06.07.2010

"Après tout, les romans ne sont pas nécessairement conçus pour suivre le plus court chemin..."

Ne vous réjouissez pas trop tôt, optimistes happy few : avec la semaine et le week-end qui s'annoncent (Barcelona me voilà) (oui, j'y vais tous les ans, je sais) (je suis une femme à obsessions et Gaudi en est une, my bad), ce blog n'est pas près de retrouver une activité normale, et j'en suis la première marrie, vous pouvez me croire. Mais on me dit en régie qu'à partir du 15 juillet j'aurai du temps pour lire et bavasser par ici, mon emploi du temps de ministre ayant décidé que les vacances n'étaient pas que pour les autres, non mais. (Oui, j'ai un agenda qui proteste de manière véhémente, mais c'est parce qu'il est mal élevé, le bougre.)

 

Bref. J'ai réussi à lire, entre deux sorties, trois apéros, quatre réunions, la correction du brevet, trente-six mails et dix coups de fil hystériques pour terminer la préparation de Books and the City 3 :

 

la reine des lectrices.jpg

 

La reine des lectrices d'Alan Bennett.

 

121 pages en Folio.

 

Bel exploit pour lequel il m'a fallu pas moins de 5 jours : ce n'est pas une panne de lecture même si ça y ressemble fort, chers happy few, c'est une overdose de vie réelle, eh oui, ça arrive, une de celle qui contraint à remplacer notamment la sacro-sainte lecture dans le métro par "je réponds à mes mails over urgents" par la grâce de la smartphonie, louée soit-elle. Ne soupirez pas, chers happy few, je sais que ma vie vous fascine, parce qu'elle le vaut bien, of course.

 

Sa Majesté la Reine découvre, de manière aussi fortuite qu'inopinée, l'existence d'un bibliobus derrière le palais de Buckingham. Elle emprunte un ouvrage par devoir, le lit parce qu'elle l'a emprunté (la Reine est une femme qui ne faillit jamais à ses obligations, c'est là son moindre défaut) et de fil en aiguille se pique au jeu et devient une LCA, avec tous les symptômes qui en découlent : elle tient un carnet pour sa LAL, note des citations et des réflexions sur un cahier, découvre que les romans lui donnent invariablement envie d'en lire d'autres par le jeu des correspondances, des citations et des influences, aimerait secouer certains auteurs, converser avec d'autres et regrette de ne pas avoir posé les bonnes questions à ceux qu'elle a vraiment rencontrés, et en s'affinant (on ne lit pas impunément des centaines de romans) son regard de lectrice change sa façon d'être, au grand dam de son conseiller principal et du Premier Ministre, qui ne reconnaissent plus leur Reine dans cette femme qui devient spontanée et sensible.

 

La Reine des lectrices est un petit roman extrêmement sympathique, chers happy few, qui décortique parfaitement ce qui est à l'oeuvre dans le processus de la lecture et dans le fonctionnement si particulier des LCA (notamment le côté compulsif que nous avons bien du mal à maîtriser et la façon dont le monde tourne pour nous autour de nos lectures, devenant le sujet de bien des conversations et influant sur notre comportement et notre personnalité : nous sommes le résultat de nos lectures autant que de nos expériences personnelles). Un style alerte, incisif et parfois irrévérencieux, un sens certain de la formule ironique et une chute bien tournée font de ce roman un délicieux petit ouvrage, chers happy few!

 

Alan Bennett, La Reine des lectrices (The uncommon reader), Folio, traduit de l'anglais par Pierre Ménard, 121 pages, 2010 pour la parution en poche, 2009 pour la traduction française, 2007 pour la parution en VO.

 

Ce roman a été beaucoup lu l'année dernière, notamment par AmandaCathulu, ChiffonnetteCuné, KeishaLou, Pimpi et plus récemment par Delphine (merci pour le prêt, wild girl!)