05.10.2011

Silence - Benoît Séverac

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Jules, 15 ans, se réveille sur un lit d'hôpital au service ORL de l'hôpital Purpan, à Toulouse. Ses derniers souvenirs : une rave où il a pris deux cachets d'ecstasy pour impressionner sa petite amie, Camille. Après trois jours de coma, Jules n'est plus tout à fait le même : il a perdu totalement et définitivement l'ouïe. Il tente de s'ajuster à cette nouvelle réalité et à la colère de ses parents et ne sait que répondre aux policiers chargés de l'enquête. Doit-il donner le nom de celui qui lui a vendu de la drogue au risque de faire tomber un copain ou se taire ?

 

Sur une trame simple qui a tout du fait divers, Benoît Séverac bâtit un roman nerveux plutôt bien fichu et parvient à éviter la démonstration, ce qui n'est pas évident avec un tel sujet. Le lecteur suit l'évolution de Jules sur un mois, et ce dernier passe par toutes les phases en découvrant son handicap, la douleur, l'incompréhension, le déni, la colère puis l'acceptation, aidé en cela par Damien, l'infirmier qui trouve les mots justes là où ses parents, fous d'inquiétude puis furieux, échouent. Les ados sont campés de manière assez fine, dans leurs relations comme dans leurs réactions, ce qui donne un ton fort crédible à l'ensemble. On peut cependant regretter la facilité du dénouement (d'autant plus regrettable que l'enquête de police sonnait plutôt juste  jusque là) mais Silence est un bon roman jeunesse qui met en garde contre les dangers de la drogue de manière claire sans oublier pour autant de nous raconter une histoire, évitant ainsi les travers du roman à thèse.

 

Benoît Séverac, Silence, Syros, Rat noir, 2011, 150 pages

20.02.2011

The secret adversary (Mr Brown) - Agatha Christie

Au commencement était... le Docteur.

(Evidemment.)

Dans l'épisode 7 de la saison 4 de Doctor Who, intitulé The unicorn and the wasp, le Seigneur du Temps le plus célèbre de la galaxie (et le dernier) rencontre Agatha Christie le jour de sa disparition (je rappelle pour ceux qui ne seraient pas aussi agathaphile que moi (ce qui ne se peut, of course) qu'Agatha Christie a disparu une dizaine de jours à un moment de sa vie où ça n'allait pas fort et a toujours refusé de dire ce qu'elle avait fait dans l'intervalle). Dans ce fabuleux épisode, les scénaristes s'en sont donné à coeur joie et ont émaillé les dialogues d'allusions plus ou moins explicites aux titres des romans de Dame Agatha. Un soir de désoeuvrement, alors que je regardais cet épisode pour la quatrième fois, j'ai listé les allusions et les ai confrontées à celles disponibles sur wikipedia : outre les 23 titres cités en partie ou in extenso, en ajoutant L'homme au complet marron (en hommage au costume du Docteur) et Mort dans les nuages (pour la couverture originale) (ceux qui ont vu l'épisode comprendront), on obtient 25 titres.

(Oui, vous voyez où je veux en venir, perspicaces happy few.) (Je suis aussi transparente qu'une nuisette sexy, je sais.)

Et comme j'ai quelques copines aussi who-agatha-addicts que moi, nous avons décidé de (re)lire ces 25 titres dans l'ordre de parution. (On est over organisées, je vous l'accorde.) Nous entamons donc ces lectures communes un brin particulières par

 

the secret adversary.jpgThe secret adversary (Mr Brown en français), publié en 1922. (parce qu'Agatha dit au Docteur : "Secret adversary remains hidden") (et Donna est appelée deux fois par le Docteur "plucky girl", private joke renvoyant aussi au roman)

Tommy Beresford et Tuppence Cowley, amis d'enfance, se retrouvent par hasard à Londres à la fin de la Première Guerre Mondiale. Ils sont dans la dèche mais pas à court d'idées : ils décident de louer leurs services comme aventuriers prêts à tout. Tuppence est alors contactée par un homme qui veut qu'elle s'infiltre dans un pensionnat de jeunes filles à Paris en se faisant passer pour une jeune américaine, Jane Finn. Mais la jeune femme qu'elle est censée incarner a disparu avec des papiers très importants. L'aventure commence.

Il s'agit de la première aventure de Tommy et Tuppence, que l'on retrouvera dans trois autres romans et un recueil de nouvelles, et c'est certainement le roman d'Agatha Christie que j'ai le plus lu avec L'homme au complet marron, tant il incarne la facette du talent d'Agatha Christie que je préfère, sa capacité à créer des intrigues bien construites mais un poil farfelues, avec des dialogues enlevés et des histoires d'amour ultra modernes. Il y a chez ses héroïnes une indépendance et un humour dont se sont inspirés bien des romanciers par la suite : Tuppence est en effet la grand-mère des Amelia, Stephanie et autres Alexia, et Agatha Christie a certainement inventé la comédie policière, reprise par la suite surtout au cinéma. Et relire Mr Brown pour la première fois en anglais m'a procuré un immense plaisir de lecture, d'autant que j'avais toujours lu la traduction de 1932 au Masque, qui est en fait très fautive (je suis allée vérifier et j'ai fait des découvertes bizarres, sur lesquelles il vaut mieux jeter un voile d'autant plus pudique que ce roman a bénéficié d'une nouvelle traduction en 1992). Tommy et Tuppence sont des jeunes gens ultra sympathiques, très british dans leur attitude et leurs réactions, les rebondissements (parfois rocambolesques) s'enchaînent sans temps mort et les autres personnages sont juste parfaits, surtout et y compris le fameux Mr Brown dont l'identité nous échappe tout du long. Un roman ô combien délicieux.

Agatha Christie, The secret adversary, 1922, 242 pages

 

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Oh le beau logo. Oh le beau Docteur. Oh Dame Agatha. Et, oh, le beau bout d'alien.

Les autres participantes : Isil (à qui on doit évidemment le logo), Karine, Yueyin, Mo, Chiffonnette, Pimpi. (Quelle surprise, hein ?)

 

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Challenge Lu en VO

7

14.01.2011

"I'd offer you a coffee, but I see you've already worn yours"

naked heat.jpgEn ce matin d'octobre, Nikki Heat a fort à faire : après le corps d'un homme poignardé puis abandonné dans une ruelle c'est celui de Cassidy Towne, la plus célèbre langue de vipère de Manhattan, qui rédige une colonne de ragots célébrissime pour le New York's Ledger, qui est retrouvé chez elle. Et à côté du corps de Cassidy l'attend... Jameson Rook, que Nikki ne veut plus voir depuis la sortie de l'article la concernant. Oui mais voilà, Jameson suivait Cassidy pour écrire un papier sur elle et il pourrait se révéler utile dans l'enquête. Nikki est donc contrainte de l'accepter à ses côtés. Et au vu de la personnalité de la victime, l'enquête s'annonce ardue.

Naked Heat est le deuxième volume des aventures de l'Inspectrice Nikki Heat et du grand reporter Jameson Rook, qui sont censées être écrites par Richard Castle, l'écrivain millionnaire de la série télévisée (pour de plus amples renseignements je vous renvoie à mon billet sur le premier opus, Heat Wave). Et si Heat Wave était surtout intéressant pour la façon dont Castle y fantasmait ses relations avec Beckett, Naked Heat est à lire comme le roman dans lequel Castle a replacé de nombreux éléments empruntés aux enquêtes qu'ils a menées avec Beckett. Même si ce roman peut, comme le premier, se lire indépendamment de la série, il en perd quand même tout son sel, tant le lecteur se régale de voir comment Castle a détourné ou décalqué une infinité de détails, qui vont de la réutilisation de certains personnages (le chef célèbre, la chanteuse ex-junkie, la vieille connaissance de Beckett...), situations (la fille qui l'attend en bas de chez lui, la course poursuite dans le métro, le show télé, le vol de cadavre...), allusions (Dungeon Alley et ses dominatrices, l'amour de Nikki pour le base-ball, l'hélicoptère télécommandé de Rook, la baignoire...). Cette familiarité est renforcé par la présence dans le récit d'éléments que l'on a vu Castle écrire dans la série, comme la fameuse scène de libération de la chaise à laquelle il est scotché ou la présence dans les dernières pages du roman de l'Inspecteur Schlemming (décalque de Tom Demming dont Castle est jaloux) que sa fille, Alexis, lui avait fait ôter et qu'il a laissé. Cette façon de jouer en permanence avec les amateurs de la série est ce que j'aime le plus dans ces romans, avec les dialogues au cordeau, même si, comme le précédent, il présente une intrigue bien ficelée (dont la fausse densité ne m'a jamais égarée mais bon, ce n'est pas ce que j'attendais de ce roman de toute façon). Au final, encore un excellent moment, chers happy few. J'attends maintenant la saison 3 avec impatience, la pauvre Beckett ayant fait fondre mon petit coeur tout mou dans le dernier épisode de la saison 2.

Richard Castle, Naked Heat, Hyperion, 2010, 290 pages

Un grand merci à Nataka pour le prêt!

 

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Challenge Lu en VO

3

22.08.2010

"You still pissed at me ? -No more than usual."

heat wave.jpgUn magnat de l'immobilier, Matthew Starr, est assassiné, précipité du balcon de son appartement au sixième étage d'un immeuble chic de Manhattan. Alors qu'une vague de chaleur sans précédent s'est abattue sur New York, l'inspectrice Nikki Heat et ses deux adjoints, Raley et Ochoa (que tout le monde appelle Roach parce qu'ils sont inséparables) mènent l'enquête, suivis par Jameson Rook, grand reporter, qui prépare un article sur le fonctionnement d'une brigade anti-criminelle. Un deuxième meurtre succède au premier, les suspects se multiplient, les secrets se dévoilent, Heat est agressée et elle éprouve une attraction qui l'inquiète pour Rook. L'été est chaud.

 

Non, vous ne rêvez pas, chers happy few, Heat wave est bien le roman que Richard Castle est censé écrire durant la première saison de Castle, la série policière dont j'ai parlé ici avec quelques trémolos dans le clavier (bien involontaires évidemment). Il se présente comme tous les polars américains : un hardcover sous jaquette avec photo de l'auteur, Castle (Nathan Fillion, donc) sur la quatrième de couverture et "praises" de Patterson et Cannell, qui sont les partenaires de poker de Castle dans la série et je dois bien avouer que comme je suis faible, je trouve l'idée parfaitement séduisante, d'autant qu'elle a été exploitée jusqu'au bout, Nathan Fillion ayant assuré des séances de dédicaces dans quelques librairies (même si je ne suis évidemment pas dupe une seule seconde : ce roman est avant tout un produit marketing, au même titre que tous les produits dérivés du monde) (mais j'aime autant avoir un roman dédicacé par Castle dans ma bibliothèque qu'un mug avec sa photo) (oui, je sais, personne ne me croit, et à juste titre, puisque je possède un mug Firefly depuis des années, vous pouvez me fouetter, chers happy few, je le mérite).

 

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Couinons, mes soeurs, couinons.

 

Voilà donc un roman qui se lit à plusieurs niveaux : c'est un polar correctement ficelé pour ceux qui n'auraient jamais vu la série (même si ces lecteurs ne sont à mon avis pas la cible visée) et c'est un excellent divertissement pour les amateurs des aventures de Castle et Beckett. Outre une intrigue qui ressemble fort à un bon scénario (rebondissements crédibles, un bon nombre de suspects, quelques scènes "spectaculaires" comme l'agression de Heat ou une course poursuite) et des dialogues extrêmement jouissifs (qui me donnent l'impression que les auteurs, pour l'instant tenus secrets, sont tout simplement les scénaristes de la série), on retrouve le couple Castle/Beckett de manière déformée dans celui formé par Rook/Heat. Castle se met en scène sous les traits d'un baroudeur séduisant et viril qui n'abandonne jamais sa "coolitude", ce qui en dit long sur son ego, et a transformé Bekett en bombe dangereuse, qui pratique les arts martiaux, les blagues à deux balles et le french kiss avec le même talent. Ce décalage entre les personnages de la série et ceux du roman m'a beaucoup plu, d'abord parce qu'on a l'impression d'avoir assisté au processus de création et de comprendre de quelle manière Beckett a inspiré Castle (dont l'alter ego est beaucoup moins présent dans le roman, le personnage principal étant vraiment Heat, dont nous suivons les faits et gestes et les pensées), et ensuite parce qu'il permet de manière paradoxale de mieux comprendre Castle, qui a mis dans son roman une bonne part de fantasmes (Heat et Rook entament une liaison dès la page 105) mais aussi de faits "réels" (comme les parties de poker, le temps infini que passe Beckett devant le tableau blanc, ses talents d'interrogatrice...). Je me suis régalée, chers happy few : autant dire que j'attends avec impatience la sortie du deuxième, Naked Heat, qui est annoncé pour novembre. L'hiver sera chaud.

 

Richard Castle, Heat wave, Hyperion, 208 pages, 2010.

 

Le billet de Nataka, ma comparse en fillioneries.

 

LireEnVoMini.jpgChallenge Lire en V. O

24

24.07.2010

Have you lost any weight on this diet ? - No. I gained a couple but I think it's water retention.

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Vinnie Plum, directeur de l'agence de recouvrement de caution pour laquelle travaille Stephanie Plum, et accessoirement son cousin aux moeurs peu délicates, est enlevé par son bookmaker à qui il doit une fort jolie somme. Même si elle ne l'aime pas plus que ça, Stephanie décide d'aller à sa rescousse (la famille c'est sacré), aidée par Connie et Lula. Mais il s'avère rapidement que d'autres intérêts qu'une simple dette de jeu sont à l'oeuvre et nos trois drôles de dames sont entraînées dans une histoire pleine de rebondissements et de coups tordus.

 

Le mois de juin a apporté avec lui comme chaque année l'Evanovich nouveau, chers happy few, et comme chaque année, je n'ai pas résisté à l'appel de Ranger et Morelli, demandant pour l'occasion à Karine de me le rapporter de Montréal, WH Smith ayant décidé cette année, pour des raisons qui gagnent à mon avis à rester obscures, de ne pas commander la version hardcover. Je me suis plongée dans cette lecture avec délectation (j'avais trouvé le quinzième drôlatique) mais hélas, trois fois hélas, pour la première fois depuis que j'ai découvert cette série il y a plus de dix ans, la sauce n'a pas pris. Je n'aurais jamais cru écrire ça un jour, chers happy few, mais j'ai été déçue par ce seizième opus (et ça me coûte d'écrire ça, vous pouvez me croire). Enonçons rapidement ce qui m'a chagrinée : une histoire encore moins dense que d'habitude dont la loufoquerie sonne faux (la lucky bottle est mal exploitée notamment), des situations répétitives (Vinnie disparaît deux fois de suite, Connie fabrique un peu trop de bombes puantes) et surtout une construction narrative qui finit par virer au système (les histoires de FTA s'entrelacent très mal cette fois-ci). Si on ajoute à cela des personnages définitivement englués dans une histoire dont ils ne sortent pas (le faux triangle amoureux Ranger/Stephanie/Morelli) et donc privés de toute évolution psychologique, on obtient un roman raté, chers happy few, qui malgré quelques bons moments (Lula est vraiment un excellent personnage et la réapparition de Mooner en organisateur de réunion de hobbits est assez drôle) peine à faire sourire la lectrice pourtant conquise d'avance. Laissons le bénéfice du doute à Janet, chers happy few (je ne peux pas brûler ce que j'ai tant aimé) et espérons juste que le prochain opus sera meilleur.

 

Janet Evanovich, Sizzling sixteen, Headline review, 320 pages, 2010.

 

PS : après des années d'atermoiement (les droits ont été vendus il y a plus de 10 ans), le tournage de l'adaptation cinématographique a commencé il y a quelques jours, avec Katherine Heigl dans le rôle de Stephanie Plum. Couinerons-nous, chers happy few ? Wait and see, comme disait le poète moldave, qui décidément avait réponse à tout.

 

LireEnVoMini.jpgChallenge Lire en V.O

21

28.05.2010

"J'ai une sainte horreur des coïncidences, Watson"

carr.jpgSherlock Holmes est appelé à la rescousse par son frère, Mycroft : deux meurtres ont eu lieu à Holyroodhouse, une des demeures royales écossaises et Mycroft craint pour la vie de la reine Victoria, qui a récemment été victime de plusieurs attentats. Holmes et Watson se rendent sur les lieux : entre un fantôme, une escroquerie et la supposée présence de nationalistes écossais, notre détective préféré aura fort à faire.

 

Je ne savais pas, chers happy few, que Caleb Carr, connu pour son Aliéniste, avait écrit un court roman mettant en scène Sherlock Holmes. A la demande de Jon Lellenberg, qui préparait un recueil de nouvelles intitulé Ghosts of Baker Street, qui, comme l'indique le titre a pour thème le surnaturel, Caleb Carr décida de se pencher sur le meurtre de David Rizzio, musicien et confident de la reine Marie Stuart, qui fut assassiné à Holyroodhouse et dont on dit que le fantôme hante encore l'une des tours du château, mais la nouvelle qu'il a en tête est rapidement devenue un roman, qui sera publié séparément.

 

Ce Secrétaire italien  est à mon sens un hommage plus qu'un pastiche. Carr reprend ici de manière plutôt convaincante ce qui fait la marque de fabrique des aventures de Sherlock Holmes : la narration prise en charge par Watson, les déductions bavardes de Holmes, quelques portraits très typés, une intrigue qui a l'air d'être à tiroirs mais dont la résolution est finalement fort simple et quelques scènes de "terrain", notamment le dénouement. Il fait allusion à une ou deux nouvelles du canon et utilise le personnage de Mycroft dont il fait un espion au service très rapproché de Sa Majesté. Mais il apporte aussi sa propre touche notamment dans le développement du personnage de Watson, qui raisonne parfaitement bien (et vite) et se voit attribuer le titre de spécialiste de la gent féminine par un Holmes plus mysogine que jamais. Un roman divertissant à réserver aux fans de Holmes ; ça tombe bien, j'en suis une.

 

Caleb Carr, Le secrétaire italien (The italian secretary), Pocket, traduit de l'anglais par Jacques Martinache, 280 pages, 2006 pour la traduction française, 2005 pour la parution en VO.

 

Encore merci Nanne !

22.03.2010

Avocat malgré lui

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Guido Guerrieri, avocat à Bari, est appelé par un détenu condamné pour trafic de drogue. Quand il se présente au parloir, Guido reconnaît le fasciste qui l'a molesté adolescent et décide de refuser le cas avant de changer d'avis. Voilà Guerrieri lancé dans un cas difficile : comment prouver, sans aucun élément, que Fabio n'a pas placé les 40 kg de cocaïne trouvés dans sa voiture ?

 

Il y avait bien longtemps que je n'avais pas lu un bon roman policier, chers happy few, et Les raisons du doute en est assurément un : une intrigue bien ficelée, qui ne multiplie pas les effets de manche mais reste au contraire très crédible et se clôt sur un procès sans ostentation (et pas trop long, ça nous change de certains romans américains), et surtout des personnages passionnants, Guido en tête. Cet avocat intègre, habile et solitaire, amateur de marche et de vélo, qui boxe pour évacuer ses angoisses, est aussi un lecteur acharné qui fréquente les librairies pour leur pouvoir apaisant, autant de caractéristiques qui le rendent extrêmement sympathique, voire séduisant. Il est entouré de personnages attachants comme Natsu, la femme de l'inculpé ou Tancredi, le flic qui aide Guido à mener cette enquête pour le moins peu banale. Il y a une atmosphère particulière dans ce roman, atmosphère qui naît autant des relations entre les personnages que de l'humour à froid et auto-dépréciatif de Guido et de la ville de Bari, balayée par le vent qui vient de la mer et un peu fantômatique, où l'on croise des femmes en poncho dans les cinémas déserts et des flics cultivés chez le libraire insomniaque qui n'ouvre que la nuit. J'ai beaucoup aimé ce roman, chers happy few, au point d'avoir envie de lire les autres romans de Gianrico Carofiglio, ancien juge antimafia reconverti avec talent dans le legal thriller, genre que je ne prise pourtant pas toujours. A lire.

 

Gianrico Carofiglio, Les raisons du doute (Ragionevoli dubbi), Seuil policiers, traduit de l'italien par Nathalie Bauer, 262 pages, 2010.

 

Ce roman a été lu dans le cadre d'une opération Masse Critique un peu particulière, à laquelle a aussi participé Cathulu.

 

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08.02.2010

In bed with Baudelaire

la commissaire.jpgLa commissaire Viviane Lancier de la 3°DPJ n'apprécie pas vraiment la nouvelle enquête qui lui échoit par la suite de l'excès de zèle de son nouveau et un peu trop mignon lieutenant, Augustin Monot : un clochard qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à Victor Hugo a été assassiné, semble-t-il pour lui dérober la photocopie de ce qui pourrait bien être un poème inédit de Charles Baudelaire. Voilà notre pauvre Viviane, qui n'aime pas la littérature et encore moins la poésie, contrainte de mener une enquête qui n'a, trouve-t-elle, ni queue ni tête, tout en tentant désespérément de trouver enfin un régime qui lui permette de rentrer de nouveau dans son joli tailleur Carroll rose et en protégeant constamment ses arrières puisqu'un contrat a été lancé sur elle par un malfrat. Pauvre d'elle.

 

La commissaire n'aime point les vers (dont je trouve la couverture très réussie) est un sympathique roman policier à l'intrigue joliment troussée, chers happy few. Ses points forts, outre l'idée de départ, qui fait d'un possible sulfureux sonnet baudelairien le centre de l'intrigue, ce qui est plutôt réjouissant pour les littéraires que nous sommes (mais non, je ne suis pas la seule, chers happy few, du moins, je ne veux pas le croire) sont, comme toujours chez Georges Flipo, une galerie de personnages tous plus allumés les uns que les autres, un sens certain de l'observation des travers humains et une plume drôle et ironique qui égratigne tout le monde. La commissaire est une franchouillarde qui frôle le cliché, ravie de diriger une troupe exclusivement masculine qui la considère comme un homme, avant de se redécouvrir femme pour les beaux yeux du lieutenant Monot, à la fois cultivé et beau comme un Adonis (si les lieutenants de la police étaient tous comme ça, voilà qui susciterait des vocations). Les régimes successifs de Viviane, qui passe du Montignac au Mayo sans oublier le dissocié font naître le sourire, surtout qu'en bonne représentante de la gent féminine, elle est la reine de l'entorse, mais toujours justifiée comme lorsqu'elle achète une salade et des tomates chez le dépanneur d'en bas : "elle s'approcha d'un présentoir de confiserie, et y choisit quatre grosses barres de Mars, qu'elle posa devant la caisse, histoire de rappeler qu'elle était une femme libre". Elle rencontre au fur et à mesure que l'enquête avance des individus aussi suspects que bizarres : la medium qui communique, entre autres, avec les auteurs morts (pratique pour authentifier un document ou éclairer un point de biographie épineux), l'agriculteur qui a inventé le Kill'Mouch' (croyez-moi, vous ne voulez pas en savoir plus), la veuve tout sauf éplorée, l'orphelin timbré et bien d'autres. Les médias en prennent aussi pour leur grade, moustiques assoiffés de sang qui créent l'information plutôt que de la relayer sous les yeux bienveillants de la dircom du Ministère de l'Intérieur, qui a bien compris, elle, qu'une veste Ralph Lauren sur de viriles épaules sous un regard bleu acier valaient toutes les enquêtes bouclées du monde. Les formules font mouche, les rebondissements s'enchaînent, les coupables sont démasqués et même si j'ai été gênée par un élément à la fin qui, je trouve, ne se justifiait pas du tout, le tout forme un roman policier dans cette veine légère et humoristique extrêmement agréable en ces temps de grisaille, chers happy few.

 

Georges Flipo, La commissaire n'aime pas les vers, La Table Ronde, 300 pages, février 2010 

 

Les avis de Cathulu, Keisha, Leiloona, LouPapillon

 

PS : merci à Amanda pour le titre de ce billet, elle comprendra.

17.11.2009

Le colonel Moutarde en string léopard dans le jacuzzi

(oui, je sais, ce titre est affligeant, chers happy few, mais moins que le roman dont il est question ici) (je dis ça pour vous préparer à ce qui va suivre, car j'ai pitié de vos petits coeurs tout mous) (vous remarquerez aussi la présence subtile d'un jacuzzi dans ce titre ô combien raffiné car oui, j'ai décidé de convoquer l'esprit harlequinesque pour me donner le courage d'en rire)

 

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Duncan Kincaid est superintendant à Scotland Yard. Comme il est totally overbooked malgré sa coolitude, il décide de prendre une semaine de vacances, comme ça, wildly, dans le Yorkshire, histoire de se ressourcer dans des paysages bucoliques, chabadabada. Mais hélas, comme on n'est jamais tranquille, les cadavres s'accumulent devant sa chambre. C'est pas grave, grâce à ses superpouvoirs, Duncan va résoudre cette faute de goût en 318 pages.

 

 

Il en va parfois des romans comme de l'histoire du tyran de Syracuse, chers happy few : c'est quand on croit avoir touché le fond qu'on découvre que le pire était à venir. Je pensais sincèrement avoir atteint une espèce de point de non-retour avec l'inénarrable Eclat du diamant, mais ce Meurtres en copropriété est à mon avis encore plus mauvais. Si, si, c'est possible.

 

Voici un roman terriblement désuet (en même temps, la couverture aurait dû me mettre la puce à l'oreille, chers happy few, my bad), à mi-chemin entre Agatha Christie et le Cluedo, mais sans la verve de la première ni le kitsch nostalgique du deuxième. L'intrigue est terriblement mal ficelée : dans une copropriété d'appartements achetés pour une semaine par an par des bourgeois un peu argentés, les vacanciers meurent les uns après les autres dans des circonstances un peu bizarres, qui électrocuté dans la piscine, qui assassiné à coups de raquette de tennis sur le court (oui, je pense aussi que c'est une arme avec laquelle il faut s'acharner, mais ne pinaillons pas)... Et bien évidemment tout le monde est suspect. Duncan mène l'enquête d'abord en parallèle de la police puis en collaboration avec elle, et je dois bien dire que c'est le pire flic que j'ai jamais vu : on a beau nous seriner toutes les deux pages qu'il est tellement brillant qu'il est superintendant alors qu'il a à peine trente ans mais il ne voit pas plus loin que le bout de son nez, n'interroge pas un témoin qui vient manifestement lui dire quelque chose de grave et a un coeur d'artichaut (toutes les femmes lui tournent la tête et elles le lui rendent bien, toutes énamourées dès qu'il apparaît dans une pièce) qui semble l'empêcher de penser droit. Les autres personnages ne sont pas mieux lotis, ils semblent tous concourir pour remporter la palme de la superficialité et de la platitude. Et comme ce roman, c'est Noël avant l'heure, s'ajoute à ça un style carrément épouvantable, rempli de redondances, de redites et d'explications vaseuses. Je vous donne un exemple pour la route, chers happy few, car je suis d'humeur partageuse :

 

"C'est peut-être pour ça qu'Eddie Lyle ne m'aime pas, dit Helen qui s'assit en face de Gemma après lui avoir servi du thé. Pour lui ce n'est pas très bien d'être irlandais. (Vous noterez la belle traduction. Y en a certains qui devraient réviser un peu leur petit Harrap's, je dis ça, je dis rien.) C'est un ancien militaire, même si ça ne se voit pas. (sic) Il a servi en Irlande du Nord et il méprise en bloc tous les Irlandais. Ou alors c'est parce que mon mari travaille pour l'entrepreneur. (Elle eut un petit geste circulaire qui englobait la résidence.) Je ne sais pas où il a appris à être aussi snob. Ses parents avaient un magasin de spiritueux dans la vieille ville [...]

Helen North était bavarde, et ses propos dénotaient une certaine malveillance envers Edward Lyle. il avait dû la traiter de haut comprit Gemma." (Non ? On remarquera la grande perspicacité de Gemma, et le talent fou de la romancière. Je suis littéralement bluffée, chers happy few.)

 

Un roman écrit avec les pieds et roulé sous les aisselles, dont la lecture est, vous l'aurez compris, vivement déconseillée.

 

 

Deborah Crombie, Meurtres en copropriété (A share in death), Le Livre de Poche, 318 pages dont la longueur est inversement proportionnelle à la densité, traduit n'importe comment par Anne Crichton, 1993 pour la première édition, 2009 pour la traduction.

Keisha est moins critique.

10.10.2009

"There are some things a man should find out for himself"

plum15.jpgLe célèbre chef Stanley Chipotle est décapité sous les yeux effarés de Lula, qui se retrouve poursuivie par les deux Stooges qui ont fait le coup : pas question de laisser derrière eux un témoin capable de les identifier. De son côté, Stephanie, récemment séparée de Morelli, rempile pour Ranger entre deux dossiers : ce dernier est manifestement victime d'un coup monté qui vise à le décrédibiliser aux yeux de sa clientèle. Entre les FTA, Lula et le concours de barbecue, la vie de Stephanie est toujours aussi compliquée...

 

Il n'est plus utile de présenter Janet Evanovich, chers happy few, auteur entre autres de la série policière consacrée à Stephanie Plum, dont le quinzième volume (eh oui, déjà 15 ans que nous suivons les tribulations cocasses de la plus mauvaise chasseuse de primes de tous les temps, voilà qui ne nous rajeunit pas) est sorti récemment aux Etats-Unis (et dont il ne faut pas attendre de traduction, la parution française étant bloquée au neuvième volume pour des raisons apparemment complexes). Si Finger Lickin' Fifteen suit les recettes des opus précédents (une intrigue principale entrecoupée de tentatives plus ou moins avortées de Stephanie pour arrêter ceux qui ont "oublié" de se rendre au tribunal après que l'Agence de cautions Plum les a fait sortir de prison), je l'ai trouvé plus réussi que les deux précédents et presque aussi drôle qu'Eleven on top, qui est pour moi le meilleur de la série. Le concours de barbecue donne lieu à des scènes incroyables de drôlerie, de même que l'omniprésence de Lula, qui se rend compte dans la même semaine que deux fous furieux veulent la décapiter et qu'elle ne rentre plus dans ses robes. La décision de Stephanie de se séparer de Morelli (et je ne spoile pas, on l'apprend page 2) la rapproche forcément de Ranger, ce qui relance la tension palpable de ce faux triangle amoureux même si nous avons bien compris, lecteurs avisés que nous sommes, que le statu quo risque de durer longtemps. C'est bourré d'humour, un brin farfelu, l'intrigue est enlevée, nos hommes préférés sont à la hauteur de leur réputation et comme chaque année, ça n'a qu'un seul défaut : ça se lit bien trop vite.

 

Janet Evanovich, Finger Linckin' Fifteen, Headline review, 312 pages, 2009

 

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