06.04.2011
"Il n'existe pas de mode d'emploi qui donne un plan pour situer le bonheur"
"Je voulais ce qu'il y a de mieux pour toi. Malheureusement, il ne m'est pas venu à l'esprit que ce pourrait être moi. Dommage. Pas de chance. Raté. Je suis désolé. Je suis tellement désolé."
Il y a tout juste un an, chers happy few, Leo et Emmi entamaient, avec Quand souffle le vent du nord, une correspondance qui allait faire vibrer les lecteurs de tous les pays et surtout votre serviteuse, emballée et émue par les réflexions amoureuses et les atermoiements de ces deux êtres que le hasard avait jetés l'un contre l'autre. Un an après, les voilà de retour avec La septième vague, qui les voit renouer le dialogue quelques mois après le retour de Leo (je spoile un peu, bien obligée, que celui qui n'a jamais révélé que John tombait amoureux d'Anne dans Une étourdissante épouse me jette élégamment le premier Harlequin, tiens).
Et ? vous demandez-vous écartelés par l'insoutenable suspense.
OMG.
OMFG même (je jure si je veux d'abord, je n'ai jamais dit que je n'étais que sophistiquitude et glamour non plus) que cette suite est bonne. Retrouver nos deux tourtereaux pas du tout roucoulants et les voir se débattre dans leurs sentiments et dans la vie m'a procuré un bonheur ineffable. J'ai tout aimé dans ce roman lu d'une traite : l'angoisse de Leo, qui écrit les plus belles choses du monde quand il est ivre et analyse ses sentiments avec plus ou moins de lucidité ("ressentir n'est pas tromper" écrit-il au détour d'un verre de Bordeaux, hum, cher Leo, permets-moi de douter un peu), la légèreté d'Emmi qui semble avoir profité des mois de silence et d'éloignement pour mettre ses sentiments au clair (la façon dont elle mène le jeu est particulièrement fine), l'humour et la profondeur de leurs échanges, la sincérité de leurs sentiments (j'ai pleuré dans le métro, je suis fol-le) (mais comme tout le monde le sait, no harm done), les réflexions sur l'amour et la maturité, les tops des hommes peu sexy ("Ils détiennent la première place sur ma table d'Eros : les fans de Formule 1, les passionnés de salons du tourisme, les hommes à sandales, ceux qui fréquentent les kiosques à bière, et les hommes vexés!") (j'ai du coup moi aussi fait ma liste, évidemment, comment résister ?), les réactions d'Emmi à une certaine révélation (ah la la, le mail qu'elle lui envoie après m'a déchiré le coeur), l'analyse sous-jacente des relations épistolaires ("et avec les mails, on passe aussi ensemble le temps qui sépare deux messages"), j'ai même aimé la fin, que d'aucunes ont trouvé trop prévisible (mais je suis un petit coeur tout mou comme chacun le sait). Un roman qui donne envie de tomber amoureux, de manger italien, de porter l'autre au creux de sa main et de se laisser emporter par la septième vague, chers happy few. A lire, à relire, à chérir.
Daniel Glattauer, La septième vague (Alle sieben wellen), traduit de l'allemand (Autriche) par Anne-Sophie Anglaret, 348 pages, 6 avril 2011 pour la traduction (pour une fois, je suis à la pointe de la nouveauté, comme quoi tout arrive, attendez-vous à me voir porter des talons aiguille léopard), 2010 pour la parution en VO
Les billets de Cuné (qui pose une excellente question : la traductrice est-elle tombée amoureuse en traduisant ?), Stephie,Tamara, Cécile, Bladelor, Leiloona (qui résume parfaitement la situation : encore un peu et on aurait été contraintes d'apprendre l'allemand, comme quoi la kulture c'est simple comme un coup de coeur)
06:00 Écrit par fashion dans Littérature allemande | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note | Tags : leo, leooooooooo, leeeeeeeeeeeooooooooo, leo leo leo leo, leoooooooooooooooooooooooooooo
06.10.2010
PA-PA-PA-PAL
Je vais vous faire un aveu, chers happy few, car mon humeur est, en ce mercredi tristounet, à la confession la plus sincère, même si elle doit me coûter (mais il n'est rien que je ne ferais pour vous, happy few de mon coeur).
J'ai une PAL.
Un mythe s'effondre, je sais.
Vous me croyiez parée de toutes les vertus et donc déPALée comme certaines qui sont mes gourous en la matière, mais ma chair est faible hélas et les tentations immenses et de longue date (le plus vieux occupant de cette PAL est là depuis 11 ans et quelques mois, que ses pages reposent en paix). J'avais pris l'habitude depuis quelques mois de faire semblant de ne pas voir les tas chambranlants qui occupent une bonne partie du sol de ma chambre et quelques étagères (après tout, ce que je ne sais pas ne peut pas me faire de mal, non ?) mais suite au billet de Karine, à une discussion avec Stephie et à l'effondrement nuitesque et bruyant d'une des ladites piles, effondrement qui fut suivi de quelques jurons bien sentis de l'Homme dont le gros orteil s'était malencontreusement trouvé en collision à 4 heures du matin avec quelques SP de la Rentrée littéraire (la littérature c'est dangereux, la preuve) (encore que ce n'est pas ce que j'ai lu de cette Rentrée qui va empêcher le monde de tourner, mais point ne persiflerai), je me suis dit qu'il fallait prendre les choses en main, car tel est mon destin. (Le premier qui me fait remarquer que je dis ça chaque année, voire même deux fois par an, viendra m'aider à désherber, tiens, ça l'occupera.)
J'ai donc décidé d'accomplir mon devoir PALesque, quoi qu'il m'en coûte, parce que je suis comme ça, courageuse et pugnace.
J'ai lu un livre de la PAL.
Si, si.
Un qui était là depuis octobre 2007 et le swap Li-thé-rature. (Bah, trois ans, c'est pas si pire, comme dirait ma copine de knighteries.) (Oui, aujourd'hui, c'est la fête du lien, faut savoir se faire plaisir.)

(Oui, je sais, je devais être la dernière de la blogosphère intergalactique à ne pas avoir lu ce roman, et ma conscience me le reprochait vertement, of course.) (Enfin, les jours où elle n'avait rien à faire, ce qui, depuis que les copies ont fait une réapparition tonitruante dans ma vie, est finalement peu courant.)
Michaël Berg, le narrateur, entame, à 15 ans, une liaison de quelques mois avec Hanna Schmitz, une femme de 36 ans, secrète et imprévisible, qui aime qu'il lui fasse la lecture. Hanna disparaît du jour au lendemain, et Michaël la retrouve par hasard quelques années plus tard sur le banc des accusés d'un procès : Hanna a été gardienne à Auschwitz et est accusée, entre autre, d'avoir laissé périr une centaine de femmes dans une église en flammes.
Le liseur est un étrange roman, chers happy few, dans lequel je n'ai jamais réussi à rentrer, certainement parce qu'il est construit sur la distance, que ce soit celle entre Hanna et le narrateur, qui ne sera jamais comblée et qui induit à son tour une distance stylistique, le ton restant tout du long froid et analytique et celle, difficile à cerner, entre les Allemands et leur passé. En effet, l'histoire d'amour et d'incompréhension entre Hanna et Michaël n'est qu'un prétexte pour tenter de cerner les rapports étranges et forcément conflictuels que les Allemands de la génération de Michaël, celle d'après-guerre, entretiennent avec les exactions nazies. Avec un tel parti pris initial, rien d'étonnant à ce que j'aie trouvé la première partie, qui met en scène les émois égocentrés de Michaël, plus réussie que les deux suivantes : celle qui met en scène le procès et la découverte du secret d'Hanna (secret que j'avais pour ma part éventé depuis belle lurette), peine à retranscrire le choc du jeune homme et ses atermoiements et la dernière achève l'histoire de façon pour le moins expéditive (du moins à mon goût). Le style clinique, le ton détaché, l'impossibilité de trouver que le personnage d'Hanna sonnait juste à aucun moment : tout a concouru à mon ennui. Mais la PAL est allégée d'un volume, et ça, ça n'a pas de prix, chers happy few.
Bernhard Schlink, Le liseur (Der Vorleser), Folio, traduit de l'allemand par Bernard Lortholary, 243 pages, 1996 pour la traduction française, 1995 pour la parution en VO.
09:54 Écrit par fashion dans Littérature allemande | Lien permanent | Commentaires (45) | Envoyer cette note | Tags : il faut que je mette à jour mes challenges, j'ai quelques billets tennantiens à écrire, l'occasion de ressortir quelques logos, miam, sinon j'ai plein de séries britonnes à regarder, c'est pas demain que la pal sera revenue à une taille raisonnabl, hélas ménélas, et j'aime les frites, aussi (je vérifie que vous suivez)
24.09.2010
Sors de ce corps, William!
Rosa est institutrice à Düsseldorf : elle n'aime pas son métier, ne se remet pas de sa rupture avec le parfait Jan, qui est à deux jours de convoler avec la belle Olivia, elle se trouve laide, grosse et idiote, bref, rien ne va. Un soir, entraînée au cirque par un de ses collègues, elle fait la rencontre de Prospero, un mage qui lui propose de la renvoyer dans une de ses vies antérieures afin de découvrir ce qu'est le véritable amour. Avant d'avoir eu le temps de s'enfuir en courant, Rosa se retrouve dans le corps de... William Shakespeare.
Comme vous l'aurez aisément compris, perspicaces happy few, j'ai eu une furieuse envie de lire ce roman après en avoir parcouru la quatrième de couverture et malgré la couverture comment dire, toute en subtilité et en finesse. C'est que depuis que je me suis prise d'une passion dévorante pour le Barde, je ne peux résister à aucun roman qui ferait ne serait-ce que le mentionner au détour d'une citation (oui, je sais, je ne suis pas sortie de l'auberge moldave, chers happy few, mais franchement, who cares ?). J'ai donc entamé ce roman avec curiosité sans trop savoir à quoi m'attendre pour découvrir qu'il s'agissait en fait d'un roman de chick-lit (genre que je prise habituellement fort peu), sauf qu'ici les séances de shopping et les interrogations existentielles sur la taille de la bague de fiançailles et la façon de rendre le fils du neveu du sénateur fou d'amour sont remplacées par les aventures rocambolesques d'une jeune femme prise dans une histoire qui n'est pas la sienne. Alors autant le dire tout de suite, chers happy few, je pense qu'on ne peut clairement pas se prendre au jeu si on ne connaît pas la vie de Shakespeare. En effet, David Safier répond à sa manière à quelques interrogations sur la vie du poète anglais (notamment le passage de Stratford à Londres et sa relation avec Anne, sa femme), sur son oeuvre (les étranges dédicataires de ses sonnets) et lui invente une relation politico-compliquée avec la reine. Il reprend certains éléments avérés de sa vie ou de son oeuvre (tous les néologismes qu'il a inventés par exemple), en explique d'autres (comme la personnalité du personnage principal de Comme il vous plaira) et il lie le tout au parcours initiatique de Rosa. Si on peut regretter une fin un peu gnan gnan et pleine de bons sentiments (mais après tout nous sommes dans un genre qui se complaît dans la guimauve), je dois bien avouer que j'ai passé un fort bon moment avec ce roman plutôt bien fichu et fort drôle qui ne se hisse certes jamais au-dessus du niveau du sympathique divertissement, ce qui, avouons-le sans honte, chers happy few, n'est déjà pas si mal.
David Safier, Sors de ce corps, William! (Plötzlich Shakespeare!), Presses de la cité, traduit de l'allemand par Catherine Barret, 325 pages, 2010 pour la traduction française et pour la parution en VO.
06:00 Écrit par fashion dans Littérature allemande | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
13.09.2010
Corpus delicti
2057. Pour le bien et la santé de tous, l'Etat a instauré la Méthode qui exige de la population qu'elle se conforme à des contrôles quotidiens et à une stricte hygiène de vie afin que nul ne tombe jamais malade. Dans ce monde aseptisé où règne en maître une science jugée infaillible, le cas de Mia dérange tout le monde, et surtout la justice. En effet, la jeune femme est instable depuis qu'elle a perdu son frère, qui s'est suicidé en prison après avoir été jugé coupable du viol et du meurtre d'une jeune femme qu'il a nié jusqu'au bout avoir même rencontrée.
Corpus delicti, sous-titré Un procès, est un roman tout à fait intéressant, chers happy few, qui se sert de l'argument de science-fiction pour dépeindre une société parfaitement glaçante dans laquelle on refuse à l'individu tout libre arbitre et toute réflexion personnelle. Parce que tomber malade coûte de l'argent à la société (toute ressemblance avec des propos entendus ici ou là est bien évidemment purement fortuite), la Méthode a mis en place un système qu'elle juge infaillible, chacun mangeant le nombre de protéines en tube nécessaires à sa bonne santé, faisant un nombre invariable de kilomètres sur son vélo d'appartement et se soumettant tous les jours à des examens de santé qui permettent aux autorités de dépister les éventuelles maladies (il y a des capteurs dans les toilettes par exemple). Dans ce monde sans microbes, il est bien évidemment interdit de consommer des drogues ou des excitants (exit le café ou le thé, bienvenue à l'eau chaude avec deux gouttes de citron) et, corollaire, il est interdit de se soustraire à la Méthode (puisqu'elle veut le bien de l'humanité), de penser par soi-même (dangereux) ou de rêver (parce que non scientifique). Dans ces conditions, l'attitude de Mia, qui veut juste qu'on la laisse faire son deuil en paix, intrigue, déroute puis inquiète les autorités. Et si elle était une dangereuse terroriste, voire même une adepte du DAM (Droit à la Maladie) ? Rédigé dans un style sec et précis, construit en courts chapitres qui font alterner phases du procès et passé de Mia, Corpus delicti est, malgré quelques joutes oratoires parfois un peu longues, un roman efficace et intelligent, chers happy few.
Juli Zeh, Corpus delicti, Un procès (Corpus delicti. Ein prozess), Actes sud, traduit de l'allemand par Brigitte Hébert et Jean-Claude Colbus, 238 pages, 2010 pour la traduction française, 2009 pour la parution en VO.
Le billet de Cuné.
18:06 Écrit par fashion dans Littérature allemande, SF | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : juli zeh, vais-je me réconcilier avec actes sud ?, mon dieu que de suspense, en attendant je lis un ouvrage pour la rentrée littéraire 1120
31.03.2010
"Ecrire c'est embrasser avec l'esprit"
Parce qu'il a une adresse mail qui ressemble à une lettre près à celle d'un magazine, Leo reçoit par erreur le mail d'Emmi, qui souhaite se désabonner. Ils entament une correspondance soutenue, tout en sachant bien qu'ils jouent avec le feu. Comment gérer la naissance des sentiments et l'éventuel passage à la réalité quand en plus, comme Emmi on est mariée et belle-mère de deux enfants ?
Le roman épistolaire est un genre délicat, chers happy few, la preuve, bien peu osent s'y frotter et parmi eux, ceux qui réussissent à transcender ses limites sont encore moins nombreux. Quand souffle le vent du nord est donc un roman épistolaire, par mails, et comme j'avais gardé un excellent souvenir de Mélissa et son voisin de Meg Cabot, bâti sur le même principe, j'ai foncé tête baissée dans l'histoire de Leo et Emmi. Mais ici, pas de chick-lit, pas de situations téléphonées ni de gloussements de collégienne, on est dans une analyse extrêmement fine de la naissance du sentiment amoureux entre deux personnes qui communiquent sans se connaître et qui ne sont pas naïves au point de ne pas comprendre tout de suite dans quoi elles s'embarquent. Leo, surtout, psychologue du langage, homme intelligent, franc, honnête, sincère et drôle (je comprends parfaitement que Cuné en soit tombée follement amoureuse, je l'aurais fait aussi si je n'étais pas aussi accaparée par un certain Docteur) (oui, j'arrive à le glisser dans n'importe quel billet, c'est ça le talent, chers happy few), saisit tout de suite que l'échange de mails entamé par hasard est loin de ne pas prêter à conséquence. Emmi, elle, a plus de mal à s'auto-analyser, empêtrée qu'elle est dans sa vie de famille et dans une relation complexe avec son mari. Ce remarquable dialogue amoureux (car Leo et Emmi ne parlent finalement que de leurs sentiments et de rien d'autre) que l'on lit d'autant plus comme un thriller que les rebondissements s'enchaînent, est servi par une forme épurée au maximum : outre le fait qu'il n'y a bien évidemment pas de narration, il n'y a pas de scories non plus dans les mails (pas de dates, pas d'heures, pas d'adresse d'expéditeur et de destinataire), ce qui permet au lecteur d'entrer de plain pied dans cette correspondance, comme s'il lisait par dessus l'épaule des personnages. Cela crée une intimité folle et participe certainement du succès de ce roman outre-Rhin ; les lecteurs allemands ont tellement aimé qu'ils ont poussé Daniel Glattauer a en écrire une suite, frustrés et furieux d'une fin que j'ai pour ma part trouvée excellente. Quand souffle le vent du nord (quel beau titre) est un roman riche et surprenant qui se sert avec subtilité d'un media contemporain qui a envahi nos vies au point de modifier nos comportements et que je recommande très chaudement, chers happy few.
Daniel Glattauer, Quand souffle le vent du nord (Gut gegen norwind), Grasset, traduit de l'allemand par Anne-Sophie Anglaret, 348 pages, 2010 pour la traduction, 2006 pour la publication en VO.
Elles sont sous le charme de Leo, l'homme qui dit embrasser comme il écrit : Cuné, Celsmoon et Emeraude. Cathulu, elle, a refusé de succomber. Quelle force d'âme.
21:49 Écrit par fashion dans Littérature allemande | Lien permanent | Commentaires (60) | Envoyer cette note | Tags : daniel glattauer, quand souffle le vent du nord, l'homme est un animal virtuel, notre imaginaire nous dépassera toujours, c'est la minute philo, thnax michel serres
24.03.2009
Ah, quelle famille!
Que pensent réellement les enfants de leurs parents ? Un nourrisson aime-t-il vraiment qu'on bêtifie au-dessus de lui ? Que comprend un adolescent de la réaction de son père face au chômage ? Comment réagit un jeune garçon qui ne veut surtout pas qu'on lui dise qu'il est le portrait de son père ? Autant de situations explorées dans ce recueil de nouvelles...
Murs de papier (dont la couverture me plaît beaucoup, et trouve une explication dans la touchante nouvelle Bonjour Monsieur) est un recueil de dix nouvelles de l'auteur autrichien Hanno Millesi qui ont pour thème commun l'analyse de la cellule familiale (oui, je sais, cette phrase est purement informative, c'est un travers que j'ai parfois, vous me pardonnerez, chers happy few, je le sais). Et ce recueil est une excellente surprise! Chaque nouvelle raconte une expérience particulière, vécue par un enfant, dont l'âge varie entre quelques mois (Rhétorique, férocement drôle, dans laquelle un nourrisson se plaint que le babillage incessant des adultes lui barre l'accès au langage) et l'adolescence (Sentiment de culpabilité, qui flirte avec le fantastique et dans laquelle un jeune garçon se voit rejeté par ses parents sans en comprendre la raison ou Souvent, assis pendant des heures devant mon miroir, je réfléchis à mon apparence, qui est la nouvelle la plus terrible du recueil et celle que j'ai préférée, dans laquelle un adolescent préfère se mutiler plutôt que de présenter une quelconque ressemblance avec ses parents). La parole est aux enfants qui dissèquent avec férocité les comportements de leurs parents et qui présentent leur analyse, parfois déroutante, mais souvent ingénieuse des comportements des adultes. Cette narration prêtée aux enfants n'est bien évidemment qu'un prétexte pour dénoncer les travers des couples parentaux. Dérangeant et paradoxalement délicieux.
Hanno Millesi, Murs de papier (Wände aus Papier), Absalon, traduit de l'allemand (Autriche) par Valérie de Daran, 122 pages, 2009
Les avis de Cuné et de Lily
21:01 Écrit par fashion dans Littérature allemande | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : hanno millesi, murs de papier, l'enfance ça peut être terrible, ou pas, être parents n'est pas une sinécure, surtout quand on se lève un samedi à 6h30 pour faire des crêpes
06.03.2009
Les histoires d'amour finissent mal... en général
Ils s'aiment, se quittent, se trompent, se mentent, se languissent... "Ils", ce sont des couples anonymes ou célèbres (Joyce et Nora, Isadora Duncan et Sergueï Essenine), personnages de courtes nouvelles qui dissèquent leurs histoires d'amour.
Si vous êtes réfractaires aux histoires d'amour enrobées de guimauve, si les comédies romantiques vous hérissent le poil, si les chandelles ne servent chez vous qu'à vous éclairer en cas de panne d'électricité, si quand vous entendez le terme de "romantique" vous fuyez à toutes jambes, ce recueil de 16 nouvelles est pour vous, chers happy few. En effet, Annette Mingels (qui a connu un grand succès en Allemagne avec ce Romantiques : Histoires de l'amour) dissèque avec une plume assez oppressante des situations banales et quotidiennes ou met en scène des histoires assez terribles. J'ai d'ailleurs préféré ces nouvelles-là, comme Le déchirement, atroce (et que je ne peux pas raconter sous peine d'en défraîchir l'histoire), Je ne sais pas nager (une histoire tragique de frère et de soeur) ou Romantiques, qui ouvre le recueil et qui montre toute la lâcheté et la veulerie de l'être humain. D'autres racontent des histoires en apparence ordinaires comme Cabrioles (un couple qui se quitte et se retrouve mais dont la relation est vouée à l'échec) ou La saison du flétan (une jeune femme tombe amoureuse du futur mari de sa meilleure amie) mais d'une manière assez pesante. D'autres enfin, m'ont paru étranges, comme Faux-Semblants (un couple aux relations mal définies drague séparément dans un bar pour des raisons inexpliquées) ou Mauvaise traque (une jeune femme fantasme sur son cousin avec qui elle vide la maison de leur grand-père mort). Le style ne m'a pas vraiment emballée, je l'ai trouvé souvent répétitif d'une nouvelle à l'autre comme si Annette Mingels peinait à trouver un ton propre à chaque narrateur, surtout dans les nouvelles racontées à la première personne. Bref, entre la lourdeur du style et les nouvelles elles-mêmes, je ne suis pas vraiment convaincue.
Annette Mingels, Romantiques : Histoires de l'amour (Romantiker. Geschichten von der Liebe), Quidam éditeur, traduit de l'allemand par Martine Rémon, 2009
PS : je suis prête à faire voyager ce recueil. Si vous êtes intéressés, manifestez-vous dans les commentaires.
06:30 Écrit par fashion dans Littérature allemande | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note | Tags : annette mingels, ça donne quand même envie d'aller en allemagne, mais pas de lire joyce, quel personnage détestable, en même temps il a fait suer des générations de lecteur, y aurait-il un lien de cause à effet ?
21.11.2008
Dans le vieux parc solitaire et glacé
Louis est un jeune homme pauvre et brillant. Il entre au service du Conseiller G., directeur d'une usine de produits chimiques et... tombe amoureux de sa femme. Cet amour est partagé mais jamais consommé, car Louis est envoyé par le Conseiller (qui ne sait rien de cette idylle) en Amérique du Sud, où il espère faire fortune. Il promet à la jeune femme de revenir bientôt, mais hélas la première guerre mondiale éclate. Ce n'est que neuf ans plus tard qu'il remettra enfin le pied sur le continent européen mais si la jeune femme est veuve, en revanche Louis s'est marié...
Ce Voyage dans le passé est une nouvelle de Zweig qui a connu un sort étonnant, chers happy few. On n'a longtemps eu de ce texte qu'un fragment publié dans un recueil collectif de 1929. Ce n'est qu'en 1976 qu'on retrouva à Londres un tapuscrit de la main de Zweig, de 41 pages achevées qui composaient cette nouvelle, avec un titre raturé, repris faute de mieux pour la publication. Et il aura fallu attendre 2008 pour que cette nouvelle soit enfin traduite en français, dans un très agréable demi-format sous jaquette chez Grasset qui propose après la traduction le texte original, ce qui est je trouve une excellente initiative (même si je ne parle pas un mot d'allemand, mais là n'est pas la question).
Alors autant dire tout de suite, chers happy few, pour éloigner tout de suite les problèmes de subjectivité, que Stefan Zweig est certainement l'un de mes auteurs préférés et ce n'est pas pour rien que l'une de ses nouvelles figure dans le Fashion Klassik's Challenge. C'est un auteur qui possède le talent rare de faire naître l'émotion par l'analyse psychologique rigoureuse des personnages avec un style éblouissant. Vous voilà prévenus, Stefan, je l'aime. C'est donc tout naturellement que j'ai aimé cette nouvelle, qui décrit de manière très fine une histoire d'amour somme toute banale. La cristallisation et la révélation du sentiment amoureux chez Louis, qui est le personnage principal de cette histoire d'amour raté, et son évolution, sont brillamment rendues. La façon dont le sentiment amoureux se nourrit de concret (les lettres que Louis reçoit) pour s'évanouir peu à peu quand la communication est coupée à cause de la guerre et les raisons pour lesquelles Louis finit par se marier, puis reprendre contact avec la veuve du Conseiller sont incroyables de justesse. C'est pour moi un roman qui démontre que l'amour ne peut être reporté car il demande à s'épanouir à un moment donné et ne se satisfait pas des retards et des délais. Louis tentera bien de souffler sur les braises, pour s'apercevoir que leur amour est devenu une ombre qu'ils s'évertuent à saisir, chacun à leur manière (elle dans le recul, lui dans le désir). C'est très beau.
Stefan Zweig, Le voyage dans le passé (Die Reise in die Vergangenheit), Grasset (traduction de Baptiste Touverey, qui signe aussi un avant-propos), 102 pages de texte français, 173 pages en tout.
Les billets d'Emeraude (merci pour le prêt!) et Stéphanie
PS : le titre de mon billet est emprunté à Verlaine (avec son consentement, of course). Il s'agit du très beau "Colloque sentimental", dont deux vers (faux) sont évoqués par Louis à la fin de la nouvelle et qui rendent parfaitement l'esprit de ce Voyage dans le passé. Je vous livre le poème, car je vous sais avides de kulture, chers happy few (même le vendredi matin, ne niez pas!) :
Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé.
Leurs yeux sont morts et leur lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.
Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.
Te souvient-il de notre extase ancienne?
Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne?
Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?
Toujours vois-tu mon âme en rêve?
Non.
Ah! Les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches :
C'est possible.
Qu'il était bleu, le ciel, et grand l'espoir!
L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.
Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.
PSbis beaucoup plus prosaïque mais il paraît que l'on ne peut pas vivre que de poésie : demain, chers happy few, à partir de 7 heures, il y aura un jeu en ligne, jeu fondé non sur la rapidité des réponses mais sur leur justesse, vous pourrez donc jouer en vous connectant en soirée et même dimanche, c'est incroyable. Ne le ratez surtout pas car il y aura des cadeaux!
06:30 Écrit par fashion dans Littérature allemande, Révisons nos classiques | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : stefan zweig, verlaine, l'amour survit-il au temps qui passe ?, la chimie ça peut être sexy aussi finalement, (oui, je sais, j'ai réussi à placer sexy)
07.03.2008
Je est un autre
Nous sommes en Silésie, aux frontières de la Pologne, au XVIIIème siècle. Christian von Tornefeld, jeune noble suédois, a déserté l'armée suite à un soufflet qu'il a donné à un de ses supérieurs qui avait insulté Charles XII, le roi de Suède. Lors de sa cavale, il rencontre un voleur, homme sans nom, qui lui, fuit la justice, incarnée par le terrible capitaine des dragons, Maléfice. Par amour pour la cousine de Tornefeld, Maria-Agneta, le voleur usurpe l'identité de Christian après envoyé celui-ci aux travaux forcés, dans les forges de l'évêque...
Voilà un roman qui m'attendait depuis longtemps dans ma PAL, chers happy few, et la réorganisation de cette dernière, qui est passé d'un stade horizontal chambranlant à un stade vertical stable et ordonné, m'a permis de remettre la main dessus. Et je ne regrette qu'une chose, c'est d'avoir attendu si longtemps pour le lire! Leo Perutz, né en 1882 à Prague, écrivain autrichien de langue allemande, était tombé dans l'oubli d'où il a été sorti par Borges (excusez du peu) et c'est bien parce qu'il le valait bien. C'est un écrivain absolument remarquable, qui donne ici la pleine mesure de son génie narratif et stylistique. L'histoire en elle-même est fascinante et de facture classique : sur le thème du double, Perutz brosse une histoire de fatalité et de destin. Les deux héros, à cause de la machination du voleur, intervertissent leurs vies (ou du moins ce qu'elles auraient pu être car nul ne dit que Christian aurait fait pour Maria-Agneta ce que le voleur a fait par amour pour elle) mais ils se retrouvent finalement rattrapés de manière douloureuse par le destin. C'est un fabuleux roman d'aventures, plein de péripéties et de rebondissements mais c'est aussi et avant tout une histoire d'amour, celui du voleur pour Maria-Agneta, à la base de la folle substitution qu'il opère et surtout de cet homme sans nom pour sa fille, Maria-Christine, pour qui il bravera la mort et abandonnera tout. C'est aussi un roman légèrement et subtilement fantastique, dans l'apparition du fantôme du meunier comme dans les forges de l'évêque, fourneaux de l'enfer qui ne semblent se dresser que pour hanter la conscience du voleur. Le tout narré par une plume brillante, vive et alerte, dans une construction impeccable, qui tient en haleine le lecteur d'un bout à l'autre d'une intrigue brillamment menée.
Faut-il le dire ? Disons-le : un chef-d'oeuvre, chers happy few!
Leo Perutz, Le cavalier suédois, Phébus libretto (traduit de l'allemand par Martin Keyser)
L'avis de Kalistina et des rats de bibliothèque
PS : comme je ne veux pas être condamnée à une vie de souffrance sans rosto misto et sans cassoulet, je remercie chaleureusement ma mère de m'avoir prêté ce livre!
06:30 Écrit par fashion dans Littérature allemande | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note