02.01.2011

Où l'on apprend quelques mots de québécois

Pour entamer en douceur et en kulture cette nouvelle année, chers happy few avides de me lire, je me propose aujourd'hui de vous parler d'un roman de... chick lit.

Oui, je sais, 17 jours sans une seule chronique de livre et je fais un retour que tout le monde espérait fracassant avec ce sous-genre qu'aucun lecteur normalement constitué ni aucun blogueur légitime n'avoue lire ; vous en pleurez, sensibles happy few, mais vous vous en remettrez, après tout ce n'est pas comme si je vous infligeais un billet sur un roman Harlequin, voire même, soyons follement dévergondée, sur un J'ai lu Passion intense.

Ahem.

J'ai donc lu, dans un souci de rigueur scientifique, afin de faire honneur à mon légendaire esprit d'ouverture :

 

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Soutien-gorge rose et veston noir de Rafaële Germain, une comédie romantique québécoise (ce qui était donc doublement pédagogique, évidemment).

Pitchons, car nous le valons bien. Chloé Cinq-Mars est une jeune Montréalaise qui a décidé il y a longtemps que le célibat était la seule façon de vivre. Elle a même écrit avec ses deux amis "à la vie à la mort", Antoine et Juliette, un soir de semi ivresse, un Manifeste à la gloire de la vie légère. Mais, à 28 ans, elle est soudain frappée par l'inanité de la chose : à quoi bon accumuler les amants si elle n'est capable d'aimer personne ? Elle décide donc de rompre le pacte et de chercher l'Amûr, celui qui emplit le coeur d'une douce lumière et  qui illumine les soirées plateau-télé passées sous le même plaid que l'Elu en regardant la Star' Ac'.

Soutien-gorge rose et veston noir est un roman pour lequel j'ai dû surmonter deux écueils de taille, chers happy few : 454 pages de comédie romantique, pour quelqu'un qui n'en lit jamais (ne confondez pas la bit lit ou encore les romance & mystery novels avec la pure chick lit, ignorants happy few, cette dernière ne s'en remettrait pas) ça fait beaucoup, surtout quand ces 454 pages sont rédigées dans ce que notre québécoise adorée appelle "le parler québécois non filtré", comprendre que j'ai braillé toutes les deux pages : "Kariiiiiine, ça veut dire quoi "un matante" et "fouille-moi" et "un air fendant" et "un snoro" et..." Au se-cours. (Oui, je sais, je vous vois venir, pinailleurs happy few : vous allez me dire, comme Caroline "mais enfin, tu ne peux pas contextualiser, non ?" Non. Je suis affligée d'une tare sémantique terrible : je veux le sens exact des mots, sinon je fais une poussée d'acné, et ça, croyez-moi, ce n'est pas beau à voir.)

Bref. Une fois surmontés ces deux problèmes (car rien ne m'est impossible, of course), j'ai bien aimé suivre les tribulations de Chloé et sa gang, malgré de trop nombreuses conversations et réflexions sur l'amour (qu'est-ce ? comment le reconnaît-on ? vaut-il le coup ? est-il facile à entretenir ? que mange-t-il le dimanche ?) qui alourdissent l'intrigue et nuisent à son rythme. La plus grande réussite de ce roman réside dans la galerie de personnages qu'il propose : Chloé est une héroïne à laquelle il est facile de s'identifier, ni nunuche ni super woman, ses amis sont drôles et bien croqués (mention spéciale à Marcus, la drag queen d'origine jamaïcaine) et sa famille est hilarante (surtout le couple formé par ses parents). Tous les ingrédients du genre sont réunis et Rafaële Germain évite ce qui m'agace toujours dans ce type de roman : ici pas de macho, pas de shopping, pas de milliardaire mais des hommes cool et sympas et des filles qui ne dépensent pas le PIB du Vatican en fringues toutes les semaines. Les situations sont souvent très réussies, dans la comédie (un échange de verres pour protéger une femme enceinte) comme dans la bluette (le baiser dans l'Atelier par exemple). Au final, c'est un roman sympa et léger, qui permet d'enrichir son vocabulaire québécois et de soupirer un peu sur Antoine, celui qui porte si bien le veston noir.

Rafaële Germain, Soutien-gorge et veston noir, Libre expression, 2008

Merci Yueyin pour le prêt : il dormait depuis 20 mois dans ma PAL, bah, c'est pas si pire, non ? Karine l'a relu en même temps que moi, dans le but évidemment pédagogique de pouvoir accompagner ma découverte des expressions québécoises : l'abnégation des copines est décidément sans limite. Caroline et Pimpi ont eu un coup de coeur pour Tony Boy et ce roman.