21.06.2009
En bref

Des hommes et des femmes ordinaires, qui tout d'un coup le sont moins, vivent, s'aiment, se quittent, se tuent, s'imaginent des choses folles, dans ces seize nouvelles...
Non, vous ne rêvez pas, chers happy few, me voici de retour, de manière certainement toute momentanée : la grande ronde écrits-oraux commence mercredi, pour mon plus grand bonheur (of course), et je me retrouve seule à bord du navire familial en cette merveilleuse période surchargée (ah, que j'aime la pêche aux canards, les tombolas et les chorégraphies des enfants de maternelle), l'homme ayant décidé dans un accès de folie passagère de se prendre pour Tony P. sur le playground du quartier, ce qui lui vaut une rupture du tendon d'Achille et six semaines d'immobilisation (oui, vous avez le droit de rire, je ne m'en suis pas privée, d'autant qu'il ne souffre pas, le dur à cuire).
Bref.
Dans Au Bon roman, Ivan Georg lit tous les romans de Franz Bartelt, chers happy few, ce qui m'a donné envie de faire de même (car oui, je suis influençable et j'assume) : ça tombait bien, j'avais un recueil de nouvelles de lui dans la minuscule PAL qui menace de m'ensevelir dans mon sommeil, grâce à Valdebaz qui me l'a envoyé quand j'ai gagné le Lotobook. Je l'ai donc élégamment exhumé de derrière ses petits compagnons et... je me suis régalée. Ces 16 nouvelles mettent toutes en scène des personnages décalés qui vivent des situations qui ne le sont pas moins. Du serial killer qui ne tue que des femmes de notaires (Tueur en série, une nouvelle drôlatique où l'on apprend que "le grand public ne parvient pas à se désoler sincèrement de la mort d'une épouse de notaire. Seraient-elles toutes assassinées le même jour à la même heure que personne ne s'en retournerait plus de cinq minutes. On dirait, oui, c'est triste, mais enfin elles n'avaient qu'à pas épouser un notaire.") à la femme de professeur de Lettres qui fait de monstrueuses fautes de grammaire, ce qui nuit terriblement à la qualité de sa vie amoureuse (Un parcours sans fautes), en passant par la jeune femme qui veut changer de nom (Lili, et franchement on la comprend, car ce ne doit pas être facile tous les jours de se nommer Poaldeuf), Bartelt multiplie les situations loufoques et les personnages à la marge, avec un humour à froid très réjouissant. Certaines nouvelles flirtent avec le fantastique, comme Un mauvais joueur qui raconte une histoire d'homme creux, Dans le train, réflexion sur les personnages de roman, Le souvenir de Fred (certainement la nouvelle que j'ai trouvé la moins réussie) ou Le sixième commandement où un mari jaloux intervient bien malgré lui dans la vie de sa femme, d'autres sont férocement drôles, comme Testament d'un homme trop aimé, qui suit le parcours d'un incurable narcissique ou Un voisin redoutable, histoire d'une vengeance bien méritée. Quant au Bar des habitudes, qui donne son titre au recueil, Ta tête d'assassin, La tourte ou Date limite, elles sont d'une redoutable finesse psychologique. Un excellent recueil, qui donne envie de lire les autres ouvrages de Bartelt.
Franz Bartelt, Le bar des habitudes, Folio, 292 pages, 2005
A noter que ce recueil a reçu le Prix Goncourt de la nouvelle 2006.
Les avis de Laurence, Valdebaz (merci encore!), Cathulu, Bellesahi
23:14 Publié dans Littérature française, Lotobook | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note | Tags : franz bartelt, le bar des habitudes, j'aime bien les cafés, et la tête de veau, et les monaco en terrasse, et ces tags n'ont ni queue ni tête, on va dire que c'est la fatigue, oui on va dire ça
31.12.2008
Paradis terrestre
A Clude, plat pays, on ne cultive que des tomates plates, sur lesquelles tombe une pluie plate. Les habitants vivent en harmonie et en bonne intelligence, ignorant les affres de la jalousie et du capitalisme. Mais ce bonheur tente des requins : une armada de vendeurs en tous genres investit le village...
Ce n'est qu'en refermant ce Pays des tomates plates que je me suis rendue compte, chers happy few, que j'aurais pu inclure Beignets de tomates vertes (que j'ai tant aimé) dans le Challenge Le Nom de la Rose, catégorie plante donc, ce qui m'aurait épargné cette lecture fastidieuse et laborieuse au possible. J'ai en effet trouvé l'histoire de ce petit village réfractaire au profit et ouvert à l'amour d'un inintérêt total. Sur une histoire d'une banalité affligeante (la 4ème de couverture, qui parle d'un "réalisme ingénu à la Marcel Aymé" me faisait craindre le pire et j'avais bien raison : avez-vous remarqué comme plus on invoque de prestigieuses influences, plus le roman est mauvais, chers happy few ?), le lecteur d'abord incrédule puis de en plus affligé, voit défiler poncif sur cliché. Les habitants de Clude (toponyme qui donne lieu, tenez-vous bien à une invention in-cro-ya-ble : tous les habitants ont un nom qui commence par Cl) (je vous avais dit que vous seriez épastouflés, chers happy few) sont des gens honnêtes et bons, qui ne mettent pas d'engrais dans leurs tomates, vivent en symbiose avec la nature, appliquent la démocratie et pratiquent l'amour libre. Comme vous le voyez, chers happy few, il s'agit de faits proprement révolutionnaires. La fable (car il paraît d'après toujours cette 4ème de couverture d'anthologie écrite manifestement par un génie sous acide de chez Pocket que c'en est une) est martelée à coup de gros sabots sans humour ni drôlerie, on nous raconte tout bien en détail au cas où le lecteur, aussi benêt qu'un cludien, n'aurait pas tout compris et la fin (à laquelle je suis parvenue à grands renforts de soupirs, de yeux au ciel et de pages lues en diagonale, j'avoue tout) réussit l'exploit d'être à la fois totalement attendue, complètement risible et atrocement niaise. Du grand art, qui prouve si besoin était que n'est pas Marcel Aymé qui veut.
Georges Coulonges, Le pays des tomates plates, Pocket, 2002, 258 looongues pages et une couverture atroce.
Le billet de Chimère, qui a aimé.
Il s'agissait d'un livre Lotobook : merci Isabelle L.!
Roman lu dans le cadre du Challenge Le Nom de la Rose, catégorie plante. J'en ai lu 6/6! J'ai donc bouclé in extremis le Challenge Le Nom de la Rose, en lisant les 4 derniers titres au tout dernier moment, on ne se refait pas. Voilà qui mérite d'ouvrir la bouteille de champagne qui attendait patiemment que les microbes désertent, non ?
14:47 Publié dans Challenge le Nom de la Rose, Les contournables, Littérature française, Lotobook | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : georges coulonges, mon dieu cet homme a publié une tripotée de romans, comment est-ce possible ?, il aurait mieux fait de se contenter d'écrire des chansons, pour nana mouskouri, ah, tout s'explique
18.11.2008
Un secret
Emma a 17 ans. Elle est gravement anorexique au point qu'elle a déjà été hospitalisée. Ses parents, dépassés, ne lui parlent pas, ne lui demandent rien, font comme si de rien n'était. Emma souffre, Emma se désincarne, étrangère à son propre corps, car Emma a découvert quelque chose, un secret, un mensonge monstrueux sur lequel repose l'histoire de sa famille...
Il est des romans, chers happy few, que vous prenez en pleine figure, violemment. Sobibor est de cette trempe-là. Avec une économie de moyens incroyable, dans un récit extrêmement dense, Jean Molla retrace le chemin de croix de cette adolescente qui tombe en anorexie comme pour expier les fautes de ses ascendants, sans savoir qu'elle exprime ainsi un remords familial à la place de ceux qui auraient dû le faire. Il m'est difficile d'en dévoiler plus sur l'intrigue sous peine d'en dévoiler trop (et pour une fois la quatrième de couverture est très brève et ne dit rien, c'est un miracle), mais je peux vous dire que l'histoire que découvre Emma dans le vieux cahier caché sous les vêtements de sa grand-mère est terrible et insoutenable, à tel point que je ne suis pas arrivée à en anticiper une partie, comme si je me refusais à croire que ce que je pouvais deviner était juste. La souffrance de cette adolescente confrontée au pire est d'autant plus opressante que nul ne semble lui accorder l'importance qu'elle mérite, et notamment ses parents qui sont tellement maladroits qu'ils en paraissent indifférents (son père est pourtant médecin, on pourrait croire qu'il sait faire face à l'anorexie, mais il semble empêtré dans ses sentiments). La grande réussite de ce roman, outre son utilisation très intéressante de la psycho-généalogie, est sa sensibilité et son refus de toute généralisation : la situation d'Emma est présentée et vécue comme une situation unique et particulière, ce qui la rend d'autant plus tragique. Un roman bouleversant, à lire absolument.
Jean Molla, Sobibor, Gallimard, scripto, 189 pages
Les billets de Solenn et Joelle
PS : il s'agit d'un livre Lotobook : merci Païkanne!
14.10.2008
Secret Story
Dan et Sonia sont mariés depuis longtemps et Sonia se meurt d'un cancer. Emile, l'ami et collègue de Dan, est amoureux de sa voisine, la jolie Violette, qui a perdu sa mère et cherche à donner du sens à sa vie. Gabriel est étudiant, il n'a jamais connu son père et il rédige une thèse de linguistique sous la direction de Dan, qui l'adresse à Emile, pensant que ce dernier pourrait le prendre sous son aile. Harriet est américaine et parce qu'Emile ne s'est pas donné la peine de lire son CV, elle lui sert de secrétaire. Tout ce petit monde se croise, se parle et tente de se dépêtrer de sa vie.
Un secret sans importance est un roman attachant, chers happy few. On regarde vivre ces personnages en se demandant comment le destin (enfin, le narrateur), va nouer et dénouer les fils qui les relient, tous étant liés par des secrets, le plus important (et de polichinelle) étant celui qui entoure l'ascendance de Gabriel. Sous des dehors faussement légers, c'est un roman grave, qui aborde des thèmes peu folichons, comme la maladie, la mort et le deuil et qui leur trouve des réponses légères comme les flocons qui tombent le soir de la mort de Sonia (je ne spoile pas, on sait dès le début qu'elle est condamnée). Il y est question de renaissance et de départ, de trains qu'on n'a pas pris mais qu'on peut rattraper et de vies qui se poursuivent. Le ton est particulier, un peu ironique, un peu décalé, et on éprouve de l'empathie pour ces personnages pourtant pas forcément sympathiques, englués dans leurs contradictions et leurs défauts. Une agréable découverte.
Agnès Desarthe, Un secret sans importance, Points, 210 pages
PS : il s'agit d'un livre Lotobook (décidément, après le Challenge ABC 2008, c'est l'époque des résurrections) : merci encore Nanou!
PSbis : vous me pardonnerez le titre du billet, chers happy few. Ou pas.
PSter sans aucun rapport avec le sujet et parce que ça faisait longtemps qu'on n'avait pas digressé un peu dans ce salon : Alinéa se lance dans la critique littéraire. Désopilant et highly kulturel!
03.06.2008
Père et fille
A la mort de son père, Annie Ernaux décide de lui consacrer un livre, qui ne sera pas une fiction. Elle veut rendre hommage à ce père petit commerçant, à qui la condition d'ouvrier a toujours collé à la peau...
Vous l'aurez compris, chers happy few, après quelques pavés, j'ai décidé de faire baisser ma PAL de ses romans courts (du moins quelques-uns, mais sans en faire de challenge, l'expérience m'ayant servi de leçon). Et qu'ai-je donc pensé de cet ouvrage, chers happy few ? Eh bien, pour tout vous avouer, pas grand-chose (ben oui, ça m'arrive), tant ce roman autobiographique (on va l'appeler comme ça faute de mieux) m'a laissée perplexe. J'ai beau avoir lu ici ou là qu'il s'agissait d'une déclaration d'amour à son père, je n'ai à aucun moment dans le récit senti une quelconque affection pour cet homme, mais plutôt une analyse, intellectuelle et détachée, de sa condition sociale et de ses "symptômes" : langage, habillement, gestuelle, fréquentations, habitudes... Cet aspect est très réussi mais dans quel but, cela reste un mystère. L'écriture, volontairement plate (et là encore, cela fait l'objet d'une longue justification de la part de l'auteur), ne m'a pas plu : est-elle là pour empêcher l'émotion d'entrer ou pour signifier que d'émotion, il n'y en eut jamais ? Je n'arrive pas à percevoir la place exacte que son père a tenu dans sa vie et ce qui est sûr c'est que je n'ai pas trouvé ma place de lectrice dans cet ouvrage...
Un roman qui m'a laissée profondément indifférente, chers happy few. Eh oui, ça arrive...
Annie Ernaux, La place, Folio
Les billets de Stéphanie, Tamara
Plusieurs billets chez les rats de bibliothèque
PS : il s'agit d'un livre Lotobook : merci Yohan ! Je suis navrée de ne pas partager ton enthousiasme...
PSbis : ce roman a reçu le prix Renaudot en 1984.
06:30 Publié dans Littérature française, Lotobook | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note
02.06.2008
Obsession
Sud de la France, 1861. Hervé Joncour achète et vend des vers à soie. Cette année-là, une épidémie décime les vers à soie de toute l'Europe et du Moyen-Orient, où il a coutume de s'approvisionner. Germe alors l'idée, un peu folle à l'époque, d'aller chercher des vers à soie au Japon et de les en sortir clandestinement. Ce premier voyage (qui sera suivi de trois autres), va bouleverser la vie de Joncour, en la personne d'une mystérieuse jeune fille, dont les yeux ne sont pas orientaux...
Voilà un roman lu et acclamé par tout le monde, chers happy few, que ce soit dans la blogosphère ou en dehors et qui ne m'a pas emballée plus que ça, il faut bien le dire (c'est d'ailleurs pour ça que je le dis, tant de logique c'est assez insoutenable, chers happy few, je vous le concède volontiers). La grande qualité de ce roman est sans doute son style, précis et mesuré, parfois traversé de fulgurances et rythmé comme un conte par les répétitions, qui se mettent ainsi à l'unisson de l'obsession de Joncour. Mais l'histoire n'est pas bouleversante d'originalité et il manque trop de détails pour qu'elle devienne véritablement intéressante ou attachante. C'est un roman sans ampleur et qui contient trop de clichés pour son propre bien : l'exotisme et le mystère insondable de l'Orient, forcément un peu cruel, la femme qui se dévoile et ne se livre pas, l'homme hanté par une image et qui passe à côté de son destin, sa femme sacrificielle (à ce titre, la lettre finale est la cerise sur un gâteau déjà indigeste)... Tout ça est trop pour moi, chers happy few, et surtout trop pour 142 pages police 14!
Un voyage que je ne vous invite pas à faire, chers happy few, pour un Japon autrement fascinant, lisez plutôt Le clan des Otori (d'accord, c'est de la fantasy, mais quel souffle)!
Alessandro Baricco, Soie (Seta), Folio (traduit de l'italien par Françoise Brun)
Les enthousiastes avis d'Allie, Céline, Lilly, Papillon, Yueyin
PS : il s'agit d'un livre Lotobook : merci Slo!
06:30 Publié dans Littérature italienne, Lotobook | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note
13.05.2008
Des dangers de l'imagination
Emma Woodhouse est jeune, belle, intelligente et riche. Elle vit avec son père, l'hypocondriaque Mr Woodhouse, dans le petit village de Highsbury où elle règne avec gentillesse. Le seul problème d'Emma est qu'elle se trouve des talents de marieuse, qu'elle décide de mettre à profit pour organiser des unions entre les gens qu'elle connaît. Hélas, tout ne se passe pas comme elle l'espérait...
Figurez-vous, chers happy few, qu'en ces temps ensoleillés et de non-pont (car oui, j'ai travaillé vendredi dernier et je peux vous dire que ce fut particulièrement difficile), j'avais besoin de noyer mon chagrin professionnel dans autre chose que du Martini. C'est ainsi, qu'outre une sortie éminemment kulturelle pour voir Sexy Dance 2 (initiée par Stéphanie, je sais que ce n'est pas beau de dénoncer mais je le fais quand même, après tout, elle a fait le pont, elle), dont je ne saurais trop vous recommander la vision, tant le scénario va bouleverser votre vision du monde (au moins), j'ai eu envie d'une lecture-doudou, une lecture qui ne me bouscule pas et qui m'enchante (c'est la version plus kulturelle de la lecture-thérapeutique, qui me voit dans ces cas-là ouvrir une saga ou un Stephanie Plum). Et quoi de mieux dans ces cas-là qu'un Jane Austen ? Et en plus je me suis rendue compte que celui-ci, je ne l'avais jamais lu! J'ignore comment une telle chose a pu se produire : un moment d'égarement provoqué par un enlèvement alienesque, je ne vois que ça, chers happy few!
Bref. Et ? Eh bien, c'est un roman très intéressant, même si je lui ai trouvé un défaut (oui, je sais, c'est mal, attendez avant de me frapper à coup d'Orgueil et Préjugés que je vous expliquasse le pourquoi du comment, chers happy few) : il est un peu trop bavard à mon goût, il y a pléthore de dialogues et finalement peu de récit. Du coup, on se perd un peu dans les redites, mais, aussi étrange que cela paraisse, il y a un aspect très positif à cette construction : l'abondance de dialogues permet aussi de dessiner très finement les caractères des personnages qui appartiennent à ce microcosme anglais. L'histoire en elle-même tient sur un timbre-poste et ce qui est le plus intéressant, c'est finalement l'évolution d'Emma, qui va apprendre à ses dépens que la réalité ne peut pas se plier à sa vision de la vie. Elle voudrait qu'Harriet Smith fasse un beau mariage, sans tenir compte du fait qu'elle est une enfant illégitime abandonnée à la naissance et que la société ne lui permet pas de se marier en dehors de son milieu social supposé. Emma imagine qu'Harriet est la fille d'un noble, sans tenir compte des indices lui prouvant le contraire. Elle tire des plans sur la comète pour tout un chacun et ne voit pas ce qui crève les yeux de tout le monde (lecteur y compris) : la fatuité de Mr Elton, la noblesse de caractère de Robert Martin, l'idylle entre Frank Churchill et Jane Fairfax ou encore l'amour que lui porte Knightley. Si elle apprend au cours du roman à se méfier de son imagination débridée et à contrôler ses élans, il n'en demeure pas moins que la vision de la société proposée par Jane Austen est pleine de préjugés qu'il est impossible d'abolir : la noblesse de coeur d'Harriet n'est rien sans fortune et la nouvelle Mrs Elton, certes fortunée, est un comble de vulgarité, la pauvre Jane est contrainte de cacher son amour pour Frank faute de fortune appropriée et Emma épousera finalement le seul qui soit digne de son rang et de ses rentes... On est là bien loin d'Orgueil et Préjugés (20 ans séparent les deux romans), Emma mettant en scène des personnages prisonniers de leur rang dans une société figée où les codes sociaux apparaissent comme immuables. Le style, quant à lui, est toujours vif et ironique et les personnages sont fort bien campés (mention spéciale à Miss Bates, la vieille fille bavarde et à Mrs Elton, dont la vulgarité tape-à-l'oeil se révèle réjouissante).
Un fort bon roman, donc, chers happy few, mais je n'en attendais pas moins de cette chère Jane!
Jane Austen, Emma, 10/18 (traduit de l'anglais par Josette Salesse-Lavergne)
L'avis de Yueyin et de Cuné (grandes austenites devant l'Eternel)
Il s'agit d'un livre Lotobook, merci encore à Zag!
PS : à noter que je n'ai pas vu l'adaptation cinématographique avec Gwyneth Paltrow, ça ne saurait tarder.
PSbis : et vous, quelles sont vos lectures-doudous, chers happy few ? (oui, je sais, la curiosité aura ma peau)
10:22 Publié dans Littérature anglo-saxonne, Lotobook | Lien permanent | Commentaires (39) | Envoyer cette note
07.05.2008
L'amour de l'Art
En 1913, est exposée pour la première fois à Pittsburgh une toile de Heinrich Kürz, intitulée Un cabinet d'amateur et appartenant au riche brasseur d'origine allemande Hermann Raffke. Cette toile, qui comme toutes celles représentant un cabinet, reproduit de nombreuses toiles en miniature exposées sur les murs de ce fameux cabinet, connaît un succès démesuré...
Voilà un auteur que j'aime beaucoup, chers happy few (et pas uniquement parce qu'il se prénomme Georges) et ce Cabinet d'amateur, tout petit ouvrage de même pas 100 pages, est proprement fascinant. Partant de son intérêt pour ce genre pictural si particulier, Perec bâtit une histoire toute de listes, d'énumérations et de mises en abyme où l'apparence et les faux-semblants jouent un rôle primordial, jusque dans la chute, puisque chute il y a. Perec a avoué dans une interview radiophonique donnée au moment de sa sortie qu'il voulait écrire un roman qui lui permettrait de rester encore un peu dans l'univers de La Vie Mode d'Emploi et il a repris des éléments descriptifs de celle-ci et les a insérés dans les descriptions fictives de tableaux plus ou moins fictifs, attribués à des peintres célèbres ou à des écoles picturales. Ma lecture de La Vie Mode d'Emploi étant lointaine et floue, ce n'est pas cet aspect de l'histoire que j'ai trouvé le plus marquant. Il n'en demeure pas moins que cela ajoute au fabuleux jeu de miroir instauré par ce roman où le lecteur passe son temps à se demander si les descriptions qu'il lit sont réelles, inspirées du réel ou carrément fictives. De plus, les tableaux reproduits dans ce fameux Cabinet d'amateur (qui serait inspiré d'après certains universitaires de La Galerie de Cornelis van der Gest de Willem van Haecht, qui d'ailleurs se trouve être la couverture du roman), ne sont pas fidèles aux originaux qu'ils sont censés représenter, un détail infime ou carrément énorme variant à chaque représentation (et chaque tableau, par un jeu de mise en abyme très maîtrisé, étant reproduit plusieurs fois sur la toile, le personnage étant représenté face à un miroir qui reflète l'intégralité de la pièce). C'est donc à une réflexion sur l'image, sur sa capacité à tromper ceux qui la regardent, sur les renvois de tableau à tableau, sur les variantes infinies que l'on trouve autour d'un même thème que nous convie Perec et c'est extrêmement intéressant, chers happy few!
Un roman que je recommande chaudement, chers happy few, même si (comme moi), vous n'y connaissez pas grand-chose en peinture!
Georges Perec, Un cabinet d'amateur, Points
Le billet de Lunettes rouges, qui a beaucoup aimé et qui a lu le roman avec un oeil de connaisseur en Art et qui renvoie à des études très intéressantes sur la genèse de l'oeuvre.
PS : il s'agit d'un livre Lotobook : merci encore Géraldine!
PSbis : voici le fameux tableau qui aurait inspiré Perec

06:31 Publié dans Littérature française, Lotobook | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
17.04.2008
Le roman de Stern
Roman Stern est un paumé. Il n'a pas de travail, un appartement merdique, pas de femme, pas d'amis, plus de famille. Sa seule particularité : il attire les gens qui veulent se plaindre de leur vie et qui prennent ses oreilles pour un déversoir...
En ce moment, chers happy few, la vie est difficile : je suis malade, les vacances approchent à la vitesse d'une limace anorexique, j'ai beaucoup de travail (que je fais à la vitesse d'un escargot neurasthénique, y a pas de raison) et en plus, certaines, que je ne nommerais pas car ma bonté est sans égale, se plaignent ici et là que je suis une horrible tentatrice qui fait traîtreusement monter le niveau des LAL et des PAL. J'ai donc décidé de me rattraper et de vous parler d'un roman que je n'ai pas du tout, mais alors pas du tout aimé (j'annonce la couleur dès le début, faisant fi de tout suspense, mon sens de l'annonce s'est dissout dans les antibiotiques, ça arrive parfois même si c'est un des effets secondaires qui ne figure pas sur les notices...).
Bref. Dans ce récit assez court (mais pas assez à mon goût), nous suivons les maigres tribulations de Roman, personnage inintéressant, qui se présente comme tel plusieurs fois, preuve qu'il fait quand même preuve de lucidité, ce qui est déjà une qualité, mais c'est bien la seule. Le problème c'est que j'ai l'impression que nous sommes dans une posture qui m'est insupportable : "Je suis un paumé, je raconte des histoires de paumé dans un style de paumé et si vous n'aimez pas, c'est que vous ne comprenez rien à la distanciation, au second degré, à que sais-je encore, la migration des alouettes." Partant de ce postulat, il n'est guère étonnant de lire une histoire sans intérêt aucun, tous les événements conduisant immanquablement à un cul-de-sac puisque Roman est strictement incapable de saisir les opportunités qui s'offrent à lui (quand on vous dit qu'il est pau-mé, le pauvre) et comme rien ne vient pallier les baillements suscités par l'absence d'intrigue (et surtout pas le style, ni fait ni à faire, d'une fausse neutralité émaillée parfois de tournures branchées ou de piètres jeux de mots qui font hausser le sourcil du lecteur qui se demande encore combien de pages il va bien pouvoir tenir à ce rythme avant de déclarer forfait), on s'ennuie ferme.
Un achat que je vous épargne donc, chers happy few, pour me remercier vous pouvez m'envoyer un stoptou. Ou un chamallow, je ne suis pas difficile.
Samuel Benchetrit, Récit d'un branleur, Pocket
Le billet de Majanissa (pas emballée)
PS : il s'agit d'un livre Lotobook : merci encore Clémence!
EDIT de 17h51 :
Pour répondre à l'interrogation de Delphine, qui se demandait avec un brin d'angoisse à quoi pouvait bien ressembler un stoptou, Erzébeth est allée chercher une image et je vous la livre, chers happy few! (si ce n'est pas du travail d'équipe, ça!)

Et Erzébeth a raison : avec son emballage digne de la Russie communiste qui cache un goût divin, c'est un bonbon de happy few!
06:30 Publié dans Les contournables, Littérature française, Lotobook | Lien permanent | Commentaires (32) | Envoyer cette note
14.04.2008
"Si je ne le tue pas, c'est lui qui me tuera"
Andrew Singleton et James Trelawney sont associés contre le crime. Jeunes et talentueux chacun dans leur domaine (Andrew est un grand lecteur très cultivé, James un sportif fonceur), ils ont ouvert un cabinet de détectives à Londres en 1932. Suite à la petite annonce vantant leurs mérites se présente une première cliente : Lady Conan Doyle, la veuve du célèbre écrivain. Elle est persuadée que la mort de son mari n'est pas tout à fait naturelle, qu'un fantôme hante le 221 Baker Street et que Londres va être le théâtre d'un gigantesque bain de sang. Malgré les réticences d'Andrew, les deux jeunes gens se lancent dans une enquête qui va vite prendre un tour macabre et pour le moins inattendu...
Voilà un roman très intéressant, chers happy few, car il mêle habilement fantastique et résolution d'une énigme policière, parce qu'il pose d'intéressantes questions sur la littérature et notamment la vie des héros de fiction, et parce qu'il met en scène des personnages que l'on connaît tous dans un Londres brumeux à souhait. Pour tout vous dire, les premières lignes m'ont laissée dubitative : les spirites de l'époque victorienne, voilà quelque chose, je dois bien l'avouer, chers happy few, qui m'indiffère et m'agace même parfois, tant on sait que les supercheries furent nombreuses. Mais voilà, tout le talent de Fabrice Bourland consiste à exhumer des faits réels autour de la vie de Conan Doyle (dont on sait qu'il fut un défenseur acharné du spiritisme vers la fin de sa vie et qu'il entretînt des relations pour le moins houleuses avec son héros, Sherlock Holmes, allant même jusqu'à le tuer puis contraint de le ressusciter sous la pression fervente du public) et à s'en servir pour construire une intrigue qui ne peut que réjouir les lecteurs assidus que nous sommes. On y croise Holmes et Watson (dont le couple Singleton-Trelawney se fait l'écho d'une manière un peu différente), Dracula, Hyde ou Gray, bref, les grandes figures du mal nées sous la plume de célèbres écrivains victoriens. La construction de l'intrigue m'a rappelé d'ailleurs celle de certains romans de cette époque : on y trouve insérés des extraits d'articles de journaux et des notes en bas de page et le style lui-même n'est pas sans rappeler celui de Conan Doyle. C'est donc à un véritable hommage littéraire que se livre Fabrice Bourland, tant dans l'intrigue que dans la construction et le style. Et même si l'histoire est un peu légère, on ne peut qu'être entraîné par l'intrigue qui se sert judicieusement d'éléments et d'événements réels (comme par exemple la renumérotation de Baker Street ou certaines photos spirites) qui, entremêlés à des éléments fictifs forment une fiction de qualité.
Une belle dévouverte, à recommander aux amateurs de fantastique et de littérature victorienne chers happy few!
Fabrice Bourland, Le fantôme de Baker Street, 10/18
Les billets de Clarabel, Lou, Charlie Bobine
PS : il s'agit d'un livre Lotobook : merci encore Arsenik (qui a déniché un exemplaire dédicacé par l'auteur)!
PSbis : le titre de ce billet est une phrase de Conan Doyle à propos de Sherlock Holmes, ce héros qui lui rendit la vie impossible...
06:30 Publié dans Fantastique, Littérature française, Lotobook, Polars | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note