13.05.2011
Le vendredi, c'est... slip moulant
Avertissement : pour tout réclamation concernant le billet qui va suivre, merci de vous adresser à Cuné.
La semaine dernière, au milieu des mails d'auteurs auto-proclamés, auto-édités et fluent en moldave, et des propositions fascinantes (50% sur les mugs Jean-Luc Lahaye, autant vous dire que j'en ai profité pour faire un stock, car on n'a jamais assez de lahayeries chez soi, comme le dit un vieil adage médiéval), j'ai trouvé un mail de Cuné qui me disait, en français et en substance (elle parle les deux langues couramment, merveilleuse qu'elle est) : "Lis ce billet-là, ma fille, tu me remercieras plus tard en m'offrant une coupe d'un breuvage alcoolisé à bulles, en tout bien tout honneur, évidemment." Le billet en question s'est révélé être une book review (il paraît que c'est le nouveau mot à la mode, et comme chacun le sait, je suis une followeuse, il ne manque plus que je me mette à faire des vidéos, tiens) de l'autobiographie d'Adam Copeland, mieux connu par ses fans sous le nom de Edge.

Oui, c'est un catcheur.
Don't run.
Yet.
Quand Edge a annoncé sa retraite pour raisons de santé il y a quelques semaines, Ursula et moi avons abondamment commenté l'événement (oui, j'ai une amie de catch, so what ?) et avons communié dans les larmes, submergées par l'émotion de ce grand gaillard au physique pas facile facile (nous sommes des femmes, nous, chers happy few : voir un homme aussi imposant et poilu pleurer active chez nous le gène pourtant ô combien récessif de la consoleuse) (pas de l'infirmière, hein, faut pas pousser non plus). J'ai donc eu envie de partir à la rencontre de cet homme, alléchée par la critique (pardon, la riviou), de mon confrère blogueur. Et vous savez quoi, chers happy few ? Je me suis ré-ga-lée.

La seule photo que j'ai dénichée où il a presque l'air potable.
Comme il le dit lui-même : "I'm ugly."
Moi je dis que la lucidité ça rend sexy.
Adam Copeland (qui est véritablement l'auteur de son autobiographie, ce qui est suffisamment rare pour être remarqué) n'est certes pas un écrivain, mais il a beaucoup d'humour et d'auto-dérision et un talent certain de raconteur d'histoires. Fils unique, jamais reconnu par son père (il ne l'a jamais vu), ce canadien a grandi sans argent (sa mère a galéré toute sa jeunesse, ayant toujours deux jobs histoire d'assurer le minimum vital) mais entouré d'une famille nombreuse de tantes, oncles et cousins. Il découvre le catch à l'âge de sept ans, comme dérivatif et exutoire suite à un drame familial, la mort du plus jeune frère de sa mère, dont il était très proche, dans un accident de voiture. Il se découvre à la fois une passion et une vocation : il sera catcheur et rien d'autre. Enfant puis adolescent timide et renfermé, il passe son temps libre à faire de la muscu et du sport, avec celui qu'il rencontre à l'école et qui deviendra son meilleur ami puis son partenaire (et successeur) : Jay, alias Christian. Déterminé, persévérant, humble et fondamentalement optimiste, il galère quelques années, accumulant le plus d'expérience du ring possible tout en vivotant de multiples petits boulots, avant de signer enfin un contrat professionnel et de connaître une carrière prestigieuse.

Oh, la belle bleue.
Outre la vivacité du style (il manie fort bien la parenthèse, ce que je ne peux que louer) et la fluidité de l'ensemble, j'ai apprécié sa manière de ne jamais se plaindre ni se donner le beau rôle ; il se présente comme un potache qui n'a jamais grandi (mais comme il le dit lui-même, gagner sa vie en portant des collants moulants, ça ne rend pas over crédible). Il se concentre quasi exclusivement sur sa vie professionnelle et son parcours de catcheur, ne livrant finalement que peu d'éléments sur sa vie privée et il se dégage de l'ensemble une sincérité et une chaleur qui ont rendu cette lecture over agréable.
Cuné, c'est quand tu veux pour le verre.

Adam Copeland, On Edge, WWE books, 254 pages, 2006
(Pour la petite histoire, Edge a fait peur à Christophe Lambert, croisé sur le tournage de Highlander. L'anecdote m'a fait hurler de rire. Je sais, je suis bon public.) (Merci aussi pour l'analyse de la coupe mulet dans le Tennessee. Indispensable.)

Challenge Lu en VO
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00:05 Écrit par fashion dans Challenge Lu en VO | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : running ain't freedom, but bloguing is deinitively fun, et demain, ah, demain, c'est un autre jour, comme dirait scarlett
18.01.2010
"Your song is ending but the story never ends"
Ce billet contient des spoilers : si j'étais Thomas, j'évaluerais le taux de spoilers à 98%. Vous êtes prévenus, chers happy few.
C'est dans le deuxième épisode, Planet of the dead, épisode de planet opera typiquement doctoresque (une intrigue farfelue, des aliens, une femme rencontrée par hasard pleine de ressources, des dialogues piquants, un geek, le retour de UNIT et... un bus qui vole) et que j'ai trouvé excellent, que la prophétie est prononcée pour la première fois, par l'un des personnages, une femme qui a des dons de voyance et qui se trouve embarquée bien malgré elle dans cette aventure aux confins de la galaxie. "Your song is ending", dit-elle à notre Docteur, "and he will knock four times." Voilà notre Docteur prévenu. Ce qui ne l'empêche pas d'aller traîner ses guêtres sur Mars en 2058 où il rencontre les membres de la première mission de colonisation de la planète, dans un épisode, The waters of Mars, qui, s'il manque d'originalité dans l'intrigue de fond, mélange d'horreur propre à la découverte d'une entité extra-terrestre malveillante et conséquence du voyage dans le temps (le Docteur sait ce qui va arriver et il n'est pour une fois pas censé intervenir), est fascinant pour la façon dont il met en scène toute la violence du personnage du Docteur, qui, privé d'une compagne humaine qui le ramène à sa juste dimension ("the maintenance guy of the universe" comme il le dit lui-même), se prend pour Dieu et tente de créer ses propres règles au mépris de tout ce qu'il a toujours soutenu, juste parce que personne n'est là pour le retenir. J'ai trouvé la fin de cet épisode bouleversante parce que le Docteur, se rendant compte qu'il est allé trop loin, semble penser que la mort sera son châtiment et manifeste alors une humanité dont la solitude semblait l'avoir peu à peu dépossédé.
C'est cette humanité qui le pousse à la fuite entre la fin de The waters of Mars et le début de la première partie de The end of time : le Docteur, au lieu de répondre à l'appel des Oods, qui ont une information de première urgence à lui communiquer, va se balader et prendre du bon temps aux quatre coins des univers connus et inconnus, comme si le divertissement (dans tous les sens du terme) pouvait mettre à distance la mort qui s'approche. La même humanité qui le pousse à retarder l'inéluctable échéance, le pousse de même à refuser la mort, qui se présente finalement de manière inattendue, par les mains de celui auquel on s'y attend le moins. Car le Docteur sait qu'en mourant, même s'il se régénère, il n'est plus tout à fait le même : il a ses souvenirs certes mais pas la même personnalité, comme c'était très clairement signifié dans The Christmas Invasion, le premier épisode de Noël entre la saison 1 et la saison 2 où, se réveillant après sa régénération, il se demandait quel genre d'homme il était devenu, pour conclure par "No second chances. That's the kind of man I am." Il accomplira son destin parce que c'est aussi ça, le Docteur, un homme (enfin, un Seigneur du Temps) finalement prêt à tout pour sauver l'humanité, cette race pour laquelle il a toujours eu un faible. Alors, oui, cet épisode final n'est pas le meilleur écrit pour la série (surtout la première partie), mais je n'aurais pas pu me dispenser des adieux du Docteur, qui fait la tournée des personnages qui ont compté pour lui, afin de leur dire adieu à tous, Jack, Rose, Martha, Sarah Jane et les autres, disant par la même occasion adieu aux spectateurs qui ont suivi avec passion et enthousiasme les "saisons Tennant", acteur merveilleux qui nous laisse avec un nouveau Docteur, "still not ginger" et que j'aime déjà, chers happy few, parce que je suis comme ça, littéralement hantée par cet extra-terrestre qui a tant vécu et tant vu et qui garde encore et toujours foi dans les capacités humaines, qui fait preuve d'un optimisme loin d'être béat et d'une énergie folle, le tout mâtiné d'une insatiable curiosité intellectuelle. The Doctor is dead. Long live The Doctor.
Doctor Who, Specials, zone 2 en import anglais uniquement, VO et VOST en VO, 3 épisodes de 60 mn environ et 1 épisode en 2 parties, 60 mn et 70 mn.
PS : Le titre de mon billet, emprunté aux Oods, résume tellement bien l'esprit de la série et tout le pouvoir de la fiction que je pense en faire un badge, tiens.
18:04 Écrit par fashion dans Séries télé | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note | Tags : david forever and a day, doctor forever and a day too, j'ai utilisé un paquet de mouchoirs, je veux la saison 5 maintenant, et revoir les saisons 1 à 4, ah, ça j'ai commencé, oups
31.12.2008
Paradis terrestre
A Clude, plat pays, on ne cultive que des tomates plates, sur lesquelles tombe une pluie plate. Les habitants vivent en harmonie et en bonne intelligence, ignorant les affres de la jalousie et du capitalisme. Mais ce bonheur tente des requins : une armada de vendeurs en tous genres investit le village...
Ce n'est qu'en refermant ce Pays des tomates plates que je me suis rendue compte, chers happy few, que j'aurais pu inclure Beignets de tomates vertes (que j'ai tant aimé) dans le Challenge Le Nom de la Rose, catégorie plante donc, ce qui m'aurait épargné cette lecture fastidieuse et laborieuse au possible. J'ai en effet trouvé l'histoire de ce petit village réfractaire au profit et ouvert à l'amour d'un inintérêt total. Sur une histoire d'une banalité affligeante (la 4ème de couverture, qui parle d'un "réalisme ingénu à la Marcel Aymé" me faisait craindre le pire et j'avais bien raison : avez-vous remarqué comme plus on invoque de prestigieuses influences, plus le roman est mauvais, chers happy few ?), le lecteur d'abord incrédule puis de en plus affligé, voit défiler poncif sur cliché. Les habitants de Clude (toponyme qui donne lieu, tenez-vous bien à une invention in-cro-ya-ble : tous les habitants ont un nom qui commence par Cl) (je vous avais dit que vous seriez épastouflés, chers happy few) sont des gens honnêtes et bons, qui ne mettent pas d'engrais dans leurs tomates, vivent en symbiose avec la nature, appliquent la démocratie et pratiquent l'amour libre. Comme vous le voyez, chers happy few, il s'agit de faits proprement révolutionnaires. La fable (car il paraît d'après toujours cette 4ème de couverture d'anthologie écrite manifestement par un génie sous acide de chez Pocket que c'en est une) est martelée à coup de gros sabots sans humour ni drôlerie, on nous raconte tout bien en détail au cas où le lecteur, aussi benêt qu'un cludien, n'aurait pas tout compris et la fin (à laquelle je suis parvenue à grands renforts de soupirs, de yeux au ciel et de pages lues en diagonale, j'avoue tout) réussit l'exploit d'être à la fois totalement attendue, complètement risible et atrocement niaise. Du grand art, qui prouve si besoin était que n'est pas Marcel Aymé qui veut.
Georges Coulonges, Le pays des tomates plates, Pocket, 2002, 258 looongues pages et une couverture atroce.
Le billet de Chimère, qui a aimé.
Il s'agissait d'un livre Lotobook : merci Isabelle L.!
Roman lu dans le cadre du Challenge Le Nom de la Rose, catégorie plante. J'en ai lu 6/6! J'ai donc bouclé in extremis le Challenge Le Nom de la Rose, en lisant les 4 derniers titres au tout dernier moment, on ne se refait pas. Voilà qui mérite d'ouvrir la bouteille de champagne qui attendait patiemment que les microbes désertent, non ?
14:47 Écrit par fashion dans Challenge le Nom de la Rose, Les contournables, Littérature française, Lotobook | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : georges coulonges, mon dieu cet homme a publié une tripotée de romans, comment est-ce possible ?, il aurait mieux fait de se contenter d'écrire des chansons, pour nana mouskouri, ah, tout s'explique
17.12.2008
Dans la savane
Jef Cody a 17 ans. En ce début du XXIIème siècle qui a vu les dérèglements climatiques modifier complètement la donne géo-politique de la planète, il a réussi à fuir une Europe dévastée livrée aux hommes-loups et à passer le mur qui garde le pays le plus riche et le mieux gardé du monde : l'Afrikwana. Arrêté, il est condamné à être OD dans un Magic Eden, l'un des nombreux parcs animaliers où les touristes les plus riches de la planète viennent caresser des lions modifiés génétiquement. Mais Jef n'est pas du genre à regarder se produire certaines choses sans réagir...
Comme j'avais été très emballée par Je suis ta nuit de Loïc Le Borgne (qui sort d'ailleurs en poche en janvier, on pourra donc l'offrir à tout le monde, chers happy few), j'ai eu très envie de lire son dernier roman, Le Sang des Lions, repéré chez Lily et paru lui aussi chez Intervista, dans la collection 15-20. Il s'agit cette fois-ci d'un roman de science-fiction : sur une trame écologique, Le Borgne a construit un roman intéressant, qui dépeint de manière frappante une Terre ravagée par la mauvaise gestion des hommes. Il y soulève des questions comme l'immigration et les inventions des hommes pour l'endiguer, la grande force du roman étant son présupposé de départ, qui se présente comme une inversion de ce que l'on connaît : l'Afrique est devenue un continent riche, grâce à sa maîtrise de l'énergie solaire, et c'est elle qui doit refouler les centaines de milliers d'européens désemparés qui tentent chaque jour de gagner l'Eldorado. L'Afrique du Nord est une espèce de zone tampon dans laquelle on parque les réfugiés avant de les renvoyer chez eux. La vision de l'Europe, décrite par les souvenirs de Jef, est terrifiante : un gouvernement absent, des bidonvilles à perte de vue et des hommes-loups qui volent les enfants pour en faire le commerce. Face à elle, l'Afrique est une terre promise qui a conservé sa beauté, même si l'homme a tenté de la domestiquer sauvagement à coup de nanotechnologie. Tout cet arrière-plan est suffisamment fort pour que l'on regrette d'autant plus que l'histoire soit traitée finalement de façon un peu légère, laissant pas mal de points dans l'ombre. J'aurais aimé un roman plus ample et plus dense, qui prenne le temps de raconter certains épisodes qui font un peu vite l'objet d'une ellipse (le procès à Nairobi est totalement occulté, la première arrestation de Jef n'est pas expliquée, la fin est bien trop ouverte à mon goût) et qui détaille un peu plus la psychologie de certains personnages (notamment Astrid, qui aurait je trouve mérité un meilleur traitement). Cela reste un bon roman qui à mon avis plaira aux plus jeunes, dès 13 ans.
Loïc Le Borgne, Le Sang des Lions, Intervista, 15-20, 334 pages, 2008
Un avis assez similaire au mien sur Culturofil, un billet très enthousiaste sur Ricochet
Le site de l'auteur
06:30 Écrit par fashion dans Jeunesse, Littérature française, SF | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : loïc le borgne, j'avais une ferme en afrique, ah, non, ça c'est un autre roman, au temps pour moi, je vais me faire un thé rouge tiens



