19.10.2011
Seuls dans la ville entre 9h et 10h30 - Yves Grevet
Parce que j'avais très envie de lire Méto d'Yves Grevet, j'ai ouvert Seuls dans la ville entre 9h et 10h30 (ne cherchez pas de logique, il n'y en a pas, as usual, life is a bitch et Christophe Maé une plaie auditive, rien de nouveau sous les nuages).
Madame Darlène, prof de Français en 1ère L donne un drôle de sujet à ses élèves pour les changer des commentaires composés et des disserts : Postez-vous seul(e) à un endroit du centre-ville entre 9 heures et 10h30 et écrivez ce que vous voyez ou ce que cela vous inspire. La forme est libre : description, fiction, poésie... Or, ce matin-là, le 23 mars, maître Marideau, notaire, est assassiné. Erwan décide alors de récupérer toutes les copies de ses camarades et d'y découvrir tous les indices possibles afin d'aider la police.
Sur une trame de départ originale et intéressante (d'ailleurs j'aime ce sujet, je pense le recycler pour mes élèves), Seuls dans la ville entre 9h et 10h30 est un très bon roman, bien construit, qui mêle habilement intrigue policière et initiation (Erwan tombe amoureux et devient un élève plus investi). Certaines idées sont très chouettes (notamment le club des mangeurs de gâteaux à la crème et j'ai beaucoup aimé la reproduction des devoirs des élèves avec une vignette les représentant et les annotations très personnelles de la prof) et les personnages très attachants, même s'ils s'expriment un peu trop bien pour des lycéens (certains dialogues sont un peu trop littéraires à mon goût). Un roman ultra sympa, à l'image de sa couverture. Il faut vraiment que je lise Méto.
Yves Grevet, Seuls dans la ville entre 9h et 10h30, Syros, 2011, 218 pages
06:53 Écrit par fashion dans Jeunesse, Littérature française | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
05.10.2011
Silence - Benoît Séverac

Jules, 15 ans, se réveille sur un lit d'hôpital au service ORL de l'hôpital Purpan, à Toulouse. Ses derniers souvenirs : une rave où il a pris deux cachets d'ecstasy pour impressionner sa petite amie, Camille. Après trois jours de coma, Jules n'est plus tout à fait le même : il a perdu totalement et définitivement l'ouïe. Il tente de s'ajuster à cette nouvelle réalité et à la colère de ses parents et ne sait que répondre aux policiers chargés de l'enquête. Doit-il donner le nom de celui qui lui a vendu de la drogue au risque de faire tomber un copain ou se taire ?
Sur une trame simple qui a tout du fait divers, Benoît Séverac bâtit un roman nerveux plutôt bien fichu et parvient à éviter la démonstration, ce qui n'est pas évident avec un tel sujet. Le lecteur suit l'évolution de Jules sur un mois, et ce dernier passe par toutes les phases en découvrant son handicap, la douleur, l'incompréhension, le déni, la colère puis l'acceptation, aidé en cela par Damien, l'infirmier qui trouve les mots justes là où ses parents, fous d'inquiétude puis furieux, échouent. Les ados sont campés de manière assez fine, dans leurs relations comme dans leurs réactions, ce qui donne un ton fort crédible à l'ensemble. On peut cependant regretter la facilité du dénouement (d'autant plus regrettable que l'enquête de police sonnait plutôt juste jusque là) mais Silence est un bon roman jeunesse qui met en garde contre les dangers de la drogue de manière claire sans oublier pour autant de nous raconter une histoire, évitant ainsi les travers du roman à thèse.
Benoît Séverac, Silence, Syros, Rat noir, 2011, 150 pages
14:19 Écrit par fashion dans Jeunesse, Littérature française, Polars | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
20.09.2011
Fleurs de dragon - Jérôme Noirez
Il y avait des années que je voulais lire un roman de Jérôme Noirez, poussée par une copine fan qui se reconnaîtra et comme avec moi tout est toujours très simple, je n'ai pas sorti de la PAL Le diapason des mots et des misères qui y dort depuis une éternité, non, fiou, trop facile, j'ai plutôt emprunté à la bibliothèque


Fleurs de dragon (pour la peine, vous avez droit à la couverture de la première édition et à celle de la réédition poche, parce que le choix c'est surfait comme disait Stephanie Plum en léchant l'oreille de Ranger).
Pitchons, amis de la rigueur et du dépaysement : Japon, 1489. Ryôsaku, enquêteur-samouraï pour le moins atypique (il a renoncé à porter le sabre) est chargé par l'ancien shôgun, Yoshimasa, de résoudre une série de meurtres sanglants : des samouraïs ont été assassinés dans tout le pays. Secondés par trois adolescents repris de justice, Ryôsaku entame la traque...
Eh bien disons-le tout de go, chers happy few, Fleurs de dragon est un excellent roman qui m'a totalement conquise. L'histoire est passionnante et entremêle habilement plusieurs fils de l'intrigue, les personnages sont parfaitement campés et originaux (Ryôsaku est génial dans ses leçons de sagesse et le maniement de son maillet) et leur interaction n'est jamais artificielle (je pense notamment aux trois ados Keiji, Sôzô et Kaoru qui apportent chacun quelque chose à l'histoire) et le tout n'est pas dénué d'humour. On a vraiment l'impression de chevaucher aux côtés de cette drôle d'équipe dans un Japon automnal noyé sous la pluie, d'entendre les tambours des temples et les rires des enfants et on tremble au son de la clochette et devant la colère des hommes (la dernière partie m'a déchiré le coeur). Une excellente découverte, vraiment.
Jérôme Noirez, Fleurs de dragon, Gulf stream éditeur, mars 2008, 286 pages / J'ai lu, 2009, 253 pages
15:00 Écrit par fashion dans Fantasy, Littérature française | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
27.07.2011
Soirée sushi - Agnès Abécassis
(Dieu que cette couverture est laide.)
Trois copines (dont j'ai déjà oublié les prénoms) se retrouvent pour une soirée sushis : elles sont célibataires, divorcées et/ou fraîchement larguées, ce qui fait des hommes une conversation de choix pour accompagner le saumon cru et le wasabi.
Je ne lis pas souvent de romans de chik-lit, chers happy few, je préfère la bonne vieille romance en jupons à l'américaine (je suis comme ça, old fashioned), mais ce roman était déjà dans le Reader que m'a prêté Caroline et comme la curiosité a déjà eu ma peau il y a belle lurette, je n'ai pas résisté, ayant lu ici et là des avis fort élogieux sur ce petit roman.
Hélas pour moi, pas de miracle : entre l'absence d'histoire (l'héroïne dont le prénom va peut-être me revenir d'ici la fin de ce billet se rend compte qu'elle est forte aussi toute seule même si elle aimerait bien rencontrer de nouveau un homme avec qui partager sa vie de maman solo, la copino-voisine esthéticienne redécouvre les vertus de l'amour maternel et la copine astrologue celles de l'épanouissement personnel) et les clichés égrenés comme autant de perles de sagesse tibétaine (ouais, d'abord, peut-être que vous aussi, les filles, vous avez des défauts et que ce n'est pas que la faute des hommes s'ils se comportent comme des porcs en rut) (trois poncifs et demi ont été violemment maltraités dans cette parenthèse, j'en suis navrée), je n'ai fini ce roman que parce qu'il est très court, en regrettant tout de même qu'Agnès Abécassis (qui, je le sais, se contrefiche de mon opinion, ce qui ne va pas m'empêcher de la donner) ne mette pas son sens de l'humour (car elle en a, oui, parfois quelques phrases font mouche) au service de quelque chose de plus consistant que ces quelques makis (oui, je sais, elle est facile).
Agnès Abécassis, Soirée sushi, Le livre de poche, 179 pages, 2011 pour la version poche
Rebecca ! L'héroïne (et narratrice) s'appelle Rebecca ! Alzheimer : 0 / Fashion : 1
09:49 Écrit par fashion dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
26.07.2011
Une histoire sans nom - Jules Barbey d'Aurevilly
(N. B : Je n'ai pas lu l'ouvrage disponible dans la collection Folio, qui propose quatre nouvelles de Barbey mais uniquement Une histoire sans nom dans sa version numérique.)
Mme de Ferjol, veuve depuis des années, mène une vie de recluse dévote avec sa fille, Lasthénie, dans un village perdu et étouffant des Cévennes. Comme tous les ans au début du Carême, les deux femmes accueillent pour quarante jours un prédicateur de passage, le moine capucin Riculf dont la forte personnalité et le magnétisme animal les effraient toutes deux. Après son départ, la jeune fille sombre dans une langueur inexplicable dont sa mère finit par découvrir l'embarrassante cause.
Roman aussi oppressant et sombre que le décor dans lequel il prend place, Une histoire sans nom met en scène de manière aussi poignante que tragique l'innocence martyrisée face à la folie meurtrière d'une mère à la fois juge et bourreau, soutenue dans son hystérie par une foi dévorante. Si la figure du moine, seul mâle de cette histoire, fait peser sur tout le roman sa présence maléfique (la servante veut même faire venir un prêtre exorciste pour réparer le mal qu'elle pressent qu'il a fait), c'est bien le couple mère/fille qui est le point central de ce roman terrible. Mme de Ferjol est une femme avant tout épouse qui ne s'est jamais remise de la mort de son mari, pour lequel elle s'est littéralement enterrée (dans les Cévennes d'abord puis sous les voiles de son veuvage, porté beaucoup plus longtemps que nécessaire) et qui fait peser sur sa fille la toute-puissance de cet amour qui exclut toute bienveillance maternelle. Femme toute entière tournée vers un Dieu sans miséricorde (elle applique strictement les principes jansénistes), elle mène à sa pauvre fille une guerre sans merci, sans donner un seul instant à cette angélique figure l'occasion même de tenter de comprendre ce qu'il s'est réellement passé dans cette lugubre demeure. Et la révélation finale, si elle satisfait le lecteur attendri par le sort pitoyable de Lasthénie, n'en rend les actions de Mme de Ferjol que plus terribles. Un excellent roman, comme toujours avec Barbey.
Barbey d'Aurevilly, Une histoire sans nom, 1882, 187 pages dans sa version numérique
A noter que l'héroïne de ce roman a donné en 1967 son nom à un trouble psychiatrique : il s'agit de patientes qui cherchent à se provoquer une anémie par des saignements volontaires.
11:25 Écrit par fashion dans Challenge Nécrophile 2011, Littérature française, Révisons nos classiques | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
19.05.2011
Colères - Lionel Duroy
Je n'avais pas prévu de mettre en ligne dans ce salon ces quelques lignes sur Colères de Lionel Duroy, lu dans le cadre du Prix des Lecteurs de L'Express (par une espèce d'attitude follement perverse que j'assume totalement, il m'arrive souvent de garder mes billets sérieux pour d'autres supports) mais le récent billet d'Emeraude m'a poussée dans mes retranchements (de la métaphore guerrière dès le matin, je ne suis pas du tout dans l'exagération, happy few de mon coeur diabolo, pas du tout).

"Ecrire c'est une façon de rester debout" : ainsi s'exprime Lionel Duroy dans une interview, et c'est exactement ce qu'il met en oeuvre dans Colères, ce roman autobiographique (on ne se laissera pas abuser par la modification des noms, l'écrivain qui se livre dans ce roman s'appelant Marc Maison) rédigé au jour le jour quand il s'est trouvé confronté à un bouleversement familial de grande ampleur au moment de la sortie de son autobiographie, Le chagrin. En effet, sa femme, Hélène, lui avoue qu'elle ne le désire plus et prend un studio et son fils, David, l'escroque de la pire des manières qui soit. Roman "à fleur de peau", Colères (on remarquera l'emploi révélateur du pluriel, le narrateur étant assailli de tous côtés par des motifs de colère divers) est un roman qui exhibe ce que l'on cache normalement, les fêlures, les désamours, les conflits familiaux et qui s'interroge sur l'écriture, ses vertus et ses paradoxes. Si l'écriture est nécessaire, elle lui coûte aussi : sa famille a cessé de lui parler vingt ans auparavant quand il a publié son premier roman sur ses parents et au moment où son autobiographie, dont l'écriture l'a à la fois libéré et laminé, rencontre un joli succès critique, sa femme le quitte et son fils se venge de ce qu'il a ressenti de l'attitude de son père à son égard. Dans un style très sobre, sans jamais tomber dans les récriminations ni le pathos (une gageure avec ce type de sujet très intime), Duroy s'interroge sur l'amour et la paternité, se remet en question et écrit, tout, pour ne pas sombrer dans la dépression et enfin, dépasser la colère. Un roman très touchant et très pudique.
Lionel Duroy, Colères, Julliard, 211 pages, 2011
06:44 Écrit par fashion dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : ô combien de marins, combien de capitaines, ont pris la mer comme moi le métro, partant à l'assaut de nobles conquêtes, (non je ne bois jamais le matin)
25.04.2011
"Notre devise : infantilisation de la populace, principe de précaution et couches-culottes."
Dans la sélection du prix des lecteurs de L'Express du mois d'avril, chers happy few, il y avait un roman raté (Charlotte Isabel Hansen de Tore Renberg), un roman qui m'a étrangement plu par sa façon de résonner en moi (une lecture personnelle, donc, comme ça m'arrive finalement peu) (le roman en question est Colères de Lionel Duroy, un auteur que je vais certainement lire de nouveau), un roman au traitement surprenant (L'Homme à la carabine de Patrick Pécherot) et un récit (faute de meilleur terme) qui m'a emballée :

L'écologie en bas de chez moi de Iegor Gran.
En 2009, à l'occasion de la diffusion surmédiatisée de Home, le film de Yann Arthus-Bertrand, Iegor Gran demande à Libération de lui donner une tribune afin d'exprimer son ras-le-bol face à l'écologisme béat et obligatoire dont le citoyen lambda doit se faire le défenseur sous peine de passer pour un irresponsable sans cerveau et, certainement pire, sans coeur. Cet article, "Home ou l'opportunisme vu du ciel", publié le 4 juin 2009, marque pour l'écrivain le début d'une réflexion contre la bien-pensance toute-puissante.
Documenté, de mauvaise foi, drôlatique et fort bien écrit, L'écologie en bas de chez moi est un pavé dans la mare en ces temps où "recyclage" et "développement durable" sont devenus les deux mamelles d'une citoyenneté éclairée (aux ampoules à basse consommation, évidemment). Sans contester (quoi que) le réchauffement climatique et ses conséquences, Iegor Gran s'insurge contre les aberrations (comme par exemple les ampoules au mercure) (je prends cet exemple parmi tant d'autres parce que c'est une de mes colères personnelles depuis longtemps), les approximations, les idées reçues assénées de manière d'autant plus péremptoires qu'elles sont étayées sur pas grand-chose et l'opportunisme de certains, au premier rang desquels Yann-Dieu comme il l'appelle, habilement reconverti de photographe du Dakar en défenseur de la planète ("Les voies de gazole sont décidément impénétrables" comme le fait remarquer Iegor Gran.)
Construit comme un roman mené tambour battant, bourré de notes de bas de page aussi hilarantes qu'instructives, L'écologie en bas de chez moi est un pamphlet provocateur sur le fascisme rampant dont le citoyen français est devenu l'objet en matière d'écologie, un ouvrage dont la lecture, en ces temps où le politiquement correct a été érigé au rang de vertu ultime et absolue et où la pensée unique s'est répandue comme une traînée de CO2, est non seulement indispensable mais salutaire, ne serait-ce que parce que Iegor Gran manie comme personne l'arme absolue de tous les trouble-fêtes et empêcheurs de penser en rond de tous bords : un humour ravageur. A lire absolument, chers happy few, quelle que soit votre façon de trier vos poubelles.
Iegor Gran, L'écologie en bas de chez moi, P.O.L, 189 pages, 2011
06:00 Écrit par fashion dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : je vais enfin sortir de la pal, l'autre bouquin de iegor gran qui y dort depuis une éternité, je suis un peu lente à la détente, je sais
14.04.2011
Grand amour - Stéphane Carlier
Il y a des romans qui semblent écrits pour nous, happy few que je sais suspendus à mes lèvres, et Grand Amour de Stéphane Carlier (auteur inconnu de moi jusqu'à ce mardi d'avril où nous nous sommes rencontrés par le biais de cette couverture) en est assurément un. Car derrière cette couverture rose se cache un faux roman de chick lit qui joue habilement avec ses codes pour nous proposer une histoire moderne et drôle qui ne peut que ravir la midinette bovarysante qui sommeille en chaque lectrice (ok, en certaines plus qu'en d'autres, je vous l'accorde aisément) (mais que pour aujourd'hui, faut pas pousser non plus).
Agnès a passé la trentaine et si sa vie sentimentale est comparable au désert de Gobi, sa vie fantasmatique est très riche, la faute à son job (elle traduit en série des romans sentimentalo-érotico-soft qui la mettent dans un état pas possible) et à son obsession pour un joueur de rugby d'Aurillac, Fabien Castan, découvert sur un fameux calendrier. Un soir, elle rencontre lors d'une soirée Colette, une femme pleine de sagesse, qui la pousse à vivre pleinement ses rêves et à partir à la rencontre de Fabien. Voilà notre Agnès remontée à bloc et bien décidée à aller respirer le même air que cet homme so viril, so sexy et so poilu (mais moins que Chabal, hein, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit). Sauf que ce qui avait l'air d'être l'idée du siècle à Paris devant une coupe de champagne s'avère un poil ridicule devant le stade d'Aurillac. Mais aidée par PM, un vieux coiffeur gay et par le destin, Agnès va rencontrer Fabien...
Vous l'aurez compris, délicieux happy few, Agnès est ma cousine (pas si) éloignée et tout le talent de Stéphane Carlier est d'exploiter une caractéristique féminine assez répandue (que celles qui n'ont jamais bovarysé sur un homme célèbre et bien vivant osent se dénoncer dans les commentaires) et de s'en servir pour bâtir une intrigue ma foi joliment troussée, parsemée de situations drôlatiques (la scène des vestiaires est un grand moment) et traversée de très jolis personnages. Quand on sait en plus que Stéphane Carlier imagine en partie Fabien sous les traits de Sam Worthington, il ne faut pas se priver de cette très sympathique lecture, idéale pour se mettre à l'unisson des beaux jours qui débutent.
Stéphane Carlier, Grand Amour, Le cherche-midi, 2011
Les billets de Cuné, Stéphie
06:47 Écrit par fashion dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : quelques problèmes de liens, la faute à canalblog le vilain
23.03.2011
"Kant ? Bof, un type qui est mort puceau..."
Quand le colis de L'Express contenant la sélection du mois de mars pour le Prix des Lecteurs est arrivé, happy few de mon coeur angora, j'ai soupiré : après m'avoir infligé la lecture du dernier Angot, voilà-t-y pas qu'ils s'étaient mis en tête de me faire lire le dernier Jardin, qui est certainement un gentil garçon, hein, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, mais c'est aussi le roi des mièvreries (et ses conseils sur l'inénarrable site Fanfan 2 font de lui un danger public : soyez fou, chers happy few, et appliquez une de ses recettes, comme ça, pour le fun, vous verrez que si vous ne passez pas pour un idiot auprès de votre dulcinée, il y a de fortes chances que vous vous retrouviez au commissariat). Bref. J'ai donc évacué cette lecture en premier, c'est du Jardin, aucun intérêt, ça se lit vite, ça s'oublie aussi sec. Et puis, confiante, j'ai baissé ma garde et j'ai attaqué

Du pur amour et du saut à l'élastique de Frédéric Pagès.
Oh. Mon. Dieu.
Je pense qu'il y a une cabale contre moi, je ne vois que ça.
(Je vous jure que si dans la prochaine sélection, il y a le dernier Réjault, je me suicide par ingestion de fraises tagada dans les bureaux de L'Express.)
D'après la quatrième de couverture, il s'agit d'un "roman farcesque, ubuesque et picaresque", ce qui aurait évidemment dû me mettre la puce à l'oreille (l'expérience prouve que plus les références sont prestigieuses, moins elles sont méritées, ça se vérifie à tous les coups). Du pur amour et du saut à l'élastique n'est en effet rien de tout cela (faut arrêter le Nutella, les gars, c'est manifestement un hallucinogène puissant) : c'est un vaste foutoir lourdingue à l'humour indigeste. Construit comme un road-movie, ce roman s'attache aux pas de Max de Kool, qui tente pour la cinquième fois de décrocher l'agrégation de philosophie (ne nous étonnons pas qu'il ne l'ait jamais eue, lui qui ne sait même pas ce qu'est un palindrome, comme nous l'apprend une édifiante conversation avec un vigile). Après une brève liaison avec un mannequin des jambes qui veut l'éloigner du chemin de la réflexion (toujours se méfier des belles femmes, chers happy few, la preuve), Max a une épiphanie, abandonne les études et monte dans le premier bus qui passe. Il va alors de rencontre en rencontre, chaque personnage croisé apportant sa pierre à... quoi ? Je serais bien en peine de répondre à cette épineuse question, tant je suis sortie exténuée de ce roman qui accumule les jeux de mots indigents (" 'L'homme de ma vie...' Max ne peut s'empêcher de penser : '...et le vit de mon homme.' " n'en est qu'un exemple parmi des dizaines d'autres) (ah, celui-ci est excellent aussi : "J'ai fait des études supérieures de gigolo. Gigol' Sup', ça s'appelle chez nous...", je ne sais pas vous, chers happy few mais j'en pleure de rire, non, pas vous, vraiment ? étonnant), les situations téléphonées (les étudiants de l'école de commerce ont failli avoir raison de ma patience déjà bien mise à mal par la fliquette philosophe et la rescapée du télésiège), l'onomastique appuyée (Blandine offre à Max un très beau stylo, un ... Annapurna (admirons, chers happy few, quel talent, hu hu), elle tente de le faire travailler pour un homme creux habilement nommé Karlo Pipo et au cas où la lectrice peu perspicace n'aurait pas suivi (n'oublions pas qu'elle vient de s'enfiler la lecture du dernier Jardin, ça laisse des traces), Max trouve bon de préciser que "cette nouvelle vie n'est que pipeau, comme Karlo Pipo le bien nommé", oh la la, je n'avais pas compris toute seule, merci Saint Frédéric de participer à mon illumination), les redondances (que celui qui n'a pas retenu la phrase de Kant sur le sublime aille immédiatement prendre ses cachets pour la mémoire) et, cerise sur le gâteau, la subtile auto-référence (on croise un personnage nommé Botul, on ne sait jamais, des fois que le lecteur, charmé par ce style inimitable ait envie de lire ce que Pagès a commis avant). Malgré sa brièveté (200 pages trèèèès aérées), Du pur amour et du saut à l'élastique est un pensum de la plus belle eau, chers happy few.
Frédéric Pagès, Du pur amour et du saut à l'élastique, Libella-Maren Sell, 206 pages, 2011
06:14 Écrit par fashion dans Les contournables, Littérature française | Lien permanent | Commentaires (39) | Envoyer cette note | Tags : why me ?, non mais franchement why me ?, heureusement dans le colis il y avait un vrai bon roman, thank god for small favors
11.02.2011
Les Petits - Christine Angot
(oui, je sais, me connaissant, fidèles happy few, vous frémissez) (et vous avez raison)
Jadis, dans la liste des auteurs-que-jamais-je-ne-relirai-même-si-pour-cela-je-dois-renoncer-pour-toujours-au-caffe-latte-vanille-du-starbucks, figuraient pêle-mêle des auteurs à mèche, des auteurs à frime, des auteurs à chemise ouverte, des auteurs à best sellers, que j'avais, dans un moment d'égarement, critiqués publiquement. Eh bien, j'ai été punie par où j'avais péché, chers happy few, car le destin vengeur, en la personne du Prix des lecteurs de L'Express m'a envoyé un roman qui fait passer Beigbeder pour le digne successeur de Proust et qui me ferait presque dire que Réjault mérite le Goncourt :

Les Petits de Christine Angot, qui s'est révélé être la lecture la plus éprouvante de ces dernières années, parce que j'ai dû, par conscience professionnelle le lire jusqu'au bout, ce qui, croyez-moi, m'a terriblement coûté. Non pas en raison de l'histoire, qui n'est finalement ni plus banale ni plus emplie de clichés que le tout-venant de la littérature française contemporaine qui a les honneurs de la presse, mais à cause du style, illisible.
Mais avant d'entrer dans le détail, impatients happy few, pitchons, parce qu'on ne sait jamais, vous pourriez être noyés dans la profondeur et la densité de l'histoire. Billy et Hélène se rencontrent, s'aiment, prennent un appartement, font des enfants mais Hélène est une salope caractérielle qui cherche par tous les moyens à faire sortir Billy de sa vie et à garder les enfants. Ce qui aurait pu donner matière à un bon roman (après tout, même si le thème est bien rebattu, la toute puissance féminine et maternelle est un sujet intéressant s'il est bien traité) est déjà mis à mal par le rajout du thème du métissage (Billy est antillais) au service d'une bien-pensance très maladroite, le portrait à charge étant uniquement réservé à Hélène (ce qui n'est pas étonnant puisqu'on découvre aux trois quarts du roman que la narratrice est la nouvelle compagne de Billy)*, ce qui dilue un propos qui, croyez-moi, n'avait pas besoin de ça.
Jetons un voile pudique sur les incohérences narratives, preuve manifeste que chez Flammarion on a oublié ce que signifiait le terme "éditer" (p. 11 Hélène prend un appartement à Belleville, p. 14 l'appart' s'est déplacé tout seul comme un grand à Montparnasse, notre couple obtient un appartement de l'OPAC en trois jours, on change les couches d'enfants qui vont déjà à l'école, le temps ne s'écoule pas de la même manière que pour nous autres pauvres mortels (en un an, les personnages font des choses qui devraient en prendre au moins deux) : en fait je pense que ce roman est une uchronie, je ne vois que ça), et concentrons-nous sur ce qui fait tout le sel de ce roman, son style inimitable.
Dans Les Petits (et je me cantonne volontairement à ce titre, n'en ayant pas lu d'autres auparavant) (je ne connaissais pas mon bonheur), Angot multiplie les tics d'écriture, au premier rang desquels la parataxe. Fi des connecteurs temporels ou logiques, enfin voyons, c'est sooo yesterday, non, moi Madame je n'ai qu'une amie, la virgule, qu'un amant, le point. (En même temps, comme les conjonctions de coordination sont systématiquement employés à contresens (ce qui fait chic je suppose), il vaut peut-être mieux qu'elle s'en tienne effectivement à la virgule.) Ce qui donne ce que les critiques littéraires appellent avec des trémolos dans le clavier "la syncope durassienne" (excusez-moi, je vais rire deux minutes et je reviens) et qui entrave terriblement la lecture de la lectrice lambda. Pour que vous saisissiez toute l'ineffable beauté de la chose, je ne résiste pas à la tentation de la citation :
"Elle fait très attention à son corps. Elle est très attentive à l'hygiène. Quand les enfants sortent des toilettes, ils entendent "lave-toi les mains" la chasse d'eau à peine tirée. Elle s'épile entièrement. Elle choisit soigneusement les produits qu'elle utilise pour le corps. Elle regarde la fabrication, les composants. Elle s'épile même le pubis. Elle prétend qu'elle est plus à l'aise. Elle le fait elle-même, elle a un rasoir, elle achète de la cire. Elle n'aime pas les poils, elle aime sa peau glabre. Elle allaite ses enfants."
Le fameux style Angot dont on nous rebat les oreilles, c'est donc ça, sur 187 pages (et dans les dernières, elle a découvert le point de suspension comme marqueur du stream of consciousness, c'est juste à hurler de rire) (ou à pleurer, oui, aussi, un peu). Moi je dis qu'un style pareil devrait être interdit par la Convention de Genève. (Et je ne vous parle même pas des phrases qui sont carrément syntaxiquement incorrectes, comme "Hélène dit, mais pas comme ça tout de suite quand il arrive, elle sait qu'il n'est pas d'accord avec leur bouddhisme, qu'il n'est pas ravi que la voisine soit assise là confortablement, il ne le cache pas, il ne la calcule pas, il regarde les factures qui sont au courrier, il embrasse les enfants, ils sont en désaccord total sur ces questions, il a dit à Clara qu'il allait partir un jour, il n'a pas encore découvert que la Kyokaï est une secte, il a des soupçons." : celui qui trouve ce que dit Hélène gagne un paquet de fraises tagadas, joueurs happy few) (non, je ne vous demande pas de rétablir la syntaxe, il y a trop de boulot).
Deuxième tic, la redondance. Les synonymes, c'est manifestement over has been. Regardez dans le premier extrait cité (et pris au hasard, tout est de la même eau) : attention/attentive ; s'épile/s'épile/poils. Les critiques ont trouvé un magnifique adjectif pour caractériser cette lourdeur lexicale : c'est "incantatoire". Toutafaitement. D'ailleurs, quand un élève me rend une copie de ce style, j'écris dans la marge "incantatoire" et pas du tout "vocabulaire pauvre et redondant, achète-toi un dictionnaire d'urgence". Et cette redondance stylistique est reprise par la redondance du contenu : vous voyez comme le sujet du poil revient alors qu'elle semblait être passée à autre chose, et je ne peux pas vous dire pas combien j'ai relevé d'occurrences de cette histoire d'hygiène des mains dans le roman parce que j'ai arrêté de compter à la sixième.
Enfin, troisième et dernier tic d'écriture : le psychologie de la liste de courses. Chez Angot le personnage n'est pas incarné, il ne vit que parce qu'elle énumère ce qu'il est, ce qui donne ces interminables : "Il aime Paris. Elle mange bio. Ils sont végétariens. Ils ont un point commun." Autant vous dire que tout cela conjugué ad nauseam, c'est avec un profond sentiment de soulagement que j'ai refermé cet interminable roman dont je n'infligerai même pas la lecture à mon pire ennemi, ce qui n'est pas peu dire, chers happy few.
Christine Angot, Les Petits, Flammarion, 187 pages, 2011
*J'ai découvert que ce serait Angot elle-même. Ne voulant pas entrer dans le vaste débat oeuvre/vie de l'auteur, je me contente de vous renvoyer à l'article du Nouvel Obs sur la très discutable "méthode Angot".
Petite information qui n'a que peu de rapport mais je suis une persifleuse, tout le monde le sait : les chiffres de vente de la réédition de Léonore, toujours avaient, un mois après sa sortie, atteint le chiffre faramineux de 100 exemplaires (source). Depuis, ses amis les critiques se sont peut-être mobilisés... Ah, non, c'est vrai, ils n'achètent pas de livres, eux.
12:12 Écrit par fashion dans Les contournables, Littérature française | Lien permanent | Commentaires (60) | Envoyer cette note | Tags : j'éhsite à mettre ça dans la catégorie, littérature française, on est way beyond la littérature là quand même, mais comment cet auteur peut-il être publié ?, on abat des arbres pour cette prose, ça fait mal au coeur