26.01.2009

Croix du Sud et Vents du Nord

du bon usage des étoiles.jpg En mai 1845, l'Angleterre arme deux bateaux, le Terror et l'Erebus : sous le commandement de Sir John Franklin, avec à leur bord 133 hommes et des provisions pour trois ans, ils partent à la recherche du mythique passage du Nord-Ouest, qui relierait le Pacifique à l'Atlantique. L'expédition devrait prouver la puissance de la marine anglaise, et par extension celle de la reine Victoria, mais les navires se retrouvent rapidement englacés. Et l'hiver polaire s'abat sur eux...


Ceux parmi vous qui suivent les élucubrations de ce modeste salon depuis longtemps, chers happy few, savent l'amour que je porte aux récits de voyage et d'exploration. Inutile de dire donc que ce roman, qui a pour trame de fond la tristement célèbre expédition Franklin qui s'est soldée par la disparition pure et simple de tout l'équipage, les bateaux s'étant retrouvés englacés, lors du deuxième hiver, dans une banquise qui ne dégela jamais, avait tout pour me plaire, et il me plut sans réserve. La narration est très habile et très variée, mêlant le récit de ce qui se passe au pôle et de ce qui se déroule pendant ce temps en Angleterre, les extraits des journaux de Francis Crozier (capitaine du Terror, second de Franklin et finalement le personnage principal de l'histoire) et de Franklin qui n'écrit que pour la postérité, des extraits de traités scientifiques, des explications sur le magnétisme des pôles ou encore la recette du plum-pudding. Le lecteur suit à la fois les avancées de l'expédition et les bals et autres réjouissances frivoles auxquels se livre Lady Jane, la femme de Franklin, personnage hors du commun, brillante, cultivée et déterminée comme un homme. On voit en arrière-plan vivre la société victorienne, puritaine et compassée, et on assiste impuissants à la débauche d'énergie inutile que déploie Lady Jane pour monter une expédition de secours, l'Amirauté anglaise ne pouvant concevoir qu'une expédition si moderne échoue de quelque manière que ce soit. Un très bon roman qui se lit d'une traite.


Dominique Fortier, Du bon usage des étoiles, Alto, 2008, 340 pages


Les billets de Caro[line] (que je remercie pour le prêt) et de Cuné. Ce roman a été la Recrue de décembre 2008, d'autres avis ici.