10.10.2009

"There are some things a man should find out for himself"

plum15.jpgLe célèbre chef Stanley Chipotle est décapité sous les yeux effarés de Lula, qui se retrouve poursuivie par les deux Stooges qui ont fait le coup : pas question de laisser derrière eux un témoin capable de les identifier. De son côté, Stephanie, récemment séparée de Morelli, rempile pour Ranger entre deux dossiers : ce dernier est manifestement victime d'un coup monté qui vise à le décrédibiliser aux yeux de sa clientèle. Entre les FTA, Lula et le concours de barbecue, la vie de Stephanie est toujours aussi compliquée...

 

Il n'est plus utile de présenter Janet Evanovich, chers happy few, auteur entre autres de la série policière consacrée à Stephanie Plum, dont le quinzième volume (eh oui, déjà 15 ans que nous suivons les tribulations cocasses de la plus mauvaise chasseuse de primes de tous les temps, voilà qui ne nous rajeunit pas) est sorti récemment aux Etats-Unis (et dont il ne faut pas attendre de traduction, la parution française étant bloquée au neuvième volume pour des raisons apparemment complexes). Si Finger Lickin' Fifteen suit les recettes des opus précédents (une intrigue principale entrecoupée de tentatives plus ou moins avortées de Stephanie pour arrêter ceux qui ont "oublié" de se rendre au tribunal après que l'Agence de cautions Plum les a fait sortir de prison), je l'ai trouvé plus réussi que les deux précédents et presque aussi drôle qu'Eleven on top, qui est pour moi le meilleur de la série. Le concours de barbecue donne lieu à des scènes incroyables de drôlerie, de même que l'omniprésence de Lula, qui se rend compte dans la même semaine que deux fous furieux veulent la décapiter et qu'elle ne rentre plus dans ses robes. La décision de Stephanie de se séparer de Morelli (et je ne spoile pas, on l'apprend page 2) la rapproche forcément de Ranger, ce qui relance la tension palpable de ce faux triangle amoureux même si nous avons bien compris, lecteurs avisés que nous sommes, que le statu quo risque de durer longtemps. C'est bourré d'humour, un brin farfelu, l'intrigue est enlevée, nos hommes préférés sont à la hauteur de leur réputation et comme chaque année, ça n'a qu'un seul défaut : ça se lit bien trop vite.

 

Janet Evanovich, Finger Linckin' Fifteen, Headline review, 312 pages, 2009

 

26.08.2009

Fish & Snow

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 Uppsala, 2001. A quelques jours de Noël, un jogger découvre un cadavre enseveli sous la neige, poignardé à de nombreuses reprises et une main mutilée. La police identifie rapidement le corps : il s'agit de John Jonsson, jadis connu de leurs services sous le nom de Petit-John quand il se livrait à de menus larcins sous la coupe de son frère, Lennart. Mais Petit-John s'était rangé et menait une vie tranquille, aux côtés de sa femme, Berit et de son fils, Justus. Qui a bien pu en vouloir à cet ouvrier soudeur au chômage passionné par les poissons au point de l'assassiner ? La brigade criminelle, dirigée par Ottosson, mène l'enquête, mais Lennart est bien décidé à devancer la police et à se venger...

 

 

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(Une princesse du Burundi. Tout s'éclaire, chers happy few.)

 

La princesse du Burundi est le troisième roman policier de Kjell Eriksson publié par Gaïa, après La terre peut bien se fissurer et Cercueil de pierre. On y retrouve les membres de la brigade d'Uppsala, qui ne sont plus menés ici par Ann Lindell, en congé parental, mais par Ola Haver, son collègue. L'un des grands intérêts de ce polar du nord est de mettre en scène une brigade complète et d'accorder presque autant d'importance à tous ses membres, un peu à la façon d'Ed McBain et de son 87ème district (l'un des personnages fait d'ailleurs allusion à l'inspecteur Carella, figure emblématique et charismatique du commissariat d'Isola). On suit donc Haver, Beatrice, Berglund, Fredriksson et les autres, chacun abordant cette enquête à sa manière ce qui permet une fine caractérisation psychologique de ces enquêteurs (Berglund et ses considérations politico-sociales, Ola et ses problèmes de couple, Beatrice et sa douceur...). Ann, de son côté, se sent à l'étroit dans son rôle de mère au foyer célibataire, entre Erik, son bébé né d'une nuit d'ivresse avec un inconnu, et sa mère qui l'insupporte. Elle rêve de renouer avec Edvard, dont elle est toujours amoureuses et de reprendre du service, ce qu'elle fera, à sa manière. Outre des personnages complexes et attachants, Kjell Eriksson tricote une intrigue solide, où des gens a priori ordinaires se révèlent bien plus complexes et secrets qu'ils n'en ont l'air, pour permettre à leurs rêves de prendre corps dans un quotidien sordide. Un très bon polar, couronné par le Prix du roman policier suédois.

Kjell Eriksson, La princesse du Burundi (Prinsessan av Burundi), Gaia, traduit du suédois par Philippe Bouquet, 350 pages, 2002 pour la première parution en Suède, octobre 2009 pour la traduction française.

PS : vous excuserez le visuel un peu flou, limite arty, chers happy few, qui s'explique par l'absence de visuel disponible. Ce roman sort en effet en octobre. Le 7 pour être précise. Oui, parfois, je me sens une âme de coucou suisse, c'est comme ça.

Ce billet est lisible aussi sur le site Chroniques de la rentrée littéraire, auquel j'ai été associée via Guillaume de Babelio. Leur projet, ambitieux et intéressant : réunir des chroniques de blogueurs sur tous les romans de la rentrée littéraire. Pour en savoir plus, c'est ici.

(Voilà pourquoi ce billet paraît si tôt, chers happy few, j'espère juste que vous n'aurez pas oublié ce titre au fond de la LAL quand il sortira enfin.)

 

Challenge du 1% littéraire officiel (2/7)

 

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18.08.2009

Dans les bois

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En août 1984, trois pré-ados disparaissent dans les bois de Knocknaree, un petit lotissement dans la banlieue de Dublin. Au bout de plusieurs heures de recherche, on retrouve l'un d'eux, Adam Ryan, catatonique et partiellement amnésique : le jeune garçon ne se souvient de rien et se montre incapable d'expliquer d'où vient le sang qui macule ses chaussures et ses chaussettes. Malgré des semaines de recherches, les deux autres enfants ne seront jamais retrouvés et la police scientifique en étant à ses balbutiements, on n'identifiera jamais le sang qui macule ses pieds.

Plus de vingt ans plus tard, Adam Ryan a changé de prénom : il est devenu l'inspecteur Rob Ryan de la Garda Siochana, la police irlandaise. Il n'a jamais recouvré la mémoire de ces heures volées et a enseveli les douze premières années de sa vie sous un voile opaque. Bon élément, il a gravi les échelons et fait enfin partie de la Brigade criminelle, avec pour partenaire Cassie Maddox, une jeune femme déterminée et sympathique. Un matin, O'Kelly, leur supérieur, leur confie une enquête sur un homicide : on a retrouvé le corps d'une jeune fille de 12 ans sur le chantier de fouilles de Knocknaree, manifestement assassinée. Pour Ryan, cette enquête va prendre des allures de descente aux enfers...

 

Ah l'excellent polar que voici, chers happy few! L'intrigue, qui mêle habilement fausses pistes crédibles et vrais indices, emmène nos deux inspecteurs, à qui s'adjoint un troisième, Sam O'Neill, dans les méandres de la politique irlandaise (le chantier de fouilles se trouve sur le tracé de la future autoroute) et dans les tréfonds de la psychologie humaine. Le lecteur est baladé dans une intrigue riche et beaucoup plus retorse qu'il n'y paraît au premier abord et dans des rebondissements parfois surprenants. La psychologie des personnages est extrêmement fouillée et passionnante, et le fait que la narration soit prise en charge par Ryan, jeune flic atypique, séduisant et tordu, est pour beaucoup dans la sensation d'originalité qui se dégage de l'ensemble. Nous suivons les errements de ce flic perdu dans son absence de mémoire, terrorisé par ce qui remonte par bribes au point d'en perdre tout bon sens et tout sens de l'observation et ce flou contamine le lecteur au point de penser que rien ne sera jamais résolu (et il faut bien avouer que la fin laisse certains points en suspens). Certains éléments sont parfaitement menés comme les interrogatoires et certaines répliques font mouche. Ajoutons à celà un décor de polar bien glauque en l'omniprésence d'une Irlande très pluvieuse où le ciel est souvent menaçant et changeant et où la forêt est un personnage à part entière, effrayant et fascinant à la fois. Une véritable réussite! Il ne me reste plus qu'à lire la suite, Comme deux gouttes d'eau : ça tombe bien, elle est dans la PAL. (Mais entre nous, qu'est-ce qui n'y est pas, chers happy few, dans cette PAL dantesque ?)

 

Tana French, Ecorces de sang (In the woods), Points policier, traduit de l'anglais (Irlande) par François Thibaux, 566 pages, première parution 2007, première traduction 2008 sous le titre La mort dans les bois chez Michel Lafon, 2009 pour la présente édition.

Les avis unanimes de Cathulu, Cuné, Gio, KarineKathel et Lily.

16.08.2009

Not so lost in translation

baka.jpgLouise Morvan est détective privée à Paris. Elle se retrouve chargée par l'évêque Chevry-Toscan d'une mission au Japon : il veut qu'elle comprenne ce que fricote son neveu, Florent, qui lui a demandé une forte somme d'argent. Louise se rend donc à Tokyo, prend contact avec Michael Murat, un flic français, engage une hôtesse de bar, Eve Steiner comme interprète et commence son enquête. Mais entre l'entrée en scène de la pègre locale, d'un homme politique, d'une étrange antiquaire et d'un acteur de rakugo et la découverte des mensonges de l'évêque et d'un meurtre, le séjour tokyoïte de la jeune parisienne se révèle rapidement plus mouvementé que prévu.

 

Baka! est la première aventure de Louise Morvan, qui a la particularité d'être une femme détective ce qui est rarissime dans la littérature française. "Dure comme le silex et belle comme le marbre", cette femme est aussi téméraire qu'intelligente, et terriblement obstinée. On découvre dans ce premier opus son environnement parisien, le café du canal Saint Martin où elle a ses habitudes, son bureau hérité de son oncle assassiné, son ascendance britannique par sa mère et ses relations un peu compliquées avec les hommes, qui se bousculent dans sa vie et auxquels elle ne s'attache pas. Projetée dans un environnement pour le moins dépaysant, Louise fait preuve d'une belle capacité d'adaptation et de réaction, menant rapidement une enquête qui si elle n'est pas franchement révolutionnaire est ma foi fort agréable à lire, ce qui vient très certainement de la description passionnante d'un Tokyo où se côtoient Love Hotels et temples bouddhistes, où un quartier entier est dédié aux librairies, où il pleut sans arrêt (c'est l'été), où on vole les parapluies de préférence à toute autre chose et où les interrogatoires durent des heures. L'énergie du personnage principal, la description de cette ville totalement étrangère à notre façon de vivre et un style enlevé et plein d'humour font de ce roman une réussite. Louise Morvan est une héroïne qu'on a très envie de suivre : ça tombe bien, ce personnage qui est paraît-il un mélange de Fantômette et d'Agnès Villermosa (ce personnage formidablement interprété par Françoise Dorléac dans L'homme de Rio) a mené au moins cinq enquêtes supplémentaires. Pauvre PAL.

 

Dominique Sylvain, Baka!, Points policier, 263 pages, publié une première fois en 1995 puis réécrit et republié en 2007 par Viviane Hamy, 2009 pour la présente édition.

Le billet de Virginie qui m'a donné envie de faire un tour à Tokyo (merci encore pour le cadeau!).

03.04.2009

Vivre toute sa vie comme un vibrant poème

la maîtresse de la mort.jpgl'amant de la mort.jpg









Huitième enquête du gentleman russe et au flegme pourtant si british Eraste Pétrovich Fandorine, La maîtresse de la mort et L'amant de la mort se présentent comme une intéressante expérience littéraire, chers happy few. En effet, ce sont des "romans-miroirs" qui peuvent se lire dans n'importe quel ordre : se déroulant à Moscou au même moment (août-septembre 1900), ils relatent chacun une des deux enquêtes que Fandorine a résolues en parallèle, chacune racontée par un narrateur différent, ce qui fait de Fandorine l'élément récurrent des deux enquêtes mais aussi finalement un personnage secondaire.

La maîtresse de la mort présente une intrigue relativement originale puisque Fandorine, de retour incognito à Moscou (où il se fait appeler Mr Nameless sans que personne ne sourcille), enquête sur une série de suicides sans précédent qui touchent la capitale russe. Point commun entre les suicides : les défunts ont laissé un poème d'adieu, qui célèbre la Mort comme une amante. Fandorine ne tarde pas à comprendre qu'ils appartenaient tous à un cercle très fermé : celui des Amants de la Mort. Au nombre de 12 (nombre immuable, un nouveau membre n'étant accepté que lorsqu'une place "se libère") ces exaltés suicidaires attendent, sous l'égide du magnétique Prospéro, que la Mort se manifeste par un Signe qui les invite à mettre fin à leurs jours. Cette enquête est racontée par Colombine, jeune provinciale montée à la capitale pour y vivre des aventures hors du commun, personnage à la fois romanesque et romantique (au sens littéraire), qui tient un journal de bord assez drôlatique, dans lequel elle analyse ses sentiments de manière grandiloquente en se mettant en scène comme une actrice de sa propre vie. Ce personnage entier et sans mesure (elle se promène avec un serpent vivant baptisé Lucifer autour du cou) semble contaminer toute l'intrigue, qui est assez théâtrale : medium, signes, mises en scène des morts, serial-killer... Très réussi et plein d'humour même si on y voit trop peu Fandorine à mon goût (que voulez-vous, j'aime ce personnage d'amour, je n'y peux rien, chers happy few).

L'amant de la mort, lui, met en scène un cercle des Amants de la Mort d'une autre sorte : il s'agit des amants bien réels d'une femme sublime qui porte malheur aux hommes qui l'aiment et qui s'est rapidement vu attribuer un sobriquet qui atteste de sa nature de jettatura, puisqu'elle n'est plus connue que sous le nom de la Mort. L'histoire, narrée par Senka, un jeune homme orphelin qui s'est fait voyou par nécessité, se déroule dans le pittoresque quartier de la Khitrovka, espèce de Cour des Miracles moscovite dans laquelle ne s'applique que la loi de la gueuserie et où règne le Prince, l'un des amants de la Mort. Senka, débrouillard et moral (autant qu'on peut l'être quand on est dans la rue et réduit au vol pour survivre), trouve un trésor : des barres d'argent massif vieilles de plusieurs siècles. Hélas pour lui, ce trésor semble exciter bien des convoitises et les cadavres se multiplient sur son chemin. Il croise alors la route de Fandorine, qui résoudra l'énigme, non sans y laisser quelques plumes, comme à son habitude. Ecrit dans un style savoureux (Senka parle un argot des plus réjouissants et tente ensuite de se cultiver), L'amant de la mort est bourré de rebondissements (il y a un évident côté feuilletonesque dans cet opus) et donne à Massa, le serviteur japonais d'Eraste un rôle de premier plan et l'on apprend notamment comment il s'y prend pour séduire toutes les femmes qu'il croise. Fandorine est plus présent que dans La maîtresse de la mort, et il est toujours ce gentleman intelligent, séduisant et mystérieux, aux tempes blanchissantes et au léger bégaiement dont les femmes sont folles. Excellent.


Boris Akounine, La maîtresse de la mort, 346 pages et L'amant de la mort (Lioubovnik Smierti), 441 pages, tous deux traduits du russe par Paul Lequesne, 10/18, Grands détectives


Pour ceux qui auraient envie de découvrir les enquêtes (excellentes) de Fandorine, je ne saurais trop conseiller de les lire dans l'ordre puisque les énigmes se déroulent entre 1876 et 1900 (ils ont tous été publiés chez 10/18) : Azazel, Le gambit turc, Léviathan, La mort d'Achille, Missions spéciales, Le conseiller d'état, Le couronnement.
Boris Akounine a écrit une autre série, dont l'héroïne est une religieuse, Soeur Pélagie. Deux titres sont disponibles chez 10/18 : Pélagie et le bouledogue blanc et Pélagie et le moine noir. Sympathique.
Il a aussi écrit une enquête dont le héros est Nicolas Fandorine, le petit-fils d'Eraste : Altyn-Tolobas (toujours chez 10/18). J'ai beaucoup aimé. Je pense qu'on peut définitivement dire qu'entre Boris et moi c'est une véritable histoire d'amour, chers happy few.

26.03.2009

Quand Jules s'en mêle

mystère de la chambre obscure.jpg Paris, août 1855. Félix Montagnon, reporter pour Le Populaire, entraîne son ami Jules Verne (oui, celui-là même), dans une séance de spiritisme donnée par l'insaisissable Will Gordon, un spirite très renommé. Félix est certain de tenir là le sujet d'un bon papier mais le destin va lui fournir un scoop : en effet, l'étrange britannique est assassiné à la fin de la séance. Deux balles dans les yeux. Félix, intrépide, décide de se lancer dans une enquête pour le compte du journal et il entraîne avec lui son ami Jules.


Le mystère de la chambre obscure, dont le titre fait immédiatement penser à Leroux, est un bel hommage à la littérature populaire du XIXème siècle. On y croise toutes les composantes des romans populaires : un couple d'enquêteurs assez disparate (le bouillonnant et riche Félix et le calme et pas encore célèbre Jules), des cadavres qui s'entassent avec une incroyable rapidité, des femmes fatales ou ingénues, des rebondissements en pagaille et une parfaite connaissance du lieu dans laquelle se déroule l'intrigue, ici le Paris de Napoléon III. C'est d'ailleurs ce dernier aspect qui donne toute sa cohérence au roman : la description de Paris en pleine exposition universelle, qui attend la visite de la reine Victoria et se demande si l'impératrice Eugénie est enfin enceinte, est remarquable à la fois de précision et de légèreté. Sans aucun didactisme et avec beaucoup de verve, Guillaume Prévost recrée pour nous les rues à l'abandon du centre (autour de Notre-Dame), la pauvreté de la périphérie (la Villette est la banlieue, quartier mal famé plein d'entrepôts et de pensions misérables) et la vie bouillonnante des boulevards Capucine, Bonne Nouvelle et autres. Si l'intrigue policière en elle-même n'est pas révolutionnaire, elle a le mérite d'être bien ficelée et permet surtout à Prévost de mettre en scène des personnages tout à fait intéressants comme Emile, Savannah ou Jules Verne lui-même, jeune homme qui écrit surtout des pièces de théâtre et qui a l'idée de ses futurs chefs d'oeuvre en visitant les stands scientifiques de l'Exposition Universelle (il y admire notamment une maquette de sous-marin). Les dialogues sont enlevés et souvent drôles et les péripéties s'enchaînent sans temps mort. Je recommande, chers happy few.


Guillaume Prévost, Le mystère de la chambre obscure, 10/18, Grands détectives, 318 pages, 2008 (première parution 2005)

Le billet de Chimère (qui a aimé alors qu'elle n'aime pas les romans de Verne, sacrilège!)

Merci à Erzébeth pour cette découverte!

18.03.2009

Spooks and cops

all the colours of darkness.jpg Alors que Banks passe le week-end à Londres chez sa petite amie, un homme, Mark Hardcastle, est retrouvé pendu dans la forêt près d'Eastvale. Le médecin légiste, après examen superficiel du corps, conclut au suicide. Mais quand l'inspectrice Annie Cabbot se rend chez l'amant de la victime, Laurence Silbert, pour le prévenir, elle le retrouve mort, battu à coups de batte de base-ball. Il est temps de rappeler Banks...


Dix-huitième enquête du charmant et mélomane inspecteur-chef Alan Banks (pour qui souvenez-vous, chers happy few, j'avais poussé un grand cri d'amour), All the colours of darkness (quel beau titre, as usual) n'est malheureusement pas la meilleure. Si Peter Robinson est toujours aussi doué pour varier les histoires (18 enquêtes et pas une seule redite, c'est du grand art), celle-ci m'a parfois un peu ennuyée, disons-le tout net. Banks se retrouve cette fois-ci confronté bien malgré lui au MI6 et au MI5, la seconde victime étant un agent semi-retraité. Menacé à mots couverts par un mystérieux Mr Browne, sommé par son chef d'arrêter l'enquête (les autopsies ont prouvé que Hardcastle a assassiné Silbert puis s'est suicidé), Banks s'obstine, sur la foi d'une intuition née de la vision d'Othello : il veut prouver qu'un émule de Iago est responsable de ce carnage. Pour une fois, l'intrigue traîne un peu en longueur, certainement parce que Banks dispose de bien peu de moyens pour contrer éventuellement les "men in black". Comme d'habitude, les intrigues parallèles s'intègrent avec brio dans l'intrigue principale et la psychologie des personnages est d'une grande justesse. Le style est toujours ciselé, traversé parfois d'élans poétiques. Un cru mineur mais chez Robinson, c'est quand même gage de qualité.


Peter Robinson, All the colours of darkness, Hodder, 507 pages, 2009


23.02.2009

Tombé je suis à terre, transi et à jamais

hiver arctique.jpg Il fait un froid polaire à Reykjavik cet hiver-là. Un petit garçon d'origine asiatique, âgé de 10 ans, Elias, est retrouvé poignardé en bas de son immeuble. Crime raciste ? Vengeance ? Histoire de famille ? Erlendur, Sigurdur Oli et Elinborg mènent l'enquête, à leur manière et à leur rythme...


Cinquième volet des enquêtes du tourmenté commissaire islandais Erlendur, cet Hiver arctique tient toutes les promesses des opus précédents. L'intrigue met en scène des membres de la communauté asiatique en Islande et Indridason en profite pour soulever la question de l'immigration et la façon dont elle est perçue par les Islandais, peuple peu nombreux et replié sur lui-même par la force de la géographie. Si les questions soulevées sont les mêmes que dans les autres pays, il est intéressant de noter que ce peuple où chacun s'appelle par son prénom (les noms de famille n'existent pas en Islande, on est "fils" ou "fille de") vit cette évolution avec peut-être plus de difficultés que d'autres. Erlendur découvre donc le racisme ordinaire dans des endroits d'où il devrait être banni comme dans la salle des professeurs de l'école d'Elias et il sera amené par l'enquête à faire une plongée assez atroce dans la psychologie adolescente. Comme toujours dans les enquêtes d'Erlendur, les préoccupations des uns et des autres étoffent l'intrigue et permettent aux personnages de se dévoiler petit à petit : Eva Lind semble se rapprocher de son père, cette fois-ci autour de la mort de Bergur, le frère d'Erlendur, disparu dans une tempête de neige quand il avait 8 ans, mais elle se heurte au silence obstiné de son père ; Sigurdur Oli et Berghtora semblent parvenus à un point de non-retour ; Erlendur change légèrement d'attitude vis-à-vis de ses coéquipiers et le climat, rude et inhospitalier, est bien évidemment un personnage à part entière, comme dans les enquêtes précédentes, tant il modèle la vie des Islandais (cette histoire de disparitions, qui revient ici encore avec la disparition d'une femme, est un leitmotiv lié au climat affreux qui règne sous ces latitudes). Un bon cru donc. Arnaldur Indridason est définitivement devenu un auteur dont on attend les publications avec impatience.


Arnaldur Indridason, Hiver arctique (Vetrarborgin), Métailié noir, traduit de l'islandais par Eric Boury, 335 pages, 2009


Cathulu (que je remercie pour le prêt), et Cuné ont beaucoup aimé aussi.

PS : le titre de ce billet est emprunté à un poème de Jonas Hallgrimsson, poète islandais du XIXème siècle qu'Erlendur cite plusieurs fois dans le roman.
PSbis : aujourd'hui sur La page littérature, une bande dessinée. Soyons éclectiques ou ne soyons pas.

29.01.2009

"Les filles modernes savent se prémunir contre les ravages de l'émotion"

les ennuis de sally west.jpg James Elliot est écossais et il travaille pour un concessionnaire de voitures de luxe. Un jour de brouillard, alors qu'il va livrer une Rolls dans le Sussex, il se perd et se retrouve dans une étrange demeure qui a l'air abandonnée... sauf qu'en sort une jeune fille qui lui glisse à l'oreille "Fuyons!". James s'exécute et c'est le début d'une aventure abracadabrante...


Les ennuis de Sally West, roman de Patricia Wentworth, l'une des reines anglaises du crime à qui l'on doit le personnage de Miss Silver et l'invention du détective "in an armchair", signe ici, chers happy few, un délicieux roman typiquement british, qui n'est pas sans rappeler les romans d'Agatha Christie mettant en scène une jeune fille tête de mule qui cherche l'aventure, comme Rendez-vous à Bagdad ou L'homme au complet marron. Certes l'intrigue est un peu mince (il s'agit d'une chasse au trésor sans grande surprise) mais ce qui m'a beaucoup plu, outre l'atmosphère anglaise de l'entre deux guerres, où les jeunes filles de bonne famille portent des capes en fourrure et vont de bals en cocktails, c'est la drôlatique galerie de personnages. James le misogyne (certaines de ses réflexions sont savoureuses et il a un sens des priorités pour le moins étonnant) est affublé d'une tripotée de cousines un peu illuminées mais indispensables (dont Gertrude occupée au fin fond du Caucase et qui lui a prêté son appartement bizarrement meublé, Winifred et ses étranges goûts culinaires et Daphné, qui joue les entremetteuses écervelées et frivoles avec beaucoup de conviction) et de clients un peu frappés (les soeurs Palmer et leur jardin de rocaille m'ont fait beaucoup rire). Sally n'est guère mieux lotie, entourée d'un frère mi-amnésique mi-inconscient, d'un tuteur fou mais beau comme un ange et d'une belle-tutrice sadique et cruelle. Tous ces personnages se livrent à un réjouissant jeu du chat et de la souris, courant tous à la poursuite de ce que la tante Clementa, fausse grabataire, a caché sous une chauve-souris. On sourit beaucoup au récit de cette histoire totalement rocambolesque contée de manière pince-sans-rire, et on est tellement content de voir convoler les deux tourtereaux qu'on pardonne bien volontiers à Patricia une fin un peu facile. A lire sous le plaid en mangeant des scones, indeed!


Patricia Wentworth, Les ennuis de Sally West (Run!), 10/18, traduit de l'anglais par Pascale Haas, 287 pages, première publication en Angleterre, 1938, première traduction française, 2007


Merci à Virginie pour cet excellent choix dans le cadre du Patounet swap!

30.12.2008

A la pointe de la plume

51OE0iy7KzL__SL500_AA240_.jpg 1808. Jane Austen vit à Southampton avec sa mère, l'irrascible Mrs Austen depuis 18 mois. Cassandra est en voyage, et la jeune femme mène une vie bien monotone, quand réapparaît Lord Harold, surnommé le Gentleman Gredin, qui la charge d'une mission d'espionnage auprès de la sublime Sophia Challoner, veuve de fraîche date, récemment rentrée du Portugal et soupçonnée d'avoir des accointances catholiques...


Jane Austen et les fantômes de Netley est le septième volume de la série dans laquelle Stephanie Barron a fait de la célèbre romancière une espèce de détective qui résout des énigmes qui pimentent un peu sa vie si régulière. Et comme je vois les puristes des séries dans l'ordre (qui sont très nombreuses et dont je fais partie, je l'avoue bien volontiers) hausser déjà la voix pour demander ma pendaison par les pieds en place publique, j'explique tout de suite pourquoi j'ai lu le septième volume et non le premier : il m'a été offert par Karine dans le cadre du swap Noir c'est noir de l'année dernière et elle avait à l'époque vainement cherché les premiers de la série, manifestement plus disponibles au Québec. Je rassure tout le monde : commencer par le septième n'entame en rien la compréhension de l'intrigue même si je découvre ici le fameux Gentleman Gredin, dont ce n'est manifestement pas la première apparition.

Ceci étant posé, et après avoir précisé que j'avais très envie de découvrir cette série dont on avait pas mal parlé l'année dernière sur la blogosphère, j'ai trouvé que c'était une lecture agréable mais pas renversante. La plus grande réussite tient à mon avis dans l'atmosphère : le port, l'automne, les bavardages pénibles de Mrs Austen (qui emprunte quelques aspects à Mrs Bennett), l'abbaye de Netley qui est le décor principal de l'intrigue, le style qui imite un peu celui d'Austen (l'histoire que l'on découvre est censée être rédigée de la main même d'Austen dans son journal intime), la couleur locale (ah, la modiste!), tout ça est très bien rendu et permet de faire naître un décor crédible et attachant. L'utilisation de Jane Austen en tant que personnage principal est, elle, plus discutable. Evidemment, en bonne austenite j'étais fort curieuse de la voir vivre un peu ; on est content de voir apparaître ses frères et soeur, on apprend quelques bricoles sur sa vie, mais l'auteur semble s'être trouvée piégée par son personnage : à trop suivre la vie réelle de son héroïne, elle ne lui donne aucune liberté et l'empêche de vivre (ce qui est assez paradoxal pour un romancier). Cette restriction de ses mouvements et de ses élans sentimentaux confère au personnage finalement assez peu d'autonomie et la rend peu active dans la résolution d'une intrigue pas franchement passionnante. Une curiosité, mais il m'étonnerait fort que je lise les autres titres de la série.


Stephanie Barron, Jane Austen et les fantômes de Netley, Le Masque, coll. Labyrinthes, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Patricia Christian, 396 pages, une jolie couverture et de grosses coquilles, dont un joli (ou vilain c'est selon) "Lord Harold et moi suivirent".


Ce roman a été lu dans le cadre du challenge Le nom de la rose, catégorie nom propre. J'en ai lu 4/6. A suivre.

PS : merci encore Karine!

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