23.03.2011

"Kant ? Bof, un type qui est mort puceau..."

Quand le colis de L'Express contenant la sélection du mois de mars pour le Prix des Lecteurs est arrivé, happy few de mon coeur angora, j'ai soupiré : après m'avoir infligé la lecture du dernier Angot, voilà-t-y pas qu'ils s'étaient mis en tête de me faire lire le dernier Jardin, qui est certainement un gentil garçon, hein, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, mais c'est aussi le roi des mièvreries (et ses conseils sur l'inénarrable site Fanfan 2 font de lui un danger public : soyez fou, chers happy few, et appliquez une de ses recettes, comme ça, pour le fun, vous verrez que si vous ne passez pas pour un idiot auprès de votre dulcinée, il y a de fortes chances que vous vous retrouviez au commissariat). Bref. J'ai donc évacué cette lecture en premier, c'est du Jardin, aucun intérêt, ça se lit vite, ça s'oublie aussi sec. Et puis, confiante, j'ai baissé ma garde et j'ai attaqué

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Du pur amour et du saut à l'élastique de Frédéric Pagès.

Oh. Mon. Dieu.

Je pense qu'il y a une cabale contre moi, je ne vois que ça.

(Je vous jure que si dans la prochaine sélection, il y a le dernier Réjault, je me suicide par ingestion de fraises tagada dans les bureaux de L'Express.)

D'après la quatrième de couverture, il s'agit d'un "roman farcesque, ubuesque et picaresque", ce qui aurait évidemment dû me mettre la puce à l'oreille (l'expérience prouve que plus les références sont prestigieuses, moins elles sont méritées, ça se vérifie à tous les coups). Du pur amour et du saut à l'élastique n'est en effet rien de tout cela (faut arrêter le Nutella, les gars, c'est manifestement un hallucinogène puissant) : c'est un vaste foutoir lourdingue à l'humour indigeste. Construit comme un road-movie, ce roman s'attache aux pas de Max de Kool, qui tente pour la cinquième fois de décrocher l'agrégation de philosophie (ne nous étonnons pas qu'il ne l'ait jamais eue, lui qui ne sait même pas ce qu'est un palindrome, comme nous l'apprend une édifiante conversation avec un vigile). Après une brève liaison avec un mannequin des jambes qui veut l'éloigner du chemin de la réflexion (toujours se méfier des belles femmes, chers happy few, la preuve), Max a une épiphanie, abandonne les études et monte dans le premier bus qui passe. Il va alors de rencontre en rencontre, chaque personnage croisé apportant sa pierre à... quoi ? Je serais bien en peine de répondre à cette épineuse question, tant je suis sortie exténuée de ce roman qui accumule les jeux de mots indigents (" 'L'homme de ma vie...' Max ne peut s'empêcher de penser : '...et le vit de mon homme.' " n'en est qu'un exemple parmi des dizaines d'autres) (ah, celui-ci est excellent aussi : "J'ai fait des études supérieures de gigolo. Gigol' Sup', ça s'appelle chez nous...", je ne sais pas vous, chers happy few mais j'en pleure de rire, non, pas vous, vraiment ? étonnant), les situations téléphonées (les étudiants de l'école de commerce ont failli avoir raison de ma patience déjà bien mise à mal par la fliquette philosophe et la rescapée du télésiège), l'onomastique appuyée (Blandine offre à Max un très beau stylo, un ... Annapurna (admirons, chers happy few, quel talent, hu hu), elle tente de le faire travailler pour un homme creux habilement nommé Karlo Pipo et au cas où la lectrice peu perspicace n'aurait pas suivi (n'oublions pas qu'elle vient de s'enfiler la lecture du dernier Jardin, ça laisse des traces), Max trouve bon de préciser que "cette nouvelle vie n'est que pipeau, comme Karlo Pipo le bien nommé", oh la la, je n'avais pas compris toute seule, merci Saint Frédéric de participer à mon illumination), les redondances (que celui qui n'a pas retenu la phrase de Kant sur le sublime aille immédiatement prendre ses cachets pour la mémoire) et, cerise sur le gâteau, la subtile auto-référence (on croise un personnage nommé Botul, on ne sait jamais, des fois que le lecteur, charmé par ce style inimitable ait envie de lire ce que Pagès a commis avant). Malgré sa brièveté (200 pages trèèèès aérées), Du pur amour et du saut à l'élastique est un pensum de la plus belle eau, chers happy few.

Frédéric Pagès, Du pur amour et du saut à l'élastique, Libella-Maren Sell, 206 pages, 2011

11.02.2011

Les Petits - Christine Angot

(oui, je sais, me connaissant, fidèles happy few, vous frémissez) (et vous avez raison)

Jadis, dans la liste des auteurs-que-jamais-je-ne-relirai-même-si-pour-cela-je-dois-renoncer-pour-toujours-au-caffe-latte-vanille-du-starbucks, figuraient pêle-mêle des auteurs à mèche, des auteurs à frime, des auteurs à chemise ouverte, des auteurs à best sellers, que j'avais, dans un moment d'égarement, critiqués publiquement. Eh bien, j'ai été punie par où j'avais péché, chers happy few, car le destin vengeur, en la personne du Prix des lecteurs de L'Express m'a envoyé un roman qui fait passer Beigbeder pour le digne successeur de Proust et qui me ferait presque dire que Réjault mérite le Goncourt :

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Les Petits de Christine Angot, qui s'est révélé être la lecture la plus éprouvante de ces dernières années, parce que j'ai dû, par conscience professionnelle le lire jusqu'au bout, ce qui, croyez-moi, m'a terriblement coûté. Non pas en raison de l'histoire, qui n'est finalement ni plus banale ni plus emplie de clichés que le tout-venant de la littérature française contemporaine qui a les honneurs de la presse, mais à cause du style, illisible.

Mais avant d'entrer dans le détail, impatients happy few, pitchons, parce qu'on ne sait jamais, vous pourriez être noyés dans la profondeur et la densité de l'histoire. Billy et Hélène se rencontrent, s'aiment, prennent un appartement, font des enfants mais Hélène est une salope caractérielle qui cherche par tous les moyens à faire sortir Billy de sa vie et à garder les enfants. Ce qui aurait pu donner matière à un bon roman (après tout, même si le thème est bien rebattu, la toute puissance féminine et maternelle est un sujet intéressant s'il est bien traité) est déjà mis à mal par le rajout du thème du métissage (Billy est antillais) au service d'une bien-pensance très maladroite, le portrait à charge étant uniquement réservé à Hélène (ce qui n'est pas étonnant puisqu'on découvre aux trois quarts du roman que la narratrice est la nouvelle compagne de Billy)*, ce qui dilue un propos qui, croyez-moi, n'avait pas besoin de ça.

Jetons un voile pudique sur les incohérences narratives, preuve manifeste que chez Flammarion on a oublié ce que signifiait le terme "éditer" (p. 11 Hélène prend un appartement à Belleville, p. 14 l'appart' s'est déplacé tout seul comme un grand à Montparnasse, notre couple obtient un appartement de l'OPAC en trois jours, on change les couches d'enfants qui vont déjà à l'école, le temps ne s'écoule pas de la même manière que pour nous autres pauvres mortels (en un an, les personnages font des choses qui devraient en prendre au moins deux) : en fait je pense que ce roman est une uchronie, je ne vois que ça), et concentrons-nous sur ce qui fait tout le sel de ce roman, son style inimitable.

Dans Les Petits (et je me cantonne volontairement à ce titre, n'en ayant pas lu d'autres auparavant) (je ne connaissais pas mon bonheur), Angot multiplie les tics d'écriture, au premier rang desquels la parataxe. Fi des connecteurs temporels ou logiques, enfin voyons, c'est sooo yesterday, non, moi Madame je n'ai qu'une amie, la virgule, qu'un amant, le point. (En même temps, comme les conjonctions de coordination sont systématiquement employés à contresens (ce qui fait chic je suppose), il vaut peut-être mieux qu'elle s'en tienne effectivement à la virgule.) Ce qui donne ce que les critiques littéraires appellent avec des trémolos dans le clavier "la syncope durassienne" (excusez-moi, je vais rire deux minutes et je reviens) et qui entrave terriblement la lecture de la lectrice lambda. Pour que vous saisissiez toute l'ineffable beauté de la chose, je ne résiste pas à la tentation de la citation :

"Elle fait très attention à son corps. Elle est très attentive à l'hygiène. Quand les enfants sortent des toilettes, ils entendent "lave-toi les mains" la chasse d'eau à peine tirée. Elle s'épile entièrement. Elle choisit soigneusement les produits qu'elle utilise pour le corps. Elle regarde la fabrication, les composants. Elle s'épile même le pubis. Elle prétend qu'elle est plus à l'aise. Elle le fait elle-même, elle a un rasoir, elle achète de la cire. Elle n'aime pas les poils, elle aime sa peau glabre. Elle allaite ses enfants."

Le fameux style Angot dont on nous rebat les oreilles, c'est donc ça, sur 187 pages (et dans les dernières, elle a découvert le point de suspension comme marqueur du stream of consciousness, c'est juste à hurler de rire) (ou à pleurer, oui, aussi, un peu). Moi je dis qu'un style pareil devrait être interdit par la Convention de Genève. (Et je ne vous parle même pas des phrases qui sont carrément syntaxiquement incorrectes, comme "Hélène dit, mais pas comme ça tout de suite quand il arrive, elle sait qu'il n'est pas d'accord avec leur bouddhisme, qu'il n'est pas ravi que la voisine soit assise là confortablement, il ne le cache pas, il ne la calcule pas, il regarde les factures qui sont au courrier, il embrasse les enfants, ils sont en désaccord total sur ces questions, il a dit à Clara qu'il allait partir un jour, il n'a pas encore découvert que la Kyokaï est une secte, il a des soupçons." : celui qui trouve ce que dit Hélène gagne un paquet de fraises tagadas, joueurs happy few) (non, je ne vous demande pas de rétablir la syntaxe, il y a trop de boulot).

Deuxième tic, la redondance. Les synonymes, c'est manifestement over has been. Regardez dans le premier extrait cité (et pris au hasard, tout est de la même eau) : attention/attentive ; s'épile/s'épile/poils. Les critiques ont trouvé un magnifique adjectif pour caractériser cette lourdeur lexicale : c'est "incantatoire". Toutafaitement. D'ailleurs, quand un élève me rend une copie de ce style, j'écris dans la marge "incantatoire" et pas du tout "vocabulaire pauvre et redondant, achète-toi un dictionnaire d'urgence". Et cette redondance stylistique est reprise par la redondance du contenu : vous voyez comme le sujet du poil revient alors qu'elle semblait être passée à autre chose, et je ne peux pas vous dire pas combien j'ai relevé d'occurrences de cette histoire d'hygiène des mains dans le roman parce que j'ai arrêté de compter à la sixième.

Enfin, troisième et dernier tic d'écriture : le psychologie de la liste de courses. Chez Angot le personnage n'est pas incarné, il ne vit que parce qu'elle énumère ce qu'il est, ce qui donne ces interminables : "Il aime Paris. Elle mange bio. Ils sont végétariens. Ils ont un point commun." Autant vous dire que tout cela conjugué ad nauseam, c'est avec un profond sentiment de soulagement que j'ai refermé cet interminable roman dont je n'infligerai même pas la lecture à mon pire ennemi, ce qui n'est pas peu dire, chers happy few.

 

Christine Angot, Les Petits, Flammarion, 187 pages, 2011

 

*J'ai découvert que ce serait Angot elle-même. Ne voulant pas entrer dans le vaste débat oeuvre/vie de l'auteur, je me contente de vous renvoyer à l'article du Nouvel Obs sur la très discutable "méthode Angot".

Petite information qui n'a que peu de rapport mais je suis une persifleuse, tout le monde le sait : les chiffres de vente de la réédition de Léonore, toujours avaient, un mois après sa sortie, atteint le chiffre faramineux de 100 exemplaires (source). Depuis, ses amis les critiques se sont peut-être mobilisés... Ah, non, c'est vrai, ils n'achètent pas de livres, eux.

31.12.2008

Paradis terrestre

5133KAFCHML__SL500_AA240_.jpg A Clude, plat pays, on ne cultive que des tomates plates, sur lesquelles tombe une pluie plate. Les habitants vivent en harmonie et en bonne intelligence, ignorant les affres de la jalousie et du capitalisme. Mais ce bonheur tente des requins : une armada de vendeurs en tous genres investit le village...


Ce n'est qu'en refermant ce Pays des tomates plates que je me suis rendue compte, chers happy few, que j'aurais pu inclure Beignets de tomates vertes (que j'ai tant aimé) dans le Challenge Le Nom de la Rose, catégorie plante donc, ce qui m'aurait épargné cette lecture fastidieuse et laborieuse au possible. J'ai en effet trouvé l'histoire de ce petit village réfractaire au profit et ouvert à l'amour d'un inintérêt total. Sur une histoire d'une banalité affligeante (la 4ème de couverture, qui parle d'un "réalisme ingénu à la Marcel Aymé" me faisait craindre le pire et j'avais bien raison : avez-vous remarqué comme plus on invoque de prestigieuses influences, plus le roman est mauvais, chers happy few ?), le lecteur d'abord incrédule puis de en plus affligé, voit défiler poncif sur cliché. Les habitants de Clude (toponyme qui donne lieu, tenez-vous bien à une invention in-cro-ya-ble : tous les habitants ont un nom qui commence par Cl) (je vous avais dit que vous seriez épastouflés, chers happy few) sont des gens honnêtes et bons, qui ne mettent pas d'engrais dans leurs tomates, vivent en symbiose avec la nature, appliquent la démocratie et pratiquent l'amour libre. Comme vous le voyez, chers happy few, il s'agit de faits proprement révolutionnaires. La fable (car il paraît d'après toujours cette 4ème de couverture d'anthologie écrite manifestement par un génie sous acide de chez Pocket que c'en est une) est martelée à coup de gros sabots sans humour ni drôlerie, on nous raconte tout bien en détail au cas où le lecteur, aussi benêt qu'un cludien, n'aurait pas tout compris et la fin (à laquelle je suis parvenue à grands renforts de soupirs, de yeux au ciel et de pages lues en diagonale, j'avoue tout) réussit l'exploit d'être à la fois totalement attendue, complètement risible et atrocement niaise. Du grand art, qui prouve si besoin était que n'est pas Marcel Aymé qui veut.


Georges Coulonges, Le pays des tomates plates, Pocket, 2002, 258 looongues pages et une couverture atroce.


Le billet de Chimère, qui a aimé.


Il s'agissait d'un livre Lotobook : merci Isabelle L.!

Roman lu dans le cadre du Challenge Le Nom de la Rose, catégorie plante. J'en ai lu 6/6! J'ai donc bouclé in extremis le Challenge Le Nom de la Rose, en lisant les 4 derniers titres au tout dernier moment, on ne se refait pas. Voilà qui mérite d'ouvrir la bouteille de champagne qui attendait patiemment que les microbes désertent, non ?

10.11.2008

A la recherche de soi

51%2BDxB07joL__SL500_AA240_.jpg La narratrice, une femme sans âge mais au passé manifestement encombrant et flou s'invite chez Roland, son ancien psy, qui vit retiré à la campagne depuis un accident cérébral. Grâce aux contes de fées qu'il laisse à son chevet et à ses rêves étranges, elle met à plat une partie de sa vie...


Voilà typiquement le genre de roman, chers happy few, qui avait tout pour me plaire : les contes de fée et la psychanalyse sont deux sujets que je trouve fascinants et qui, bien traités, peuvent servir de base à des romans passionnants. Hélas, trois fois hélas, c'est loin d'être le cas ici. Les contes de fée ne sont jamais analysés mais paraphrasés d'une manière totalement inintéressante (affirmer comme si c'était la révélation du siècle que La Belle au bois dormant est un conte sur l'attente ou que Blanche-Neige explore les relations mère-fille, c'est franchement bien léger). La narratrice en cite de longs extraits qu'elle résume ensuite, ce qui crée évidemment de nombreuses répétitions et si ce besoin de répéter se comprend parfaitement dans le cadre d'une analyse (puisque c'est à ça qu'elle se livre), c'est vite lassant pour le lecteur, que rien ne viendra sauver de l'ennui abyssal de cette lecture, ni l'analyse transparente et bourrée de clichés de rêves aussi répétitifs que le reste (comment un aussi court roman arrive-t-il à tourner en rond à ce point est d'ailleurs un insondable mystère) ni le style, d'une affligeante platitude. Ajoutons à cela que j'avais vite compris quelle serait la chute de ce cheminement intérieur et vous comprendrez que tout cela fait que j'ai frôlé l'abandon à plusieurs reprises, retenue par la brièveté du roman. Cette première lecture de Nathalie Rheims est pour moi un échec total, chers happy few.


Nathalie Rheims, Le chemin des sortilèges, Editions Léo Scheer, 180 pages

Merci à Suzanne de Chez les filles qui m'a fait parvenir cet ouvrage.

Je suis la seule rabat-joie (mais ça arrive suffisamment souvent pour que je ne me froisse plus) d'une déjà longue liste de lectrices :
Karine, Leiloona, Lucie, Malice, Saxaoul, Stéphanie, Sylire
Ah, un avis semblable au mien : celui de Calepin.


PS : pour lire des ouvrages utilisant parfaitement les contes de fée, de manière à la fois personnelle et pertinente, je vous recommande encore The book of lost things de John Connolly (dont j'ai parlé ici), Ludwig Revolution, un manga très réussi qui tire des contes tout le sadisme et la perversion qu'ils contiennent et en livre une analyse réjouissante et drôle et La compagnie des loups d'Angela Carter.

17.04.2008

Le roman de Stern

1931289914.jpg Roman Stern est un paumé. Il n'a pas de travail, un appartement merdique, pas de femme, pas d'amis, plus de famille. Sa seule particularité : il attire les gens qui veulent se plaindre de leur vie et qui prennent ses oreilles pour un déversoir...


En ce moment, chers happy few, la vie est difficile : je suis malade, les vacances approchent à la vitesse d'une limace anorexique, j'ai beaucoup de travail (que je fais à la vitesse d'un escargot neurasthénique, y a pas de raison) et en plus, certaines, que je ne nommerais pas car ma bonté est sans égale, se plaignent ici et là que je suis une horrible tentatrice qui fait traîtreusement monter le niveau des LAL et des PAL. J'ai donc décidé de me rattraper et de vous parler d'un roman que je n'ai pas du tout, mais alors pas du tout aimé (j'annonce la couleur dès le début, faisant fi de tout suspense, mon sens de l'annonce s'est dissout dans les antibiotiques, ça arrive parfois même si c'est un des effets secondaires qui ne figure pas sur les notices...).

Bref. Dans ce récit assez court (mais pas assez à mon goût), nous suivons les maigres tribulations de Roman, personnage inintéressant, qui se présente comme tel plusieurs fois, preuve qu'il fait quand même preuve de lucidité, ce qui est déjà une qualité, mais c'est bien la seule. Le problème c'est que j'ai l'impression que nous sommes dans une posture qui m'est insupportable : "Je suis un paumé, je raconte des histoires de paumé dans un style de paumé et si vous n'aimez pas, c'est que vous ne comprenez rien à la distanciation, au second degré, à que sais-je encore, la migration des alouettes." Partant de ce postulat, il n'est guère étonnant de lire une histoire sans intérêt aucun, tous les événements conduisant immanquablement à un cul-de-sac puisque Roman est strictement incapable de saisir les opportunités qui s'offrent à lui (quand on vous dit qu'il est pau-mé, le pauvre) et comme rien ne vient pallier les baillements suscités par l'absence d'intrigue (et surtout pas le style, ni fait ni à faire, d'une fausse neutralité émaillée parfois de tournures branchées ou de piètres jeux de mots qui font hausser le sourcil du lecteur qui se demande encore combien de pages il va bien pouvoir tenir à ce rythme avant de déclarer forfait), on s'ennuie ferme.


Un achat que je vous épargne donc, chers happy few, pour me remercier vous pouvez m'envoyer un stoptou. Ou un chamallow, je ne suis pas difficile.


Samuel Benchetrit, Récit d'un branleur, Pocket


Le billet de Majanissa (pas emballée)


PS : il s'agit d'un livre Lotobook : merci encore Clémence!

EDIT de 17h51 :
Pour répondre à l'interrogation de Delphine, qui se demandait avec un brin d'angoisse à quoi pouvait bien ressembler un stoptou, Erzébeth est allée chercher une image et je vous la livre, chers happy few! (si ce n'est pas du travail d'équipe, ça!)

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Et Erzébeth a raison : avec son emballage digne de la Russie communiste qui cache un goût divin, c'est un bonbon de happy few!

02.09.2007

Rien ne va plus

Figurez-vous chers happy few, que je suis parfois d'une inkulture incommensurable et qu'il y a de nombreux auteurs français que je n'ai jamais lus, pour de nombreuses raisons, pas forcément avouables. Au nombre de ces malheureux auteurs dont tout le monde parle et sur lesquels mon regard ne s'est jamais posé, le clan des -el (Blondel, Claudel), Philippe Jaenada, Jean Teulé, Stéphanie Janicot et ... Olivier Adam. Comme son dernier roman fait partie de la rentrée littéraire et qu'il fait couler de l'encre ici ou , j'ai décidé de me pencher un peu sur l'oeuvre de ce monsieur et j'ai acheté (d'occasion, j'avoue tout) Je vais bien, ne t'en fais pas.


6be2a685d68f79358f3ff901c6171750.jpg Claire a 22 ans. Caissière à Shopi, elle traîne sa dépression et ses complexes depuis deux ans, depuis que son frère, Loïc, a disparu sans laisser d'adresse. Elle reçoit de temps en temps une carte postale, qui porte un laconique "Je vais bien, ne t'en fais pas". Elle décide un jour de partir à sa recherche...


Je vais vous dire, chers happy few, de ma vie de lectrice longue et bien remplie, je n'avais jamais lu un roman aussi sinistre. C'est glauque, ça poisse, la vie est moche, que ce soit celle des parents de Claire dans leur pavillon de banlieue, muets autour d'un drame, ou celle de Claire à Paris, exploitée par des hommes sans scrupules. C'est bourré de clichés : la lutte des classes, l'exploitation de la caissière, si jolie mais un peu cruche, les intellos entre eux, forcément salauds, hein, ils ont fait des études, le comble étant atteint par l'irruption inattendue de Julien, personnage qui apparaît comme un cheveu sur la soupe afin de justifier la chute du roman et qui est le seul à pouvoir vraiment tomber amoureux de Claire puisqu'il a grandi dans la même ville. CQFD. Le dénouement est tellement attendu qu'on finit par trouver le temps long alors que le roman est très court, le tout desservi par un style comme je ne les aime vraiment pas : présent de l'indicatif, phrases courtes, aucun mot de liaison, des phrases nominales, absence d'adverbes...


Chers happy few, je ne vous le conseille vraiment pas, oeuvrant ainsi pour le bien-être de vos LAL et de vos PAL!



Olivier Adam, Je vais bien, ne t'en fais pas, Pocket


L'avis de Stéphanie, pas plus emballée que moi.


PS : je précise que je n'ai pas vu le film adapté de ce roman et qui, d'après ce que j'ai cru comprendre, est assez réussi.

03.06.2007

Mère et fille

Chers happy few, j'ai décidé de militer pour le régime drastique des LAL, ayant entendu, ici et là, de pauvres carnets se plaindre et de malheureux blogueurs verser des larmes amères... J'ai donc passé un pacte avec Ekwerkwe  (sans rien signer avec mon sang, je vous rassure) et j'ai décidé, de temps en temps, de vous parler d'un roman que je n'ai pas aimé, attitude hautement chevaleresque de ma part et pour laquelle vous pourrez me remercier...en livres évidemment!

 

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 J'inaugure cette rubrique avec un recueil de nouvelles : Insecte de Claire Castillon. Bon, déjà chers happy few, je dois vous avouer que la nouvelle est un genre que je trouve très difficile et que je suis toujours un peu réticente avant la lecture. J'ai tendance à m'intéresser plutôt aux nouvelles d'auteurs que j'aime déjà (comme Gaiman par exemple ou Benacquista) et j'essaie dans la mesure du possible de ne pas découvrir un auteur avec des nouvelles (je dois être la seule en France à ne pas avoir vraiment aimé Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part de Gavalda). Ce recueil avait eu d'excellentes critiques à sa sortie et le hasard (cette entité bien connue des blogueurs en général et de Tamara en particulier) l'a mis sur ma route...

Ce recueil de nouvelles s'articule autour des relations mère-fille. Chacune met en scène en quelques pages une forme de manipulation plus ou moins perverse, plus ou moins malsaine, qui va jusqu'au meurtre ou au sacrifice de soi. Les points de vue varient, les histoires étant racontées du point de vue de la mère ou de la fille même si le second cas m'a semblé plus fréquent. Les thèmes sont variés : mère qui a une liaison avec le mari de sa fille qu'elle manipule à coup d'anxiolytiques, mère qui croit que son mari a des relations incestueuses avec leur fille et qui n'intervient pas, enfant handicapée mentale que la mère veut abandonner et qui se venge en l'assassinant, mère infanticide... comme vous pouvez le constater, les histoires sont d'une légèreté aérienne et respirent la joie de vivre...

Je ne veux pas faire de la psychologie de comptoir (bon ok, un peu quand même), ni mélanger la vie et l'oeuvre (encore que malheureusement la posture de certains écrivains contemporains nous y oblige), mais je me demande bien quelle relation l'auteur peut avoir avec sa propre mère pour qu'aucune histoire ne soit tout simplement une histoire d'amour (et qu'on ne vienne pas me dire que les manipulations affectives sont une forme d'amour). Bref, malgré un style convenable, c'est un recueil qui ne présente pas grand intérêt, éminemment contournable... et oubliable (je l'ai lu il y a trois jours et je n'arrive pas à me souvenir de toutes les nouvelles)!

 

Claire Castillon, Insecte, Livre de Poche

 

PS : suite à un petit voyage innocent boulevard Saint Michel, je suis l'heureuse possesseuse de la version BBC d'Orgueil et préjugés, enfin! Malheureusement, un emploi du temps chargé, à base de kermesse, de théâtre et de Roland Garros, m'a empêchée de me livrer à la contemplation de ce chef-d'oeuvre annoncé. Ne vous étonnez pas si je disparais momentanément de la circulation : c'est la faute de Darcy! (et d'une certaine personne qui m'a innocemment demandé de faire un billet sur le beau Colin, billet pour lequel un certain investissement intellectuel est évidemment nécessaire, au nom d'une certaine rigueur de l'analyse...)