19.11.2009
Si seulement, si seulement
Stanley Yelnats est envoyé dans un camp de rééducation pour adolescents pour un vol qu'il n'a pas commis. Le voilà sous l'infernale chaleur du soleil texan, condamné à creuser des trous d'1m50 de diamètre et de profondeur sous la terrible férule d'une directrice cruelle. On dirait bien qu'elle cherche quelque chose, la diablesse aux ongles carmins et venimeux, dans cette terre oubliée de tous où règnent les lézards à taches jaunes dont la morsure est mortelle.
Parce que je n'ai rien à lire, chers happy few, il m'arrive comme ça, par jeu, de m'inscrire à des livres voyageurs (mais avec parcimonie, quand même, parce que retenue is my middle name). C'est chez Emmyne que j'ai repéré ce titre et le moins que l'on puisse dire c'est que j'ai bien fait de céder (qui a dit "encore une fois" ? il y a des poètes moldaves qui se perdent) à la tentation, parce que ce petit joyau a marqué la fin d'une période de marasme lectural qui m'a semblée bien longue. Le passage est en effet un excellent roman jeunesse, inclassable, émouvant et drôle, qui raconte l'évolution d'un jeune garçon un peu naïf, peu gâté par la nature (son poids en a fait le souffre-douleur de ses camarades de classe), affublé de parents un tantinet rêveurs (son père passe son temps à tenter de mettre en place des inventions farfelues) et d'une malédiction familiale qui accable les Yelnats depuis que l'arrière-arrière-arrière grand-père de Stanley n'a pas tenu une promesse. L'histoire de Stanley est entrecoupée de celles de l'ancêtre en question et de Kate Barlowe l'Embrasseuse, célèbre tueuse de l'Ouest américain qui a vécu à l'endroit où se tient le camp. Ces trois histoires sont bien évidemment liées et permettront de conduire au dénouement, à la suite d'aventures ma foi tout à fait passionnantes. Une histoire d'amour, d'amitié, de serments qu'on tient avec plus d'un siècle de retard, où on accorde beaucoup d'importance aux odeurs de pieds et où on mange une quantité industrielle d'oignons crus est une histoire selon mon coeur, chers happy few.
Louis Sachar, Le passage (Holes), Ecole des loisirs, Médium, traduit de l'américain par Jean-François Ménard, 278 pages, 1998, 2000 pour la traduction française.
Le billet d'Emmyne par qui ce roman est arrivé. Il est passé chez Bladelor, Liliba et Saxaoul.
Karine pour sa part n'a pas aimé du tout.
16:03 Publié dans Jeunesse, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : louis sachar, le passage, far-west, texas, trésor, oignons crus, pouce de dieu, lecture, pieds
17.11.2009
Le colonel Moutarde en string léopard dans le jacuzzi
(oui, je sais, ce titre est affligeant, chers happy few, mais moins que le roman dont il est question ici) (je dis ça pour vous préparer à ce qui va suivre, car j'ai pitié de vos petits coeurs tout mous) (vous remarquerez aussi la présence subtile d'un jacuzzi dans ce titre ô combien raffiné car oui, j'ai décidé de convoquer l'esprit harlequinesque pour me donner le courage d'en rire)

Duncan Kincaid est superintendant à Scotland Yard. Comme il est totally overbooked malgré sa coolitude, il décide de prendre une semaine de vacances, comme ça, wildly, dans le Yorkshire, histoire de se ressourcer dans des paysages bucoliques, chabadabada. Mais hélas, comme on n'est jamais tranquille, les cadavres s'accumulent devant sa chambre. C'est pas grave, grâce à ses superpouvoirs, Duncan va résoudre cette faute de goût en 318 pages.
Il en va parfois des romans comme de l'histoire du tyran de Syracuse, chers happy few : c'est quand on croit avoir touché le fond qu'on découvre que le pire était à venir. Je pensais sincèrement avoir atteint une espèce de point de non-retour avec l'inénarrable Eclat du diamant, mais ce Meurtres en copropriété est à mon avis encore plus mauvais. Si, si, c'est possible.
Voici un roman terriblement désuet (en même temps, la couverture aurait dû me mettre la puce à l'oreille, chers happy few, my bad), à mi-chemin entre Agatha Christie et le Cluedo, mais sans la verve de la première ni le kitsch nostalgique du deuxième. L'intrigue est terriblement mal ficelée : dans une copropriété d'appartements achetés pour une semaine par an par des bourgeois un peu argentés, les vacanciers meurent les uns après les autres dans des circonstances un peu bizarres, qui électrocuté dans la piscine, qui assassiné à coups de raquette de tennis sur le court (oui, je pense aussi que c'est une arme avec laquelle il faut s'acharner, mais ne pinaillons pas)... Et bien évidemment tout le monde est suspect. Duncan mène l'enquête d'abord en parallèle de la police puis en collaboration avec elle, et je dois bien dire que c'est le pire flic que j'ai jamais vu : on a beau nous seriner toutes les deux pages qu'il est tellement brillant qu'il est superintendant alors qu'il a à peine trente ans mais il ne voit pas plus loin que le bout de son nez, n'interroge pas un témoin qui vient manifestement lui dire quelque chose de grave et a un coeur d'artichaut (toutes les femmes lui tournent la tête et elles le lui rendent bien, toutes énamourées dès qu'il apparaît dans une pièce) qui semble l'empêcher de penser droit. Les autres personnages ne sont pas mieux lotis, ils semblent tous concourir pour remporter la palme de la superficialité et de la platitude. Et comme ce roman, c'est Noël avant l'heure, s'ajoute à ça un style carrément épouvantable, rempli de redondances, de redites et d'explications vaseuses. Je vous donne un exemple pour la route, chers happy few, car je suis d'humeur partageuse :
"C'est peut-être pour ça qu'Eddie Lyle ne m'aime pas, dit Helen qui s'assit en face de Gemma après lui avoir servi du thé. Pour lui ce n'est pas très bien d'être irlandais. (Vous noterez la belle traduction. Y en a certains qui devraient réviser un peu leur petit Harrap's, je dis ça, je dis rien.) C'est un ancien militaire, même si ça ne se voit pas. (sic) Il a servi en Irlande du Nord et il méprise en bloc tous les Irlandais. Ou alors c'est parce que mon mari travaille pour l'entrepreneur. (Elle eut un petit geste circulaire qui englobait la résidence.) Je ne sais pas où il a appris à être aussi snob. Ses parents avaient un magasin de spiritueux dans la vieille ville [...]
Helen North était bavarde, et ses propos dénotaient une certaine malveillance envers Edward Lyle. il avait dû la traiter de haut comprit Gemma." (Non ? On remarquera la grande perspicacité de Gemma, et le talent fou de la romancière. Je suis littéralement bluffée, chers happy few.)
Un roman écrit avec les pieds et roulé sous les aisselles, dont la lecture est, vous l'aurez compris, vivement déconseillée.
Deborah Crombie, Meurtres en copropriété (A share in death), Le Livre de Poche, 318 pages dont la longueur est inversement proportionnelle à la densité, traduit n'importe comment par Anne Crichton, 1993 pour la première édition, 2009 pour la traduction.
Keisha est moins critique.
16.11.2009
A l'abordage, cacahouètes et potage!
2216, Angleterre. Enfin, ce qu'il en reste. Lily Melkun, 13 ans, est pêcheuse dans les Dix dernières contrées d'Angleterre, terres très pauvres du sud de feu le Royaume-Uni, soumises malgré elles aux raids des pirates et oubliées de l'état et surtout de l'Ecosse, devenue une super-puissance. Un jour, Lily rentre au village pour trouver ce dernier en émoi : les pirates de Medwin ont fait une razzia et non contents d'enlever Lexy, la fille du Premier Ministre qui vivait chez sa tante, ils sont assassiné la grand-mère de Lily. Seule au monde, Lily décide de fuir afin d'échapper au mariage auquel on veut la contraindre : elle se met en tête d'aller sauver Lexy des griffes des pirates en proposant une rançon qu'elle a dérobée chez la tante de la petite fille, un bijou qui parle... Les aventures commencent.
En 2008, The Times a organisé un concours d’auteur avec Barry Cunningham, l’éditeur d’Harry Potter, comme président du jury, chers happy few, dans le but de découvrir un nouvel auteur jeunesse. C'est Emily Diamand et sa Rançon des pirates qui a remporté le concours et donc la publication, avec cet ouvrage de SF post-apocalyptique qui décrit un monde ravagé par une catastrophe écologique sans précédent. Alors que les trois quarts de Londres sont sous les eaux et que la partie émergée de la ville est un marécage sans nom, l'Ecosse, elle, au-delà de ses frontières sévèrement gardées, est une nation puissante, qui, dit-on, aurait gardé quelques ordinateurs et quelques machines intelligentes d'avant la catastrophe, ce qui est formellement défendu aux habitants des Dix dernières contrées, et maîtrise les nouvelles énergies, ce qui lui assure une grande richesse. Comme toujours dans les romans post-apocalyptiques, l'humanité revenue à l'âge pré-technologique doit faire face à des menaces qui semblent surgies d'une époque révolue, ici les pirates qui ont mis en coupe réglée les rivages pauvres et qui livrent une lutte sans merci aux Anglais dans le but de prendre le pouvoir sur ce qui reste de l'Angleterre.
Avec son intrigue pas franchement révolutionnaire (une ado brave tous les dangers pour sauver une petite fille et se retrouve prise au milieu d'une intrigue dont l'ampleur la dépasse) qui enchaîne les rebondissements par à-coups (le début est très lent), ses personnages assez superficiels et son style très plat et un peu artificiel (notamment l'alternance des points de vue entre Lily et Zeph qui ne se justifie pas vraiment), La rançon des pirates est un roman qui s'adresse à mon avis à de très jeunes lecteurs (dès 9 ans) et qui ne m'a pas vraiment convaincue, chers happy few. Si on en croit Cunningham, qui se fend des traditionnelles louanges de 4ème de couverture (une habitude décidément détestable, mais cela n'engage que moi), Emily Diamand est un grand écrivain. Si c'est vrai, elle a une mauvaise traductrice.
Emily Diamand, La rançon des pirates, Michel Lafon, 371 pages, traduit de l'anglais par Nathalie Gouyé-Guilbert, mars 2009
Le billet de Mélanie, qui m'avait donné envie.
Et comme de nos jours on semble ne plus savoir écrire de one-shot et qu'on surfe allègrement sur la vague des séries à rallonge, il y aura une suite, qui sortira en Grande-Bretagne en 2010. (Oui, je suis en mode schtroumpf grognon en ce moment, j'assume.)

Challenge Crazy SF
Catégorie Post-apocalyptique
1/3
(Toutes les informations sur ce Challenge sont chez GeishaNellie.)
18:31 Publié dans Challenge Crazy SF, Jeunesse, Littérature anglo-saxonne, SF | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : emily diamand, la rançon des pirates, chats pêcheurs, drakkars, jeux vidéos, i'm in love de mulder, comment ça aucun rapport ?, il y a toujours un rapport avec mulder, qu'on se le dise
04.11.2009
J'attends l'amouuuuur
(Je sais, chers happy few, je sais, mais c'était trop tentant.)
Grande-Bretagne, années 20.
Fanny et Linda sont cousines, inséparables et pourtant totalement dissemblables. Fanny est la fille d'une femme volage qui l'a abandonnée toute petite à sa tante pour suivre ses multiples amants et maris sur le continent, alors que Linda est la fille de deux riches propriétaires terriens tout à fait stables. Les deux cousines grandissent pratiquement ensemble et dès l'âge de 15 ans, soupirent après le grand amour qui viendra illuminer leurs vies. Mais alors que Fanny, raisonnable, épouse un intellectuel qui lui correspond, Linda, follement romanesque, se fourvoie dans un mariage avec un riche banquier allemand.
Voici un roman qui était dans ma PAL depuis près de 2 ans, chers happy few (ce qui n'est rien, j'en ai trouvé un qui prend la poussière depuis 8 ans, le pauvre, il n'en revenait pas de me voir enfin m'intéresser à lui), où il avait atterri suite à quelques billets plus ou moins élogieux qui lui avaient été consacrés et qui m'avaient donné envie de découvrir cette romancière britannique qui signe avec La poursuite de l'amour son roman le plus célèbre. Il faut faire fi de l'absurde quatrième de couverture qui parle à tort de Jane Austen et de Bridget Jones (mais c'est une (sale) manie que de toujours chercher des comparaisons vendeuses et la pauvre Jane est mise à toutes les sauces par ceux qui ne l'ont manifestement pas lue) et découvrir ce délicieux roman qui peint avec beaucoup de lucidité et de causticité les émois amoureux des jeunes filles mal éduquées, émois qui finissent toujours par se transformer en cruelles déceptions sentimentales sous les effets conjugués de la réalité et de la personnalité des hommes, ô combien éloignée de celles des princes charmants qui peuplent les fantasmes féminins.
C'est toute l'histoire de Linda, qui nous est contée ici par sa sage et pénétrante cousine, qui se marie deux fois en croyant à chaque fois avoir décroché le Graal pour se rendre rapidement compte qu'elle était amoureuse d'un mirage. Anglaise jusqu'au bout des ongles, elle fait contre mauvais fortune bon coeur avant de se décider à la rupture et de rencontrer, tout à fait par hasard, un homme qui lui convient. La poursuite de l'amour, outre sa description d'une grande justesse psychologique du fonctionnement du coeur de certaines femmes insatisfaites, est un roman souvent drôle, qui met en scène avec beaucoup d'humour la gentry anglaise au travers d'une galerie de personnages truculents (notamment Oncle Matthew qui terrifie son entourage, organise des "chasses aux enfants" mais écoute de sirupeuses mélodies italiennes et aboie beaucoup plus qu'il ne mord, ou encore Davey, personnage original d'intellectuel hypocondriaque à l'intelligence très fine). On pourra juste regretter une fin un peu abrupte mais finalement prévisible, qui ne nuit en rien au plaisir de cette lecture revigorante.
Nancy Mitford, La poursuite de l'amour (The pursuit of love), 10/18, 254 pages, traduit de l'anglais par Daria Olivier, 1945, 2006 pour la présente édition
Les avis de Caro[line] (pas emballée), Lilly (enthousiaste) et Papillon (qui m'avait donné envie malgré son billet mitigé).
Merci Alinéa pour le prêt!

Catégorie "Rien ne sert de courir, il faut partir à point. Hum."
4/20
00:17 Publié dans Challenge Objectif PAL, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : nancy mitford, la poursuite de l'amour, je veux un bouledogue français, et une jolie maison dans le surrey, et une cuisinière tiens, au point où on en est hein rêvons un peu
01.11.2009
Hoche-Vite
Bruno a 9 ans, et il est le fils d'un officier SS à qui Hitler donne la direction du camp d'Auschwitz. Brutalement déraciné (la famille vivait dans une vieille demeure berlinoise), livré à lui-même, le petit garçon s'ennuie terriblement dans ce nouvel univers pour le moins étrange : personne ne veut lui expliquer qui sont ces gens en pyjama rayé de l'autre côté du grillage ni pourquoi il ne faut pas en parler. Bruno développe à leur égard une curiosité de plus en plus intense jusqu'au moment où il rencontre un jour, loin de sa maison, un jeune garçon de son âge derrière le grillage. Ils deviennent amis.
Le garçon en pyjama rayé de John Boyne est sorti en 2006 et a été immédiatement traduit en français, chers happy few, et Gallimard a profité de la sortie du DVD de l'adaptation en août dernier pour le rééditer dans un nouveau format très agréable dans lequel j'ai enfin découvert ce roman couvert de prix qui s'est vendu à plus de 5 millions d'exemplaires dans le monde, ce qui n'est pas étonnant tant le traitement du thème de l'Holocauste est ici original et fort. Il ne faut surtout pas en savoir trop en ouvrant cette fable (car c'en est une, tant dans l'histoire qui est peu vraisemblable que dans le personnage de Bruno, tellement naïf qu'il en paraît parfois un peu attardé), qui est une indéniable réussite. L'histoire est très frappante, grâce notamment au choix d'une narration à la troisième personne mais qui suit totalement les pensées et le raisonnement de Bruno : on a l'impression d'être dans la tête de ce petit garçon tout en anticipant l'intrigue, puisque nous savons décrypter ce que Bruno ne comprend pas, ce qui crée un climat très pesant et concourt évidemment à la réussite de la chute, poignante et inéluctable. Un très bon roman, à faire lire dès 13 ans.
John Boyne, Le garçon en pyjama rayé, Gallimard jeunesse, 186 pages, 2009, existe aussi en Folio junior
20:27 Publié dans Jeunesse, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note | Tags : john boyne, le garçon en pyjama rayé, holocauste, auschwitz, je crois que je vais le faire lire à mes 3ème
25.10.2009
Kiss me deadly
Mercy Thompson est toujours mécanicienne dans son garage des Tri-Cities. Elle est appelée un soir tard par Zee, son ancien patron, un fae à qui elle doit un service (c'est avec son arme qu'elle a trucidé les deux vampires qui avaient mis la ville à feu et à sang dans Les liens du sang) : il veut qu'elle jette un oeil pour lui sur les scènes de plusieurs crimes qui ont eu lieu dans la réserve fae. Mercy s'exécute et met alors le doigt dans un engrenage dont elle ne sortira pas indemne...
Troisième volume de la série consacrée à Mercy Thompson, la changeuse d'origine indienne (elle a le pouvoir de se transformer en coyote quand bon lui semble), Iron kissed (traduit sous le titre Le baiser du fer) est excellent à tous points de vue, chers happy few. L'intrigue est solidement ficelée (même si j'avais rapidement compris de quoi il retournait, mais la découverte du meurtrier est passionnante) et le monde des faes tel que le décrit Patricia Briggs, d'une inquiétante étrangeté et d'une sournoise cruauté, régi par des règles qui lui sont propres, est très intéressant, de même que la façon dont elle réinvestit certains contes ou dont elle se réapproprie certains personnages légendaires. Cette cruauté déteint d'ailleurs sur la pauvre Mercy qui fera les frais de la folie du tueur dans un final ma foi fort sombre. A côté de ce solide matériau on retrouve avec plaisir la meute d'Adam, l'Alpha séduisant (décidément je suis une Jake girl all the way, cette série me le confirme) dont certains membres prennent plus d'ampleur et le triangle amoureux formé par Adam, Mercy et Samuel se résout de lui-même, pour ma plus grande satisfaction je dois bien le dire (et, non, je ne spoilerai pas, ce n'est absolument pas mon genre, non mais). Menée par une héroïne entêtée et maligne, indépendante, originale et drôle, cette série se révèle, au fur et à mesure des parutions, incontournable pour les amateurs de fantastique urbain.
Patricia Briggs, Iron kissed, Ace fantasy, 287 pages, 2008, traduit en français sous le titre Le baiser du fer, Bragelonne, Milady, 2009
Les billets de Yueyin (merci pour le prêt!), Hydromielle et Chimère.
Le quatrième volume, Bone crossed est sorti aux Etats-Unis cette année. Patricia Briggs, rencontrée à Epinal il y a quelques mois, m'a dit que cette série comporterait au moins 7 volumes, plus si le succès est au rendez-vous. Elle a commencé à écrire une série parallèle à celle-ci, qui se déroule dans le même univers : Alpha and Omega et qui comporte deux volumes pour l'instant, Cry Wolf et Hunting Ground, et qui ont pour personnage principal Charles, le frère de Samuel. J'ai bien envie de lire le premier même si les critiques glanées ici et là sont moins bonnes que pour Mercy Thompson (oui, je suis comme ça, j'aime me faire ma propre idée, call me wild girl).

Ce roman ouvre le Challenge Lire en V.O initié par Bladelor. (Oui, je sais, je suis déjà inscrite à deux challenges pour 2010, je suis irrécupérable.)

Et comme parfois je suis efficace, ça en fait un de plus dans mon Objectif PAL, catégorie : "Parfois je lis rapidement ce qu'on me prête, faut pas croire les racontars."
3/20
21:07 Publié dans Challenge Lire en VO, Challenge Objectif PAL, Fantastique, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : patricia briggs, iron kissed, le baiser du fer, moi aussi je veux un loup-garou, et un tatouage, par contre pour la graisse de moteur je passe, l'encre me suffit
17.10.2009
(N)ever more
Ever (l'héroïne au prénom le plus improbable de toute la littérature mais qui doit permettre à Alyson Noël de placer quelques jeux de mots, du moins je le suppose vu que j'ai lu la traduction française) est une jeune fille comme les autres qui mène une vie parfaite avec ses parents, sa chipie de soeur, ses nombreux petits copains et ses copines pom-pom girls. Mais un jour c'est l'accident : pour éviter une biche (car il a un grand et bon coeur), son père les précipite tous dans le ravin (oui, je sais, c'est un peu crétin comme accident mais faut ce qu'il faut pour que l'héroïne devienne une héroïne). Ever est la seule à survivre (Alyson Noël nous tue même le chien, Caramel, ce que personnellement j'ai un peu de mal à lui pardonner, mais elle sauve la biche, manifestement on ne peut pas tout avoir) et après un mois d'hôpital, elle déménage en Californie chez sa tante Sabine, qui a une très grande maison avec jacuzzi (très important le jacuzzi, c'est un enjeu de taille, il y a même une scène qui manque lui être consacrée mais Alyson se rattrape in extremis, on n'est pas dans un Harlequin non plus, non mais). Le hic, c'est que la pauvre Ever a hérité de son accident de terribles pouvoirs psychiques : elle lit dans les pensées des gens et elle perçoit leur aura. Comme elle ne sait pas gérer son nouveau pouvoir, elle ne va pas très bien la pauvre, et elle dissimule son chagrin et son angoisse sous des sweat-shirts trop grands. Et puis un beau matin, arrive Damen, un garçon si beau que tout le lycée arrête de respirer (je peux vous assurer d'expérience qu'il n'y a jamais de garçon de ce type dans les lycées français, je devrais migrer aux Etats-Unis, tiens) et qui, évidemment, va tout changer dans la vie d'Ever grâce au pouvoir supersonique de ses yeux sombres frangés de longs cils...
Ce roman, véritable best-seller aux Etats-Unis, contient à mon avis une date de péremption, chers happy few : si vous avez plus de 14 ans, vous pouvez vous abstenir de le lire, à moins que vous ne vouliez comme moi, passer votre temps à pouffer devant l'énormité des dialogues et des situations. Pour ne rien vous cacher, j'ai failli abandonner cette lecture aux environs de la page 150, tant j'avais l'impression de lire quelque chose qui n'était pas Twilight tout en étant Twilight. La situation initiale est en effet décalquée de Fascination : une jeune fille déracinée, mal dans sa peau, voit arriver dans son lycée un garçon trop beau pour être vrai et qui par un heureux et improbable hasard scénaristique, semble ne s'intéresser qu'à elle. Mais là où Stephenie Meyer, malgré tous les défauts de son roman, parvenait à brosser un portrait plutôt juste de l'adolescente lambda confrontée au surgissement du désir amoureux, Alyson Noël de son côté, tombe dans le grand n'importe quoi.
Du côté de l'intrigue, point de vampires (Damen qualifie à un moment leur existence de "science-fiction" ce à quoi la pinailleuse que je suis à rectifié in petto : "fantastique, jeune homme, pas science-fiction") mais, tenez-vous bien, des Immortels. Ils ne sont que deux (enfin, pour l'instant, parce qu'une suite est prévue), on ne sait absolument pas comment ils sont devenus immortels mais ils ont des supers pouvoirs vachement plus glamour que de pouvoir grimper aux arbres. Damen, par exemple, outre le fait qu'il sait tout faire (il cuisine comme Bocuse, peint comme Picasso, écrit comme Shakespeare, conduit comme Fangio, normal cela fait 600 ans qu'il traîne sa beauté sombre sur la terre) (il a même été mannequin à New-York, c'est dire l'étendue de ses talents), lit dans les pensées (c'est la moindre des choses et ça permet de gagner aux courses) et a la capacité de transformer le réel "grâce à la physique quantique" (je vous jure que je cite le texte, happy few de peu de foi) et ce qu'il préfère c'est, tenez-vous bien, faire apparaître des tulipes rouges, symboles d'amour éternel (oups, je vous ai spoilé la fin, chers happy few, my bad) sous les pas d'Ever. Il y a évidemment une grande méchante et la pauvre Ever, dont l'évolution psychologique aurait pu être intéressante si elle avait été mieux écrite (après tout, c'est une histoire de deuil et de culpabilité) se retrouve contrainte de l'affronter mais je vous rassure tout de suite, tout finira bien pour notre blondinette qui dans le processus, perd son affreuse cicatrice cachée sous sa frange et abandonne ses jeans informes pour des mini-jupes (c'est beau la rédemption). Elle apprend au passsage que Damen et elle, c'est une histoire qui dure depuis des siècles grâce à l'idée la plus fendarde du bouquin : Alyson Noël a en effet inventé la réincarnation infinie. Ever ne cesse de vivre des histoires incomplètes avec Damen et elle meurt à chaque fois avant qu'ils n'aient pu consommer leur amour, ce qui donne lieu au dialogue le plus drôle de ce roman qui plaira assurément beaucoup aux adolescentes. Pour ma part, n'ayant plus 14 ans depuis quelques années, j'arrête là ma découverte de ce "phénomène" : le tome 2 ne passera pas par moi.
Alyson Noël, Eternels, tome 1 : evermore, Michel Lafon, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Laurence Boischot et Sylvie Cohen, 342 pages pleines de tulipes rouges et de surf, octobre 2009
Il a comblé les coeurs de midinette de Celsmoon et de Karine, Cuné pour sa part a relevé quelques morceaux choisis qui permettent de mesurer toute la profondeur (qui a dit abyssale ?) de ce roman.
12.10.2009
Jeux du cirque
Dans un futur indéterminé, après une guerre civile, la cité de Panem, dans les Rocheuses, maintient sous sa très ferme coupe les Douze Districts, dont certains sont très pauvres. Tous les ans, afin de rappeler aux Districts que l'obéissance est plus qu'une vertu, deux jeunes gens, un garçon et une fille, sont tirés au sort dans chaque district et envoyés combattre dans une arène géante sous les yeux de l'ensemble de la population, s'entretuant jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un. Cette année-là, dans le District Douze, la malchance désigne Prim, la jeune soeur de Katniss. Cette dernière refuse que sa petite soeur de 12 ans parte ainsi à l'abattoir et se porte volontaire à sa place. Elle part donc vers Panem avec Peeta, le garçon de son district dont le nom a été tiré au sort...
Hunger games (très mauvaise traduction de The hunger games soit dit en passant : pourquoi ce titre qui n'a strictement aucun sens ni en français ni en anglais alors que la traduction littérale, Les jeux de la faim, aurait été parfaite, voilà un mystère aussi insondable qu'un certain loch écossais) est, malgré son titre, chers happy few, un excellent roman. A mi-chemin entre les jeux du cirque (on remarquera d'ailleurs le nom de la Cité, Panem, comme un certain proverbe latin) et Les chasses du comte Zaroff (dont je recommande d'ailleurs chaudement la vision), ce roman est un thriller passionnant qui pose, comme son prédécesseur, bien des questions sur l'humanité et la bestialité qui sommeillent en chacun de nous. Mais l'argument de SF lui permet d'aller encore plus loin et de questionner le pouvoir politique et la manipulation qu'il a instaurée via ces jeux atroces mais présentés justement comme des jeux avec caméras omniprésentes, sponsors, styliste pour chaque candidat et paris pris dans tout le pays. Le lecteur regarde se dérouler sous ses yeux atterrés une mécanique parfaitement huilée qui va être mise à mal pour la première fois par la personnalité des candidats, que ce soit Peeta, qui fait une révélation tonitruante juste avant les jeux ou Katniss, jeune fille endurcie de 16 ans qui nourrit sa famille depuis des années et qui est bien décidée à tenir le plus longtemps possible, se servant de ses capacités de réflexion comme de ses talents de chasseuse. Thriller, roman de SF, mais aussi roman d'initiation, Hunger games est servi par un style efficace et précis et une excellente construction, qui en font un roman que l'on ne peut pas lâcher jusqu'à la fin. Il y aura encore deux volumes pour, on l'espère, notre plus grand plaisir, mais rassurez-vous, chers happy few, pas vraiment de cliffhanger à la fin de ce premier volume : c'est toujours ça de gagné pour nos pauvres nerfs.
Suzanne Collins, Hunger games (The hunger games), Pocket jeunesse, 379 pages, octobre 2009
A noter que le tome 2, Catching fire, est sorti le mois dernier aux Etats-Unis. Le tome 3 devrait paraître en 2010.
10.10.2009
"There are some things a man should find out for himself"
Le célèbre chef Stanley Chipotle est décapité sous les yeux effarés de Lula, qui se retrouve poursuivie par les deux Stooges qui ont fait le coup : pas question de laisser derrière eux un témoin capable de les identifier. De son côté, Stephanie, récemment séparée de Morelli, rempile pour Ranger entre deux dossiers : ce dernier est manifestement victime d'un coup monté qui vise à le décrédibiliser aux yeux de sa clientèle. Entre les FTA, Lula et le concours de barbecue, la vie de Stephanie est toujours aussi compliquée...
Il n'est plus utile de présenter Janet Evanovich, chers happy few, auteur entre autres de la série policière consacrée à Stephanie Plum, dont le quinzième volume (eh oui, déjà 15 ans que nous suivons les tribulations cocasses de la plus mauvaise chasseuse de primes de tous les temps, voilà qui ne nous rajeunit pas) est sorti récemment aux Etats-Unis (et dont il ne faut pas attendre de traduction, la parution française étant bloquée au neuvième volume pour des raisons apparemment complexes). Si Finger Lickin' Fifteen suit les recettes des opus précédents (une intrigue principale entrecoupée de tentatives plus ou moins avortées de Stephanie pour arrêter ceux qui ont "oublié" de se rendre au tribunal après que l'Agence de cautions Plum les a fait sortir de prison), je l'ai trouvé plus réussi que les deux précédents et presque aussi drôle qu'Eleven on top, qui est pour moi le meilleur de la série. Le concours de barbecue donne lieu à des scènes incroyables de drôlerie, de même que l'omniprésence de Lula, qui se rend compte dans la même semaine que deux fous furieux veulent la décapiter et qu'elle ne rentre plus dans ses robes. La décision de Stephanie de se séparer de Morelli (et je ne spoile pas, on l'apprend page 2) la rapproche forcément de Ranger, ce qui relance la tension palpable de ce faux triangle amoureux même si nous avons bien compris, lecteurs avisés que nous sommes, que le statu quo risque de durer longtemps. C'est bourré d'humour, un brin farfelu, l'intrigue est enlevée, nos hommes préférés sont à la hauteur de leur réputation et comme chaque année, ça n'a qu'un seul défaut : ça se lit bien trop vite.
Janet Evanovich, Finger Linckin' Fifteen, Headline review, 312 pages, 2009
01:19 Publié dans Littérature anglo-saxonne, Polars | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : janet evanovich, finger lickin' fifteen, i'm definitely a rangegirl, et pas que pour son appart et ella
25.09.2009
Murder on the dance floor
Il y a des jours, chers happy few, où je me demande si j'ai bien fait d'ouvrir ce salon.
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Avant, du temps où je vivais dans une caverne qui était mal connectée au reste du monde, j'avais une PAL à dimension humaine et quelques menues obsessions que je soignais languidement. Depuis que j'ai découvert la blogosphère ma PAL a acquis bien malgré elle un statut de MTPAL et mes obsessions ont semblé se multiplier comme les copies à corriger en fin de trimestre. Dernière en date, et non des moindres, le doctorverse. Pour ceux qui n'auraient pas suivi toute l'affaire, j'ai commencé par découvrir Doctor Who à cause d'Isil (je dénonce si je veux d'abord), ce qui m'a naturellement menée à Torchwood. Et tout aurait pu s'arrêter là si Agnès, la perfide, n'avait pas déposé il y a quelques jours un petit commentaire innocent qui disait, en français et en substance, que des romans mettant en scène les personnages de la série avaient été publiés et que, ô enfer et damnation, c'était réussi. Vous imaginez l'état de transe dans lequel m'a plongée cette révélation, d'autant que travaillant cette année dans le sud de la capitale, je passe tous les jours à Concorde, où se trouve, comme chacun le sait évidemment, WH Smith, antre de la tentation british.
C'est alors qu'alarmé par mon hystérie sautillante ("Demain je m'arrête chez Smith, yeah baby, let's rock and read"), dans un élan de régulation disciplinante totalement hors de propos, l'homme, celui qui fait parfois semblant d'être la voix de la raison, a osé énoncer une règle affreusement arbitraire qui pourrait être résumée ainsi : "Un roman Torchwood acheté pour 10 romans de la PAL lus". Je m'apprêtai à passer outre cet affreux diktat, créant ainsi un incident diplomatique sans précédent quand Isil (oui, elle est partout) est venue à ma rescousse en m'offrant :

Pour parler net et sans détour, chers happy few, ce roman est une réussite. On y retrouve tout ce qui fait l'originalité et la force de la série télévisée : une intrigue cohérente et bourrée d'humour (la métamorphose de Ianto qui découvre le pouvoir d'attraction des chaussures et des sacs à main est drôlatique), de l'action, des aliens, un Jack (très) coquin et des personnages qui fonctionnent bien entre eux, le tout servi par un récit rondement mené et habilement troussé (l'alternance des points de vue, les chapitres parfois très courts comme celui qui n'est composé que de profils Facebook ou les titres des chapitres sont autant de points forts) qui, comme d'habitude, offre un sous-texte intéressant (la manière dont Emma veut façonner les hommes à son image et la réflexion sur la perfection sont traitées de manière très intéressante à défaut d'être originales). J'ai vraiment eu l'impression, à la fois très étrange et très agréable, d'être en train de regarder un (très bon) épisode de la série. Je suis totalement conquise. Comme si j'avais besoin de ça, tiens.
James Goss, Almost perfect, BBC Books, 250 pages, 2008
Quinze romans Torchwood sont disponibles, un seizième sort le 15 octobre.
Thanx again Isil, you're the best!
21:32 Publié dans Littérature anglo-saxonne, SF | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note | Tags : torchwood, il y a même une allusion au docteur dans le dernier chapitre, jack est tellement sexy que ça devrait être interdit, par la convention de genève, méfions-nous des dieux et de la perfection