07.11.2009

Don't cry for me Argentina

(dans votre grande magnanimité, vous excuserez le titre de ce billet, chers happy few) (ou pas) (je tiens quand même à préciser pour ma défense que je viens de lire 12 romans imposés en moins de 15 jours, je trouve que si le seul dommage collatéral est un titre un peu pourri, je l'ai échappé belle, j'aurais pu faire pire comme lancer un swap pour happy few ou m'inscrire à trois challenges) (ah, non, ça c'est fait me dit-on dans l'oreillette, my bad)

 

 

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Argentine, 1996, un dimanche de mars. La vieille Ernestina attend sa petite-fille de 18 ans, qu'elle n'a jamais vue : la jeune fille fait partie de ces centaines d'enfants volés à leurs parents arrêtés, torturés et exécutés pendant la dictature. Malvina a été élevée par un militaire et sa femme, Violetta, qui a fermé les yeux sur ce qui se passait autour d'elle. Ernestina et Violetta, au cours de cette journée, qui est aussi l'anniversaire de Malvina, déroulent le fil de leurs souvenirs.

 

 

La perrita (ou petite chienne, titre qui prend tout son sens à la lecture) est un bon et beau roman, chers happy few, qui dresse avec justesse et émotion les portraits de deux Argentines qui, vivant dans ce pays au même moment n'en voient pas du tout le même visage. Ernestina est une provinciale, qui a épousé un professeur de littérature lunaire et cultivé. Ils ont un fils, un seul, Juan, qui fait des études de médecine et épouse une jeune femme belle et brillante, enceinte de six mois au moment où ils sont arrêtés tous les deux. Pour Ernestina, qui pensait que l'armée n'arrêtait que les voyous qui le méritaient et qui ne prêtait pas attention aux alarmantes rumeurs de tortures et d'exécutions qui commençaient à courir, le monde s'écroule. Elle refuse de croire qu'elle ne reverra jamais son fils, puis quand elle finit par admettre l'impensable, elle cherche l'enfant, persuadée qu'il a survécu. De l'autre côté de la démarcation, Violetta est une femme lâche et égoïste qui vit dans l'ombre d'un père brillant qu'elle veut satisfaire à tout prix puis dans celle d'un mari rigide tout en refusant toujours de comprendre ce qui se déroule réellement en dehors de son bel appartement. Sans amis, sans centres d'intérêts, Violetta se focalise sur son désir d'enfant inassouvi, prête à tout pour être mère, même à refuser de voir ce qui crève les yeux. Le destin de ces deux femmes se trouve tragiquement lié par cette enfant volée à qui on a menti toute sa vie. Par le biais de la petite histoire, Isabelle Condou peint la violence d'un pays entré en dictature comme on croit se sauver, qui découvre à retardement les horreurs commises en toute légitimité par ceux qui ont pris le pouvoir, tout en laissant transparaître un amour fou pour ce pays. C'est juste et c'est touchant. Je recommande, chers happy few.

 

 

Isabelle Condou, La perrita, Plon, 294 pages, 2009

 

Roman lu dans le cadre du Prix des Chroniques de la rentrée littéraire, catégorie Roman français.

 

Les billets élogieux d'Antigone, Cathulu, Cuné, Leiloona et Stephie.

 

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06.11.2009

Des pleurs dans la nuit

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Lors de l'anniversaire de Solange, sa soeur, Feu de Bois, presque clochard, qui vit aux crochets de tous, lui offre une broche magnifique. Mais la somptuosité du cadeau soulève de l'incompréhension de la part des convives, incompréhension qui se mue rapidement en colère et en mots irréparables. Feu de Bois, sous l'emprise de sentiments dans lesquels se mêlent la fureur, l'humiliation mais aussi des relents de ce qu'il a vécu durant la guerre d'Algérie, se rend alors coupable d'une agression. Son cousin, Rabut, se souvient alors de l'histoire de Feu de Bois et notamment de ce qui s'est passé en Algérie.

 

 

 

Des hommes est le deuxième roman que j'ai décidé de lire dans le cadre du Prix Goncourt des Lycéens (qui sera attribué lundi 9 novembre), chers happy few, et le moins que l'on puisse dire est que je sors de cette lecture totalement partagée. La première partie de ce roman (en gros les cent premières pages) m'a agacée au plus haut point : le style est volontairement haché, avec des effets de style pénibles au niveau des dialogues notamment (je cite un passage pour que tout le monde comprenne car c'est finalement assez difficile à décrire : "Attendez, si je confirme. Si je. Que je. Vous voulez que je. Moi, que je dise. Et que je confirme oui, ici, ce qui s'est passé ici." , le tout sans jamais de tirets ni de propositions incises. Bref. Je ne sais pas vous chers happy few mais tous ces auteurs contemporains qui croient réinventer le dialogue en en supprimant les caractéristiques formelles me hérissent au plus haut point, j'ai l'impression qu'ils croient encore que la forme prime à tout prix sur le fond, au secours.) Cette première partie, racontée à la première personne par Rabut, le cousin, m'a paru artificielle, creuse et répétitive, et je ne vous cache pas que j'ai failli abandonner là ma lecture. Comme je suis une lectrice consciencieuse je me suis entêtée et heureusement pour moi, la deuxième partie, qui raconte à la troisième personne la guerre telle que l'a vécue Feu de Bois s'est révélée bien meilleure : le style devient fluide et l'histoire décolle enfin, mettant en scène les horreurs de la guerre et l'impact qu'elle a eu sur ces jeunes gens de manière terrible. A la fois victimes d'une guerre qu'ils n'ont pas choisi de faire et bourreaux se livrant aux pires exactions sous prétexte que ce sont les ordres, ces jeunes soldats seront bien évidemment incapables, une fois revenus à la vie civile, d'oublier les atrocités commises de part et d'autre, ce qui pèsera de manière inexorable sur leur vie. C'est un roman qui s'interroge de manière personnelle sur la façon dont la guerre ne s'arrête jamais pour ceux qui l'ont faite mais qui a peiné à me convaincre en raison d'un style qui, quand il n'est pas complètement maîtrisé, entrave la lecture. Pas mal, sans plus.

 

 

 

Laurent Mauvignier, Des hommes, Les éditions de minuit, 281 pages, 2009

 

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27.10.2009

Cher libraire

Comme tout LCA qui se respecte, chers happy few, j'ai connu des libraires de toutes sortes.

 

Des grands, des petits, des efflanqués, des ronds, des timides, des bavards, des étrangers qui ne parlaient pas ma langue (mais quelle idée aussi, de rentrer systématiquement dans une librairie même quand je ne parle pas un mot de la langue du pays ?), des qui n'avaient de libraire que le nom (car oui, cela existe, malheureusement, et pas seulement dans ces supermarchés de la culture où on veut nous faire prendre des vendeurs pour des libraires), mais surtout des passionnés, des lecteurs, des vrais, de ceux qui s'enthousiasment avec sincérité, loin des modes et des Prix. Je me souviens bien de mon libraire de province, qui dans cette petite ville accablée de soleil mettait trois bonnes semaines à voir arriver les livres qu'on lui commandait (j'ai bien cru que je n'arriverais jamais à lire Le Seigneur des anneaux, j'avais 15 ans et une nature de lectrice impatiente) et qui pestait après chaque émission de Pivot, regrettant que les auteurs télégéniques se vendent nettement mieux que les autres, même s'ils écrivaient des romans sans intérêt. Je me souviens de la plupart des librairies dans lesquelles j'ai fureté (car je ne peux pas m'empêcher de pousser la porte des librairies qui croisent mon chemin, c'est une maladie), des conseils avisés que j'ai reçus ici ou là, de ceux que je n'ai pas suivis (car le lecteur, comme le libraire, est entêté) et toujours, de cette odeur de papier, si familière et si rassurante, qui m'a accueillie dans ces dizaines (centaines ?) de librairies où je suis entrée et d'où je ne suis jamais ressortie les mains vides, car telle est notre malédiction et notre joie, chers happy few.

 

 

C'est cette relation si particulière qui unit le lecteur aux libraires en général que célèbre

 

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Lettres à mon libraire.

 

Sous la direction de Jean Morzadec (qui anime Le choix des libraires), 44 auteurs se sont prêtés à l'exercice de style et ont écrit une lettre ou un texte célébrant leur(s) libraire(s).

 

 

On y retrouve compilés tous nos comportements de LCA : Christine Sourgins note ainsi que "comme le sang appelle le sang, les livres appellent les livres" (on ne saurait mieux métaphoriser nos PAL, chers happy few), Benoît Hopquin décrit parfaitement la façon dont le lecteur ne peut pas résister à l'appel de la librairie tout en sachant qu'une fois à l'intérieur il est cuit et Benoîte Groult résume en une seule phrase ce que nous expérimentons tous dans notre faible chair : "on peut acheter un livre dont on sait bien, au fond de soi, qu'on ne le lira pas de sitôt. Mais c'est un coup de foudre et il faut parfois céder à ses coups de foudre."

 

Certains textes sont plus réussis que d'autres, ce qui est un peu la règle de ce genre de recueil : la plume de Bernard Giraudeau est légère et pleine d'humour, Jean-Bernard Pouy célèbre l'esprit de résistance, Robert Pagani raconte ses nombreuses rencontres aux quatre coins du monde, notamment celle avec ce libraire new-yorkais qui refuse des ventes aux clients indignes et Delphine de Vigan rend hommage à une libraire foudroyée par la maladie dans un texte très personnel. On voit se dessiner les silhouettes de ces hommes et de ces femmes qui ont conduit des centaines de lecteurs sur les chemins de la littérature, ma préférence allant à cette libraire parisienne qui a dit un jour à Denis Grozdanovitch : "Vous savez, nous autres, nous sommes des extraterrestres, nous voyageons dans l'espace parmi les plus lointaines planètes de la galaxie Gutenberg!" On ne saurait mieux dire, chers happy few.

 

Un recueil sympathique, même si j'ai regretté la façon dont certains en profitent pour faire la promotion de leur dernier ouvrage : il me semble que l'amour de la lecture est un acte purement gratuit, qui mérite d'être célébré pour lui-même. Dommage.

 

Lettres à mon libraire, préfacées par François Busnel (préface que je n'ai d'ailleurs pas trouvé très intéressante), Rouergue/France Info/le choix des libraires, 120 pages 

 

Merci Emmyne pour le cadeau!

Le billet de Cathulu.

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19.10.2009

Résistant

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En 1942, alors que la Pologne est dévastée par les nazis et les Soviétiques, Jan Karski est envoyé en mission auprès du gouvernement en exil à Londres. Il doit l'alerter sur le sort des Juifs et prévenir le monde entier des massacres perpétrés dans les camps. Jan Karski s'acquitte de sa tâche et inlassablement raconte ce qu'il a vu dans le ghetto de Varsovie. En pure perte, nul ne l'écoute. Trente-cinq ans plus tard, il témoigne dans Shoah, le film de Lanzmann.

 

Me voilà bien ennuyée pour vous parler de cet ouvrage, chers happy few, qui a, si je ne m'abuse, eu bonne presse partout. Si Jan Karski est sous-titré roman, il n'en est un que dans sa dernière partie, où Haenel se met enfin à la place de cet homme et en fait un personnage qui s'interroge inlassablement sur les raisons qui ont poussé les Alliés à ne pas agir alors qu'ils savaient que les Juifs étaient exterminés. Il a rencontré Roosevelt, a témoigné infatiguablement et nul n'a pris le relais : les médias ont atténué ses révélations, les gouvernements l'ont poliment écouté et lui ont tout aussi poliment tourné le dos, pour des raisons politico-économiques qui font froid dans le dos mais n'en sont pas pour autant des révélations fracassantes. Et de fait, le problème de cet ouvrage n'est pas son fond : la vie de Karski, résistant, aventurier qui survécut à presque tout, mérite bien évidemment d'être racontée. Mais la forme choisie par Haenel se révèle vite limitée : la première partie est purement descriptive (il raconte l'intervention de Karski dans Shoah, retraçant même les intonations et les plans de caméra, exercice que je trouve franchement un peu vain) et la deuxième est paraphrastique (Haenel résume le témoignage de Karski paru en 1944 sous le titre Story of a secret state). Et je ne peux que m'interroger sur cet étrange choix formel, qui est bien évidemment source de nombreuses répétitions et qui fait à mon avis de Jan Karski une espèce d'essai déguisé (le Prix Médicis ne s'y est pas trompé, qui l'avait sélectionné dans cette catégorie contrairement au Goncourt) qui manque de force. Je pense que Karski aurait mérité qu'on prenne la peine de lui consacrer un véritable roman (c'est d'ailleurs la dernière partie la plus réussie quand Haenel ose enfin se plonger dans la fiction, comme s'il avait été réticent dans les deux premières parties à se défaire du cadre de la réalité) ou au contraire un véritable essai d'historien et pas cet ouvrage hybride que je trouve inabouti et qui n'a étrangement suscité en moi aucune émotion particulière.

 

Yannick Haenel, Jan Karski, Gallimard, L'Infini, 187 pages, 2009

Lu dans le cadre du Prix Goncourt des Lycéens.

Les billets de Chiffonnette et Leiloona.

 

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04.10.2009

"L'amour n'est pas de l'antimatière"

thomas drimm.jpgThomas Drimm a 13 ans moins le quart. Il vit dans une banlieue minable des Etats-Uniques, un état totalitaire sous ses faux airs de république, où le président Narkos III n'est qu'un fantoche sous perfusion. Dans cette société où le Hasard a été érigée en ligne de vie, où les obèses sont internés et les dépressifs "retraités" en pièces détachées, Thomas, préobèse et fils d'un alcoolique, est déjà un raté. Un dimanche, il tue, par inadvertance et d'un coup de cerf-volant, Léonard Pictone, un scientifique de renom qui avait une mission et qui, pour la mener à bien, s'incarne après sa mort, dans... l'ours en peluche de Thomas. Le jeune garçon va se retrouver héros bien malgré lui d'une trépidante aventure.

 

Didier van Cauwelaert, prix Goncourt pour Un aller simple, s'essaie pour la première fois, avec la série consacrée à Thomas Drimm, à la littérature jeunesse, sous une forme particulière puisque ce roman a été publié en feuilleton sur téléphone portable, renouant ainsi de manière moderne avec une vieille pratique. Et ce premier volume, intitulé La fin du monde tombe un jeudi, est une véritable réussite, à la fois thriller bâti comme un compte à rebours et roman initiatique. Le monde bâti par Cauwelaert est intéressant à plus d'un titre, la SF permettant encore une fois une réflexion sur les dérives de notre société : scission riches/pauvres, caractère totalement aléatoire de la réussite (pas au mérite mais au jeu), jeu national (le man-ball) décérébré et violent, obligation de regarder les infos télévisées et manipulation politique, enseignement à dix vitesses (les bons profs aux élèves riches), censure, OGM à tous les repas, mise à l'écart de ceux qui ne rentrent pas dans le moule, etc. S'ajoute à cela une intrigue totalement SF très cohérente, avec menace imminente d'apocalypse qui tient le lecteur en haleine du début à la fin. Le personnage de Thomas est crédible et bien campé, en ado contraint de grandir bien vite, confronté à un monde d'adultes qui se manipulent à qui mieux mieux pour des intérêts qui le dépassent. Le style est vif et alerte, il y a pas mal d'humour, en bref, je recommande très chaudement. Et j'attends la suite!

 

Didier van Cauwelaert, Thomas Drimm, t.1, La fin du monde tombe un jeudi, Albin Michel, 393 pages, 2009.

Les billets de CelsmoonLeiloona, Stephie, Yueyin, toutes conquises.  

02.10.2009

"Il y a souvent une nette tendance à la nostalgie chez les Nathalie"

la délicatesse.jpgNathalie et François s'aiment depuis sept ans. Sept ans d'un bonheur conjugal sans effort et sans nuage, tant ces deux-là semblent s'être accordés le plus naturellement du monde dès le premier regard. Oui, mais voilà, un dimanche, alors que Nathalie est en train de lire un roman russe, François, parti courir, est renversé par une voiture. Veuve, Nathalie s'enferme dans le travail et refuse d'envisager de refaire sa vie. Jusqu'au jour où, pour une sombre histoire de moquette et de talons aiguilles, elle embrasse, presque par inadvertance, un de ses jeunes subalternes, Markus...

 

La délicatesse est sans conteste le plus abouti des romans de David Foenkinos (chouchoutisé depuis longtemps par sa vestale attitrée) que j'ai lus, chers happy few. Sur un sujet grave et plus profond qu'il n'en a l'air, Foenkinos bâtit une intrigue aérienne pleine de trouvailles. Si son sens de la formule en agace plus d'un, je l'aime pour ma part de plus en plus, parce que je trouve qu'il sait se faire oublier, se diluer dans une narration toute en finesse, servie par une construction ludique qui m'a beaucoup plu. En effet, entre les chapitres se sont glissées de toutes petites notules qui dressent des listes (les trois romans préférés de Nathalie, des résultats de football...), des recettes de cuisine, des informations pratiques (distance entre Paris et Moscou, date de sortie d'Un homme qui me plaît de Claude Lelouch...), des extraits de films, de pièces de théâtre ou de chansons, des notices de médicament, autant d'intermèdes en rapport complet avec l'histoire, qui l'allègent et la densifient à la fois (si, si, c'est possible, la preuve). Il y a beaucoup de fantaisie dans ce roman où on démantèle un trafic de mozzarella, où on lit Cioran dans le RER et des auteurs russes moins connus que Tourgueniev et où, grâce à un Suédois entêté et charmant, une jeune femme réapprend à vivre. Délicieux et léger comme un feuilleté surmonté d'un peu de crème.

 

David Foenkinos, La délicatesse, Gallimard, 2009, 201 pages inventives avec quelques notes en bas et 117 chapitres, comme dans un jeu d'enfant.

Le billet de Caro[line] (merci pour le prêt).

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21.09.2009

A l'école

nicolas.jpgNicolas est un élève comme les autres, ou presque. Il va à l'école, aime bien sa maîtresse mais pas travailler, a des copains, se moque du directeur et ne comprend pas toujours bien les réactions des adultes...

 

Le petit Nicolas a acquis depuis longtemps un statut de classique de la littérature jeunesse, chers happy few, ce qui lui assure une place indétrônable dans le coeur des Français (même ceux qui ne l'ont pas lu savent de quoi il s'agit) et dans les programmes de l'Education Nationale. Pour ma part, je n'avais pas lu ces histoires depuis des années et je m'y suis donc plongée avec un oeil quasi neuf, de conserve avec ma fille, pour qui c'était une découverte. J'ai trouvé cette expérience de lecture simultanée très révélatrice et elle m'a fait toucher du doigt plusieurs choses : si ces histoires sont inamovibles des programmes scolaires c'est que leur forme est extrêmement intéressante, entre la brièveté de chaque histoire, le rythme enlevé de la narration et le point de vue du petit Nicolas, qui décrit les attitudes des adultes sans les décrypter, ce qui fait naître l'humour. Mais ce sont là aussi toutes les limites de l'ouvrage (ce qui m'est apparu encore plus clairement en voyant ma fille reposer régulièrement l'ouvrage pour y intercaler d'autres lectures) : chaque histoire rappelle brièvement qui sont les personnages et le schéma narratif est toujours exactement le même (une situation qui pousse les enfants à la bêtise, puis la réaction des autres, souvent les adultes, et la manifestation de l'incompréhension de Nicolas). Le tout ne forme pas une véritable histoire mais plutôt des saynètes et les personnages n'évoluent jamais, ce qui nuit à l'identification. C'est amusant c'est vrai, mais très daté et finalement un peu vain.

 

Sempé/Goscinny, Le petit Nicolas, Folio junior, 176 pages, 1964, 2002 pour la présente édition

Ce livre de la chaîne est le choix d'Ys. Il est déjà passé chez Stephie, Hathaway, Doriane, Bladelor, Karine, Le Bookomaton et Lune de pluie.

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(9/25)

 

Comme les trois élèves attentifs au premier rang l'auront remarqué, il manque un maillon dans ma chaîne, Contes hors du temps de Charles Van Leberghe, que j'ai lâchement abandonné à la page 58. Les aventures obscures et absconses de Saturne et de son maître m'ayant endormie à moultes reprises, j'ai pris la décision de trancher dans le vif et d'envoyer cet ouvrage à Yueyin, la suivante dans la liste. C'est le premier ouvrage que j'abandonne, j'espère bien que ce sera le dernier.  

17.09.2009

Menteuse, moi ?

emily pearl.jpgAngleterre, fin du XIXème siècle. Emily Pearl, fille de deux paysans obtus, entre au service de Lord Auskin comme préceptrice de son fils, Terence, un enfant malade. Elle tombe amoureuse du séduisant veuf et se bâtit une vie qui lui paraît terne en comparaison de celle de sa soeur, Virginia, partie pour les Etats-Unis. Emily tient son journal et y distille mensonges et demi-vérités, mais à l'usage de qui ?

 

Les vies d'Emily Pearl est un roman qui a connu un certain engouement blogosphérique il y a quelques mois, chers happy few, engouement que je suis loin de partager. C'est un roman déroutant par bien de points, à l'image de son héroïne, la violente Emily qui se débat dans une vie qu'elle dit ne pas vouloir être la sienne et qui prend un malin plaisir à faire le mal autour d'elle, avec un mélange assez sidérant de naïveté et de rouerie. C'est un personnage que j'ai trouvé peu crédible, tout comme son histoire. J'ai été surtout gênée par le fait que toute la narration soit assumée à la première personne par un personnage qui avoue mentir, sans que la forme du journal ne soit jamais remise en question alors que techniquement il devrait y avoir deux journaux (un pour ses mensonges et ses manipulations, l'autre pour elle-même), ce qui n'apparaît jamais. Tout est raconté comme dans un roman, les événements semblent se dérouler sous nos yeux alors qu'Emily les raconte forcément a posteriori. Ce manque de rigueur dans le choix formel m'a beaucoup dérangée car cela rend l'histoire brouillonne et inaboutie par bien des points (je pensais par exemple que Virginia était une création de son cerveau, mais pas du tout, ceux dont Emily veut se débarrasser disparaissent en deux lignes...), pour culminer dans une fin en queue de poisson. Le côté victorien mis en avant par la quatrième de couverture et les billets élogieux lus ça et là m'a paru artificiel : certes, on ne peut pas s'empêcher de penser à Jane Eyre et à Rochester, certes il y a de la brume et des lacs et une atmosphère froide et poisseuse, mais Cécile Ladjali n'en fait rien. Ni hommage, ni pastiche, ni réécriture et encore moins création originale, ce roman aux personnages  sans épaisseur et au style qui ne m'a pas emballée plus que ça est une véritable déception, chers happy few.

 

Cécile Ladjali, Les Vies d'Emily Pearl, Actes sud, 191 pages, 2008

Lilly lui a consacré un très beau billet, Lou l'a trouvé original et agréable à lire, Emjy est mitigée, Karine a aimé, Delphine s'est laissée embarquer avec plaisir, Brize n'a pas été conquise, Pimpi a été déçue.

Ce roman est un livre voyageur : il est parti de chez Brize, il poursuit sa route vers Kathel.

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15.09.2009

Ecrire était une chose merveilleuse...

ravalec.jpgEn 1995, Vincent Ravalec, à l'époque estampillé "jeune auteur très prometteur" avait écrit une espèce d'essai sur la condition d'auteur où il racontait la façon dont le succès lui était tombé dessus (il a reçu le premier Prix de Flore pour Cantique de la Racaille), les paillettes, le showbiz, les filles (ou leur absence) et tout le reste. Il a repris le texte initial, l'a légèrement revu et lui a ajouté 80 pages, intitulées Le Retour de l'auteur, sur son expérience d'écrivain avec plus de 10 ans de recul et 37 romans à son actif.

 

C'est Cuné, monsieur le juge, qui a mis cet ouvrage entre mes blanches mains, je plaide non-coupable donc pour cet ajout PALesque, qui n'a en fait même pas eu vraiment le temps de coexister avec ses petits camarades tant je l'ai lu rapidement (qui a dit que c'était pour ne pas l'ajouter au terrible nombre à trois chiffres qui constitue ma MTPAL ? méchantes langues sans coeur, vous mériteriez de subir mes cours d'héraldique, tiens, vous feriez moins les malins, non mais). Bref. J'ai lu il y a longtemps (l'année de sa sortie pour être tout à fait précise, ça ne nous rajeunit pas ma brave dame) Cantique de la racaille, et le style de ce Retour de l'auteur ne correspond pas du tout au souvenir que j'avais gardé du style de Ravalec. On est ici dans un récit au ton résolument léger, qui tient plus de la galéjade sans conséquence que de la satire corrosive. Si certains passages m'ont fait sourire, comme la description des manifestations provinciales autour du livre ou la visite des boîtes échangistes pour le magazine Couples, j'ai trouvé que l'ensemble manquait d'envergure et de mordant, et que la dernière partie, qui met en scène une société secrète autour du Livre, n'était pas assez fantaisiste. Un ouvrage inabouti sur un sujet qui aurait à mon sens mérité nettement plus de drôlerie.

 

Vincent Ravalec, Le Retour de l'auteur, Le dilettante, 250 pages, septembre 2009

Les billets de Cuné, la tentatrice et de Martine, déçue.   

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14.09.2009

Les petites soeurs de Dracula

wilcox.jpgAmber et Luna sont deux adolescentes, elles sont soeurs. Elles se réveillent une nuit... dans un cercueil dans lequel elles semblent avoir été enterrées vivantes sauf qu'elles se rendent bien vite compte que quelque chose ne tourne pas rond (on s'en doutait, perspicaces lecteurs que nous sommes) : elles sont pâles, ont une soif inextinguible et des facultés physiques manifestement hors du commun, en bref, elles ont été transformées en vampires. Livrées à elles-mêmes dans un Londres qui leur apparaît bien différent de celui qu'elles ont toujours connu, elles sont recueillies par deux hommes, un certain Sherlock Holmes et son acolyte, le Dr Watson, qui les présentent rapidement au cercle des Invisibles. Les aventures commencent.

 

Je crois qu'il n'est plus la peine de présenter Fabrice Colin, chers happy few, prolifique et talentueux auteur qui écrit aussi bien pour la jeunesse que pour les adultes et dont j'ai déjà chroniqué quelques romans dans ce modeste salon. Les vampires de Londres est le premier volume de sa dernière série, intitulée Les étranges soeurs Wilcox, dans laquelle il se réapproprie avec intelligence les figures et les clichés de la littérature victorienne. Nous y croisons donc des vampires, constitués en clans (dont seuls deux apparaissent ici, les Drakul et les Nosferatu), chaque clan ayant un chef et étant régi par ses propres codes ; Holmes et Watson, que j'aime d'amour tous les deux, autant dire que j'étais ravie de les voir ici ; Jack l'Eventreur, qui met la police londonienne sur les dents et que les Invisibles, société secrète au-delà des lois et du gouvernement, tentent d'arrêter et Bram Stoker, le conteur fabuleux qui a fait de bien mauvais choix. Il y a des mystères (qui a vampirisé Amber et Luna ? où est leur père ? qu'est-il arrivé à Elizabeth Bathory ?), du brouillard, des créatures fantastiques, la reine Victoria, des cimetières la nuit, un chaton possédé, des crimes, du sang, bref de quoi passer un très bon moment en compagnie des soeurs Wilcox. En attendant la suite.

 

Fabrice Colin, Les étranges soeurs Wilcox, t.1 Les vampires de Londres, Gallimard jeunesse, septembre 2009, à partir de 12 ans (encore une fois, cette indication n'engage que moi)

Le billet de Cathulu, qui a aimé aussi.

Merci à Lily pour cette lecture.

Fabrice Colin a très gentiment accepté de répondre à quelques questions, merci à lui. Je vous livre ses réponses, chers happy few curieux.

Etes-vous un fan des aventures de Sherlock Holmes ou avez-vous choisi de faire revivre ce personnage pour d'autres raisons ?

J'ai, concernant Sherlock Holmes, de vagues souvenirs de lecture hivernales et enchantées qui ne m'ont jamais vraiment quitté mais dont je serais bien incapable aujourd'hui de vous donner des détails. Je me rappelle surtout le très beau film de Billy Wilder, La vie privée de Sherlock Holmes, qui met en scène un détective mélancolique sujet à bien des addictions. Mon Holmes à moi, puisqu'il s'agit quasiment, désormais, d'un personnage archétypal tout préoccupé de vérité, est assez fidèle à cette image. Les puristes le détesteront sans doute, mais ma série ne s'adresse pas spécialement à eux.

D'où vous est venue l'idée des Invisibles, cette société en marge du gouvernement ? (J'ai pour ma part beaucoup pensé à la série anglaise Torchwood, la connaissez-vous ?)

De manière générale, je dois confesser une certaine affection pour les sociétés secrètes. Je présume - même s'il est toujours difficile de discerner a posteriori des influences dans son propre travail - qu'il me restait quelques souvenirs d'Alias ou de X-Files quand j'ai commencé à travailler sur les Sœurs Wilcox.
The Invisibles
est aussi le nom d'une BD en plusieurs volumes scénarisée par Grant Morrison qui, sur des thèmes vaguement similaires mais avec un ton résolument différent, a bercé ma vie d'étudiant. Je ne connais pas Torchwood, mais je viens de regarder sur le net de quoi il retournait et je vais m'y mettre sans tarder - merci beaucoup d'avoir anéanti ce qui restait de ma vie sociale.

J'ai l'impression que l'Angleterre victorienne vous passionne : vous avez écrit A vos souhaits (que j'ai d'ailleurs adoré) et ces Soeurs Wilcox (et peut-être d'autres que je n'ai pas lus) : pourquoi cette période ?  Quel est votre roman victorien favori ?
 
Effectivement, l'Angleterre victorienne me passionne. Cela a même tourné à l'obsession pendant quelque temps. Depuis, je me soigne, et je ne me rends plus à Londres que deux fois par an.
Je ne saurais dire ce qui est exactement en jeu ici. Une fascination esthétique ? Des fantasmes masculins de clubs enfumés, de canne-épées et de poètes décadents ? C'est peut-être, justement, parce que la place de la femme était réduite dans cette société mortifère à la portion congrue que j'ai choisi de mettre des jeunes filles en scène. Leur nature vampirique est, en quelque sorte, une forme de revanche : enfin, à leur tour, elles deviennent prédatrices.
Des histoires inventées, comme celle de Dracula, ou réelles, comme celle de Jack l'Eventreur, montrent en tout cas à quel genre d'explosions violentes et sensuelles le puritanisme exacerbé de l'époque pouvait donner naissance. Pour ma part, je suis un fan énamouré du Peter Pan de James Barrie et du Carmilla de Sheridan Le Fanu (nous on reparlerons sans doute) ainsi que de la plupart des romans de Wilkie Collins, Charles Dickens et Henry James.
Mais il n'y pas que l'Angleterre qui me fascine. Dès le tome 2, nous partons à New York...

 

Je serai du voyage, chers happy few, n'en doutez pas.

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