26.08.2009
Fish & Snow
Uppsala, 2001. A quelques jours de Noël, un jogger découvre un cadavre enseveli sous la neige, poignardé à de nombreuses reprises et une main mutilée. La police identifie rapidement le corps : il s'agit de John Jonsson, jadis connu de leurs services sous le nom de Petit-John quand il se livrait à de menus larcins sous la coupe de son frère, Lennart. Mais Petit-John s'était rangé et menait une vie tranquille, aux côtés de sa femme, Berit et de son fils, Justus. Qui a bien pu en vouloir à cet ouvrier soudeur au chômage passionné par les poissons au point de l'assassiner ? La brigade criminelle, dirigée par Ottosson, mène l'enquête, mais Lennart est bien décidé à devancer la police et à se venger...

La princesse du Burundi est le troisième roman policier de Kjell Eriksson publié par Gaïa, après La terre peut bien se fissurer et Cercueil de pierre. On y retrouve les membres de la brigade d'Uppsala, qui ne sont plus menés ici par Ann Lindell, en congé parental, mais par Ola Haver, son collègue. L'un des grands intérêts de ce polar du nord est de mettre en scène une brigade complète et d'accorder presque autant d'importance à tous ses membres, un peu à la façon d'Ed McBain et de son 87ème district (l'un des personnages fait d'ailleurs allusion à l'inspecteur Carella, figure emblématique et charismatique du commissariat d'Isola). On suit donc Haver, Beatrice, Berglund, Fredriksson et les autres, chacun abordant cette enquête à sa manière ce qui permet une fine caractérisation psychologique de ces enquêteurs (Berglund et ses considérations politico-sociales, Ola et ses problèmes de couple, Beatrice et sa douceur...). Ann, de son côté, se sent à l'étroit dans son rôle de mère au foyer célibataire, entre Erik, son bébé né d'une nuit d'ivresse avec un inconnu, et sa mère qui l'insupporte. Elle rêve de renouer avec Edvard, dont elle est toujours amoureuses et de reprendre du service, ce qu'elle fera, à sa manière. Outre des personnages complexes et attachants, Kjell Eriksson tricote une intrigue solide, où des gens a priori ordinaires se révèlent bien plus complexes et secrets qu'ils n'en ont l'air, pour permettre à leurs rêves de prendre corps dans un quotidien sordide. Un très bon polar, couronné par le Prix du roman policier suédois.
Kjell Eriksson, La princesse du Burundi (Prinsessan av Burundi), Gaia, traduit du suédois par Philippe Bouquet, 350 pages, 2002 pour la première parution en Suède, octobre 2009 pour la traduction française.
PS : vous excuserez le visuel un peu flou, limite arty, chers happy few, qui s'explique par l'absence de visuel disponible. Ce roman sort en effet en octobre. Le 7 pour être précise. Oui, parfois, je me sens une âme de coucou suisse, c'est comme ça.
Ce billet est lisible aussi sur le site Chroniques de la rentrée littéraire, auquel j'ai été associée via Guillaume de Babelio. Leur projet, ambitieux et intéressant : réunir des chroniques de blogueurs sur tous les romans de la rentrée littéraire. Pour en savoir plus, c'est ici.
(Voilà pourquoi ce billet paraît si tôt, chers happy few, j'espère juste que vous n'aurez pas oublié ce titre au fond de la LAL quand il sortira enfin.)
Challenge du 1% littéraire officiel (2/7)
08:30 Publié dans Challenge du 1% littéraire 2009, Littérature suédoise, Polars | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : kjelle eriksson, la princesse du burundi, il fait froid en suède, oui j'enfonce des portes ouvertes si je veux d'abord, comment appelle-t-on les collectionneurs de poissons ?, un cadeau pour la bonne réponse en commentaire
22.09.2008
Nous sommes l'avenir
Jonas, jeune écrivain qui vient de voir publié son premier roman, reçoit un mail du vieil ami de son père, père avec qui il a coupé les ponts depuis neuf ans. Cet ami, Kadir, veut que Jonas raconte la vie de son père : il lui donne des directives, il lui raconte sa version de l'histoire et le pousse à se souvenir de son père...
Montecore, un tigre unique, est un roman extraordinaire, chers happy few. Jonas Hassen Khemiri a écrit là un roman en grande partie autobiographique dans lequel il tente de recomposer le portrait de son père : Algérien exilé en Tunisie, Abbas mène une vie de jeune glandeur sur les plages de Tabarka dans les années 70, entre la drague des touristes étrangères et la photo, sa grande passion. Un jour il fait la connaissance d'une Suédoise : elle est grande et plate, hôtesse de l'air, à moitié hippie et militante de gauche. Entre eux, c'est le coup de foudre et Abbas s'exile alors volontairement en Suède. Il y découvre le froid, la grisaille, le racisme ordinaire et la difficulté de s'intégrer et de faire vivre sa famille. Cette histoire, somme toute banale, est racontée de manière formidable par Jonas, son fils aîné, qui ne parle plus à son père depuis un incident terrible qu'on ne découvrira qu'en fin de roman. Il a adoré ce père pas comme les autres, qui vit d'amour et de chimères, mais ils se sont éloignés de manière inexorable lors des incidents racistes des années 90 (un sniper assassine une dizaine d'immigrés) : Abbas refuse de voir qu'il n'est pas le bienvenu et Jonas trouve son attitude à la fois lâche et incompréhensible. Ce roman est donc une réflexion sur l'intégration et surtout sur la langue, vécue comme élément de différentiation (il y a toute une analyse sur la langue d'Abbas, mélange d'arabe, de français et de suédois, qui invente sa propre langue, très poétique) et d'intégration (Abbas décide un beau jour d'apprendre un suédois parfait et ne comprend pas que son fils veuille apprendre l'arabe, qui est quand même la langue paternelle). Cette réflexion sur la langue se donne à voir dans un style très particulier puisque Kadir envoie des mails écrits dans un suédois fleuri et fautif, et qu'il reproche à Jonas son suédois pourtant bien plus "normal", qu'il juge plat. J'ai particulièrement aimé les leçons de suédois que donne le jeune garçon à Abbas et à Kadir, et les théories qu'il note sur le carnet noir, décodant dans la langue suédoise des traits de caractère du peuple (leur rapport à la nature, aux oiseaux...), la langue donnant une clé pour décoder la mentalité des Suédois, ce qui me paraît extrêmement juste. C'est aussi une réflexion sur l'identité (le roman s'interroge sur la place de l'immigrant, qu'il soit de la première ou de la deuxième génération et les passages rédigés par Jonas sont à la deuxième personne, ne passant à la première que lorsqu'il réalise son engagement politique et se révolte contre son père, comme s'il avait enfin trouvé qui il était) et sur les relations père-fils, confictuelles et passionnées, qui ne sont pas résolues puisque la fin laisse en suspens une question essentielle sur l'identité de ce père absent et paradoxalement omniprésent. Enfin, c'est une réflexion sur l'écriture : le roman semble s'écrire sous nos yeux, on comprend qu'il y a eu des modifications, des réflexions sur le processus d'écriture, des ajouts, des retraits et cela rend le roman proprement passionnant! Il faut enfin ajouter que cette histoire est touchante et drôle à la fois, et que les personnages sont tous très attachants, y compris l'extravagant Kadir.
Vous l'aurez compris, je suis complètement emballée, chers happy few!
Jonas Hassen Khemiri, Montecore, un tigre unique (Montecore-En unik tiger), Le serpent à plumes (traduit (excellement) du suédois par Lucile Clauss et Max Stadler), 376 pages
Les billets enthousiastes de Kiki Spadaccini et d'Anne-Sophie, Delphine pour sa part n'a pas accroché.
Une interview de Jonas Hassen Khemiri chez Anne-Sophie
PS : ce roman a connu un succès phénoménal en Suède, où il s'est vendu à plus de 200 000 exemplaires (succès qui me fait penser à celui de Cochon d'Allemand de Knud Rohmer, qui traite lui aussi de l'immigration) et a reçu de nombreux prix.
PSbis : Merci aux Editions du rocher, qui ont mis ce roman à la disposition des Théières! Une rencontre avec l'auteur aura lieu en octobre.
06:30 Publié dans Littérature suédoise | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : jonas hassen khemiri, montecore un tigre unique
03.01.2008
Coup de foudre au cimetière
Désirée a 35 ans et elle est veuve de fraîche date. Elle se rend au cimetière quotidiennement et elle y rencontre Benny, qui vient sur la tombe de sa mère. Entre ces deux-là, c'est le coup de foudre. Mais rien n'est simple...
Cette dernière semaine, chers happy few, aura décidément été placée sous le signe de la Scandinavie, puisqu'après la trilogie norvégienne, je me suis attaquée à ce roman rose suédois. Rose par les désormais célèbres pages des éditions Gaïa (et j'avoue que même si j'adore cette couleur, il m'a fallu un temps d'adaptation) et rose par la thématique de cette histoire. Nous sommes en effet dans une histoire d'amour, mais fort loin des cuculteries Harlequin. Certes, Désirée et Benny s'aiment au premier sourire, certes ils sont en parfaite symbiose sexuelle et ils auraient tout pour être heureux, mais la machine se grippe vite. Désirée est bibliothécaire, citadine, indépendante et très cultivée, Benny est agriculteur, surendetté, accablé de travail et il n'a pas ouvert un livre depuis le lycée. Autant dire qu'ils n'ont aucun point commun, si ce n'est un grand sens de l'humour qui leur fait au départ tenter de surmonter les difficultés liées à leurs trop grandes différences. Il trouve qu'elle est "beige" parce qu'elle ne s'habille que dans des tons neutres en coton équitable, elle trouve que sa laine polaire orange est fort peu séduisante. Il rêve d'une femme qui cuisine, elle l'emmène à l'opéra. Il n'aime pas aller chez elle car il trouve que son appartement ressemble à une salle d'attente de dentiste et qu'il contient trop de livres (!), elle ne supporte pas sa ferme sale où les murs sont remplis de broderies au point de croix, souvenirs de feue sa mère... Leurs différences donnent lieu à des scènes grinçantes, parfois cocasses, d'autant plus que les chapitres alternent leur point de vue respectif et lire la même scène selon les intentions de chacun est extrêmement drôle. Ajoutons à cela un style très enlevé, beaucoup d'humour dans les dialogues, une vision réaliste et parfois crue de l'amour et de l'horloge biologique des femmes : un cocktail détonant!
Un très bon roman donc, chers happy few, à savourer sans modération, que vous croyiez au prince charmant sur son tracteur ou non!
Katarina Mazetti, Le mec de la tombe d'à côté, Gaïa
Elles ont aussi aimé : Anne, Cathulu, Clarabel, Cuné, Gambadou, Laure, Lilly, Rennette, Papillon, Tamara et Valdebaz.
PS : vous remarquerez que je n'ai pas dit comment ça se terminait, j'ai réfréné (difficilement) mon terrible penchant pour les spoilers...
PSbis : ce roman sort en poche chez Babel incessamment sous peu (chouette, on va pouvoir l'offrir à tout le monde!)... Et (roulements de tambour) Katarina Mazetti a écrit une suite, déjà publiée en Suède : on ne peut donc qu'espérer une traduction prochaine!
PSter : merci beaucoup à Caro[line], qui me l'a prêté (après m'avoir interdit de l'acheter, il n'était donc que justice qu'elle se rattrapasse) (non, mais)!
14:30 Publié dans Littérature suédoise | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note
03.10.2007
De la théorie du complot en général et du théorème de Fermat en particulier
Plus d'un an après les événements narrés dans le premier volume, nous retrouvons Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander. Cette dernière a pris de très longues vacances, qu'elle achève à la Grenade, tandis que le premier s'apprête à jeter de nouveau un pavé dans la mare en acceptant de publier un ouvrage très documenté sur le commerce des femmes et la prostitution en Suède. Hélas, le journaliste auteur de l'ouvrage, Dag Svenson, est froidement exécuté à son domicile, ainsi que sa compagne, Mia Bergman, qui préparait une thèse de criminologie sur le même sujet. Et, comble de maheur, c'est Lisbeth Salander qui est accusée des meurtres, ses empreintes ayant été retrouvées sur l'arme du crime. Voilà donc Mikael Blomkvist lancé dans une nouvelle enquête, cette fois-ci pour retrouver et innocenter Lisbeth...
Autant le premier volume était construit comme un roman à énigme (du moins dans ses trois premiers quarts), Mikael étant chargé d'élucider une disparition vieille de quarante ans, autant, chers happy few, ce deuxième volume est un véritable thriller. Le rythme est haletant dès le début, plongés que nous sommes dans l'enquête de Dag et de Mia puis dans l'élucidation de leur mort. Le suspense est rendu d'autant plus insoutenable que nous suivons, en parallèle de l'enquête de Mikael, celle de l'équipe de police chargée de la chasse à l'homme lancée après Lisbeth, considérée pour une dangereuse psychopathe. A partir du moment où les meurtres ont lieu, Lisbeth disparaît d'ailleurs de la narration et la tension monte, tant le lecteur, en empathie avec ce personnage décidément hors du commun, se demande ce qu'elle peut bien mijoter. L'intrigue est une fois encore bien ficelée et elle recèle de nombreuses surprises, que bien évidemment je ne dévoilerai pas (sachez seulement que la lumière est faite sur le passé de Lisbeth), et elle s'achève sur un cliffhanger infernal (je n'ai d'ailleurs pas résisté, je suis allée à la pêche aux informations afin de ne pas mourir sur place à cause du suspense). Comme dans le premier opus, les méchants sont assez terrifiants, le Géant Blond en tête, espèce de brute invincible et insensible à la douleur...
Un excellent deuxième volume, donc, chers happy few! Décidément, on ne peut pas ne pas plonger dans cette haletante trilogie!
Stieg Larsson, La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette, Millénium 2, Actes Sud, Actes Noirs
Les critiques de Gachucha et deCathulu.
PS : le pouvoir climatique de ce roman s'est lui aussi fait sentir : quand je lisais l'épisode sous le typhon à la Grenade, il a plu des cordes toute la journée à Paris!
PSbis : Isa, si tu passes par là, tu peux venir le chercher!
19:47 Publié dans Littérature suédoise, Polars | Lien permanent | Commentaires (47) | Envoyer cette note
28.09.2007
Nazis et psychopathes
Figurez-vous chers happy few, que, par un phénomène inexplicable et que vous avez tous expérimenté, il arrive que le temps se mette à l'unisson de mes lectures. C'est ce qui s'est produit ces derniers jours : alors que je subissais les terribles rigueurs hivernales suédoises, l'hiver a décidé que l'automne avait assez duré à Paris et il a balayé ce dernier d'un dédaigneux revers de main glacée. D'où la terrible question : nos lectures influeraient-elles sur le monde qui nous entoure ? Et, question corollaire, qui je le sais, vous brûle les lèvres : quel roman a ainsi modifié le climat de la capitale ?
Il s'agit du polar de Stieg Larsson, Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, premier volume de la trilogie Millenium.
Ce roman me faisait de l'oeil depuis longtemps et par une espèce de miracle qui arrive parfois, il s'est retrouvé dans ma boîte aux lettres grâce à Marie, championne toute catégorie des colis surprises et des cadeaux qui font mouche. Je me suis jetée dessus comme une LCA longtemps privée de lecture (ce qui, vous l'imaginez bien, est complètement mon cas), un peu affolée quand même à l'idée d'en perdre le sommeil, comme me l'avait prédit Gachucha...
Et, me direz-vous ? Qu'arriva-t-il ?
J'en ai perdu le sommeil.
L'histoire en deux mots pour que vous compreniez le haut pouvoir addictif de ce roman : Mikael Blomkvist, journaliste économique célèbre pour son sérieux et la fiabilité de ses articles, est condamné à une amende et une peine de prison pour diffamation envers l'homme d'affaires Hans-Erik Wennerström. C'est alors que Henrik Vanger, vieil industriel à la retraite, ancien PDG d'un très grand groupe suédois, l'embauche pour résoudre une enquête vieille de quarante ans : Henrik veut savoir ce qui est arrivé à sa nièce, Harriet, disparue sans laisser de traces en 1966. Pour diverses raisons, Mikael accepte de reprendre l'enquête, persuadé qu'il ne trouvera jamais rien là où la très minutieuse enquête de police a échoué si longtemps auparavant. Et, contre toute attente, il fait une découverte qui va ouvrir grand les portes de l'enfer...
Chers happy few, ce polar est excellentissime! L'intrigue, qui mêle la résolution de l'enquête à la vengeance professionnelle de Mikael Blomkvist, est incroyablement bien ficelée. Le suspense croît inexorablement de chapitre en chapitre, au fur et à mesure que finissent par s'emboîter les pièces du puzzle, suspense accru par la narration, qui suit deux personnages en même temps : Mikael Blomkvist, personnage très intéressant, homme à femmes séduisant, d'une rectitude morale à toute épreuve, tenace et sympathique et Lisbeth Salander, fouineuse professionnelle, perturbée et extrêmement attachante, qui se retrouve mêlée à l'enquête en cours de route. On découvre dans ce roman que la Suède de carte postale (le froid, les paysages magnifiques) cache une Suède terrifiante dans laquelle les femmes peuvent disparaître sans que personne ne s'en inquiète, où les Nazis ne se cachent pas et où les familles dirigeantes cachent dans leurs caves de terribles secrets.
Courez, volez, chers happy few, découvrir qui sont ces hommes qui n'aiment pas les femmes! Pour ma part, j'ai déjà commencé le second volume...
Stieg Larsson, Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, Actes Sud, Actes Noirs (c'est le premier polar de cette collection que je lis et comme toujours chez Actes Sud, le livre est très chouette : mise en page aérée, bonne qualité de papier et une très belle couverture noire)
Les critiques de Gachucha, Amy, Val et Cuné. (Si j'ai oublié quelqu'un, n'hésitez pas à me le dire)
PS : merci encore Marie!
PSbis : ce roman m'a donné envie de relire les oeuvres d'Astrid Lindgren, plusieurs fois citées dans ce roman. Vous souvenez-vous de Fifi Brindacier chers happy few ?
06:35 Publié dans Littérature suédoise, Polars | Lien permanent | Commentaires (43) | Envoyer cette note
22.06.2007
Boute-en-train
Chers happy few, grâce aux efforts conjugués de la SNCF et de l'Education Nationale, j'ai pu combler un peu mes retards de lecture, car oui, parfois, le service public oeuvre pour le bien de ses agents les plus méritants.
Jeudi, donc, j'ai été envoyée à Saint Brieuc. Non, chers happy few, vous ne rêvez pas, j'ai bien écrit Saint Brieuc. Ravissante ville des Côtes d'Armor, en Bretagne, en bord de mer, célèbre pour sa cathédale fortifiée du XIIème siècle, sa baie et son festival de rock (eh oui, wikipédia est mon ami aussi). Mais, contrairement à ce que vous pourriez croire, je n'y ai pas été envoyée pour profiter de l'air marin. Que nenni. J'ai été mandatée en urgence et de manière totalement imprévue (on m'a appelée la veille) pour faire passer un oral de rattrapage à des élèves de Terminale d'une section très spécifique à laquelle je ne connaissais strictement rien, en remplacement d'un collègue qui s'était fait porter pâle. Comme je suis d'un naturel discipliné et néanmoins aventurier, comme tout le monde le sait depuis que j'ai avoué que j'aimerais bien avoir une Aston Martin, j'ai pris un billet de train (ce qui en soi est déjà une expédition vu les horaires fantaisistes de l'agence senecefe la plus proche de chez moi), j'ai arrangé la garde de mes enfants (merci Maman), je me suis levée largement avant l'heure où blanchit la campagne, j'ai chaussé mes fabuleuses sandales dorées compensées et j'ai pris le train.
De justesse.
Après trois heures d'un voyage sans histoire, je me suis entendue dire par un employé zélé qui lorgnait mes fabuleuses sandales que je ne pouvais pas envisager un seul instant de me rendre au lycée à pied, comme le plan repéré sur internet me l'avait laissé penser. J'ai donc pris un taxi, le truc que je ne fais jamais à Paris, comme quoi, il y a un commencement à tout et parfois ce commencement est breton. Au bout de très exactement 2 kms, l'obligeant chauffeur, qui en a profité pour me raconter tout le bien qu'il pensait de l'Education Nationale (c'est un dommage collatéral du métier avec les corrections au bout du monde : quand on dit qu'on est prof, tout le monde y va de son anecdote ou de sa critique, c'est un sujet sur lequel manifestement tout le monde a quelque chose à dire), m'a déposé devant les grilles du lycée. Primo, j'aurais donc pu m'y rendre à pied, je ne suis pas une femmelette comme la hipness* de mes sandales pourrait le faire croire, deuxio, j'ai fait sensation en descendant du taxi devant les élèves qui attendaient l'ouverture des inscriptions : c'est pas tous les jours qu'un prof débarque au lycée en taxi, ce qui pourra d'ailleurs donner peut-être lieu à une nouvelle mode langagière, après le très fameux "ta mère en boxer à Prisunic", voilà "ta prof à sandales dorées en taxi à saint Brieuc". Qui sait ? Les voies de la postérité sont impénétrables...
Après une journée passée à boire trop de café, à attendre que l'administration retrouve un dossier égaré, à noter un travail spécifique et à faire passer les candidats, retour à la gare, re-train, re-trois heures de trajet.
Bilan de la journée :
- 6 heures de train
- 1 heure et demie de métro (tout le monde n'habite pas à côté de la gare Montparnasse)
- 1 ampoule (l'agent zélé avait raison, je n'aurais pas dû revenir à pied à la gare)
- 2 kouing aman (je voulais en rapporter à Paris et j'ai mangé la part de mon mari dans le train) (la part des enfants est arrivée intacte, elle)
- 1 bouteille de faux Coke (je suis une véritable aventurière donc je m'adapte avec panache à ce genre de désagrément)
- 12 textos
- 4 coups de fil
- 3 candidats examinés
- et... 2 livres lus! enfin un peu de kulture dans ce billet, je sais que c'est le moment que vous attendiez entre tous, ne niez pas!

Je n'avais toujours pas lu le dernier roman de Henning Mankell, Le retour du professeur de danse, pour d'obscures raisons qui gagneront à le rester. J'ai réparé ce péché grâce à la sortie en poche et à mes longues heures de trajet. Autant le dire tout de suite, afin que les fans ne se jettent pas dessus comme les shopping addict sur les soldes presse, le personnage principal de ce dernier opus suédois n'est pas Kurt Wallander. C'est Stefan Lindman.
Stefan était un des personnages secondaires de Avant le gel, la dernière enquête du commissaire Wallander. Il était le petit ami de Linda, la fille de Wallander, et il venait d'être muté au commissariat d'Ystadt. Le retour du professeur de danse se déroule en 1999, soit cinq ans avant l'enquête conjointe de Kurt et de sa fille.
Stefan a 37 ans, il est policier à Boras et on vient de lui diagnostiquer un cancer de la langue. Au même moment, il apprend qu'un de ses anciens collègues, Herbert Molin, a été sauvagement assassiné dans les forêts du Härjadalen, au nord du pays. Déboussolé par sa maladie, Lindman décide de tromper l'angoisse et d'occuper les trois semaines qui le séparent de la radiothérapie en se penchant un peu sur le meurtre de Molin. Il se rend donc sur place et commence une enquête en marge de l'enquête officielle, menée par le très sympathique Giuseppe Larsson. Il découvre vite que son ancien collègue, qui vivait en reclus, avait une fausse identité et avait été un officier nazi pendant la Seconde Guerre Mondiale...
C'est un très bon opus, en premier lieu à cause de la personnalité de Stefan. Il est en congé maladie, il n'est pas officiellement sur l'enquête et son angoisse de la mort se transforme au fur et à mesure que l'intrigue avance en peur panique. Tout cela le pousse à commettre des actes irréfléchis, voire même dangereux. Il agit de manière qui peut parfois sembler irrationnelle, ne cherchant en réalité qu'un moyen d'échapper à sa condition de malade.
Ensuite, l'intrigue est bien ficelée, et comme toujours chez Mankell, il faut se méfier de son apparente simplicité : il y a toujours de la vase cachée sous la surface et les pièces du puzzle ne s'emboîtent définitivement qu'à la toute fin (même si, d'accord, j'avoue sous la menace d'être privée de chocolat que j'avais deviné les tenants et les aboutissants).
Enfin, cette fois-ci c'est le nord de la Suède que nous découvrons. Nous sommes loin de la douce et pluvieuse Scanie, siège de la plupart des aventures de Wallander. Ici, des forêts à perte de vue, de la neige et du brouillard, des jours très courts, peu d'habitants et beaucoup de silence...
De la belle ouvrage, et, cerise sur le gâteau, ceux qui ne connaissent pas du tout Mankell peuvent commencer par celui-ci!
PS (car je sais que certains happy few adorent les devinettes) : comment appelle-t-on les habitants de Saint Brieuc ?
PS2 : si vous voulez me sauver du ridicule et m'épargner la honte de ma vie, rendez-vous là et votez pour la photo 1. Merci chers happy few!
*copyright Violette
21:20 Publié dans Choses vues, Littérature suédoise, Polars | Lien permanent | Commentaires (49) | Envoyer cette note