29.07.2008

Le contrat

41Gzx131LsL._SL500_AA240_.jpg Le petit monde intellectuel de Copenhague est en ébullition : Sara Santanda, jeune écrivaine iranienne sur laquelle pèse une fatwa, a décidé de sortir de sa retraite britannique et de faire une apparition publique (et très médiatisée) au Danemark. Chargée de l'organisation de cet événement exceptionnel, Lise Carlsen, journaliste de haut vol, collabore avec la police en la personne du séduisant commissaire Per Toftlund. Ils apprennent très vite qu'un contrat de 4 millions de dollars a été lancé sur la tête de la jeune femme et qu'un homme, franc-tireur, est entré au Danemark pour l'exécuter ; il est seul, il parle parfaitement la langue et il est sans pitié : c'est le Danois serbe.


Oui, je sais chers happy few observateurs : ce roman ne faisait pas partie de mon SLAT, mais j'ai des excuses, évidemment (sinon, ce ne serait pas drôle) (surtout que je concours au titre de championne de la mauvaise foi, mais je dois bien avouer que j'ai une concurrence de folie)! Figurez-vous que ce roman traînait nonchalamment sur les étagères de Bellemaman, et qu'il criait mon nom, le pauvre, et qui suis-je, franchement, pour dénier à un livre le plaisir d'être lu ? Sans compter que les vacances sont mouvementées, entre la traite des chèvres, la rencontre de Pierre Bellemare et un incident dans un escalier de château-fort (un groupe de touristes belges en rit encore) : il était temps de puiser un peu de réconfort livresque dans un roman qui me faisait des oeillades éhontées depuis le très tentateur billet d'Amanda (qui, depuis, fait des déclarations d'amour à Davidsen chaque fois qu'elle le peut) (et parfois même en public). Et comme je suis faible et facilement consentante, chers happy few, j'ai craqué.


Et j'ai bien fait. Oh que oui. C'est vraiment un excellent polar que nous a concocté ce Leif Davidsen, que pour ma part je ne connaissais pas mais qui en est déjà à son septième roman traduit en français. L'intrigue n'est pas particulièrement neuve mais elle est fort bien troussée, en partie grâce à la construction narrative : on suit les principaux protagonistes en parallèle, devinant le moment où leurs chemins vont finir par se croiser, et la tension monte lentement pour finir par atteindre son paroxysme dans les derniers chapitres. Ensuite, les personnages sont vraiment très intéressants et complexes, surtout Vuk, le fameux Danois serbe qui donne son titre au roman. C'est un jeune homme détruit par la guerre en Yougoslavie, guerre qui, en le privant de toute sa famille, atrocement massacrée, a fait de lui un tueur froid et déterminé hanté par les cauchemars de ses propres exactions. Mine de rien, le roman s'interroge sur la limite entre l'humain et l'animal et l'impossible retour en arrière : il n'y a pas de repos possible pour Vuk, tenaillé malgré lui par le "Et si je n'avais pas quitté le Danemark ?", qui revient comme un leitmotiv chez ce jeune homme prisonnier d'une vie qu'il a l'impression de ne pas avoir choisie. Face à lui, Per Toftlund est un professionnel différent de ceux qu'on a l'habitude de voir dans les polars : il est heureux, n'a pas de vices cachés, mène une vie qui lui convient parfaitement et tombe amoureux sans se poser de questions! Un commissaire ma foi fort reposant par rapport à ses habituels homologues... Si l'on ajoute à cela des personnages secondaires sympathiques et bien campés et une ville, Copenhague, qui a ma foi l'air très agréable à vivre, on obtient un polar de très bonne facture!


A lire toutes affaires cessantes, chers happy few!


Leif Davidsen, Le Danois serbe (Den Serbiske Dansker), Folio policier (traduit du danois par Monique Christiansen)


Le billet d'Amanda, par lequel tout est arrivé et celui de Gachucha (qui lui a donné une seconde chance qu'elle n'a pas regretté grâce à Amanda aussi : cette dernière devrait postuler au rang de lectrice chouchou!)


PS : j'avoue que j'ai couru à la librairie de mon glamourous lieu de villégiature pour acheter la suite des aventures de Per (surtout qu'Amanda m'a dit que Vuk revenait dans au moins un volume) et ô rage, ô désespoir, la libraire ne connaissait pas cet auteur. Forte de mon enthousiasme, elle a commandé quelques titres mais je serais rentrée d'ici leur arrivée... O tempora, o mores, sic transit, patin couffin. Pour me consoler, j'ai acheté quelques volumes chez le bouquiniste. Ne dites rien, je sais.

12.03.2008

La vieille femme et l'enfant

782429639.jpg Ninioq, littéralement "la vieille femme", vit avec sa tribu dans le nord-est du Groenland. Elle est chargée de sécher la viande de la chasse d'été sur une des îles à viande utilisées spécialement à cet effet en raison de leur configuration. Son petit-fils de sept ans, Manik, vient avec elle. Mais à l'automne, nul ne revient les chercher...


Voilà un court roman, chers happy few, que j'ai trouvé bouleversant. Autant je n'avais pas été emballée par ma précédente lecture de Jorn Riel (La maison des célibataires), autant j'ai trouvé ce Jour avant le lendemain excellent et touchant. C'est un roman âpre comme la banquise râpeuse et dur comme la nature sauvage et blanche. Dans un décor terrible (qui prouve encore une fois l'extraordinaire adaptabilité de l'humanité, car survivre dans ce milieu profondément hostile paraît a priori impossible), se déroule en finalement peu de pages une histoire d'une incroyable richesse, créée par Riel suite à une découverte fortuite qu'il a faite lors de ses voyages au Groenland. A travers le personnage de Ninioq, c'est tout un pan de l'histoire des Inuits qui apparaît, déroulé par elle pour transmettre à son petit-fils les coutumes et les croyances de la tribu. On fait ainsi connaissance avec un peuple ingénieux et parfois étonnant tant ses rituels et sa façon d'appréhender l'existence sont éloignés des nôtres, un peuple pour qui l'existence est difficile mais joyeuse, et pour qui la principale occupation est la chasse, puisque la survie de chacun en dépend. L'histoire est extrêmement bien construite et instille un sentiment progressif de fatalité, que vient renforcer la fin, qui était inéluctable. La narration par les yeux de Ninioq est incroyable de fluidité, on a vraiment l'impression de suivre le déroulement des pensées et des inquiétudes de la vieille femme, ce qui est assez impressionnant, tant Riel a trouvé un ton juste.


Un très beau roman, chers happy few! On ne peut que recommander de faire un bout de chemin avec Ninioq et Manik!


Jorn Riel, Le jour avant le lendemain, 10/18 (traduit du danois par Inès Jorgensen)


Les avis d'Allie et de Cuné


PS : à noter que ce roman vient d'être adapté au cinéma. Sa sortie est annoncée au Canada (où il a été tourné) et une distribution internationale devrait suivre mais aucune date n'est avancée.
PSbis : merci à ma mère pour le prêt! (qui date d'avant l'aventure lotobook) (je le précise avant de voir les rires envahir les commentaires) (ne niez pas, je sais que vous vous prépariez à ricaner chers happy few! et pour vous donner du grain à moudre, je vous avoue que j'ai acheté un livre aujourd'hui, mais j'avais une bonne excuse) (si, c'est possible, je vous le promets)

13.09.2007

"Ô douce chanson"

57c54de70a1701c51dc52f92eb214d0d.jpg Dans une toute petite ville danoise, livrée aux freux et aux esprits étriqués, Knud Romer Jorgensen, né en 1960, a une enfance difficile. Sa mère, Hildegarde Voll est Allemande et nul n'accepte la présence de cette "Nazie", faisant subir à la mère et à l'enfant humiliations et brimades...


Voilà une bien jolie surprise, chers happy few! Ce roman autobiographique de Knud Romer, Danois manifestement assez célèbre dans son pays (il a joué dans Les idiots de Lars Von Trier et Allegro de Christoffer Boe et il a publié de nombreux essais culturo-historiques) est émouvant et intéressant à plus d'un titre. Il s'agit d'une chronique familiale qui démarre avec la vie de ses grands-parents, les Danois Romer Jorgensen et les Allemands Voll et Schneider avant, durant et après la Seconde guerre mondiale. C'est d'ailleurs cette guerre qui marque un tournant dans l'histoire familiale puisque suite à l'occupation du Danemark par les Allemands, les Danois conçurent une véritable haine pour ce peuple, haine dont la pauvre Hildegarde fit les frais, un comble pour cette femme qui avait été résistante dans son propre pays. Les tableaux familiaux s'enchaînent donc, parfois de manière désordonnée (et c'est là le reproche que je ferai à ce roman, je n'ai pas toujours bien saisi quel était l'ordre de la réminiscence), souvent émouvants (le pauvre Carl, grand-père Danois qui courut toute sa vie après des chimères, la grand-mère Allemande, brûlée par une explosion de gasoil pendant la guerre), parfois drôles (son amour de la lecture lui vient de son intérêt pour le sexe, sujet inexistant dans sa famille) ou poignants (la vie de sa mère, femme énergique et courageuse, marquée à vie par l'exécution de son premier amour, Horst, qui était entré en résistance contre Hitler, a été une longue suite de renoncements et de souffrances tues). Au final, il s'agit d'une véritable déclaration d'amour pour sa mère et sa grand-mère maternelle, et il est bien dommage que ce roman soit parfois desservi par une traduction un peu maladroite.


Chers happy few, laissez-vous tenter par cette découverte!


Knud Romer, Cochon d'Allemand, Les Allusifs


La critique d' Anne-Sophie, qui a beaucoup aimé aussi et de Cathe.



PS : le titre est la traduction de l'expression allemande que Knud fit figurer sur le faire-part de décès de sa mère.
PSbis : j'aime beaucoup l'objet-livre, qui est très joli.
PSter : le site de la maison d'édition.