12.10.2009

Jeux du cirque

hunger games.jpgDans un futur indéterminé, après une guerre civile, la cité de Panem, dans les Rocheuses, maintient sous sa très ferme coupe les Douze Districts, dont certains sont très pauvres. Tous les ans, afin de rappeler aux Districts que l'obéissance est plus qu'une vertu, deux jeunes gens, un garçon et une fille, sont tirés au sort dans chaque district et envoyés combattre dans une arène géante sous les yeux de l'ensemble de la population, s'entretuant jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un. Cette année-là, dans le District Douze, la malchance désigne Prim, la jeune soeur de Katniss. Cette dernière refuse que sa petite soeur de 12 ans parte ainsi à l'abattoir et se porte volontaire à sa place. Elle part donc vers Panem avec Peeta, le garçon de son district dont le nom a été tiré au sort...

 

Hunger games (très mauvaise traduction de The hunger games soit dit en passant : pourquoi ce titre qui n'a strictement aucun sens ni en français ni en anglais alors que la traduction littérale, Les jeux de la faim, aurait été parfaite, voilà un mystère aussi insondable qu'un certain loch écossais) est, malgré son titre, chers happy few, un excellent roman. A mi-chemin entre les jeux du cirque (on remarquera d'ailleurs le nom de la Cité, Panem, comme un certain proverbe latin) et Les chasses du comte Zaroff (dont je recommande d'ailleurs chaudement la vision), ce roman est un thriller passionnant qui pose, comme son prédécesseur, bien des questions sur l'humanité et la bestialité qui sommeillent en chacun de nous. Mais l'argument de SF lui permet d'aller encore plus loin et de questionner le pouvoir politique et la manipulation qu'il a instaurée via ces jeux atroces mais présentés justement comme des jeux avec caméras omniprésentes, sponsors, styliste pour chaque candidat et paris pris dans tout le pays. Le lecteur regarde se dérouler sous ses yeux atterrés une mécanique parfaitement huilée qui va être mise à mal pour la première fois par la personnalité des candidats, que ce soit Peeta, qui fait une révélation tonitruante juste avant les jeux ou Katniss, jeune fille endurcie de 16 ans qui nourrit sa famille depuis des années et qui est bien décidée à tenir le plus longtemps possible, se servant de ses capacités de réflexion comme de ses talents de chasseuse. Thriller, roman de SF, mais aussi roman d'initiation, Hunger games est servi par un style efficace et précis et une excellente construction, qui en font un roman que l'on ne peut pas lâcher jusqu'à la fin. Il y aura encore deux volumes pour, on l'espère, notre plus grand plaisir, mais rassurez-vous, chers happy few, pas vraiment de cliffhanger à la fin de ce premier volume : c'est toujours ça de gagné pour nos pauvres nerfs.

 

Suzanne Collins, Hunger games (The hunger games), Pocket jeunesse, 379 pages, octobre 2009   

A noter que le tome 2, Catching fire, est sorti le mois dernier aux Etats-Unis. Le tome 3 devrait paraître en 2010.  

04.10.2009

"L'amour n'est pas de l'antimatière"

thomas drimm.jpgThomas Drimm a 13 ans moins le quart. Il vit dans une banlieue minable des Etats-Uniques, un état totalitaire sous ses faux airs de république, où le président Narkos III n'est qu'un fantoche sous perfusion. Dans cette société où le Hasard a été érigée en ligne de vie, où les obèses sont internés et les dépressifs "retraités" en pièces détachées, Thomas, préobèse et fils d'un alcoolique, est déjà un raté. Un dimanche, il tue, par inadvertance et d'un coup de cerf-volant, Léonard Pictone, un scientifique de renom qui avait une mission et qui, pour la mener à bien, s'incarne après sa mort, dans... l'ours en peluche de Thomas. Le jeune garçon va se retrouver héros bien malgré lui d'une trépidante aventure.

 

Didier van Cauwelaert, prix Goncourt pour Un aller simple, s'essaie pour la première fois, avec la série consacrée à Thomas Drimm, à la littérature jeunesse, sous une forme particulière puisque ce roman a été publié en feuilleton sur téléphone portable, renouant ainsi de manière moderne avec une vieille pratique. Et ce premier volume, intitulé La fin du monde tombe un jeudi, est une véritable réussite, à la fois thriller bâti comme un compte à rebours et roman initiatique. Le monde bâti par Cauwelaert est intéressant à plus d'un titre, la SF permettant encore une fois une réflexion sur les dérives de notre société : scission riches/pauvres, caractère totalement aléatoire de la réussite (pas au mérite mais au jeu), jeu national (le man-ball) décérébré et violent, obligation de regarder les infos télévisées et manipulation politique, enseignement à dix vitesses (les bons profs aux élèves riches), censure, OGM à tous les repas, mise à l'écart de ceux qui ne rentrent pas dans le moule, etc. S'ajoute à cela une intrigue totalement SF très cohérente, avec menace imminente d'apocalypse qui tient le lecteur en haleine du début à la fin. Le personnage de Thomas est crédible et bien campé, en ado contraint de grandir bien vite, confronté à un monde d'adultes qui se manipulent à qui mieux mieux pour des intérêts qui le dépassent. Le style est vif et alerte, il y a pas mal d'humour, en bref, je recommande très chaudement. Et j'attends la suite!

 

Didier van Cauwelaert, Thomas Drimm, t.1, La fin du monde tombe un jeudi, Albin Michel, 393 pages, 2009.

Les billets de CelsmoonLeiloona, Stephie, Yueyin, toutes conquises.  

25.09.2009

Murder on the dance floor

Il y a des jours, chers happy few, où je me demande si j'ai bien fait d'ouvrir ce salon.

...

Avant, du temps où je vivais dans une caverne qui était mal connectée au reste du monde, j'avais une PAL à dimension humaine et quelques menues obsessions que je soignais languidement. Depuis que j'ai découvert la blogosphère ma PAL a acquis bien malgré elle un statut de MTPAL et mes obsessions ont semblé se multiplier comme les copies à corriger en fin de trimestre. Dernière en date, et non des moindres, le doctorverse. Pour ceux qui n'auraient pas suivi toute l'affaire, j'ai commencé par découvrir Doctor Who à cause d'Isil (je dénonce si je veux d'abord), ce qui m'a naturellement menée à Torchwood. Et tout aurait pu s'arrêter là si Agnès, la perfide, n'avait pas déposé il y a quelques jours un petit commentaire innocent qui disait, en français et en substance, que des romans mettant en scène les personnages de la série avaient été publiés et que, ô enfer et damnation, c'était réussi. Vous imaginez l'état de transe dans lequel m'a plongée cette révélation, d'autant que travaillant cette année dans le sud de la capitale, je passe tous les jours à Concorde, où se trouve, comme chacun le sait évidemment, WH Smith, antre de la tentation british.

C'est alors qu'alarmé par mon hystérie sautillante ("Demain je m'arrête chez Smith, yeah baby, let's rock and read"), dans un élan de régulation disciplinante totalement hors de propos, l'homme, celui qui  fait parfois semblant d'être la voix de la raison, a osé énoncer une règle affreusement arbitraire qui pourrait être résumée ainsi : "Un roman Torchwood acheté pour 10 romans de la PAL lus". Je m'apprêtai à passer outre cet affreux diktat, créant ainsi un incident diplomatique sans précédent quand Isil (oui, elle est partout) est venue à ma rescousse en m'offrant :

torchwood.jpg
Almost perfect de James Goss.

 

(Je n'ai pas pu résister à la tentation de mettre la couverture en gros plan, histoire que vous puissiez profiter de la photogénie et de la sexytude du Capitaine Jack, chers happy few. Ne me remerciez pas, c'est de bon coeur.)

 

Neuvième tome des aventures de Jack sur papier, Almost perfect se situe entre la fin de la saison 2 et le début de la saison 3. L'équipe de Torchwood est donc réduite des deux cinquièmes de ses effectifs pour des raisons que je n'expliquerai pas ici car les spoilers ne passent pas par moi, c'est bien connu. Un matin, Cardiff se réveille un peu groggy : un ferry a fait naufrage en faisant de nombreuses victimes, le taux d'électricité statique ne cesse d'augmenter et Ianto... est une femme! Une femme sublime et sexy certes, mais une femme quand même, ce qui lui pose de sérieux problèmes d'adaptation (et franchement on peut le comprendre chers happy few). S'ajoutent à cela des squelettes masculins qui apparaissent un peu partout et une femme ordinaire bien décidée, avec un peu d'aide extra-terrestre à devenir une créature hors du commun. Comme dirait le poète, y a du pain sur la planche.

 

Pour parler net et sans détour, chers happy few, ce roman est une réussite. On y retrouve tout ce qui fait l'originalité et la force de la série télévisée : une intrigue cohérente et bourrée d'humour (la métamorphose de Ianto qui découvre le pouvoir d'attraction des chaussures et des sacs à main est drôlatique), de l'action, des aliens, un Jack (très) coquin et des personnages qui fonctionnent bien entre eux, le tout servi par un récit rondement mené et habilement troussé (l'alternance des points de vue, les chapitres parfois très courts comme celui qui n'est composé que de profils Facebook ou les titres des chapitres sont autant de points forts) qui, comme d'habitude, offre un sous-texte intéressant (la manière dont Emma veut façonner les hommes à son image et la réflexion sur la perfection sont traitées de manière très intéressante à défaut d'être originales). J'ai vraiment eu l'impression, à la fois très étrange et très agréable, d'être en train de regarder un (très bon) épisode de la série. Je suis totalement conquise. Comme si j'avais besoin de ça, tiens.

 

James Goss, Almost perfect, BBC Books, 250 pages, 2008

Quinze romans Torchwood sont disponibles, un seizième sort le 15 octobre.

Thanx again Isil, you're the best!

  

30.07.2009

Saint Satan, priez pour nous

le quadrille.jpgUn crime atroce a été commis dans la ville historique de Londres. Roberta Morgenstern, sorcière au service de la Brigade des Affaires Criminelles, se rend sur place, assisté du jeune Clément Martineau, inexpérimenté mais enthousiaste. Les deux enquêteurs se rendent vite compte que quelque chose ne tourne pas rond du côté du comte Palladio, concepteur génial des villes historiques, reconstitutions de carton-pâte de villes chargées d'Histoire, et se retrouvent entraînés dans un tourbillon d'aventures, qui les mènera du Londres de Jack l'Eventreur au Paris de la Voisin : et si le Diable était derrière tout ça ?

 

Le Quadrille des assassins, premier volet de la trilogie Morgenstern qui a été republiée dans la collection Points fantasy (ce qui explique peut-être que cette édition, chez Albin Michel jeunesse soit devenue très difficile à trouver), est un roman très original, qui mêle avec beaucoup d'habileté science-fiction et fantastique. On y croise des éléments résolument futuristes comme les traceurs qui ont permis d'éradiquer presque totalement le crime, mais aussi fantastiques comme les sorcières et les sortilèges (et même un peu de steampunk détourné dans l'utilisation de l'Albatros, ce bateau à hélices qui vole dans les airs quand il est utilisé au-dessus des villes historiques). C'est bourré de bonnes idées, la création de ces villes en tête, l'intrigue est maline (c'est le cas de le dire puisque le Diable en est la clé de voûte) et les personnages fort attachants, surtout Roberta, la sorcière qui n'a peur de rien sauf peut-être de ses sentiments et Clément, qui se révèle bien vite être autre chose qu'un nigaud pistonné. Ce couple d'enquêteurs fonctionne d'ailleurs parfaitement, et le ton général est enlevé et souvent piquant. Suspense, magie noire, science-fiction et humour : que demande le peuple ? La suite, évidemment.

 

Hervé Jubert, Le Quadrille des assassins, Albin Michel, Wiz, 408 pages qui se lisent d'une traite, 2002.

 

(PAL de vacances : - 4)

 

Merci Alwenn pour le prêt!

Les avis de Chimère et Praline, conquises aussi.

27.06.2009

Seuls

gone.jpgPerdido Beach, Californie, un matin comme les autres. Soudain, au même instant, tous les adultes et les adolescents de plus de 15 ans disparaissent, volatilisés. Livrés à eux-mêmes, les enfants déboussolés puis effrayés (il faut s'occuper des bébés et des enfants en bas âge, gérer les problèmes matériels) tentent maladroitement de s'organiser quand apparaît, à la tête des enfants du pensionnat privé de la ville, Caine, un ado magnétique et cruel qui se nomme chef et organise un régime pas vraiment démocratique, aidé par des brutes sans complexes. Et Caine, comme d'autres adolescents, a développé des talents pour le moins étranges...

 

Gone est un très bon roman de SF jeunesse, chers happy few, qui réutilise de manière relativement neuve une intrigue de départ pour le moins éculée : que se passerait-il dans un monde sans adultes ? Si j'ai eu au départ l'impression de me retrouver dans un ersatz de Sa Majesté des mouches (roman que je n'ai pas du tout aimé), cela s'est très rapidement atténué tant Michael Grant a su intégrer à son récit des situations nouvelles. L'argument de SF aide beaucoup, les enfants se retrouvant prisonniers de la Zone, une sphère délimitée par un mur électrifié fabriqué dans une étrange matière et dont le centre se trouve être la centrale nucléaire qui approvisionne la ville en électricité. Dans cette Zone, certains jeunes gens se retrouvent munis de talents de super-héros (télékinésie, pouvoir de guérison par imposition des mains, maîtrise du feu, déplacements rapides, matérialisation et téléportation, entre autres), les animaux présentent d'inquiétantes mutations (les serpents ont des ailes, les coyotes parlent) et tous les ados qui atteignent 15 ans se volatilisent à leur tour. C'est dans ce climat pour le moins oppressant (et pas seulement pour les personnages), que vont s'affronter Sam, presque 15 ans, qui a jadis été le héros de la ville pour avoir sauvé les passagers d'un bus, et Caine, presque 15 ans également, qui veut trouver le moyen de ne pas disparaître quand arrivera son anniversaire et dominer la Zone. Il y a pas mal de violence dans ce roman, l'humanité étant finalement soumise aux mêmes désirs et aux mêmes obsessions quelle que soit l'âge de ses membres, et certaines scènes sont assez dures. Les personnages, assez archétypaux (le lâche, l'intello, le gars sympa, la brute...), évoluent quand même un peu mais la primauté est donnée à l'action menée tambour battant et qui apporte suffisamment de réponses au lecteur pour le faire patienter jusqu'au volume suivant. A lire!

Michael Grant, Gone, Pocket jeunesse, 586 pages, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Julie Lafon, avec une couverture que je trouve pour ma part assez moche, oui, je sais, ce n'est pas vraiment important.

L'avis de SBM, que je remercie pour le prêt!

01.05.2009

Nouveau Monde

la voix du couteau.jpg

Todd Hewitt a presque 13 ans. Il vit dans la colonie de Prentissville, à Nouveau Monde, une planète que les humains ont colonisé une vingtaine d'années auparavant. Il est le dernier garçon dans cette petite communauté exclusivement composée d'hommes. Les femmes sont toutes mortes, victimes d'un virus répandu par les Spackles, aliens vivant dans ce monde : le Bruit. Ce virus, en plus d'avoir éliminé femmes et filles, a modifié les hommes : ils entendent toutes les pensées du monde qui les entoure, humains et animaux, vivant dans un monde plein de bruit, où l'intimité n'existe plus.

 Un mois à peine avant son anniversaire, qui fera de lui un homme à part entière, Todd découvre dans le marais qui entoure le village... une fille de son âge. C'est le début d'une longue fuite pour les deux adolescents, et d'une longue traque.

 

La voix du couteau, chers happy few, premier volume de la trilogie Chaos en marche, est un roman de SF mâtinée de western, clairement destiné à un lectorat adulescent, que j'ai trouvé très emballant. Si le propos n'est pas vraiment original puisqu'on est en présence d'un roman initiatique assez typique (Todd franchit des épreuves, découvre qu'on lui a menti toute sa vie, est contraint de composer avec une nouvelle vision de la réalité, apprend que sa différence est une force, se transforme au contact de la jeune fille, Viola, et des rencontres, et devient finalement un homme, tout seul, sans initiation autre que sa propre vie et son propre cheminement intérieur), la forme, elle, rend le roman extrêmement page-turner. En effet, la narration est assurée par Todd, qui ne sait ni lire ni écrire : on est donc plongé dans les pensées de ce personnage qui ne maîtrise pas toujours le vocabulaire (il emploie parfois un mot pour un autre, ou change l'ordre des syllabes) et qui surtout, n'a qu'une vision très imprécise du monde qui l'entoure, puisqu'il a toujours vécu dans ce village replié sur lui-même. Le lecteur est donc contraint de deviner au travers des propos des autres personnages ce que Todd peine à comprendre. Jeune garçon têtu, il ne fait pas toujours vraiment les bons choix (surtout au début), tributaire de son histoire et de la manipulation dans laquelle il a vécu toute sa vie. Les rebondissements s'enchaînent avec rapidité et violence dans ce monde vide dans lequel les colons survivent tant bien que mal. L'argument de science-fiction permet comme toujours une réflexion sur l'autre (non pas tant ici les Spackles, rapidement éliminés du décor, que les femmes, premières victimes de cette colonisation en terre inconnue) et le libre-arbitre, réflexion qui s'ajoute ici à une mise en scène de la violence de groupe et de la folie individuelle. Dommage qu'il faille attendre la suite, attente rendue d'autant plus insoutenable que ce volume s'achève sur un double cliffhanger. Terrible.

 

Patrick Ness, La Voix du couteau (Chaos en marche, tome 1), The Knife of Never Letting Go - Chaos Walking Book One, Gallimard Jeunesse, traduit de l'anglais par Bruno Krebs, 441 pages, avril 2009 pour la traduction française, 2008 pour la première parution en Grande-Bretagne. Je trouve la couverture française très réussie (on ne le voit pas bien mais il y a du texte en relief en bas, texte qui reprend les pensées confuses qu'entend en permanence Todd).

A noter que ce roman a obtenu le Prix Guardian 2008 et le Booktrust Teenage Prize 2008.

L'avis de Sarah Chelly

31.12.2008

Far from paradise

nno_rvb.jpg Dans un futur apocalyptique où la Terre se meurt sous les cyclones, les séismes et les éruptions volcaniques quotidiens, une équipe de scientifiques exhume un corps étrange dans un glacier. Grâce aux progrès de la génétique, ils sont à même de ressusciter cet étrange humanoïde, qui profère des phrases dans une langue étrange avant de se volatiliser purement et simplement. On fait alors venir un spécialiste des langues anciennes qui se lance dans le décryptage du message, qui se révèle... terrifiant.


Au nord-nord-ouest d'Eden est une novella de SF qui présente d'indéniables qualités mais aussi quelques défauts, ce qui fait que j'en ai une impression un peu mitigée, chers happy few. Il y a une qualité certaine dans l'histoire, originale, parfois brillante, même si j'ai vite compris où se situait le "twist", mais ça ne m'a aucunement empêchée de prendre plaisir à la révélation de ce que j'avais anticipé, car l'intrigue se tient fort bien. Les défauts que je relève se situent dans la forme, dans un certain foisonnement un peu brouillon des informations qui sont données au lecteur, surtout au début, et l'alternance peu claire des narrateurs selon les chapitres ajoute à la confusion ; malgré la brièveté de la novella, je lui ai même trouvé quelques longueurs, ce qui est fort dommage. De plus, le style ne varie pas vraiment selon les narrateurs et ils manquent un peu d'ampleur (surtout le journaliste). C'est quand même un récit intéressant, qui me donne envie de lire autre chose de Gabriel Eugène Kopp, dont ce que je peux découvrir ici de son univers me plaît beaucoup.


Gabriel Eugène Kopp, Au nord-nord-ouest d'Eden, Griffe d'encre, 2008, 96 pages

Les avis de Chimère (proche du mien) et de Lucile (très enthousiaste)

Roman lu dans le cadre du Challenge Le Nom de la Rose, catégorie nom de lieu. J'en ai lu 5/6. Et on est le 31 décembre. Je sais. Surveillez les billets dans la journée. Un miracle n'est pas à exclure.

19.12.2008

C'est assez! dit la baleine

41og2p5OJsL__SL500_AA240_.jpg Lady Ann Kelvin a 80 ans. Scientifique et militante écologiste parfois extrêmiste, elle se meurt d'un cancer. Elle accepte de subir une transmnèse et que son esprit soit transféré non dans un clone comme c'est la coutume mais dans un cachalot. Le but de la manoeuvre : enrayer définitivement la pêche aux cétacés en inoculant à tous les représentants de l'espèce un virus qui les rend impropres à la consommation. Mais Ann découvre dans les profondeurs de l'océan une réalité dont l'horreur dépasse celle de la simple pêche...


La vieille anglaise et le continent (joli titre en forme d'hommage qui prend tout son sens à la lecture) est une excellente novella de SF, chers happy few, qui renouvelle agréablement la thématique écologique à la mode en ce moment (ce n'est pas un reproche de ma part, les auteurs de SF étant en prise avec le monde qui nous entoure, rien d'étonnant à ce que ce soit l'un des thèmes de prédilection de ce début de XXIème siècle). Dans un style agréable, en alternant le point de vue d'Ann, incarnée dans un grand cachalot blanc, qui découvre la vie marine et perd peu à peu ce qui faisait d'elle un être humain, et celui de Marc, son ancien élève à l'origine de ce projet un peu fou, qui gère l'avancée de la propagation du virus de la terre, Jeanne-A Debats raconte une histoire passionnante où il n'est finalement pas seulement question d'écologie (mais je n'en dirai pas plus pour ne pas spoiler). Sans moralisme, sans manichéisme, cette Vieille anglaise est une grande réussite, à tel point qu'elle a remporté plusieurs prix : le Grand Prix de l’Imaginaire 2009 (nouvelle francophone), le Prix Julia Verlanger 2008 et le Grand Prix de la SF 2008 (connu aussi sous le nom "Prix du lundi"), catégorie nouvelle francophone. Des récompenses amplement méritées pour une novella à lire absolument!

Jeanne-A Debats, La vieille anglaise et le continent, Griffe d'encre, 71 pages

Les avis enthousiastes de Lucile (oups, j'ai donné à mon billet le même titre que le sien, les grands esprits...) et de Chimère

PS : l'illustration de couverture est de Christophe Sivet, mais par un concours de circonstances, j'ai un dessin d'Alain Valet en dédicace : une magnifique baleine-garou (vous souvenez-vous ?) (je suis en train de faire baisser ma PAL spinalienne, sera-t-elle à zéro au moment des Imaginales ? Je me le souhaite!)


17.12.2008

Dans la savane

51KWMBNroiL__SL500_AA240_.jpg Jef Cody a 17 ans. En ce début du XXIIème siècle qui a vu les dérèglements climatiques modifier complètement la donne géo-politique de la planète, il a réussi à fuir une Europe dévastée livrée aux hommes-loups et à passer le mur qui garde le pays le plus riche et le mieux gardé du monde : l'Afrikwana. Arrêté, il est condamné à être OD dans un Magic Eden, l'un des nombreux parcs animaliers où les touristes les plus riches de la planète viennent caresser des lions modifiés génétiquement. Mais Jef n'est pas du genre à regarder se produire certaines choses sans réagir...


Comme j'avais été très emballée par Je suis ta nuit de Loïc Le Borgne (qui sort d'ailleurs en poche en janvier, on pourra donc l'offrir à tout le monde, chers happy few), j'ai eu très envie de lire son dernier roman, Le Sang des Lions, repéré chez Lily et paru lui aussi chez Intervista, dans la collection 15-20. Il s'agit cette fois-ci d'un roman de science-fiction : sur une trame écologique, Le Borgne a construit un roman intéressant, qui dépeint de manière frappante une Terre ravagée par la mauvaise gestion des hommes. Il y soulève des questions comme l'immigration et les inventions des hommes pour l'endiguer, la grande force du roman étant son présupposé de départ, qui se présente comme une inversion de ce que l'on connaît : l'Afrique est devenue un continent riche, grâce à sa maîtrise de l'énergie solaire, et c'est elle qui doit refouler les centaines de milliers d'européens désemparés qui tentent chaque jour de gagner l'Eldorado. L'Afrique du Nord est une espèce de zone tampon dans laquelle on parque les réfugiés avant de les renvoyer chez eux. La vision de l'Europe, décrite par les souvenirs de Jef, est terrifiante : un gouvernement absent, des bidonvilles à perte de vue et des hommes-loups qui volent les enfants pour en faire le commerce. Face à elle, l'Afrique est une terre promise qui a conservé sa beauté, même si l'homme a tenté de la domestiquer sauvagement à coup de nanotechnologie. Tout cet arrière-plan est suffisamment fort pour que l'on regrette d'autant plus que l'histoire soit traitée finalement de façon un peu légère, laissant pas mal de points dans l'ombre. J'aurais aimé un roman plus ample et plus dense, qui prenne le temps de raconter certains épisodes qui font un peu vite l'objet d'une ellipse (le procès à Nairobi est totalement occulté, la première arrestation de Jef n'est pas expliquée, la fin est bien trop ouverte à mon goût) et qui détaille un peu plus la psychologie de certains personnages (notamment Astrid, qui aurait je trouve mérité un meilleur traitement). Cela reste un bon roman qui à mon avis plaira aux plus jeunes, dès 13 ans.


Loïc Le Borgne, Le Sang des Lions, Intervista, 15-20, 334 pages, 2008


Un avis assez similaire au mien sur Culturofil, un billet très enthousiaste sur Ricochet

Le site de l'auteur

10.12.2008

Derrière le miroir

51SD4dXoyzL__SL500_AA240_.jpg Vous avez adoré Uglies, Pretties, Specials et Extras ? Vous avez envie d'en savoir plus sur l'univers et l'imaginaire de Scott Westerfeld ? Vous voulez comprendre comment fonctionne réellement une planche magnétique ou un gilet de sustentation ? Toutes les réponses que vous vous posez sont dans ce guide de l'univers d'Uglies, qui se présente finalement comme un cinquième volume à part entière de la série de SF.


J'ai pour ma part beaucoup apprécié de suivre les traces de Westerfeld : c'est un auteur attachant, qui a construit son guide comme une véritable discussion avec ses lecteurs. Il revient sur la genèse de l'oeuvre (et dit au passage deux ou trois choses très intéressantes sur la création littéraire et sur la nécessité de créer une mythologie autour de la façon dont est née l'Idée de départ), puis explique des faits scientifiques qui sont considérés comme acquis dans les romans et donc juste évoqués comme les grilles qui permettent aux planches de voler, la lévitation magnétique (utilisée par les trains dans Extras) ou la nanotechnologie (présente un peu partout, des cuves de chirurgie à l'Arsenal, en passant par les fentes murales qui distribuent tout ce qu'on leur demande et les tatouages mobiles). Le tout est complété par un dossier sur le monde de Tally, qui le reprend dans sa globalité, cartes à l'appui, une explication détaillée des économies de la réputation (fondement du monde d'Aya) et des explications sur le choix des noms (j'ai bien aimé notamment l'origine de La Fumée). En plus de l'incontournable glossaire, Westerfeld dit deux mots sur les couvertures américaines (qui sont aussi les couvertures françaises). Il explique aussi pourquoi il a choisi de fonder tout ce monde futuriste sur la notion de beauté, en remontant aux canons antiques et en expliquant comment la beauté changeait la vie des gens (des études ont montré que les gens beaux ont globalement une vie plus facile que les gens laids) et comment elle était "normalisée" dans le monde de Tally (si tout le monde est beau, nul n'est très beau). Au final, un guide très intéressant et indipensable pour tous ceux qui ont aimé cette série!


Scott Westerfeld, Secrets, Le guide de l'univers d'Uglies (Bogus to Bubbly, An insider's guide to the world of Uglies), Pocket jeunesse, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Guillaume Fournier, 194 pages


L'avis d'Emmyne, que je remercie pour le prêt!

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