la fois aux mythologies chinoises et japonaises qu'Alison Goodman s'est très intelligemment appropriées. On y suit donc Eona, qui se fait passer depuis des années pour un garçon afin de pouvoir être choisie par le Dragon Rat, ce qui apporterait à son maître richesse et puissance. C'est un personnage intéressant parce qu'elle est obligée de cacher à tous sa véritable nature qui l'embarrasse parfois tellement qu'elle voudrait s'en débarrasser de manière définitive, ce qui conduit à une réflexion assez fine sur les rapports masculin/féminin, réflexion accentuée par la présence de deux personnages au sexe flou : Ryko, Homme Ombre (eunuque dopé pour garder une musculature de soldat) et Dame Dela, qui est un Contraire (elle a une âme de femme et un corps d'homme). Dans une civilisation où les femmes sont tenues pour quantité négligeable (elles ne participent pas au gouvernement, les concubines de l'empereur sont cantonnées dans le harem et l'empereur est jugé irresponsable de vouloir les éduquer), Eona se rend compte assez vite qu'il n'en a pas toujours été ainsi. Son pouvoir, dont elle ignore la source, la place alors au centre d'une bataille politique entre l'Empereur régnant et son frère, Sethon, qui veut usurper le trône. Alliances stratégiques, rebondissements en série, révélations... ce roman haut en couleur est passionnant de bout en bout. Vivement la suite, tiens.

 

Alison Goodman, Eon le douzième dragon (Eon, dragoneye reborn), Gallimard jeunesse et La Table Ronde, traduit de l'anglais par Philippe Giraudon, 519 pages, septembre 2009.

La double publication de ce roman en jeunesse et en "adulte" me permet de placer ce roman dans le Challenge du 1% littéraire officiel. (4/7)

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