16.12.2007
"Nul ne peut se soustraire au jugement des hommes"

Miên, une jeune femme heureuse en ménage, mère comblée d'un petit garçon de cinq ans, qui coule des jours paisibles dans le Hameau de la Montagne, un village reculé du Vietnam, voit sa vie basculer le jour où Bôn, son premier mari, épousé à 17 ans, et parti se battre contre les Américains, revient alors qu'il avait été déclaré mort depuis 14 ans. Parce que la coutume le veut, parce que les villageois l'y poussent, Miên se voit contrainte d'abandonner son foyer et d'aller vivre avec Bôn, considéré comme un héros envers qui le peuple a une dette. Mais le jeune homme rieur avec qui elle a vécu quarante jours (!) quatorze ans auparavant n'est plus le même, détruit physiquement et psychologiquement par la guerre : il est devenu une espèce de fou obsessionnel et Miên ne l'aime plus depuis longtemps...
Pour tout vous avouer, chers happy few, voilà un roman qui m'a donné bien du mal. J'étais pourtant bien partie dans cette histoire d'amour aux accents de tragédie, et les 200 premières pages sont passées toutes seules. C'est après que ça s'est gâté : j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup de longueurs et un défaut de construction dans la narration. Le fait d'alterner les points de vue des trois personnages sans finalement jamais les mêler finit par plomber le récit, qui n'en demandait pas tant au vu déjà des longs monologues intérieurs de chacun des deux hommes et des longs passages qui racontent leur passé. J'ai trouvé les passages sur la guerre et la folie de Bôn beaucoup trop longs (surtout l'histoire du cadavre du sergent et des vautours, c'est tellement long que ça en perd toute force émotionnelle), de même que les atermoiements de Hoan (le deuxième mari) face aux impérieux besoins de la chair et aux turpitudes de la prostitution. Ce qui m'a gênée aussi, c'est que Miên, qui est pourtant au centre de ce triangle amoureux, est finalement le personnage qui a le moins d'épaisseur : symbole d'un pays où les femmes sont soumises à leur mari et à la loi ? De plus, le personnage de Bôn m'a agacée au plus haut point et je n'ai absolument pas réussi à éprouver de la pitié pour ce parasite à moitié fou. C'est dommage car il y avait ici tous les ingrédients pour écrire un grand roman, et ça transparaît dans certains passages, assez beaux...
Une lecture décevante donc, chers happy few, et c'est dommage!
Duong Thu Huong, Terre des oublis, Livre de Poche
Les critiques de Flo (dont la schtroupf-grognonattitude me semble tout à fait justifiée), Gambadou (qui a trouvé le rythme trop lent elle aussi), Florinette et Amanda (très enthousiastes)
PS : ce roman a reçu le Grand Prix des lectrices Elle 2007 (je me demande quel était le reste de la sélection).
PSbis : le titre de ce billet est un proverbe vietnamien.
PSter : merci beaucoup Amanda de me l'avoir prêté!
06:30 Écrit par fashion dans Littérature vietnamienne | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note