12.01.2008
Vodka!
Kostia, un jeune homme Russe, est rentré de Groznyi défiguré : son camarade chargé de le sortir du tank en feu le croyait mort et a trop tardé à l'évacuer. Kostia tente de vivre entre les chantiers (il fait des travaux d'intérieur) et la vodka, qu'il achète par caisses entières. Un jour, un de ses anciens compagnons de guerre, Sérioja, celui qui ne l'a pas sauvé à temps, disparaît. Pacha et Guéna, deux autres rescapés, lui demandent de les aider à le retrouver...
Voilà un roman chers happy few, que je lis sur les conseils de Chiffonnette et pour lequel j'ai eu un véritable coup de coeur! C'est un roman très dense, que l'on prend comme un coup de poing et qui malgré sa petite épaisseur, aborde de manière très profonde de nombreux thèmes : la paternité, l'amitié, la guerre, le regard des autres, la construction de soi... Le tout rédigé comme un monologue intérieur : nous sommes dans la tête de Kostia et nous suivons le cheminement de sa pensée, ce qui, loin d'être déroutant, permet à l'histoire de se dévoiler petit à petit, une pensée en amenant une autre, une anecdote en permettant une autre. Kostia est un personnage très attachant, étrangement sans ressentiment (il n'en veut à personne de ce qui lui est arrivé en Tchétchénie), qui boit jusqu'à plus soif pour oublier son visage défiguré qui fait peur aux enfants (l'épisode avec sa voisine est poignant), son enfance gâchée par un père infidèle et son présent sans avenir. Cet homme qui paraît bourru au premier abord possède un talent d'artiste : il dessine à la perfection. Ce don qu'il a enfoui au plus profond de lui ressurgit durant ce faux road-movie où nos trois compères vont de ville en ville à la recherche de Sérioja, et va lui permettre de réapprivoiser le monde qui l'entoure, car dessiner c'est voir. A ce titre, j'ai trouvé la fin du roman vraiment bouleversante... Ajoutons que cette histoire très forte est servie par un style à son image : rude et percutant.
Une très très belle découverte, chers happy few, qui me donne furieusement envie de lire les autres romans de Guelassimov (quand on sait qu'en plus un de ses ouvrages s'intitule Fox Mulder a une tête de cochon, on ne peut qu'être intrigué)!
Andreï Guelassimov, La soif, Babel
L'avis de Chiffonnette, très enthousiaste et d'Emeraude, qui l'est moins.
PS : merci infiniment Emeraude de m'avoir prêté ce roman!
06:30 Publié dans Littérature russe | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note
