10.10.2011

"Ah well, the more people I meet, the more I like my fridge."

'How do I look ?'

'With your eyes.'

'Gee thanks. Don't ever become a Samaritan.'

Jazz turned to Mo and gave her a thorough inspection. She smiled. 'You look really gorgeous, Mo.'

Mo brightened. 'Thanks. If I don't get a shag, I'll kill myself.'

Jazz gave a short laugh. 'How post-feminist of you,' she said. 'Emily Pankhurst would be proud.'

 

 

Parce qu'en ce moment je suis atteinte d'une véritable boulimie orgueil et préjugesques (oui, enfin, plus que d'habitude quoi), j'ai sorti de la PAL avec élégance et détermination

 

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(2000, 280 pages)

offert par Karine l'année dernière lors d'une édition du Swap au Long Cours.

 

Pitchons, chers happy few, car vous le valez bien. Jasmin Field (Jazz pour tout le monde) est trentenaire, londonienne et journaliste dans un magazine féminin où elle tient une colonne qui a pour unique sujet sa soeur cadette, Josie, mariée et mère d'un bambin de dix-huit mois. Jazz, qui a la langue bien pendue, des jugements fort arrêtés et une idée assez précise de ce qu'elle vaut et de qui elle est, accepte d'auditionner pour l'adaptation théâtrale d'Orgueil et préjugés mise en scène par un acteur célébrissime, Harry Noble, pour un gala de charité en faveur de la recherche contre le cancer du sein. Jazz y va pour rire et parce que pas grand-chose ne l'arrête, et, contre toute attente, elle est sélectionnée pour tenir le rôle très convoité de Lizzy. Mais les choses tournent rapidement assez mal : Lizzy s'entend très mal avec Harry, sa soeur aînée, Georgia, qui a obtenu le rôle de Jane, a des peines de coeur, sa meilleure amie et colocataire, Mo, tombe amoureuse d'un homme insupportable et le mariage si parfait de Josie vole en éclat. Il ne manque plus que les tabloids et le désastre serait total. Ah, mais les voilà qui pointent le bout de leur appareil photo...

 

Disons les choses sans détour, chers happy few, j'ai adoré ce roman dont j'ai corné une page sur deux. L'utilisation du roman de Jane Austen est très maline même si le décalque est transparent (les personnages tenant le même rôle dans la pièce que dans leur vie) mais le va-et-vient constant entre la pièce (qui est donc déjà une rééciture du roman) et l'intrigue à proprement parler est fort bien pensé. J'ai notamment beaucoup aimé la transposition de l'épisode de Pemberton, reconverti ici en théâtre dans lequel Jazz va voir Harry jouer une pièce seul en scène et où elle se dit en le regardant enlever sa chemise : "I could have been mistress of that" ou encore l'épisode final avec Wickham. Le personnage de Jazz est hilarant et son humour à tout épreuve et sa répartie ne sont jamais ternis par son évolution psychologique. D'une manière générale, on a beau savoir où tout cela s'en va, puisque les personnages vont connaître les mêmes tourments que ceux de Jane Austen, on n'en est pas moins happé dans ce récit, certainement grâce à des dialogues bloody brillant, une excellente utilisation de faits extrêmement modernes comme la presse et le show biz et une grande justesse dans les rapports entre les personnages, notamment les personnages féminins (l'évolution de la relation entre Jazz et Mo, dont le rapport change à cause de l'arrivée d'un homme complètement crétin et terriblement fat est juste parfaite). Highly enjoyable and witty. Loved it.

(Inutile de dire que je veux lire Persuading Annie maintenant.) (La chair est faible, hélas, et j'aime Jane Austen.)

 

Le billet de Karine

 

lu en vo.jpgChallenge Lu en VO

39

 

 

21.11.2008

Dans le vieux parc solitaire et glacé

51kw2haF1vL__SL500_AA240_.jpg Louis est un jeune homme pauvre et brillant. Il entre au service du Conseiller G., directeur d'une usine de produits chimiques et... tombe amoureux de sa femme. Cet amour est partagé mais jamais consommé, car Louis est envoyé par le Conseiller (qui ne sait rien de cette idylle) en Amérique du Sud, où il espère faire fortune. Il promet à la jeune femme de revenir bientôt, mais hélas la première guerre mondiale éclate. Ce n'est que neuf ans plus tard qu'il remettra enfin le pied sur le continent européen mais si la jeune femme est veuve, en revanche Louis s'est marié...


Ce Voyage dans le passé est une nouvelle de Zweig qui a connu un sort étonnant, chers happy few. On n'a longtemps eu de ce texte qu'un fragment publié dans un recueil collectif de 1929. Ce n'est qu'en 1976 qu'on retrouva à Londres un tapuscrit de la main de Zweig, de 41 pages achevées qui composaient cette nouvelle, avec un titre raturé, repris faute de mieux pour la publication. Et il aura fallu attendre 2008 pour que cette nouvelle soit enfin traduite en français, dans un très agréable demi-format sous jaquette chez Grasset qui propose après la traduction le texte original, ce qui est je trouve une excellente initiative (même si je ne parle pas un mot d'allemand, mais là n'est pas la question).

Alors autant dire tout de suite, chers happy few, pour éloigner tout de suite les problèmes de subjectivité, que Stefan Zweig est certainement l'un de mes auteurs préférés et ce n'est pas pour rien que l'une de ses nouvelles figure dans le Fashion Klassik's Challenge. C'est un auteur qui possède le talent rare de faire naître l'émotion par l'analyse psychologique rigoureuse des personnages avec un style éblouissant. Vous voilà prévenus, Stefan, je l'aime. C'est donc tout naturellement que j'ai aimé cette nouvelle, qui décrit de manière très fine une histoire d'amour somme toute banale. La cristallisation et la révélation du sentiment amoureux chez Louis, qui est le personnage principal de cette histoire d'amour raté, et son évolution, sont brillamment rendues. La façon dont le sentiment amoureux se nourrit de concret (les lettres que Louis reçoit) pour s'évanouir peu à peu quand la communication est coupée à cause de la guerre et les raisons pour lesquelles Louis finit par se marier, puis reprendre contact avec la veuve du Conseiller sont incroyables de justesse. C'est pour moi un roman qui démontre que l'amour ne peut être reporté car il demande à s'épanouir à un moment donné et ne se satisfait pas des retards et des délais. Louis tentera bien de souffler sur les braises, pour s'apercevoir que leur amour est devenu une ombre qu'ils s'évertuent à saisir, chacun à leur manière (elle dans le recul, lui dans le désir). C'est très beau.


Stefan Zweig, Le voyage dans le passé (Die Reise in die Vergangenheit), Grasset (traduction de Baptiste Touverey, qui signe aussi un avant-propos), 102 pages de texte français, 173 pages en tout.


Les billets d'Emeraude (merci pour le prêt!) et Stéphanie


PS : le titre de mon billet est emprunté à Verlaine (avec son consentement, of course). Il s'agit du très beau "Colloque sentimental", dont deux vers (faux) sont évoqués par Louis à la fin de la nouvelle et qui rendent parfaitement l'esprit de ce Voyage dans le passé. Je vous livre le poème, car je vous sais avides de kulture, chers happy few (même le vendredi matin, ne niez pas!) :

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé.

Leurs yeux sont morts et leur lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

Te souvient-il de notre extase ancienne?
Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne?

Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?
Toujours vois-tu mon âme en rêve?
Non.

Ah! Les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches :
C'est possible.

Qu'il était bleu, le ciel, et grand l'espoir!
L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

PSbis beaucoup plus prosaïque mais il paraît que l'on ne peut pas vivre que de poésie : demain, chers happy few, à partir de 7 heures, il y aura un jeu en ligne, jeu fondé non sur la rapidité des réponses mais sur leur justesse, vous pourrez donc jouer en vous connectant en soirée et même dimanche, c'est incroyable. Ne le ratez surtout pas car il y aura des cadeaux!