01.11.2009

Hoche-Vite

le garçon en pyjama rayé.jpgBruno a 9 ans, et il est le fils d'un officier SS à qui Hitler donne la direction du camp d'Auschwitz. Brutalement déraciné (la famille vivait dans une vieille demeure berlinoise), livré à lui-même, le petit garçon s'ennuie terriblement dans ce nouvel univers pour le moins étrange : personne ne veut lui expliquer qui sont ces gens en pyjama rayé de l'autre côté du grillage ni pourquoi il ne faut pas en parler. Bruno développe à leur égard une curiosité de plus en plus intense jusqu'au moment où il rencontre un jour, loin de sa maison, un jeune garçon de son âge derrière le grillage. Ils deviennent amis.

 

 

Le garçon en pyjama rayé de John Boyne est sorti en 2006 et a été immédiatement traduit en français, chers happy few, et Gallimard a profité de la sortie du DVD de l'adaptation en août dernier pour le rééditer dans un nouveau format très agréable dans lequel j'ai enfin découvert ce roman couvert de prix qui s'est vendu à plus de 5 millions d'exemplaires dans le monde, ce qui n'est pas étonnant tant le traitement du thème de l'Holocauste est ici original et fort. Il ne faut surtout pas en savoir trop en ouvrant cette fable (car c'en est une, tant dans l'histoire qui est peu vraisemblable que dans le personnage de Bruno, tellement naïf qu'il en paraît parfois un peu attardé), qui est une indéniable réussite. L'histoire est très frappante, grâce notamment au choix d'une narration à la troisième personne mais qui suit totalement les pensées et le raisonnement de Bruno : on a l'impression d'être dans la tête de ce petit garçon tout en anticipant l'intrigue, puisque nous savons décrypter ce que Bruno ne comprend pas, ce qui crée un climat très pesant et concourt évidemment à la réussite de la chute, poignante et inéluctable. Un très bon roman, à faire lire dès 13 ans.

 

 

John Boyne, Le garçon en pyjama rayé, Gallimard jeunesse, 186 pages, 2009, existe aussi en Folio junior

 

Les avis de Karine, LaureTamara.

17.10.2009

(N)ever more

eternels.jpgEver (l'héroïne au prénom le plus improbable de toute la littérature mais qui doit permettre à Alyson Noël de placer quelques jeux de mots, du moins je le suppose vu que j'ai lu la traduction française) est une jeune fille comme les autres qui mène une vie parfaite avec ses parents, sa chipie de soeur, ses nombreux petits copains et ses copines pom-pom girls. Mais un jour c'est l'accident : pour éviter une biche (car il a un grand et bon coeur), son père les précipite tous dans le ravin (oui, je sais, c'est un peu crétin comme accident mais faut ce qu'il faut pour que l'héroïne devienne une héroïne). Ever est la seule à survivre (Alyson Noël nous tue même le chien, Caramel, ce que personnellement j'ai un peu de mal à lui pardonner, mais elle sauve la biche, manifestement on ne peut pas tout avoir) et après un mois d'hôpital, elle déménage en Californie chez sa tante Sabine, qui a une très grande maison avec jacuzzi (très important le jacuzzi, c'est un enjeu de taille, il y a même une scène qui manque lui être consacrée mais Alyson se rattrape in extremis, on n'est pas dans un Harlequin non plus, non mais). Le hic, c'est que la pauvre Ever a hérité de son accident de terribles pouvoirs psychiques : elle lit dans les pensées des gens et elle perçoit leur aura. Comme elle ne sait pas gérer son nouveau pouvoir, elle ne va pas très bien la pauvre, et elle dissimule son chagrin et son angoisse sous des sweat-shirts trop grands. Et puis un beau matin, arrive Damen, un garçon si beau que tout le lycée arrête de respirer (je peux vous assurer d'expérience qu'il n'y a jamais de garçon de ce type dans les lycées français, je devrais migrer aux Etats-Unis, tiens) et qui, évidemment, va tout changer dans la vie d'Ever grâce au pouvoir supersonique de ses yeux sombres frangés de longs cils...

 

Ce roman, véritable best-seller aux Etats-Unis, contient à mon avis une date de péremption, chers happy few : si vous avez plus de 14 ans, vous pouvez vous abstenir de le lire, à moins que vous ne vouliez comme moi, passer votre temps à pouffer devant l'énormité des dialogues et des situations. Pour ne rien vous cacher, j'ai failli abandonner cette lecture aux environs de la page 150, tant j'avais l'impression de lire quelque chose qui n'était pas Twilight tout en étant Twilight. La situation initiale est en effet décalquée de Fascination : une jeune fille déracinée, mal dans sa peau, voit arriver dans son lycée un garçon trop beau pour être vrai et qui par un heureux et improbable hasard scénaristique, semble ne s'intéresser qu'à elle. Mais là où Stephenie Meyer, malgré tous les défauts de son roman, parvenait à brosser un portrait plutôt juste de l'adolescente lambda confrontée au surgissement du désir amoureux, Alyson Noël de son côté, tombe dans le grand n'importe quoi.

Du côté de l'intrigue, point de vampires (Damen qualifie à un moment leur existence de "science-fiction" ce à quoi la pinailleuse que je suis à rectifié in petto : "fantastique, jeune homme, pas science-fiction") mais, tenez-vous bien, des Immortels. Ils ne sont que deux (enfin, pour l'instant, parce qu'une suite est prévue), on ne sait absolument pas comment ils sont devenus immortels mais ils ont des supers pouvoirs vachement plus glamour que de pouvoir grimper aux arbres. Damen, par exemple, outre le fait qu'il sait tout faire (il cuisine comme Bocuse, peint comme Picasso, écrit comme Shakespeare, conduit comme Fangio, normal cela fait 600 ans qu'il traîne sa beauté sombre sur la terre) (il a même été mannequin à New-York, c'est dire l'étendue de ses talents), lit dans les pensées (c'est la moindre des choses et ça permet de gagner aux courses) et a la capacité de transformer le réel "grâce à la physique quantique" (je vous jure que je cite le texte, happy few de peu de foi) et ce qu'il préfère c'est, tenez-vous bien, faire apparaître des tulipes rouges, symboles d'amour éternel (oups, je vous ai spoilé la fin, chers happy few, my bad) sous les pas d'Ever. Il y a évidemment une grande méchante et la pauvre Ever, dont l'évolution psychologique aurait pu être intéressante si elle avait été mieux écrite (après tout, c'est une histoire de deuil et de culpabilité) se retrouve contrainte de l'affronter mais je vous rassure tout de suite, tout finira bien pour notre blondinette qui dans le processus, perd son affreuse cicatrice cachée sous sa frange et abandonne ses jeans informes pour des mini-jupes (c'est beau la rédemption). Elle apprend au passsage que Damen et elle, c'est une histoire qui dure depuis des siècles grâce à l'idée la plus fendarde du bouquin : Alyson Noël a en effet inventé la réincarnation infinie. Ever ne cesse de vivre des histoires incomplètes avec Damen et elle meurt à chaque fois avant qu'ils n'aient pu consommer leur amour, ce qui donne lieu au dialogue le plus drôle de ce roman qui plaira assurément beaucoup aux adolescentes. Pour ma part, n'ayant plus 14 ans depuis quelques années, j'arrête là ma découverte de ce "phénomène" : le tome 2 ne passera pas par moi.

 

Alyson Noël, Eternels, tome 1 : evermore, Michel Lafon, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Laurence Boischot et Sylvie Cohen, 342 pages pleines de tulipes rouges et de surf, octobre 2009

Il a comblé les coeurs de midinette de Celsmoon et de Karine, Cuné pour sa part a relevé quelques morceaux choisis qui permettent de mesurer toute la profondeur (qui a dit abyssale ?) de ce roman.

 

12.10.2009

Jeux du cirque

hunger games.jpgDans un futur indéterminé, après une guerre civile, la cité de Panem, dans les Rocheuses, maintient sous sa très ferme coupe les Douze Districts, dont certains sont très pauvres. Tous les ans, afin de rappeler aux Districts que l'obéissance est plus qu'une vertu, deux jeunes gens, un garçon et une fille, sont tirés au sort dans chaque district et envoyés combattre dans une arène géante sous les yeux de l'ensemble de la population, s'entretuant jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un. Cette année-là, dans le District Douze, la malchance désigne Prim, la jeune soeur de Katniss. Cette dernière refuse que sa petite soeur de 12 ans parte ainsi à l'abattoir et se porte volontaire à sa place. Elle part donc vers Panem avec Peeta, le garçon de son district dont le nom a été tiré au sort...

 

Hunger games (très mauvaise traduction de The hunger games soit dit en passant : pourquoi ce titre qui n'a strictement aucun sens ni en français ni en anglais alors que la traduction littérale, Les jeux de la faim, aurait été parfaite, voilà un mystère aussi insondable qu'un certain loch écossais) est, malgré son titre, chers happy few, un excellent roman. A mi-chemin entre les jeux du cirque (on remarquera d'ailleurs le nom de la Cité, Panem, comme un certain proverbe latin) et Les chasses du comte Zaroff (dont je recommande d'ailleurs chaudement la vision), ce roman est un thriller passionnant qui pose, comme son prédécesseur, bien des questions sur l'humanité et la bestialité qui sommeillent en chacun de nous. Mais l'argument de SF lui permet d'aller encore plus loin et de questionner le pouvoir politique et la manipulation qu'il a instaurée via ces jeux atroces mais présentés justement comme des jeux avec caméras omniprésentes, sponsors, styliste pour chaque candidat et paris pris dans tout le pays. Le lecteur regarde se dérouler sous ses yeux atterrés une mécanique parfaitement huilée qui va être mise à mal pour la première fois par la personnalité des candidats, que ce soit Peeta, qui fait une révélation tonitruante juste avant les jeux ou Katniss, jeune fille endurcie de 16 ans qui nourrit sa famille depuis des années et qui est bien décidée à tenir le plus longtemps possible, se servant de ses capacités de réflexion comme de ses talents de chasseuse. Thriller, roman de SF, mais aussi roman d'initiation, Hunger games est servi par un style efficace et précis et une excellente construction, qui en font un roman que l'on ne peut pas lâcher jusqu'à la fin. Il y aura encore deux volumes pour, on l'espère, notre plus grand plaisir, mais rassurez-vous, chers happy few, pas vraiment de cliffhanger à la fin de ce premier volume : c'est toujours ça de gagné pour nos pauvres nerfs.

 

Suzanne Collins, Hunger games (The hunger games), Pocket jeunesse, 379 pages, octobre 2009   

A noter que le tome 2, Catching fire, est sorti le mois dernier aux Etats-Unis. Le tome 3 devrait paraître en 2010.  

04.10.2009

"L'amour n'est pas de l'antimatière"

thomas drimm.jpgThomas Drimm a 13 ans moins le quart. Il vit dans une banlieue minable des Etats-Uniques, un état totalitaire sous ses faux airs de république, où le président Narkos III n'est qu'un fantoche sous perfusion. Dans cette société où le Hasard a été érigée en ligne de vie, où les obèses sont internés et les dépressifs "retraités" en pièces détachées, Thomas, préobèse et fils d'un alcoolique, est déjà un raté. Un dimanche, il tue, par inadvertance et d'un coup de cerf-volant, Léonard Pictone, un scientifique de renom qui avait une mission et qui, pour la mener à bien, s'incarne après sa mort, dans... l'ours en peluche de Thomas. Le jeune garçon va se retrouver héros bien malgré lui d'une trépidante aventure.

 

Didier van Cauwelaert, prix Goncourt pour Un aller simple, s'essaie pour la première fois, avec la série consacrée à Thomas Drimm, à la littérature jeunesse, sous une forme particulière puisque ce roman a été publié en feuilleton sur téléphone portable, renouant ainsi de manière moderne avec une vieille pratique. Et ce premier volume, intitulé La fin du monde tombe un jeudi, est une véritable réussite, à la fois thriller bâti comme un compte à rebours et roman initiatique. Le monde bâti par Cauwelaert est intéressant à plus d'un titre, la SF permettant encore une fois une réflexion sur les dérives de notre société : scission riches/pauvres, caractère totalement aléatoire de la réussite (pas au mérite mais au jeu), jeu national (le man-ball) décérébré et violent, obligation de regarder les infos télévisées et manipulation politique, enseignement à dix vitesses (les bons profs aux élèves riches), censure, OGM à tous les repas, mise à l'écart de ceux qui ne rentrent pas dans le moule, etc. S'ajoute à cela une intrigue totalement SF très cohérente, avec menace imminente d'apocalypse qui tient le lecteur en haleine du début à la fin. Le personnage de Thomas est crédible et bien campé, en ado contraint de grandir bien vite, confronté à un monde d'adultes qui se manipulent à qui mieux mieux pour des intérêts qui le dépassent. Le style est vif et alerte, il y a pas mal d'humour, en bref, je recommande très chaudement. Et j'attends la suite!

 

Didier van Cauwelaert, Thomas Drimm, t.1, La fin du monde tombe un jeudi, Albin Michel, 393 pages, 2009.

Les billets de CelsmoonLeiloona, Stephie, Yueyin, toutes conquises.  

21.09.2009

A l'école

nicolas.jpgNicolas est un élève comme les autres, ou presque. Il va à l'école, aime bien sa maîtresse mais pas travailler, a des copains, se moque du directeur et ne comprend pas toujours bien les réactions des adultes...

 

Le petit Nicolas a acquis depuis longtemps un statut de classique de la littérature jeunesse, chers happy few, ce qui lui assure une place indétrônable dans le coeur des Français (même ceux qui ne l'ont pas lu savent de quoi il s'agit) et dans les programmes de l'Education Nationale. Pour ma part, je n'avais pas lu ces histoires depuis des années et je m'y suis donc plongée avec un oeil quasi neuf, de conserve avec ma fille, pour qui c'était une découverte. J'ai trouvé cette expérience de lecture simultanée très révélatrice et elle m'a fait toucher du doigt plusieurs choses : si ces histoires sont inamovibles des programmes scolaires c'est que leur forme est extrêmement intéressante, entre la brièveté de chaque histoire, le rythme enlevé de la narration et le point de vue du petit Nicolas, qui décrit les attitudes des adultes sans les décrypter, ce qui fait naître l'humour. Mais ce sont là aussi toutes les limites de l'ouvrage (ce qui m'est apparu encore plus clairement en voyant ma fille reposer régulièrement l'ouvrage pour y intercaler d'autres lectures) : chaque histoire rappelle brièvement qui sont les personnages et le schéma narratif est toujours exactement le même (une situation qui pousse les enfants à la bêtise, puis la réaction des autres, souvent les adultes, et la manifestation de l'incompréhension de Nicolas). Le tout ne forme pas une véritable histoire mais plutôt des saynètes et les personnages n'évoluent jamais, ce qui nuit à l'identification. C'est amusant c'est vrai, mais très daté et finalement un peu vain.

 

Sempé/Goscinny, Le petit Nicolas, Folio junior, 176 pages, 1964, 2002 pour la présente édition

Ce livre de la chaîne est le choix d'Ys. Il est déjà passé chez Stephie, Hathaway, Doriane, Bladelor, Karine, Le Bookomaton et Lune de pluie.

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(9/25)

 

Comme les trois élèves attentifs au premier rang l'auront remarqué, il manque un maillon dans ma chaîne, Contes hors du temps de Charles Van Leberghe, que j'ai lâchement abandonné à la page 58. Les aventures obscures et absconses de Saturne et de son maître m'ayant endormie à moultes reprises, j'ai pris la décision de trancher dans le vif et d'envoyer cet ouvrage à Yueyin, la suivante dans la liste. C'est le premier ouvrage que j'abandonne, j'espère bien que ce sera le dernier.  

14.09.2009

Les petites soeurs de Dracula

wilcox.jpgAmber et Luna sont deux adolescentes, elles sont soeurs. Elles se réveillent une nuit... dans un cercueil dans lequel elles semblent avoir été enterrées vivantes sauf qu'elles se rendent bien vite compte que quelque chose ne tourne pas rond (on s'en doutait, perspicaces lecteurs que nous sommes) : elles sont pâles, ont une soif inextinguible et des facultés physiques manifestement hors du commun, en bref, elles ont été transformées en vampires. Livrées à elles-mêmes dans un Londres qui leur apparaît bien différent de celui qu'elles ont toujours connu, elles sont recueillies par deux hommes, un certain Sherlock Holmes et son acolyte, le Dr Watson, qui les présentent rapidement au cercle des Invisibles. Les aventures commencent.

 

Je crois qu'il n'est plus la peine de présenter Fabrice Colin, chers happy few, prolifique et talentueux auteur qui écrit aussi bien pour la jeunesse que pour les adultes et dont j'ai déjà chroniqué quelques romans dans ce modeste salon. Les vampires de Londres est le premier volume de sa dernière série, intitulée Les étranges soeurs Wilcox, dans laquelle il se réapproprie avec intelligence les figures et les clichés de la littérature victorienne. Nous y croisons donc des vampires, constitués en clans (dont seuls deux apparaissent ici, les Drakul et les Nosferatu), chaque clan ayant un chef et étant régi par ses propres codes ; Holmes et Watson, que j'aime d'amour tous les deux, autant dire que j'étais ravie de les voir ici ; Jack l'Eventreur, qui met la police londonienne sur les dents et que les Invisibles, société secrète au-delà des lois et du gouvernement, tentent d'arrêter et Bram Stoker, le conteur fabuleux qui a fait de bien mauvais choix. Il y a des mystères (qui a vampirisé Amber et Luna ? où est leur père ? qu'est-il arrivé à Elizabeth Bathory ?), du brouillard, des créatures fantastiques, la reine Victoria, des cimetières la nuit, un chaton possédé, des crimes, du sang, bref de quoi passer un très bon moment en compagnie des soeurs Wilcox. En attendant la suite.

 

Fabrice Colin, Les étranges soeurs Wilcox, t.1 Les vampires de Londres, Gallimard jeunesse, septembre 2009, à partir de 12 ans (encore une fois, cette indication n'engage que moi)

Le billet de Cathulu, qui a aimé aussi.

Merci à Lily pour cette lecture.

Fabrice Colin a très gentiment accepté de répondre à quelques questions, merci à lui. Je vous livre ses réponses, chers happy few curieux.

Etes-vous un fan des aventures de Sherlock Holmes ou avez-vous choisi de faire revivre ce personnage pour d'autres raisons ?

J'ai, concernant Sherlock Holmes, de vagues souvenirs de lecture hivernales et enchantées qui ne m'ont jamais vraiment quitté mais dont je serais bien incapable aujourd'hui de vous donner des détails. Je me rappelle surtout le très beau film de Billy Wilder, La vie privée de Sherlock Holmes, qui met en scène un détective mélancolique sujet à bien des addictions. Mon Holmes à moi, puisqu'il s'agit quasiment, désormais, d'un personnage archétypal tout préoccupé de vérité, est assez fidèle à cette image. Les puristes le détesteront sans doute, mais ma série ne s'adresse pas spécialement à eux.

D'où vous est venue l'idée des Invisibles, cette société en marge du gouvernement ? (J'ai pour ma part beaucoup pensé à la série anglaise Torchwood, la connaissez-vous ?)

De manière générale, je dois confesser une certaine affection pour les sociétés secrètes. Je présume - même s'il est toujours difficile de discerner a posteriori des influences dans son propre travail - qu'il me restait quelques souvenirs d'Alias ou de X-Files quand j'ai commencé à travailler sur les Sœurs Wilcox.
The Invisibles
est aussi le nom d'une BD en plusieurs volumes scénarisée par Grant Morrison qui, sur des thèmes vaguement similaires mais avec un ton résolument différent, a bercé ma vie d'étudiant. Je ne connais pas Torchwood, mais je viens de regarder sur le net de quoi il retournait et je vais m'y mettre sans tarder - merci beaucoup d'avoir anéanti ce qui restait de ma vie sociale.

J'ai l'impression que l'Angleterre victorienne vous passionne : vous avez écrit A vos souhaits (que j'ai d'ailleurs adoré) et ces Soeurs Wilcox (et peut-être d'autres que je n'ai pas lus) : pourquoi cette période ?  Quel est votre roman victorien favori ?
 
Effectivement, l'Angleterre victorienne me passionne. Cela a même tourné à l'obsession pendant quelque temps. Depuis, je me soigne, et je ne me rends plus à Londres que deux fois par an.
Je ne saurais dire ce qui est exactement en jeu ici. Une fascination esthétique ? Des fantasmes masculins de clubs enfumés, de canne-épées et de poètes décadents ? C'est peut-être, justement, parce que la place de la femme était réduite dans cette société mortifère à la portion congrue que j'ai choisi de mettre des jeunes filles en scène. Leur nature vampirique est, en quelque sorte, une forme de revanche : enfin, à leur tour, elles deviennent prédatrices.
Des histoires inventées, comme celle de Dracula, ou réelles, comme celle de Jack l'Eventreur, montrent en tout cas à quel genre d'explosions violentes et sensuelles le puritanisme exacerbé de l'époque pouvait donner naissance. Pour ma part, je suis un fan énamouré du Peter Pan de James Barrie et du Carmilla de Sheridan Le Fanu (nous on reparlerons sans doute) ainsi que de la plupart des romans de Wilkie Collins, Charles Dickens et Henry James.
Mais il n'y pas que l'Angleterre qui me fascine. Dès le tome 2, nous partons à New York...

 

Je serai du voyage, chers happy few, n'en doutez pas.

05.09.2009

Devoir de mémoire

En ces temps de bonnes résolutions et de restrictions PALesques, j'ai pris, chers happy few, la seule décision possible, celle qui va bien évidemment m'aider à faire baisser la MTPAL qui encombre mes étagères, ma table de nuit, et surtout ma vue.

...

Je me suis incrite à la bibliothèque.

...

Mais j'ai des excuses. Enfin, une. Le rectorat m'ayant, dans sa grande bonté, envoyée cette année dans un collège, je suis obligée de me remettre un peu à jour en littérature jeunesse (oui, je sais que les inspecteurs, dans un sursaut aguileresque limite madonnesque ont brâmé à qui mieux mieux au mois de juin "to come back to basics" et nous ont suavement ordonné de redonner leur place aux classiques en collège, mais il faut bien quand même que je sois à la page, et que je puisse dialoguer avec ceux qui viendront forcément me parler littérature aux intercours) (comment ça je rêve ?). Et comme les bonnes résolutions PALesques sont aussi des résolutions de non-achat, je n'avais plus comme solution que la bibliothèque. CQFD.

Je suis donc repartie la semaine dernière avec un tas assez impressionnant de romans jeunesse (ben oui, le hasard, ce coquinou, aidé de ma fille qui n'avait plus rien à lire la pauvre (oui, je suis une mère indigne, je la prive de lecture) m'a fait passer dans ma bibli le dernier jour du prêt vacances : qui suis-je pour résister à l'offre d'un prêt de six semaines alors que pour me rendre dans le délicieux endroit où je diffuse la bonne parole et répands la kulture j'ai une heure de métro (donc deux par jour pour ceux qui suivent, bravo à eux) ? La chair de la LCA est faible, hélas, comme nous l'expérimentons tous les jours, chers happy few.

Bref.

memory park.jpg
(Je ne voulais pas emprunter ce roman, monsieur le juge, tout est de la faute de Chiffonnette et de son billet terriblement tentateur. In-no-cen-te je suis.)

 

Le jeune Pavel habite en Polvadie, un état coincé entre l'Ukraine et la Roumanie. "Russe d'origine", il a survécu à la vague d'épuration ethnique qui a ravagé le pays en 2019. Trois ans plus tard, sous prétexte de "tourner la page", le nouveau président polvade développe une politique négationniste et recherche les survivants pour effacer leur mémoire et implanter dans leurs cerveaux de faux souvenirs. Aidé de Katarina, Pavel échappe au lavage de cerveau. Poursuivi par des agents du gouvernement, il est contacté par un survivant des camps qui sait où se trouve la preuve du génocide. La traque commence...

 

Memory Park, du nom du mémorial brièvement consacré au devoir de mémoire avant d'être totalement modifié pour adhérer au "devoir d'oubli" prôné par le président polvade est un excellent thriller, qui, sur une trame assez classique faite de révélations, de courses poursuites, de trahisons et de rebondissements, permet de déployer une réflexion passionnante et indispensable sur notre histoire. La Polvadie est un petit état récemment créé, qui a été en proie aux dissensions ethniques entre les premiers habitants et la première vague d'arrivants, dissensions qui ont fini par tourner au massacre institutionnalisé sous l'égide d'un président ivre de pouvoir et de haine.  Le gouvernement a ouvert des camps d'extermination et a fait disparaître purement et simplement 40 000 personnes sans que nul dans le reste du monde ne s'en émeuve ou ne s'en étonne. Et après trois années passées à demander pardon aux survivants, Moldovan le président se met en tête que le bien national et collectif exige l'oubli pur et simple des atrocités, pensant ainsi effacer la trace des exactions commises par son frère. Eradiquer le passé par tous les moyens possibles y compris l'assassinat est-il la solution pour éviter que l'Histoire ne se répète ? Pavel, hanté par d'insoutenables cauchemars est brièvement tenté de le croire avant de comprendre que nier l'indicible et faire croire que rien n'a eu lieu aurait certainement l'effet contraire à celui escompté : comment ne pas reproduire quand on n'a pas vu de ses propres yeux l'horreur des exécutions de masse ? Comment résister quand on pense que le pire n'est pas possible et que la morale sert toujours de garde-fou ? Memory Park est un roman tendu de bout en bout dans une dénonciation percutante, sans manichéisme aucun, parfaitement construit, avec un style d'une rare efficacité. A lire et à faire lire, assurément.

 

Fabrice Colin, Memory Park, Mango, coll. Autres mondes, 220 pages, 2006.

13.08.2009

C'est la rentrée

Non, chers happy few, je n'ai pas un problème de calendrier (je suis même l'heureuse possesseuse d'un nouvel agenda très Scarlett O'Hara qui ne me quitte plus) : c'est la rentrée littéraire, cette étrange chose franco-française que personne ne nous envie et qui n'a à mon avis pas grand sens, mais à laquelle une petite partie de la population française va consacrer un peu de temps durant quelques semaines.

Comme l'année dernière, Levraoueg lui consacre un Challenge, celui du 1% littéraire, et comme c'est le seul Challenge que j'ai achevé(certes sans m'être inscrite et totalement à l'insu de mon plein gré), je m'y suis réinscrite, car rien ne m'arrête, chers happy few, et à force de voir des hommes wild au cinéma, je finis par leur ressembler, même si je ne porte jamais de treillis camouflage, non mais.

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J'ouvre donc ce challenge avec

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un délicieux roman pour premiers lecteurs, Mademoiselle Zazie a trop d'amoureux, de Thierry Lenain. (Le premier qui dit que ce roman ne compte pas dans le Challenge pour de sombres raisons de lectorat et de nombre de pages sera condamné à lire l'oeuvre complète de Barbara Cartland en moldave.)

 

J'aime beaucoup cette série, qui compte à ce jour 4 titres : Les baisers de Mademoiselle Zazie, Mademoiselle Zazie a-t-elle un zizi ? et Mademoiselle Zazie veut un bébé étant les trois premiers, auxquels j'avais consacré un billet pour La page littérature. Ce quatrième volume présente les mêmes qualités que les précédents : une histoire en prise avec la réalité des enfants, de l'humour, une mise en page aérée parfaite pour les premiers lecteurs et des illustrations pleines de fraîcheur. L'héroïne, Zazie, une drôle de petite fille qui n'a pas la langue dans sa poche, est de retour dans cette histoire qui s'interroge sur le sentiment amoureux : et si Max n'était pas venu dans cette école, Zazie l'aurait-elle aimé ? Voilà une réflexion qui plonge le pauvre Max dans une abîme de perplexité et d'angoisse : c'est qu'il y tient à Zazie, et il ne veut pas qu'elle aime un autre garçon. Il trouvera sa façon à lui de répondre à cette interrogation, jusqu'à ce que Zazie y apporte sa propre réponse, pour le moins inattendue... et très jolie. Un roman drôle et frais comme tout, à mettre entre les mains des petits lecteurs dès le CP.

 

Thierry Lenain, Mademoiselle Zazie a trop d'amoureux, Nathan poche, illustrations de Delphine Durand, août 2009

Le blog de l'auteur, celui de l'illustratrice

Challenge du 1% littéraire 2009  (1/7)

EDIT du 16 août : suite au passage de Madame Levraoueg, huissier de justice, j'ai appris que ce roman ne pouvait pas faire partie du Challenge du 1% littéraire, pour de sombres raisons qui gagnent à ne pas être élucidées mais qui sont ostracisantes, chers happy few, n'ayons pas peur des mots. Cette nouvelle m'ayant plongé dans une stupeur sans fond puis dans un désespoir qui ne l'est pas moins, j'ai décidé de mener parallèlement 2 Challenges : celui du 1% littéraire officiel et celui du 1% littéraire officieux.

Mademoiselle Zazie a trop d'amoureux est donc le premier roman lu pour le Challenge officieux du 1% littéraire. Quelque chose me dit que ce ne sera pas le dernier. Na.

07.08.2009

Adolescence, amour et couronne

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       Mia Thermopolis a 14 ans, elle est en Seconde dans un lycée privé new-yorkais et elle mène une vie normale, entre sa mère, artiste et étourdie, et son chat, 30 kilos de graisse et de poils. Mais en cette fin de septembre, tout se met à aller de mal en pis : son prof de maths se met en tête de sortir avec sa mère (non mais c'est vrai quoi, sortir avec un parent d'élève, eeuuww) et elle apprend que son père, qu'elle ne voit que pendant les grandes vacances et qu'elle pensait être un homme politique de petite envergure, est en réalité... le prince de Génovia, une petite principauté coincée entre la France et l'Italie (toute ressemblance avec une autre principauté est purement fortuite, les américains ayant manifestement une idée de la géographie des plus aléatoires comme c'est précisé plusieurs fois dans le roman). Et pire encore, il ne peut plus avoir d'enfant, ce qui fait de Mia l'héritière du trône. Elle qui n'avait pour problème dans la vie que son 75 A et sa transparence face au beau gosse du lycée, la voilà confrontée à l'étiquette, aux paparazzi et à la politique. Pauvre d'elle.

 

Il faut oser passer la couverture affreusement ringarde, chers happy few ahuris devant tant de rose (le graphiste a abusé conjointement des Harlequin et de la guimauve à mon avis et c'est d'autant plus dommage que les premières éditions étaient de bien meilleur goût) et le pitch digne d'un film de Disney parce que le contenu du premier volume de cette série (au moins 10 de traduits si je ne m'abuse) est excellent. Mia tient son journal, offert par sa mère pour lui permettre d'exprimer ses sentiments (il faut préciser que Mia est une ado mature, qui tient la maison à la place de sa mère et qui ne se plaint jamais de rien, si, si), et elle raconte ses aventures d'une plume alerte et enlevée qui rend toute cette histoire fort drôle. Des cours de maths (sa hantise) à la cantine, des pyjamas-parties chez sa meilleure amie très politisée et psy à fond les manettes à ses histoires de coeur (ah, Josh et ses yeux bleu-piscine), du bal de promo à ses problèmes de taille en passant par la relation qu'entretiennent ses parents (il est prince, elle est communiste, guess why ils ne se sont jamais mariés ?) et la sorcière qui lui tient lieu de grand-mère, tout est fort justement décrit et avec beaucoup d'humour. Un roman pour ado comme on les aime : fin et intelligent, avec une héroïne sympathique qui évolue au fil des événements et des répliques qui font mouche. Je crois que je suis bonne pour lire la suite. Malgré les couvertures.

Meg Cabot, Journal d'une princesse (Princess Diaries), tome 1 : La grande nouvelle, Le Livre de Poche, 2008, 2001 pour la traduction française par Josette Chicheportiche, 2000 pour la première édition, 280 pages

 

30.07.2009

Saint Satan, priez pour nous

le quadrille.jpgUn crime atroce a été commis dans la ville historique de Londres. Roberta Morgenstern, sorcière au service de la Brigade des Affaires Criminelles, se rend sur place, assisté du jeune Clément Martineau, inexpérimenté mais enthousiaste. Les deux enquêteurs se rendent vite compte que quelque chose ne tourne pas rond du côté du comte Palladio, concepteur génial des villes historiques, reconstitutions de carton-pâte de villes chargées d'Histoire, et se retrouvent entraînés dans un tourbillon d'aventures, qui les mènera du Londres de Jack l'Eventreur au Paris de la Voisin : et si le Diable était derrière tout ça ?

 

Le Quadrille des assassins, premier volet de la trilogie Morgenstern qui a été republiée dans la collection Points fantasy (ce qui explique peut-être que cette édition, chez Albin Michel jeunesse soit devenue très difficile à trouver), est un roman très original, qui mêle avec beaucoup d'habileté science-fiction et fantastique. On y croise des éléments résolument futuristes comme les traceurs qui ont permis d'éradiquer presque totalement le crime, mais aussi fantastiques comme les sorcières et les sortilèges (et même un peu de steampunk détourné dans l'utilisation de l'Albatros, ce bateau à hélices qui vole dans les airs quand il est utilisé au-dessus des villes historiques). C'est bourré de bonnes idées, la création de ces villes en tête, l'intrigue est maline (c'est le cas de le dire puisque le Diable en est la clé de voûte) et les personnages fort attachants, surtout Roberta, la sorcière qui n'a peur de rien sauf peut-être de ses sentiments et Clément, qui se révèle bien vite être autre chose qu'un nigaud pistonné. Ce couple d'enquêteurs fonctionne d'ailleurs parfaitement, et le ton général est enlevé et souvent piquant. Suspense, magie noire, science-fiction et humour : que demande le peuple ? La suite, évidemment.

 

Hervé Jubert, Le Quadrille des assassins, Albin Michel, Wiz, 408 pages qui se lisent d'une traite, 2002.

 

(PAL de vacances : - 4)

 

Merci Alwenn pour le prêt!

Les avis de Chimère et Praline, conquises aussi.

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