12.05.2009
Shhh... I'm reading

Milan. Emma a 50 ans, elle est divorcée depuis très longtemps et elle vit avec son fils de 18 ans, Mattia. Grâce à un héritage, elle décide d'ouvrir une librairie uniquement consacrée aux romans d'amour, Rêves&Sortilèges. Quelques mois après l'ouverture, elle trouve, dans un des livres rangés en rayon, un post-it qui ne comporte qu'un prénom, Federico, et un numéro de téléphone. Convaincue qu'il s'agit de son premier amour, Emma le contacte. Ils se revoient, et Federico, qui vit à New-York où il est architecte, lui propose d'échanger une vraie correspondance, "à l'ancienne", et de ne jamais se téléphoner. Leur histoire d'amour redémarre...
L'amour est à la lettre A est un roman qui peine à convaincre la blogosphère, chers happy few, et que j'ai pour ma part trouvé délicieux. Pour l'apprécier, il faut évidemment ne pas être réfractaire à la guimauve, car il s'agit bel et bien d'un roman d'amour, avec tout ce que cela présuppose de clichés et de maladresses. On peut lui reprocher un certain "patinage" dans l'intrigue vers les trois-quarts de l'histoire, intrigue qui est certes bien mince (en gros, on attend comme Emma que Federico quitte sa femme), mais la narration, prise en charge en grande partie par Emma, puisqu'elle intercale entre les lettres le récit de sa vie, celle de Federico nous restant plus floue, ne peut que plaire aux LCA que nous sommes. Emma, la libraire au prénom d'héroïne romanesque, ne peut pas vivre sans lire et les livres constituent un personnage à part entière. Elle les range par thème (j'ai adoré les catégories qu'elle invente), les aime, les conseille, les vend, les cite (toujours à bon escient), en fait des vitrines originales (une des excellentes idées de ce roman), en un mot elle les fait vivre et les transmet, avec une passion communicative. Alors, certes, l'insolente facilité avec laquelle la fortune lui sourit peut agacer, de même que le fait que Federico soit forcément riche et travaille uniquement sur des chantiers prestigieux mais nous sommes dans une histoire légère et j'ai accepté cela comme un code inhérent au genre. J'ai préféré me concentrer sur le portrait tout en finesse de cette femme qui croyait qu'elle n'aimerait jamais plus et qui tente de profiter de cette histoire aussi inespérée qu'inattendue, qui lui prouvera que les libraires aussi peuvent avoir le coeur brisé et que parfois les livres ne consolent pas de la vraie vie. Un bonbon, chers happy few, qui m'a prouvé, si besoin était, que j'étais irrécupérable : non seulement j'aime ce genre de roman mais en plus j'ai lu quasiment les sept neuvièmes des titres cités. Je pourrais ouvrir une librairie thématique, tiens.
Paola Calvetti, L'Amour est à la lettre A (Noi due come un romanzo), Presses de la Cité, 380 pages, traduit de l'italien par Françoise Brun.
Le site de la librairie : www.librairierevesetsortileges.fr
Les avis contrastés de Cuné (qui lui a trouvé des qualités certaines), Doriane, Pimpi (conquises), Hathaway (qui n'a pas aimé) et Cryssilda (qui a détesté).
23:07 Publié dans Littérature italienne | Lien permanent | Commentaires (46) | Envoyer cette note | Tags : paola calvetti, l'amour est à la lettre a, moi aussi je veux un mug "shhh... i'm reading", et un capuccino crémeux là tout de suite maintenant, et aller à belle-ile, et à milan, et revoir "the shop around the corner"
02.06.2008
Obsession
Sud de la France, 1861. Hervé Joncour achète et vend des vers à soie. Cette année-là, une épidémie décime les vers à soie de toute l'Europe et du Moyen-Orient, où il a coutume de s'approvisionner. Germe alors l'idée, un peu folle à l'époque, d'aller chercher des vers à soie au Japon et de les en sortir clandestinement. Ce premier voyage (qui sera suivi de trois autres), va bouleverser la vie de Joncour, en la personne d'une mystérieuse jeune fille, dont les yeux ne sont pas orientaux...
Voilà un roman lu et acclamé par tout le monde, chers happy few, que ce soit dans la blogosphère ou en dehors et qui ne m'a pas emballée plus que ça, il faut bien le dire (c'est d'ailleurs pour ça que je le dis, tant de logique c'est assez insoutenable, chers happy few, je vous le concède volontiers). La grande qualité de ce roman est sans doute son style, précis et mesuré, parfois traversé de fulgurances et rythmé comme un conte par les répétitions, qui se mettent ainsi à l'unisson de l'obsession de Joncour. Mais l'histoire n'est pas bouleversante d'originalité et il manque trop de détails pour qu'elle devienne véritablement intéressante ou attachante. C'est un roman sans ampleur et qui contient trop de clichés pour son propre bien : l'exotisme et le mystère insondable de l'Orient, forcément un peu cruel, la femme qui se dévoile et ne se livre pas, l'homme hanté par une image et qui passe à côté de son destin, sa femme sacrificielle (à ce titre, la lettre finale est la cerise sur un gâteau déjà indigeste)... Tout ça est trop pour moi, chers happy few, et surtout trop pour 142 pages police 14!
Un voyage que je ne vous invite pas à faire, chers happy few, pour un Japon autrement fascinant, lisez plutôt Le clan des Otori (d'accord, c'est de la fantasy, mais quel souffle)!
Alessandro Baricco, Soie (Seta), Folio (traduit de l'italien par Françoise Brun)
Les enthousiastes avis d'Allie, Céline, Lilly, Papillon, Yueyin
PS : il s'agit d'un livre Lotobook : merci Slo!
06:30 Publié dans Littérature italienne, Lotobook | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note