13.12.2009
Ave Capitolium, morituri te salutant!
(oui, je sais, chers happy few, ce titre est en latin de cuisine, mais que voulez-vous, j'ai une affection particulière pour cette pièce de la maison) (pour me punir, je vais relire Astérix, tiens)

Souvenez-vous, chers happy few : à la fin de The Hunger games, nous avions laissé Katniss et Peeta vainqueurs des Jeux de la Faim rentrer chez eux dans le District 12 retrouver leurs familles et couler des jours normalement sans nuages. Nous les retrouvons quelques semaines plus tard, au moment où ils se préparent à débuter la traditionnelle tournée triomphale dans les 12 Districts et le Capitole. Mais le Président Snow, qui tient Katniss pour une rebelle à cause de la manière dont se sont terminés les précédents Jeux, la fait chanter : afin de prouver que son dernier acte en tant que participante aux Jeux n'a pas été une menace politique mais l'acte désespérée d'une jeune fille follement amoureuse, elle doit épouser Peeta et se débrouiller pour éteindre les menaces de révolte qui courent dans certains districts, sinon ceux qu'elle aime seront exécutés. Katniss obéit pour se rendre rapidement compte que c'est un véritable incendie qui couve dans les Districts et que ce qui se joue à Panem va bien au-delà de ce qu'elle imaginait.
J'ai trouvé le premier volume de cette trilogie tellement excellent, chers happy few, que je n'ai pas eu la patience d'attendre la traduction du deuxième volume et je l'ai acheté en V.O lors de mon dernier week-end à Londres. Et j'ai fichtrement bien fait parce que Catching fire est encore meilleur que The Hunger games, roman pourtant passionnant et maîtrisé de bout en bout. La grande force de ce deuxième volet est d'instaurer dès le début un climat très oppressant : le lecteur averti sait parfaitement de quoi est capable le Capitole et voit donc avec anxiété l'étau se resserrer autour de Katniss et de Peeta, qui se retrouvent cette fois pris au coeur d'une intrigue politique où ce n'est plus seulement leur propre survie qui est en jeu mais celle de leurs proches et finalement d'un peuple tout entier. Confrontée aux machinations du terrifiant Président Snow (qui n'a de président que le titre vu qu'il est au pouvoir depuis plusieurs décades) qui traîne dans son sillage une odeur de roses et de sang et qui est prêt à toutes les atrocités pour garder le pouvoir absolu sur les 12 Districts, Katniss réagit à sa façon, courageuse, impulsive et parfois un peu désordonnée, comme la jeune fille de 17 ans dure au mal mais un peu déboussolée dès qu'il s'agit de sentiments qu'elle est. Catching fire est, comme le précédent volume, une véritable réflexion sur le pouvoir absolu et la manipulation des masses (que se passe-t-il vraiment dans le District 13 ?) dans cette dystopie qu'est Panem, réflexion menée tambour battant par une narration à la fois dense et limpide qui tient en haleine le lecteur malmené pendant près de 500 pages par une accumulation de rebondissements et de twists parfois imprévisibles et violents (je ne révèlerai rien pour ne pas spoiler, mais oh my, je n'en ai pas lâché le bouquin pendant deux jours) pour le laisser, au terme d'un final assez terrible, pantelant et ... anéanti : la suite des aventures de Katniss ne sortira qu'en août dans les pays anglo-saxons. L'attente va être longue, chers happy few.
Suzanne Collins, The Hunger games : Catching fire, Scholastic, 472 pages, 2009.
Le billet de Bladelor, qui propose d'inventer "le patch du lecteur en manque". Je ne peux que plussoyer.

Challenge Lire en V.O
(A ce rythme-là, je vais avoir terminé le mini-challenge (6 romans) avant même la fin 2009. J'en suis moi-même espantée. Pas moins.)

Challenge Crazy SF 2
4/6
Catégorie Dystopie
04.12.2009
What about fiction ?
Dans un futur très lointain, le Docteur, Rose et Jack (oui, il est là, hiiii), se posent sur un monde d'où toute fiction a été bannie. Sur cette planète, raconter des histoires, mentir ou même rêver, est un crime passible d'internement. Mais une chaîne télé pirate qui émet depuis quelque temps appelle les gens à la rebellion. Et le Docteur ne demande qu'à les aider, jusqu'à ce qu'il se rende compte que sur cette planète, les rêves se transforment rapidement en cauchemars. Entre Rose, poursuivie par des zombies et Jack, interné de force, le Docteur est contraint d'admettre que la fiction peut être vraiment dangereuse.
Etant dans une période à la fois Doctor Who (qui dure depuis des mois, je vous le concède aisément, chers happy few) et SF, j'ai facilement craqué à Londres, chez Forbidden Planet (l'antre de la tentation livresque, croyez-moi) pour ce sixième opus des aventures du Docteur, The Stealers of Dreams, qui prend place dans la saison 1, après la rencontre avec le Capitaine Jack (donc quelque part entre le neuvième et le treizième épisode). Ce roman avait tout pour me plaire (déjà c'est le Docteur, hum) : une intrigue de SF fondée sur une dystopie et la présence de Jack comme un bonus, et pourtant la sauce n'a pas vraiment pris, chers happy few. J'ai trouvé la construction malhabile : à vouloir suivre en parallèle les aventures des trois personnages qui se retrouvent séparés dès l'ouverture, le récit semble un peu décousu, et cette impression est accentuée par les autres personnages qui semblent se greffer de manière aléatoire à l'intrigue (notamment Domnic, le jeune geek qui écrit des comic books et qui apparaît et disparaît au gré de hasards pour le moins hasardeux). L'histoire part bien (un monde sans fiction, voilà qui ouvre d'inquiétantes perspectives) mais est rapidement menée vers une résolution purement SF (que je ne dévoilerai pas, je sais me retenir) que je n'ai pas trouvée très intéressante et qui est d'autant plus décevante que l'un des discours liminaires du Docteur me laissait espérer autre chose : 'OK', Rose had said with a shrug, 'so they don't like fiction. Does it matter ?' 'Of course it matters. Of course it does. Fiction is about possibilities. It's about hopes and dreams and, yeah, fears. Take those things away and what's left ? A population of drudges, working, eating, sleeping, watching telly, unable to visualise anything outside the confines of their own dreary lives.' (ce qui est terrible c'est qu'en lisant, j'ai la voix de Christopher dans les oreilles, c'est assez déstabilisant, passons) Côté style cela manque cruellement d'humour (pourtant la présence de Jack aurait dû en assurer un minimum), et les passages qui à l'écran auraient certainement été un peu inquiétants (Rose perd la tête et a des hallucinations, le final est une bataille rangée) ne sont pas suffisamment bien écrits pour provoquer ne serait-ce qu'un frisson. Ce n'est pas un mauvais roman mais j'attendais mieux. Déçue je suis.
Steve Lyons, The Stealers of dreams, BBC Books, 254 pages, 2005.
Steve Lyons a écrit au moins 4 romans Dr Who, 2 audio dramas et il collabore au Doctor Who Magazine (le nombre de parutions hebdomadaires et mensuelles consacrées au Docteur en Grande-Bretagne m'a carrément impressionnée, chers happy few, cette série est une véritable institution outre-Manche, ce qui prouve bien évidemment de manière définitive que les Anglais ont bon goût)

Challenge Lire en V.O

Challenge Crazy SF
Catégorie Planet Opera
3/3 (j'ai donc terminé ce challenge avant même que 2010 ne soit entamée, je m'épate moi-même et je me lance donc dans un deuxième Challenge Crazy SF : je vais essayer de lire 3 autres romans dans 3 autres catégories, call me wild woman)
06:00 Publié dans Challenge Crazy SF, Challenge Lire en VO, Littérature anglo-saxonne, SF | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : doctor who novels, steve lyons, the stealers of dreams, i'm so in love, sigh
03.12.2009
Interfacé
Cowboy est un panzerboy : il livre des cargaisons de marchandises de contrebande aux mafieux de la zone libre, au nez et à la barbe des Orbitaux, qui gouvernent de très loin les habitants de la Terre. Sarah est une ancienne prostituée devenue tueuse à gages : elle a les nerfs câblés pour optimiser sa façon de combattre et porte dans sa gorge une arme mortelle, un cobra cybernétique. Le chemin de ces deux Glaiseux va se croiser : arriveront-ils à mettre fin aux rêves de toute-puissance des Orbitaux ? Vous ne le saurez que si vous vous câblez.
Je suis bien consciente que mon résumé en a déjà perdu plus d'un, chers happy few, et c'est une erreur que je vais tenter de rattraper avec brio (et avec mon clavier) (oups, désolée, je ne le ferai plus, my bad). C'est que voyez-vous, après des semaines de rentrée littéraire pour le moins mollassonne (en même temps, la rentrée littéraire est toujours aussi excitante qu'un bol d'ovomaltine, je ne sais pas pourquoi je m'obstine chaque année à penser que cette fois-ci peut-être elle aura, soyons fous, un goût de ricorée) et de lectures en demi-teinte, j'ai décidé de prendre la PAL par les cornes et de me tourner vers un de mes genres de prédilection, qui ne m'a pratiquement jamais déçue (certainement parce que j'y choisis mes titres avec discernement, en toute modestie parfaitement assumée évidemment), la S-F. Dans mon hénaurme PAL (70 titres rien qu'en SF/fantasy/fantastique), j'ai exhumé ce Câblé, premier volume de la tétralogie du même nom de Walter Jon Williams, dont j'avais lu le quatrième volet, Le souffle du cyclone, il y a de cela très longtemps, parce que parfois je suis désordonnée, chers happy few, c'est là mon moindre défaut.
Walter Jon Williams est un écrivain de SF relativement prolifique, très mal traduit chez nous, hélas (certaines de ses séries ont vu leur premier volume traduit et pas les autres), qui s'est essayé à de nombreux genres dont le cyberpunk, auquel cette série appartient. Comme je ne voudrais pas perdre les deux courageux et demi qui sont encore devant leur écran, j'en donne rapidement une définition simplifiée (car oui, croyez-moi, on peut en parler pendant des heures, surtout quand le serveur prépare de délicieux Cosmo, n'est-ce pas les filles ?) : il s'agit d'un courant de SF qui met en scène une personne évoluant marginalement dans une société ultra-technologique dominée par une autorité totalitaire, dans un monde plongé dans le chaos suite à un bouleversement technologique, économique et/ou politique. Dans Câblé, la Terre est plongée dans le chaos suite à une guerre contre les Orbitaux, qui ont facilement gagné et pris le pouvoir. Les Etats-Unis se retrouvent coupés en deux zones, une libre et une occupée (en gros, l'Ouest et l'Est) et les Terriens, victimes des prix prohibitifs pratiqués par les Orbitaux qui contrôlent absolument toutes les usines et toutes les industries agro-alimentaires, se retrouvent bien malgré eux contraints d'avoir recours au marché noir, à la merci donc des plus véreux et des plus malins, qui trafiquent des denrées de première nécessité et des drogues en tous genres, car il n'y a pas de raison que l'humanité ait changé, même dans un futur lointain.
C'est dans ce monde tout sauf glamour, où règne la violence et où tout le monde vit en interface plus ou moins grande avec le monde virtuel que Cowboy évolue : ancien pilote de Delta, nostalgique du ciel, il subodore une entourloupe des Orbitaux et profite de ses incessants voyages en tant que convoyeur pour tenter de rassembler autour de lui d'autres panzerboys et de contrôler le marché noir. Cet homme idéaliste (si, si) croise le chemin de Sarah, personnage complexe et tourmenté qui n'a qu'un but : s'arracher elle et son frère, à ce monde de brutes et rejoindre les Orbitaux. Mais le prix du billet est tellement exorbitant qu'elle accepte une mission trop bien payée, mission qui la mettra à la merci des Orbitaux. Autour de ces deux personnages que tout sépare Walter Jon Williams bâtit une intrigue très solide à défaut d'être très originale (mais n'oublions pas que ce roman date de 1986, soit à peine deux ans après Neuromancien de Gibson, considéré comme fondateur du genre), et met en place de manière très habile un monde terrifiant, où les mesquineries humaines semblent décuplées par l'utilisation à outrance de la technologie (clonage, interfaçage, câblage, chirurgie plastique de remplacement et j'en passe). Les personnages sont très attachants et on suit leur parcours et leurs atermoiements avec infinement de plaisir, d'autant que Williams fait preuve d'un réel talent dans la construction narrative comme dans le style, traversé parfois de douloureuses fulgurances. Excellent.
Walter Jon Williams, Câblé (Hardwire), Denoël, Présence du futur, traduit de l'américain par Jean Bonnefoy, 371 pages, 1986, 1987 pour la traduction.

Challenge Crazy SF
Catégorie Cyberpunk
2/3

Challenge Objectif PAL
Catégorie "In ze PAL depuis 2007, ne dites rien, je sais (et il y a pire) (hum)"
5/20
07:23 Publié dans Challenge Crazy SF, Challenge Objectif PAL, Littérature anglo-saxonne, SF | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : walter jon williams, il a écrit des romans d'alternate history aussi, et une histoire star wars, que j'ai achetée à londres, je suis incorrigible, je sais
16.11.2009
A l'abordage, cacahouètes et potage!
2216, Angleterre. Enfin, ce qu'il en reste. Lily Melkun, 13 ans, est pêcheuse dans les Dix dernières contrées d'Angleterre, terres très pauvres du sud de feu le Royaume-Uni, soumises malgré elles aux raids des pirates et oubliées de l'état et surtout de l'Ecosse, devenue une super-puissance. Un jour, Lily rentre au village pour trouver ce dernier en émoi : les pirates de Medwin ont fait une razzia et non contents d'enlever Lexy, la fille du Premier Ministre qui vivait chez sa tante, ils sont assassiné la grand-mère de Lily. Seule au monde, Lily décide de fuir afin d'échapper au mariage auquel on veut la contraindre : elle se met en tête d'aller sauver Lexy des griffes des pirates en proposant une rançon qu'elle a dérobée chez la tante de la petite fille, un bijou qui parle... Les aventures commencent.
En 2008, The Times a organisé un concours d’auteur avec Barry Cunningham, l’éditeur d’Harry Potter, comme président du jury, chers happy few, dans le but de découvrir un nouvel auteur jeunesse. C'est Emily Diamand et sa Rançon des pirates qui a remporté le concours et donc la publication, avec cet ouvrage de SF post-apocalyptique qui décrit un monde ravagé par une catastrophe écologique sans précédent. Alors que les trois quarts de Londres sont sous les eaux et que la partie émergée de la ville est un marécage sans nom, l'Ecosse, elle, au-delà de ses frontières sévèrement gardées, est une nation puissante, qui, dit-on, aurait gardé quelques ordinateurs et quelques machines intelligentes d'avant la catastrophe, ce qui est formellement défendu aux habitants des Dix dernières contrées, et maîtrise les nouvelles énergies, ce qui lui assure une grande richesse. Comme toujours dans les romans post-apocalyptiques, l'humanité revenue à l'âge pré-technologique doit faire face à des menaces qui semblent surgies d'une époque révolue, ici les pirates qui ont mis en coupe réglée les rivages pauvres et qui livrent une lutte sans merci aux Anglais dans le but de prendre le pouvoir sur ce qui reste de l'Angleterre.
Avec son intrigue pas franchement révolutionnaire (une ado brave tous les dangers pour sauver une petite fille et se retrouve prise au milieu d'une intrigue dont l'ampleur la dépasse) qui enchaîne les rebondissements par à-coups (le début est très lent), ses personnages assez superficiels et son style très plat et un peu artificiel (notamment l'alternance des points de vue entre Lily et Zeph qui ne se justifie pas vraiment), La rançon des pirates est un roman qui s'adresse à mon avis à de très jeunes lecteurs (dès 9 ans) et qui ne m'a pas vraiment convaincue, chers happy few. Si on en croit Cunningham, qui se fend des traditionnelles louanges de 4ème de couverture (une habitude décidément détestable, mais cela n'engage que moi), Emily Diamand est un grand écrivain. Si c'est vrai, elle a une mauvaise traductrice.
Emily Diamand, La rançon des pirates, Michel Lafon, 371 pages, traduit de l'anglais par Nathalie Gouyé-Guilbert, mars 2009
Le billet de Mélanie, qui m'avait donné envie.
Et comme de nos jours on semble ne plus savoir écrire de one-shot et qu'on surfe allègrement sur la vague des séries à rallonge, il y aura une suite, qui sortira en Grande-Bretagne en 2010. (Oui, je suis en mode schtroumpf grognon en ce moment, j'assume.)

Challenge Crazy SF
Catégorie Post-apocalyptique
1/3
(Toutes les informations sur ce Challenge sont chez GeishaNellie.)
18:31 Publié dans Challenge Crazy SF, Jeunesse, Littérature anglo-saxonne, SF | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : emily diamand, la rançon des pirates, chats pêcheurs, drakkars, jeux vidéos, i'm in love de mulder, comment ça aucun rapport ?, il y a toujours un rapport avec mulder, qu'on se le dise
12.10.2009
Jeux du cirque
Dans un futur indéterminé, après une guerre civile, la cité de Panem, dans les Rocheuses, maintient sous sa très ferme coupe les Douze Districts, dont certains sont très pauvres. Tous les ans, afin de rappeler aux Districts que l'obéissance est plus qu'une vertu, deux jeunes gens, un garçon et une fille, sont tirés au sort dans chaque district et envoyés combattre dans une arène géante sous les yeux de l'ensemble de la population, s'entretuant jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un. Cette année-là, dans le District Douze, la malchance désigne Prim, la jeune soeur de Katniss. Cette dernière refuse que sa petite soeur de 12 ans parte ainsi à l'abattoir et se porte volontaire à sa place. Elle part donc vers Panem avec Peeta, le garçon de son district dont le nom a été tiré au sort...
Hunger games (très mauvaise traduction de The hunger games soit dit en passant : pourquoi ce titre qui n'a strictement aucun sens ni en français ni en anglais alors que la traduction littérale, Les jeux de la faim, aurait été parfaite, voilà un mystère aussi insondable qu'un certain loch écossais) est, malgré son titre, chers happy few, un excellent roman. A mi-chemin entre les jeux du cirque (on remarquera d'ailleurs le nom de la Cité, Panem, comme un certain proverbe latin) et Les chasses du comte Zaroff (dont je recommande d'ailleurs chaudement la vision), ce roman est un thriller passionnant qui pose, comme son prédécesseur, bien des questions sur l'humanité et la bestialité qui sommeillent en chacun de nous. Mais l'argument de SF lui permet d'aller encore plus loin et de questionner le pouvoir politique et la manipulation qu'il a instaurée via ces jeux atroces mais présentés justement comme des jeux avec caméras omniprésentes, sponsors, styliste pour chaque candidat et paris pris dans tout le pays. Le lecteur regarde se dérouler sous ses yeux atterrés une mécanique parfaitement huilée qui va être mise à mal pour la première fois par la personnalité des candidats, que ce soit Peeta, qui fait une révélation tonitruante juste avant les jeux ou Katniss, jeune fille endurcie de 16 ans qui nourrit sa famille depuis des années et qui est bien décidée à tenir le plus longtemps possible, se servant de ses capacités de réflexion comme de ses talents de chasseuse. Thriller, roman de SF, mais aussi roman d'initiation, Hunger games est servi par un style efficace et précis et une excellente construction, qui en font un roman que l'on ne peut pas lâcher jusqu'à la fin. Il y aura encore deux volumes pour, on l'espère, notre plus grand plaisir, mais rassurez-vous, chers happy few, pas vraiment de cliffhanger à la fin de ce premier volume : c'est toujours ça de gagné pour nos pauvres nerfs.
Suzanne Collins, Hunger games (The hunger games), Pocket jeunesse, 379 pages, octobre 2009
A noter que le tome 2, Catching fire, est sorti le mois dernier aux Etats-Unis. Le tome 3 devrait paraître en 2010.
04.10.2009
"L'amour n'est pas de l'antimatière"
Thomas Drimm a 13 ans moins le quart. Il vit dans une banlieue minable des Etats-Uniques, un état totalitaire sous ses faux airs de république, où le président Narkos III n'est qu'un fantoche sous perfusion. Dans cette société où le Hasard a été érigée en ligne de vie, où les obèses sont internés et les dépressifs "retraités" en pièces détachées, Thomas, préobèse et fils d'un alcoolique, est déjà un raté. Un dimanche, il tue, par inadvertance et d'un coup de cerf-volant, Léonard Pictone, un scientifique de renom qui avait une mission et qui, pour la mener à bien, s'incarne après sa mort, dans... l'ours en peluche de Thomas. Le jeune garçon va se retrouver héros bien malgré lui d'une trépidante aventure.
Didier van Cauwelaert, prix Goncourt pour Un aller simple, s'essaie pour la première fois, avec la série consacrée à Thomas Drimm, à la littérature jeunesse, sous une forme particulière puisque ce roman a été publié en feuilleton sur téléphone portable, renouant ainsi de manière moderne avec une vieille pratique. Et ce premier volume, intitulé La fin du monde tombe un jeudi, est une véritable réussite, à la fois thriller bâti comme un compte à rebours et roman initiatique. Le monde bâti par Cauwelaert est intéressant à plus d'un titre, la SF permettant encore une fois une réflexion sur les dérives de notre société : scission riches/pauvres, caractère totalement aléatoire de la réussite (pas au mérite mais au jeu), jeu national (le man-ball) décérébré et violent, obligation de regarder les infos télévisées et manipulation politique, enseignement à dix vitesses (les bons profs aux élèves riches), censure, OGM à tous les repas, mise à l'écart de ceux qui ne rentrent pas dans le moule, etc. S'ajoute à cela une intrigue totalement SF très cohérente, avec menace imminente d'apocalypse qui tient le lecteur en haleine du début à la fin. Le personnage de Thomas est crédible et bien campé, en ado contraint de grandir bien vite, confronté à un monde d'adultes qui se manipulent à qui mieux mieux pour des intérêts qui le dépassent. Le style est vif et alerte, il y a pas mal d'humour, en bref, je recommande très chaudement. Et j'attends la suite!
Didier van Cauwelaert, Thomas Drimm, t.1, La fin du monde tombe un jeudi, Albin Michel, 393 pages, 2009.
Les billets de Celsmoon, Leiloona, Stephie, Yueyin, toutes conquises.
25.09.2009
Murder on the dance floor
Il y a des jours, chers happy few, où je me demande si j'ai bien fait d'ouvrir ce salon.
...
Avant, du temps où je vivais dans une caverne qui était mal connectée au reste du monde, j'avais une PAL à dimension humaine et quelques menues obsessions que je soignais languidement. Depuis que j'ai découvert la blogosphère ma PAL a acquis bien malgré elle un statut de MTPAL et mes obsessions ont semblé se multiplier comme les copies à corriger en fin de trimestre. Dernière en date, et non des moindres, le doctorverse. Pour ceux qui n'auraient pas suivi toute l'affaire, j'ai commencé par découvrir Doctor Who à cause d'Isil (je dénonce si je veux d'abord), ce qui m'a naturellement menée à Torchwood. Et tout aurait pu s'arrêter là si Agnès, la perfide, n'avait pas déposé il y a quelques jours un petit commentaire innocent qui disait, en français et en substance, que des romans mettant en scène les personnages de la série avaient été publiés et que, ô enfer et damnation, c'était réussi. Vous imaginez l'état de transe dans lequel m'a plongée cette révélation, d'autant que travaillant cette année dans le sud de la capitale, je passe tous les jours à Concorde, où se trouve, comme chacun le sait évidemment, WH Smith, antre de la tentation british.
C'est alors qu'alarmé par mon hystérie sautillante ("Demain je m'arrête chez Smith, yeah baby, let's rock and read"), dans un élan de régulation disciplinante totalement hors de propos, l'homme, celui qui fait parfois semblant d'être la voix de la raison, a osé énoncer une règle affreusement arbitraire qui pourrait être résumée ainsi : "Un roman Torchwood acheté pour 10 romans de la PAL lus". Je m'apprêtai à passer outre cet affreux diktat, créant ainsi un incident diplomatique sans précédent quand Isil (oui, elle est partout) est venue à ma rescousse en m'offrant :

Pour parler net et sans détour, chers happy few, ce roman est une réussite. On y retrouve tout ce qui fait l'originalité et la force de la série télévisée : une intrigue cohérente et bourrée d'humour (la métamorphose de Ianto qui découvre le pouvoir d'attraction des chaussures et des sacs à main est drôlatique), de l'action, des aliens, un Jack (très) coquin et des personnages qui fonctionnent bien entre eux, le tout servi par un récit rondement mené et habilement troussé (l'alternance des points de vue, les chapitres parfois très courts comme celui qui n'est composé que de profils Facebook ou les titres des chapitres sont autant de points forts) qui, comme d'habitude, offre un sous-texte intéressant (la manière dont Emma veut façonner les hommes à son image et la réflexion sur la perfection sont traitées de manière très intéressante à défaut d'être originales). J'ai vraiment eu l'impression, à la fois très étrange et très agréable, d'être en train de regarder un (très bon) épisode de la série. Je suis totalement conquise. Comme si j'avais besoin de ça, tiens.
James Goss, Almost perfect, BBC Books, 250 pages, 2008
Quinze romans Torchwood sont disponibles, un seizième sort le 15 octobre.
Thanx again Isil, you're the best!
21:32 Publié dans Littérature anglo-saxonne, SF | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note | Tags : torchwood, il y a même une allusion au docteur dans le dernier chapitre, jack est tellement sexy que ça devrait être interdit, par la convention de genève, méfions-nous des dieux et de la perfection
30.07.2009
Saint Satan, priez pour nous
Un crime atroce a été commis dans la ville historique de Londres. Roberta Morgenstern, sorcière au service de la Brigade des Affaires Criminelles, se rend sur place, assisté du jeune Clément Martineau, inexpérimenté mais enthousiaste. Les deux enquêteurs se rendent vite compte que quelque chose ne tourne pas rond du côté du comte Palladio, concepteur génial des villes historiques, reconstitutions de carton-pâte de villes chargées d'Histoire, et se retrouvent entraînés dans un tourbillon d'aventures, qui les mènera du Londres de Jack l'Eventreur au Paris de la Voisin : et si le Diable était derrière tout ça ?
Le Quadrille des assassins, premier volet de la trilogie Morgenstern qui a été republiée dans la collection Points fantasy (ce qui explique peut-être que cette édition, chez Albin Michel jeunesse soit devenue très difficile à trouver), est un roman très original, qui mêle avec beaucoup d'habileté science-fiction et fantastique. On y croise des éléments résolument futuristes comme les traceurs qui ont permis d'éradiquer presque totalement le crime, mais aussi fantastiques comme les sorcières et les sortilèges (et même un peu de steampunk détourné dans l'utilisation de l'Albatros, ce bateau à hélices qui vole dans les airs quand il est utilisé au-dessus des villes historiques). C'est bourré de bonnes idées, la création de ces villes en tête, l'intrigue est maline (c'est le cas de le dire puisque le Diable en est la clé de voûte) et les personnages fort attachants, surtout Roberta, la sorcière qui n'a peur de rien sauf peut-être de ses sentiments et Clément, qui se révèle bien vite être autre chose qu'un nigaud pistonné. Ce couple d'enquêteurs fonctionne d'ailleurs parfaitement, et le ton général est enlevé et souvent piquant. Suspense, magie noire, science-fiction et humour : que demande le peuple ? La suite, évidemment.
Hervé Jubert, Le Quadrille des assassins, Albin Michel, Wiz, 408 pages qui se lisent d'une traite, 2002.
(PAL de vacances : - 4)
Merci Alwenn pour le prêt!
06:30 Publié dans Fantastique, Jeunesse, Littérature française, SF | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : herve jubert, le quadrille des assassins, magie noire et sorts vikings, dieu est mort mais pas le diable, londres au 19° c'est un peu glauque quand même, un bateau volant c'est la classe
27.06.2009
Seuls
Perdido Beach, Californie, un matin comme les autres. Soudain, au même instant, tous les adultes et les adolescents de plus de 15 ans disparaissent, volatilisés. Livrés à eux-mêmes, les enfants déboussolés puis effrayés (il faut s'occuper des bébés et des enfants en bas âge, gérer les problèmes matériels) tentent maladroitement de s'organiser quand apparaît, à la tête des enfants du pensionnat privé de la ville, Caine, un ado magnétique et cruel qui se nomme chef et organise un régime pas vraiment démocratique, aidé par des brutes sans complexes. Et Caine, comme d'autres adolescents, a développé des talents pour le moins étranges...
Gone est un très bon roman de SF jeunesse, chers happy few, qui réutilise de manière relativement neuve une intrigue de départ pour le moins éculée : que se passerait-il dans un monde sans adultes ? Si j'ai eu au départ l'impression de me retrouver dans un ersatz de Sa Majesté des mouches (roman que je n'ai pas du tout aimé), cela s'est très rapidement atténué tant Michael Grant a su intégrer à son récit des situations nouvelles. L'argument de SF aide beaucoup, les enfants se retrouvant prisonniers de la Zone, une sphère délimitée par un mur électrifié fabriqué dans une étrange matière et dont le centre se trouve être la centrale nucléaire qui approvisionne la ville en électricité. Dans cette Zone, certains jeunes gens se retrouvent munis de talents de super-héros (télékinésie, pouvoir de guérison par imposition des mains, maîtrise du feu, déplacements rapides, matérialisation et téléportation, entre autres), les animaux présentent d'inquiétantes mutations (les serpents ont des ailes, les coyotes parlent) et tous les ados qui atteignent 15 ans se volatilisent à leur tour. C'est dans ce climat pour le moins oppressant (et pas seulement pour les personnages), que vont s'affronter Sam, presque 15 ans, qui a jadis été le héros de la ville pour avoir sauvé les passagers d'un bus, et Caine, presque 15 ans également, qui veut trouver le moyen de ne pas disparaître quand arrivera son anniversaire et dominer la Zone. Il y a pas mal de violence dans ce roman, l'humanité étant finalement soumise aux mêmes désirs et aux mêmes obsessions quelle que soit l'âge de ses membres, et certaines scènes sont assez dures. Les personnages, assez archétypaux (le lâche, l'intello, le gars sympa, la brute...), évoluent quand même un peu mais la primauté est donnée à l'action menée tambour battant et qui apporte suffisamment de réponses au lecteur pour le faire patienter jusqu'au volume suivant. A lire!
Michael Grant, Gone, Pocket jeunesse, 586 pages, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Julie Lafon, avec une couverture que je trouve pour ma part assez moche, oui, je sais, ce n'est pas vraiment important.
L'avis de SBM, que je remercie pour le prêt!
17:55 Publié dans Jeunesse, Littérature anglo-saxonne, SF | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : michael grant, gone, un coyote qui parle c'est flippant, mais moins qu'un gamin avec un flingue, oui aujourd'hui c'est philo's tags, on ne peut pas se poiler tous les jours non plus, non mais.
01.05.2009
Nouveau Monde

Todd Hewitt a presque 13 ans. Il vit dans la colonie de Prentissville, à Nouveau Monde, une planète que les humains ont colonisé une vingtaine d'années auparavant. Il est le dernier garçon dans cette petite communauté exclusivement composée d'hommes. Les femmes sont toutes mortes, victimes d'un virus répandu par les Spackles, aliens vivant dans ce monde : le Bruit. Ce virus, en plus d'avoir éliminé femmes et filles, a modifié les hommes : ils entendent toutes les pensées du monde qui les entoure, humains et animaux, vivant dans un monde plein de bruit, où l'intimité n'existe plus.
Un mois à peine avant son anniversaire, qui fera de lui un homme à part entière, Todd découvre dans le marais qui entoure le village... une fille de son âge. C'est le début d'une longue fuite pour les deux adolescents, et d'une longue traque.
La voix du couteau, chers happy few, premier volume de la trilogie Chaos en marche, est un roman de SF mâtinée de western, clairement destiné à un lectorat adulescent, que j'ai trouvé très emballant. Si le propos n'est pas vraiment original puisqu'on est en présence d'un roman initiatique assez typique (Todd franchit des épreuves, découvre qu'on lui a menti toute sa vie, est contraint de composer avec une nouvelle vision de la réalité, apprend que sa différence est une force, se transforme au contact de la jeune fille, Viola, et des rencontres, et devient finalement un homme, tout seul, sans initiation autre que sa propre vie et son propre cheminement intérieur), la forme, elle, rend le roman extrêmement page-turner. En effet, la narration est assurée par Todd, qui ne sait ni lire ni écrire : on est donc plongé dans les pensées de ce personnage qui ne maîtrise pas toujours le vocabulaire (il emploie parfois un mot pour un autre, ou change l'ordre des syllabes) et qui surtout, n'a qu'une vision très imprécise du monde qui l'entoure, puisqu'il a toujours vécu dans ce village replié sur lui-même. Le lecteur est donc contraint de deviner au travers des propos des autres personnages ce que Todd peine à comprendre. Jeune garçon têtu, il ne fait pas toujours vraiment les bons choix (surtout au début), tributaire de son histoire et de la manipulation dans laquelle il a vécu toute sa vie. Les rebondissements s'enchaînent avec rapidité et violence dans ce monde vide dans lequel les colons survivent tant bien que mal. L'argument de science-fiction permet comme toujours une réflexion sur l'autre (non pas tant ici les Spackles, rapidement éliminés du décor, que les femmes, premières victimes de cette colonisation en terre inconnue) et le libre-arbitre, réflexion qui s'ajoute ici à une mise en scène de la violence de groupe et de la folie individuelle. Dommage qu'il faille attendre la suite, attente rendue d'autant plus insoutenable que ce volume s'achève sur un double cliffhanger. Terrible.
Patrick Ness, La Voix du couteau (Chaos en marche, tome 1), The Knife of Never Letting Go - Chaos Walking Book One, Gallimard Jeunesse, traduit de l'anglais par Bruno Krebs, 441 pages, avril 2009 pour la traduction française, 2008 pour la première parution en Grande-Bretagne. Je trouve la couverture française très réussie (on ne le voit pas bien mais il y a du texte en relief en bas, texte qui reprend les pensées confuses qu'entend en permanence Todd).
A noter que ce roman a obtenu le Prix Guardian 2008 et le Booktrust Teenage Prize 2008.
L'avis de Sarah Chelly