04.11.2009

J'attends l'amouuuuur

(Je sais, chers happy few, je sais, mais c'était trop tentant.)   

 

 

                                        

                                         Grande-Bretagne, années 20. la poursuite de l'amour.jpgFanny et Linda sont cousines, inséparables et pourtant totalement dissemblables. Fanny est la fille d'une femme volage qui l'a abandonnée toute petite à sa tante pour suivre ses multiples amants et maris sur le continent, alors que Linda est la fille de deux riches propriétaires terriens tout à fait stables. Les deux cousines grandissent pratiquement ensemble et dès l'âge de 15 ans, soupirent après le grand amour qui viendra illuminer leurs vies. Mais alors que Fanny, raisonnable, épouse un intellectuel qui lui correspond, Linda, follement romanesque, se fourvoie dans un mariage avec un riche banquier allemand.

 

 

Voici un roman qui était dans ma PAL depuis près de 2 ans, chers happy few (ce qui n'est rien, j'en ai trouvé un qui prend la poussière depuis 8 ans, le pauvre, il n'en revenait pas de me voir enfin m'intéresser à lui), où il avait atterri suite à quelques billets plus ou moins élogieux qui lui avaient été consacrés et qui m'avaient donné envie de découvrir cette romancière britannique qui signe avec La poursuite de l'amour son roman le plus célèbre. Il faut faire fi de l'absurde quatrième de couverture qui parle à tort de Jane Austen et de Bridget Jones (mais c'est une (sale) manie que de toujours chercher des comparaisons vendeuses et la pauvre Jane est mise à toutes les sauces par ceux qui ne l'ont manifestement pas lue) et découvrir ce délicieux roman qui peint avec beaucoup de lucidité et de causticité les émois amoureux des jeunes filles mal éduquées, émois qui finissent toujours par se transformer en cruelles déceptions sentimentales sous les effets conjugués de la réalité et de la personnalité des hommes, ô combien éloignée de celles des princes charmants qui peuplent les fantasmes féminins.

 

C'est toute l'histoire de Linda, qui nous est contée ici par sa sage et pénétrante cousine, qui se marie deux fois en croyant à chaque fois avoir décroché le Graal pour se rendre rapidement compte qu'elle était amoureuse d'un mirage. Anglaise jusqu'au bout des ongles, elle fait contre mauvais fortune bon coeur avant de se décider à la rupture et de rencontrer, tout à fait par hasard, un homme qui lui convient. La poursuite de l'amour, outre sa description d'une grande justesse psychologique du fonctionnement du coeur de certaines femmes insatisfaites, est un roman souvent drôle, qui met en scène avec beaucoup d'humour la gentry anglaise au travers d'une galerie de personnages truculents (notamment Oncle Matthew qui terrifie son entourage, organise des "chasses aux enfants" mais écoute de sirupeuses mélodies italiennes et aboie beaucoup plus qu'il ne mord, ou encore Davey, personnage original d'intellectuel hypocondriaque à l'intelligence très fine). On pourra juste regretter une fin un peu abrupte mais finalement prévisible, qui ne nuit en rien au plaisir de cette lecture revigorante.

 

 

Nancy Mitford, La poursuite de l'amour (The pursuit of love), 10/18, 254 pages, traduit de l'anglais par Daria Olivier, 1945, 2006 pour la présente édition

 

Les avis de Caro[line] (pas emballée), Lilly (enthousiaste) et Papillon (qui m'avait donné envie malgré son billet mitigé).

 

Merci Alinéa pour le prêt! 

 

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Catégorie "Rien ne sert de courir, il faut partir à point. Hum."

4/20

01.11.2009

Hoche-Vite

le garçon en pyjama rayé.jpgBruno a 9 ans, et il est le fils d'un officier SS à qui Hitler donne la direction du camp d'Auschwitz. Brutalement déraciné (la famille vivait dans une vieille demeure berlinoise), livré à lui-même, le petit garçon s'ennuie terriblement dans ce nouvel univers pour le moins étrange : personne ne veut lui expliquer qui sont ces gens en pyjama rayé de l'autre côté du grillage ni pourquoi il ne faut pas en parler. Bruno développe à leur égard une curiosité de plus en plus intense jusqu'au moment où il rencontre un jour, loin de sa maison, un jeune garçon de son âge derrière le grillage. Ils deviennent amis.

 

 

Le garçon en pyjama rayé de John Boyne est sorti en 2006 et a été immédiatement traduit en français, chers happy few, et Gallimard a profité de la sortie du DVD de l'adaptation en août dernier pour le rééditer dans un nouveau format très agréable dans lequel j'ai enfin découvert ce roman couvert de prix qui s'est vendu à plus de 5 millions d'exemplaires dans le monde, ce qui n'est pas étonnant tant le traitement du thème de l'Holocauste est ici original et fort. Il ne faut surtout pas en savoir trop en ouvrant cette fable (car c'en est une, tant dans l'histoire qui est peu vraisemblable que dans le personnage de Bruno, tellement naïf qu'il en paraît parfois un peu attardé), qui est une indéniable réussite. L'histoire est très frappante, grâce notamment au choix d'une narration à la troisième personne mais qui suit totalement les pensées et le raisonnement de Bruno : on a l'impression d'être dans la tête de ce petit garçon tout en anticipant l'intrigue, puisque nous savons décrypter ce que Bruno ne comprend pas, ce qui crée un climat très pesant et concourt évidemment à la réussite de la chute, poignante et inéluctable. Un très bon roman, à faire lire dès 13 ans.

 

 

John Boyne, Le garçon en pyjama rayé, Gallimard jeunesse, 186 pages, 2009, existe aussi en Folio junior

 

Les avis de Karine, LaureTamara.

25.10.2009

Kiss me deadly

iron kissed.jpgMercy Thompson est toujours mécanicienne dans son garage des Tri-Cities. Elle est appelée un soir tard par Zee, son ancien patron, un fae à qui elle doit un service (c'est avec son arme qu'elle a trucidé les deux vampires qui avaient mis la ville à feu et à sang dans Les liens du sang) : il veut qu'elle jette un oeil pour lui sur les scènes de plusieurs crimes qui ont eu lieu dans la réserve fae. Mercy s'exécute et met alors le doigt dans un engrenage dont elle ne sortira pas indemne...

 

Troisième volume de la série consacrée à Mercy Thompson, la changeuse d'origine indienne (elle a le pouvoir de se transformer en coyote quand bon lui semble), Iron kissed (traduit sous le titre Le baiser du fer) est excellent à tous points de vue, chers happy few. L'intrigue est solidement ficelée (même si j'avais rapidement compris de quoi il retournait, mais la découverte du meurtrier est passionnante) et le monde des faes tel que le décrit Patricia Briggs, d'une inquiétante étrangeté et d'une sournoise cruauté, régi par des règles qui lui sont propres, est très intéressant, de même que la façon dont elle réinvestit certains contes ou dont elle se réapproprie certains personnages légendaires. Cette cruauté déteint d'ailleurs sur la pauvre Mercy qui fera les frais de la folie du tueur dans un final ma foi fort sombre. A côté de ce solide matériau on retrouve avec plaisir la meute d'Adam, l'Alpha séduisant (décidément je suis une Jake girl all the way, cette série me le confirme) dont certains membres prennent plus d'ampleur et le triangle amoureux formé par Adam, Mercy et Samuel se résout de lui-même, pour ma plus grande satisfaction je dois bien le dire (et, non, je ne spoilerai pas, ce n'est absolument pas mon genre, non mais). Menée par une héroïne entêtée et maligne, indépendante, originale et drôle, cette série se révèle, au fur et à mesure des parutions, incontournable pour les amateurs de fantastique urbain.

 

Patricia Briggs, Iron kissed, Ace fantasy, 287 pages, 2008, traduit en français sous le titre Le baiser du fer, Bragelonne, Milady, 2009

 

Les billets de Yueyin (merci pour le prêt!), Hydromielle et Chimère.

 

Le quatrième volume, Bone crossed est sorti aux Etats-Unis cette année. Patricia Briggs, rencontrée à Epinal il y a quelques mois, m'a dit que cette série comporterait au moins 7 volumes, plus si le succès est au rendez-vous. Elle a commencé à écrire une série parallèle à celle-ci, qui se déroule dans le même univers : Alpha and Omega et qui comporte deux volumes pour l'instant, Cry Wolf et Hunting Ground, et qui ont pour personnage principal Charles, le frère de Samuel. J'ai bien envie de lire le premier même si les critiques glanées ici et là sont moins bonnes que pour Mercy Thompson (oui, je suis comme ça, j'aime me faire ma propre idée, call me wild girl).

 

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Ce roman ouvre le Challenge Lire en V.O initié par Bladelor. (Oui, je sais, je suis déjà inscrite à deux challenges pour 2010, je suis irrécupérable.)

 

 

 

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Et comme parfois je suis efficace, ça en fait un de plus dans mon Objectif PAL, catégorie : "Parfois je lis rapidement ce qu'on me prête, faut pas croire les racontars."

3/20

17.10.2009

(N)ever more

eternels.jpgEver (l'héroïne au prénom le plus improbable de toute la littérature mais qui doit permettre à Alyson Noël de placer quelques jeux de mots, du moins je le suppose vu que j'ai lu la traduction française) est une jeune fille comme les autres qui mène une vie parfaite avec ses parents, sa chipie de soeur, ses nombreux petits copains et ses copines pom-pom girls. Mais un jour c'est l'accident : pour éviter une biche (car il a un grand et bon coeur), son père les précipite tous dans le ravin (oui, je sais, c'est un peu crétin comme accident mais faut ce qu'il faut pour que l'héroïne devienne une héroïne). Ever est la seule à survivre (Alyson Noël nous tue même le chien, Caramel, ce que personnellement j'ai un peu de mal à lui pardonner, mais elle sauve la biche, manifestement on ne peut pas tout avoir) et après un mois d'hôpital, elle déménage en Californie chez sa tante Sabine, qui a une très grande maison avec jacuzzi (très important le jacuzzi, c'est un enjeu de taille, il y a même une scène qui manque lui être consacrée mais Alyson se rattrape in extremis, on n'est pas dans un Harlequin non plus, non mais). Le hic, c'est que la pauvre Ever a hérité de son accident de terribles pouvoirs psychiques : elle lit dans les pensées des gens et elle perçoit leur aura. Comme elle ne sait pas gérer son nouveau pouvoir, elle ne va pas très bien la pauvre, et elle dissimule son chagrin et son angoisse sous des sweat-shirts trop grands. Et puis un beau matin, arrive Damen, un garçon si beau que tout le lycée arrête de respirer (je peux vous assurer d'expérience qu'il n'y a jamais de garçon de ce type dans les lycées français, je devrais migrer aux Etats-Unis, tiens) et qui, évidemment, va tout changer dans la vie d'Ever grâce au pouvoir supersonique de ses yeux sombres frangés de longs cils...

 

Ce roman, véritable best-seller aux Etats-Unis, contient à mon avis une date de péremption, chers happy few : si vous avez plus de 14 ans, vous pouvez vous abstenir de le lire, à moins que vous ne vouliez comme moi, passer votre temps à pouffer devant l'énormité des dialogues et des situations. Pour ne rien vous cacher, j'ai failli abandonner cette lecture aux environs de la page 150, tant j'avais l'impression de lire quelque chose qui n'était pas Twilight tout en étant Twilight. La situation initiale est en effet décalquée de Fascination : une jeune fille déracinée, mal dans sa peau, voit arriver dans son lycée un garçon trop beau pour être vrai et qui par un heureux et improbable hasard scénaristique, semble ne s'intéresser qu'à elle. Mais là où Stephenie Meyer, malgré tous les défauts de son roman, parvenait à brosser un portrait plutôt juste de l'adolescente lambda confrontée au surgissement du désir amoureux, Alyson Noël de son côté, tombe dans le grand n'importe quoi.

Du côté de l'intrigue, point de vampires (Damen qualifie à un moment leur existence de "science-fiction" ce à quoi la pinailleuse que je suis à rectifié in petto : "fantastique, jeune homme, pas science-fiction") mais, tenez-vous bien, des Immortels. Ils ne sont que deux (enfin, pour l'instant, parce qu'une suite est prévue), on ne sait absolument pas comment ils sont devenus immortels mais ils ont des supers pouvoirs vachement plus glamour que de pouvoir grimper aux arbres. Damen, par exemple, outre le fait qu'il sait tout faire (il cuisine comme Bocuse, peint comme Picasso, écrit comme Shakespeare, conduit comme Fangio, normal cela fait 600 ans qu'il traîne sa beauté sombre sur la terre) (il a même été mannequin à New-York, c'est dire l'étendue de ses talents), lit dans les pensées (c'est la moindre des choses et ça permet de gagner aux courses) et a la capacité de transformer le réel "grâce à la physique quantique" (je vous jure que je cite le texte, happy few de peu de foi) et ce qu'il préfère c'est, tenez-vous bien, faire apparaître des tulipes rouges, symboles d'amour éternel (oups, je vous ai spoilé la fin, chers happy few, my bad) sous les pas d'Ever. Il y a évidemment une grande méchante et la pauvre Ever, dont l'évolution psychologique aurait pu être intéressante si elle avait été mieux écrite (après tout, c'est une histoire de deuil et de culpabilité) se retrouve contrainte de l'affronter mais je vous rassure tout de suite, tout finira bien pour notre blondinette qui dans le processus, perd son affreuse cicatrice cachée sous sa frange et abandonne ses jeans informes pour des mini-jupes (c'est beau la rédemption). Elle apprend au passsage que Damen et elle, c'est une histoire qui dure depuis des siècles grâce à l'idée la plus fendarde du bouquin : Alyson Noël a en effet inventé la réincarnation infinie. Ever ne cesse de vivre des histoires incomplètes avec Damen et elle meurt à chaque fois avant qu'ils n'aient pu consommer leur amour, ce qui donne lieu au dialogue le plus drôle de ce roman qui plaira assurément beaucoup aux adolescentes. Pour ma part, n'ayant plus 14 ans depuis quelques années, j'arrête là ma découverte de ce "phénomène" : le tome 2 ne passera pas par moi.

 

Alyson Noël, Eternels, tome 1 : evermore, Michel Lafon, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Laurence Boischot et Sylvie Cohen, 342 pages pleines de tulipes rouges et de surf, octobre 2009

Il a comblé les coeurs de midinette de Celsmoon et de Karine, Cuné pour sa part a relevé quelques morceaux choisis qui permettent de mesurer toute la profondeur (qui a dit abyssale ?) de ce roman.

 

12.10.2009

Jeux du cirque

hunger games.jpgDans un futur indéterminé, après une guerre civile, la cité de Panem, dans les Rocheuses, maintient sous sa très ferme coupe les Douze Districts, dont certains sont très pauvres. Tous les ans, afin de rappeler aux Districts que l'obéissance est plus qu'une vertu, deux jeunes gens, un garçon et une fille, sont tirés au sort dans chaque district et envoyés combattre dans une arène géante sous les yeux de l'ensemble de la population, s'entretuant jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un. Cette année-là, dans le District Douze, la malchance désigne Prim, la jeune soeur de Katniss. Cette dernière refuse que sa petite soeur de 12 ans parte ainsi à l'abattoir et se porte volontaire à sa place. Elle part donc vers Panem avec Peeta, le garçon de son district dont le nom a été tiré au sort...

 

Hunger games (très mauvaise traduction de The hunger games soit dit en passant : pourquoi ce titre qui n'a strictement aucun sens ni en français ni en anglais alors que la traduction littérale, Les jeux de la faim, aurait été parfaite, voilà un mystère aussi insondable qu'un certain loch écossais) est, malgré son titre, chers happy few, un excellent roman. A mi-chemin entre les jeux du cirque (on remarquera d'ailleurs le nom de la Cité, Panem, comme un certain proverbe latin) et Les chasses du comte Zaroff (dont je recommande d'ailleurs chaudement la vision), ce roman est un thriller passionnant qui pose, comme son prédécesseur, bien des questions sur l'humanité et la bestialité qui sommeillent en chacun de nous. Mais l'argument de SF lui permet d'aller encore plus loin et de questionner le pouvoir politique et la manipulation qu'il a instaurée via ces jeux atroces mais présentés justement comme des jeux avec caméras omniprésentes, sponsors, styliste pour chaque candidat et paris pris dans tout le pays. Le lecteur regarde se dérouler sous ses yeux atterrés une mécanique parfaitement huilée qui va être mise à mal pour la première fois par la personnalité des candidats, que ce soit Peeta, qui fait une révélation tonitruante juste avant les jeux ou Katniss, jeune fille endurcie de 16 ans qui nourrit sa famille depuis des années et qui est bien décidée à tenir le plus longtemps possible, se servant de ses capacités de réflexion comme de ses talents de chasseuse. Thriller, roman de SF, mais aussi roman d'initiation, Hunger games est servi par un style efficace et précis et une excellente construction, qui en font un roman que l'on ne peut pas lâcher jusqu'à la fin. Il y aura encore deux volumes pour, on l'espère, notre plus grand plaisir, mais rassurez-vous, chers happy few, pas vraiment de cliffhanger à la fin de ce premier volume : c'est toujours ça de gagné pour nos pauvres nerfs.

 

Suzanne Collins, Hunger games (The hunger games), Pocket jeunesse, 379 pages, octobre 2009   

A noter que le tome 2, Catching fire, est sorti le mois dernier aux Etats-Unis. Le tome 3 devrait paraître en 2010.  

10.10.2009

"There are some things a man should find out for himself"

plum15.jpgLe célèbre chef Stanley Chipotle est décapité sous les yeux effarés de Lula, qui se retrouve poursuivie par les deux Stooges qui ont fait le coup : pas question de laisser derrière eux un témoin capable de les identifier. De son côté, Stephanie, récemment séparée de Morelli, rempile pour Ranger entre deux dossiers : ce dernier est manifestement victime d'un coup monté qui vise à le décrédibiliser aux yeux de sa clientèle. Entre les FTA, Lula et le concours de barbecue, la vie de Stephanie est toujours aussi compliquée...

 

Il n'est plus utile de présenter Janet Evanovich, chers happy few, auteur entre autres de la série policière consacrée à Stephanie Plum, dont le quinzième volume (eh oui, déjà 15 ans que nous suivons les tribulations cocasses de la plus mauvaise chasseuse de primes de tous les temps, voilà qui ne nous rajeunit pas) est sorti récemment aux Etats-Unis (et dont il ne faut pas attendre de traduction, la parution française étant bloquée au neuvième volume pour des raisons apparemment complexes). Si Finger Lickin' Fifteen suit les recettes des opus précédents (une intrigue principale entrecoupée de tentatives plus ou moins avortées de Stephanie pour arrêter ceux qui ont "oublié" de se rendre au tribunal après que l'Agence de cautions Plum les a fait sortir de prison), je l'ai trouvé plus réussi que les deux précédents et presque aussi drôle qu'Eleven on top, qui est pour moi le meilleur de la série. Le concours de barbecue donne lieu à des scènes incroyables de drôlerie, de même que l'omniprésence de Lula, qui se rend compte dans la même semaine que deux fous furieux veulent la décapiter et qu'elle ne rentre plus dans ses robes. La décision de Stephanie de se séparer de Morelli (et je ne spoile pas, on l'apprend page 2) la rapproche forcément de Ranger, ce qui relance la tension palpable de ce faux triangle amoureux même si nous avons bien compris, lecteurs avisés que nous sommes, que le statu quo risque de durer longtemps. C'est bourré d'humour, un brin farfelu, l'intrigue est enlevée, nos hommes préférés sont à la hauteur de leur réputation et comme chaque année, ça n'a qu'un seul défaut : ça se lit bien trop vite.

 

Janet Evanovich, Finger Linckin' Fifteen, Headline review, 312 pages, 2009

 

25.09.2009

Murder on the dance floor

Il y a des jours, chers happy few, où je me demande si j'ai bien fait d'ouvrir ce salon.

...

Avant, du temps où je vivais dans une caverne qui était mal connectée au reste du monde, j'avais une PAL à dimension humaine et quelques menues obsessions que je soignais languidement. Depuis que j'ai découvert la blogosphère ma PAL a acquis bien malgré elle un statut de MTPAL et mes obsessions ont semblé se multiplier comme les copies à corriger en fin de trimestre. Dernière en date, et non des moindres, le doctorverse. Pour ceux qui n'auraient pas suivi toute l'affaire, j'ai commencé par découvrir Doctor Who à cause d'Isil (je dénonce si je veux d'abord), ce qui m'a naturellement menée à Torchwood. Et tout aurait pu s'arrêter là si Agnès, la perfide, n'avait pas déposé il y a quelques jours un petit commentaire innocent qui disait, en français et en substance, que des romans mettant en scène les personnages de la série avaient été publiés et que, ô enfer et damnation, c'était réussi. Vous imaginez l'état de transe dans lequel m'a plongée cette révélation, d'autant que travaillant cette année dans le sud de la capitale, je passe tous les jours à Concorde, où se trouve, comme chacun le sait évidemment, WH Smith, antre de la tentation british.

C'est alors qu'alarmé par mon hystérie sautillante ("Demain je m'arrête chez Smith, yeah baby, let's rock and read"), dans un élan de régulation disciplinante totalement hors de propos, l'homme, celui qui  fait parfois semblant d'être la voix de la raison, a osé énoncer une règle affreusement arbitraire qui pourrait être résumée ainsi : "Un roman Torchwood acheté pour 10 romans de la PAL lus". Je m'apprêtai à passer outre cet affreux diktat, créant ainsi un incident diplomatique sans précédent quand Isil (oui, elle est partout) est venue à ma rescousse en m'offrant :

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Almost perfect de James Goss.

 

(Je n'ai pas pu résister à la tentation de mettre la couverture en gros plan, histoire que vous puissiez profiter de la photogénie et de la sexytude du Capitaine Jack, chers happy few. Ne me remerciez pas, c'est de bon coeur.)

 

Neuvième tome des aventures de Jack sur papier, Almost perfect se situe entre la fin de la saison 2 et le début de la saison 3. L'équipe de Torchwood est donc réduite des deux cinquièmes de ses effectifs pour des raisons que je n'expliquerai pas ici car les spoilers ne passent pas par moi, c'est bien connu. Un matin, Cardiff se réveille un peu groggy : un ferry a fait naufrage en faisant de nombreuses victimes, le taux d'électricité statique ne cesse d'augmenter et Ianto... est une femme! Une femme sublime et sexy certes, mais une femme quand même, ce qui lui pose de sérieux problèmes d'adaptation (et franchement on peut le comprendre chers happy few). S'ajoutent à cela des squelettes masculins qui apparaissent un peu partout et une femme ordinaire bien décidée, avec un peu d'aide extra-terrestre à devenir une créature hors du commun. Comme dirait le poète, y a du pain sur la planche.

 

Pour parler net et sans détour, chers happy few, ce roman est une réussite. On y retrouve tout ce qui fait l'originalité et la force de la série télévisée : une intrigue cohérente et bourrée d'humour (la métamorphose de Ianto qui découvre le pouvoir d'attraction des chaussures et des sacs à main est drôlatique), de l'action, des aliens, un Jack (très) coquin et des personnages qui fonctionnent bien entre eux, le tout servi par un récit rondement mené et habilement troussé (l'alternance des points de vue, les chapitres parfois très courts comme celui qui n'est composé que de profils Facebook ou les titres des chapitres sont autant de points forts) qui, comme d'habitude, offre un sous-texte intéressant (la manière dont Emma veut façonner les hommes à son image et la réflexion sur la perfection sont traitées de manière très intéressante à défaut d'être originales). J'ai vraiment eu l'impression, à la fois très étrange et très agréable, d'être en train de regarder un (très bon) épisode de la série. Je suis totalement conquise. Comme si j'avais besoin de ça, tiens.

 

James Goss, Almost perfect, BBC Books, 250 pages, 2008

Quinze romans Torchwood sont disponibles, un seizième sort le 15 octobre.

Thanx again Isil, you're the best!

  

11.09.2009

"Oui, l'espace d'un instant, j'ai été vraiment vivant"

loving frank.jpgEtats-Unis, 1907. Frank Lloyd Wright, architecte américain d'avant-garde, a une trentaine d'années quand il fait la connaissance de Mamah Bouton Borthwick, féministe et intellectuelle. Entre eux, c'est le coup de foudre, aussi bien spirituel que physique. Malgré le poids de la société puritaine, ils décident de vivre leur amour au grand jour et d'afficher leur liaison, abandonnant leurs conjoints respectifs et leurs enfants. Livrés à la vindicte populaire, traînés dans la boue par une presse déchaînée, ils vivront leur amour envers et contre tout...

 

Inspiré d'une histoire vraie, la liaison scandaleuse de Frank et Mamah au début du XXè siècle, Loving Frank est un roman émouvant et dense tout entier tendu vers un dénouement terriblement tragique. J'ai été très touchée par le destin de Mamah, une femme qui paie au prix fort sa trop grande avance sur son temps. Féministe, militante pour les droits de la femme (notamment le droit de vote), intellectuelle, cultivée, elle finit par épouser tardivement un homme avec qui elle ne partage rien. Edwin l'idolâtre et lui fournit tout ce qu'il lui faut sur un plan matériel mais la rencontre avec Frank lui fait prendre brutalement conscience de tout ce qui lui manque. C'est avec beaucoup de réticences et après avoir soigneusement pesé le pour et le contre que les deux amants décident de quitter leurs familles respectives et rien ne sera facile pour eux. Nancy Horan ne trace pas un tableau idyllique de cette passion qui leur fait renoncer aux enfants (si Frank peut voir les siens, sa femme ayant décidé de lui refuser le divorce et de faire comme si de rien n'était, Mamah ne peut prétendre à aucun droit sur les siens puisqu'elle est la femme adultère), à leur statut social (ils vivent en parias, reniés par tous), au travail de Frank (plus de commandes pour celui qui défraie la chronique)... Ils connaîtront les doutes, la culpabilité, les remords mais aussi un amour qui ne sera miraculeusement pas rattrapé par la routine du quotidien. Un roman lucide et fort, qui fait mesurer à sa manière à quel point certaines femmes ont souffert et se sont battues pour que nous connaissions la liberté d'agir et de penser.

 

Nancy Horan, Loving Frank, Buchet Chastel, traduit de l'américain par Virginie Buhl, 539 pages, septembre 2009.

Les billets d'Amanda (qui renvoie vers un site consacré à Frank Lloyd Wright) et Cuné, conquises elles aussi.

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EDIT du 12/09 à 20h41 : le mystère de la couverture perdue...

Après enquête approfondie, il apparaît qu'amazon est le seul à proposer la couverture que j'ai trouvée. Pour les autres sites comme pour Buchet Chastel (et comme mon édition) la couverture est celle-ci :

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Encore un mystère aussi épais que la Critique de la Raison pure, chers happy few. Mais qui prouve, si besoin était, que j'étais en pleine possession de mes moyens quand j'ai écrit ce billet, malgré la semaine de folaïe, les réunions à gogo et les élèves. I need a Doctor. Badly.

03.09.2009

La fureur du dragon

eon.jpgEon se prépare pour la cérémonie qui, comme chaque année, permettra à un jeune garçon de 12 ans d'accéder au rang d'apprenti d'Oeil du Dragon Ascendant. Cette année est celle du Dragon Rat et le candidat choisi au terme d'un rituel aura 12 ans (un cycle) pour apprendre à maîtriser la puissance du dragon sous les ordres de l'Oeil du dragon, Sire Ido. Mais Eon a un secret : ce n'est pas un garçon de 12 ans mais une fille infirme de 16 ans. Or les femmes ont interdiction de participer au rituel mais son maître, persuadé de ses nombreux talents (elle a un pouvoir extrêmement rare, celui de voir réellement les 11 dragons) l'a entraînée et présentée. Mais les choses ne vont pas se dérouler comme prévu... 

 

Eon le douzième dragon d'Alison Goodman est un roman dans lequel Gallimard a manifestement beaucoup investi puisqu'il est publié simultanément dans une édition jeunesse (Gallimard jeunesse, donc) et une édition adulte (La Table Ronde, dont la couverture, qui figure en tête de ce billet, est très belle). Et autant dire que ce roman de fantasy, premier volet d'un dyptique (le volume 2 est annoncé pour 2010) justifie la confiance que son éditeur-traducteur a placé en lui, tant je l'ai trouvé bon!

Le monde dans lequel se déroule ce roman d'aventures initiatique sur fond de révélations personnelles et de luttes de pouvoir est très riche, empruntant à la fois aux mythologies chinoises et japonaises qu'Alison Goodman s'est très intelligemment appropriées. On y suit donc Eona, qui se fait passer depuis des années pour un garçon afin de pouvoir être choisie par le Dragon Rat, ce qui apporterait à son maître richesse et puissance. C'est un personnage intéressant parce qu'elle est obligée de cacher à tous sa véritable nature qui l'embarrasse parfois tellement qu'elle voudrait s'en débarrasser de manière définitive, ce qui conduit à une réflexion assez fine sur les rapports masculin/féminin, réflexion accentuée par la présence de deux personnages au sexe flou : Ryko, Homme Ombre (eunuque dopé pour garder une musculature de soldat) et Dame Dela, qui est un Contraire (elle a une âme de femme et un corps d'homme). Dans une civilisation où les femmes sont tenues pour quantité négligeable (elles ne participent pas au gouvernement, les concubines de l'empereur sont cantonnées dans le harem et l'empereur est jugé irresponsable de vouloir les éduquer), Eona se rend compte assez vite qu'il n'en a pas toujours été ainsi. Son pouvoir, dont elle ignore la source, la place alors au centre d'une bataille politique entre l'Empereur régnant et son frère, Sethon, qui veut usurper le trône. Alliances stratégiques, rebondissements en série, révélations... ce roman haut en couleur est passionnant de bout en bout. Vivement la suite, tiens.

 

Alison Goodman, Eon le douzième dragon (Eon, dragoneye reborn), Gallimard jeunesse et La Table Ronde, traduit de l'anglais par Philippe Giraudon, 519 pages, septembre 2009.

La double publication de ce roman en jeunesse et en "adulte" me permet de placer ce roman dans le Challenge du 1% littéraire officiel. (4/7)

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28.08.2009

De la condition de tueur à gages en temps de crise

un petit boulot.jpgJake Skowran était chef d'équipe dans une usine. Licencié comme tous les autres employés à la fermeture de cette dernière, il se retrouve seul (sa copine le quitte rapidement), sans emploi et sans perspective d'avenir dans une petite ville américaine totalement sinistrée par le chômage. C'est alors que Ken Gardocki, bookmaker et truand, lui propose un marché : si Jake accepte de tuer sa femme infidèle, Ken effacera son énorme dette de jeu. Jake accepte et prend goût au métier de tueur à gages...

 

Un petit boulot est le premier roman de Iain Levinson, surtout connu si je ne m'abuse pour ses Tribulations d'un précaire qui ont été pas mal chroniquées sur les blogs de lecture, et c'est une totale réussite. Jake raconte, avec un détachement cynique et beaucoup d'humour noir, comment on peut devenir tueur à gages pour retrouver l'estime de soi qui va de pair avec la satisfaction du travail bien fait et la reconnaissance de son patron. On peut être un employé modèle quelle que soit la voie professionnelle que le destin nous donne et en ces temps de crise il ne faut pas être trop regardant sur le travail proposé. Toutes les réflexions qui vont dans ce sens prêtent à sourire tout en ouvrant de vertigineux abîmes de réflexion sur la déchéance de celui que l'on prive de son travail au nom d'intérêts financiers pervers qui dépassent le cadre de l'individu. Outre la dimension sociale, Levinson n'en oublie pas pour autant de bâtir une intrigue solide, qui propose des scènes proprement hilarantes (l'assassinat, sur une plage de Miami, de l'amant de la femme de Gardocki avec un fusil à baïonnette qui sent la pisse est une scène d'anthologie). Un roman grinçant et plus profond qu'il n'en a l'air : je recommande chaudement.

 

Iain Levinson, Un petit boulot (Since the Layoffs), Liana Levi piccolo, traduit de l'américain par Fanchita Gonzalez Batlle, 211 pages, 2002, 2003 pour la traduction française.

Le billet de Delphine (qui me l'a prêté en février 2008, ne dites rien, je sais).

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Catégories : "Tout vient à point à qui sait attendre" et "Certains regrettent de m'avoir prêté un bouquin, promis la prochaine fois je ferai plus vite"

2/20

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