21.04.2008
Au coeur des ténèbres
Tristan a 17 ans et il vient de perdre une de ses amies : elle s'est suicidée. Le père du jeune homme, Pierre, décide alors que le moment est venu de raconter à son fils un épisode terrible de sa propre enfance ; durant une nuit il couche sur le papier les événements horribles survenus durant l'été 80, dans le petit village breton où il a grandi.
Voilà un roman que j'ai trouvé terrifiant, chers happy few. L'histoire de cette bande de copains, qui vit dans l'insouciance de ses 11 ans, est particulièrement éprouvante. La petite bande, composée de 4 garçons et d'une fille, se soude en fin d'année autour d'un nouveau chef, le secret Maël, qui vient d'arriver dans le village avec sa mère, alcoolique et plus ou moins prostituée. Alors que les enfants jouent près d'un wagon désaffecté par un chaud après-midi, ils découvrent un cadavre atrocement mutilé. A partir de cette découverte, les événements s'enchaînent précipitamment : la peur plane sur le village et d'étranges phénomènes ont alors lieu (chien sorti tout droit des enfers, corbeau qui attaque les humains, scarabées géants et très nombreux qui fondent sur le village, obscurité qui se déploie dans la tête des gens...). Quand les enfants découvrent un deuxième corps, lui aussi mutilé (mais d'une autre manière), Maël leur parle alors du terrible Bonhomme Nuit, qui le poursuit depuis des années et qui réclame les âmes des enfants qui connaissent son existence.
Ce roman fantastique qui s'inspire d'une légende bretonne (réelle ou fantasmée, cela n'a guère d'importance), raconte l'histoire du passage à l'âge adulte qui pour ces enfants va se faire de manière atroce. On y trouve des éléments du roman d'adolescence traditionnel (la bande, la personnalité particulière du chef, les vacances sous le soleil, les jeux de groupe, la copine dont tout le monde est amoureux), habilement mêlés à des éléments fantastiques comme ce Bonhomme Nuit et tout ce qui s'y rattache, réécriture des croque-mitaines qui peuplent les contes. Je ne peux en dévoiler plus sous peine d'en dévoiler trop, mais sachez que, même si on comprend vite quels sont les tenants et les aboutissants liés à l'apparition de ce voleur d'enfants digne des cauchemars les plus terrifiants, le roman est fort bien construit (on assiste à une véritable escalade de la violence jusqu'à l'affrontement final qui est une des scènes les plus réussies) et tient le lecteur en haleine tout du long. J'ai beaucoup apprécié la vision de cet âge charnière, qui est celui de la pré-adolescence, des amitiés enfantines, de l'amour fraternel et l'arrière-plan typique des années 80 (Goldorak, Albator et les chevaliers Jedi sont au rendez-vous).
Un très beau roman sur l'enfance volée, chers happy few ; je ne peux que vous recommander de vous perdre dans sa noirceur...
Loïc Le Borgne, Je suis ta nuit, Intervista, collection 15-20
Il s'agit d'un livre-voyageur, parti de chez Lily, que je remercie encore pour cette belle découverte! Il est passé chez Clarabel, Rose et Amanda. Il s'envole à présent vers Emmyne!
PS : il s'avère que cette maison d'éditions appartient à Luc Besson, qui veut promouvoir la lecture auprès des 15/20 ans (d'où le nom de la collection) par des textes de qualité fantastiques ou de SF. L'âge indiqué par cette collection me semble d'ailleurs approprié : ce n'est pas un roman à mettre dans des mains trop jeunes. Pour en savoir plus sur cette collection, c'est ici.
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16.04.2008
"Je suis hantée par les humains"
Allemagne, début 1939. Liesel a 10 ans et sa mère les conduit, son petit frère et elle, dans une famille d'accueil dans la banlieue de Munich. Le petit frère, Werner, décède pendant le trajet en train. Pendant son enterrment rapide dans une petite ville qui a le mérite de se trouver à côté de la voie de chemin de fer, sa soeur vole un livre, le premier d'une longue série. La Mort entreprend de nous raconter 4 ans de la vie de cette petite fille entêtée, courageuse et qui aime les mots...
Voilà un roman, chers happy few, qui divise manifestement la blogosphère en deux camps : les défenseurs acharnés de ce roman et ceux qui n'ont pas vraiment aimé, voire qui ont carrément abandonné. Et moi-même, là-dedans ? vous demandez-vous, car vous ne manquez jamais de vous interroger à bon escient. Eh bien je n'irai pas par quatre chemins chers happy few, pour vous révéler que j'ai adoré ce roman, qui a tous les attributs pour devenir un classique de la littérature jeunesse. L'histoire est formidable et bouleversante (j'avoue tout, j'ai pleuré à la fin, ce qui ne m'arrive pas si souvent, chers happy few!), très bien construite : sa linéarité est parfois entamée par des projections dans le futur qui ôtent le suspense mais pas l'envie de savoir comment les choses se sont déroulées (car parfois le chemin pour parvenir au but importe plus que le but lui-même). Les personnages sont incroyablement attachants, on vibre au son de la voix de Hans, le père nourricier, on a peur pour Rudy (le voisin très sympathique) et Liesel, on sourit de la tendresse bourrue de Rosa, la femme de Hans, on tremble au bruit des bottes nazies et on éprouve une immense pitié pour ces Allemands pauvres et dignes, qui tâchent de survivre et de protéger les leurs chacun à leur manière. J'ai beaucoup aimé la narration, assurée par la Mort en personne, toute en finesse, pleine d'humour et de poésie. C'est très astucieux d'avoir choisi la Mort pour raconter l'histoire de Liesel, car cela permet un point de vue original sur les faits et une réflexion sur l'humanité, la guerre, le nazisme, la déportation des Juifs, la lâcheté, l'héroïsme, la vitalité de l'enfance, l'amitié, l'amour... , le tout sans s'appesantir, comme en passant, comme un de ces nuages que vénère Liesel, aux couleurs et aux formes inattendues, car la Mort est compatissante et légère, elle prend les âmes dans les bras, surtout celles des enfants. Et bien sûr, il faut dire un mot de la place des livres et des mots dans cette histoire, les mots qui déchirent et qui endoctrinent mais aussi ceux qui sauvent. A ce titre, les passages où Liesel, dans l'abri anti-aérien fait la lecture à ses voisins, sont très beaux, de même que les livres que dessine pour elle Max, le Juif caché dans le sous-sol (ah, l'histoire de l'homme-plume)!
C'est un excellent roman extrêmement riche et foisonnant, d'une incroyable densité, un roman sur la guerre et sur l'écriture, sur l'amour et sur la transmission, un roman qu'il faut absolument lire, chers happy few!
Markus Zusak, La voleuse de livres (The book thief), Pocket jeunesse (broché et poche) (traduit de l'anglais (Australie) par Marie-France Girod)
Celles qui ont adoré : Lilly, Emjy
Celle qui a bien aimé : Karine
Celles qui sont très mitigées : Amanda, Clarabel
Celle qui a abandonné: Gachucha
(n'hésitez pas à me donner vos liens dans les commentaires!)
PS : le titre de ce billet est une phrase empruntée à la narratrice, dont décidément j'adore le style, et qui est la dernière phrase du roman.
06:30 Publié dans Jeunesse, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note
15.04.2008
La fleur et le papillon
Grande-Bretagne, 2140. Dans un monde aux faibles ressources énergétiques, les hommes peuvent faire le choix de vivre éternellement : il leur suffit de signer la Déclaration et de prendre quotidiennement les pilules de Longévité. En échange, il leur est strictement interdit d'avoir des enfants. Certains enfreignent cette loi et ont des enfants clandestinement. Si ces derniers sont attrapés par les Rabatteurs, ils sont envoyés dans un Foyer de Surplus où on leur apprend à ne surtout pas penser et à obéir, afin de former des êtres Utiles à la société. Anna a 15 ans, c'est une Surplus. Elle vit depuis 12 ans au Foyer de Grange Hall et elle ne songe qu'à être la plus obéissante possible afin de devenir un Bon Elément. Tout change quand les Rabatteurs ramènent Peter, un jeune garçon de son âge : il dit la connaître et vouloir la ramener à ses parents...
Il est vraiment surprenant parfois, chers happy few, de voir à quel point les lectures peuvent être thématiques. Ce roman de SF pour adulescents m'a en effet fait penser par certains aspects à Auprès de moi toujours de Kazuo Ishiguro : même futur où les individus sont pris dans une machine qui les dépasse et les broie, sauf qu'ici, la rebellion s'installe et c'est tant mieux! Dans un style clair et agréable, Gemma Malley raconte une histoire qui n'est pas vraiment originale mais qui s'inspire des grandes inquiétudes de notre début de siècle (la diminution des ressources énergétiques naturelles, les disparités Nord-Sud, les changements climatiques) mêlées à de vieilles préoccupations de science-fiction que sont la volonté d'immortalité et tous les problèmes qui en découleraient (volonté renforcée par notre connaissance des manipulations génétiques et notre maîtrise de la chirurgie esthétique) et elle crée une histoire efficace, que l'on lit d'une traite. Au-delà du destin d'Anna et des questions qui y sont liées (va-t-elle entrevoir la vérité ? s'échappera-t-elle ? retrouvera-t-elle ses parents ?), se dessine une société assez terrifiante où la jeunesse, pratiquement disparue, fait peur, et où les vieux ont pris le pouvoir avec la ferme intention de le garder ad vitam aeternam, une société qui a inculqué à ses membres l'obéissance absolue aux lois établies par les Autorités et où l'absence de pensée et de réflexion est remplacée par des mots à majuscules. L'évolution des personnages est bien vue, qu'ils soient adolescents ou adultes (Mrs Pincent, l'Intendante de Grange Hall est un personnage très intéressant, que ce soit dans sa cruauté comme dans sa fin) et certains aspects sont sufisamment noirs pour que le récit reste crédible jusqu'au bout (je ne dirai pas lesquels, inutile de me tenter, les spoilers ne passeront pas par moi chers happy few!).
Un roman riche et intéressant, à réserver aux lecteurs à partir de 13 ans, chers happy few!
Gemma Malley, La Déclaration, l'histoire d'Anna (The declaration, Anna's story), naïveLAND (traduit de l'anglais par Nathalie Peronny)
Les billets de Clochette, Olga, Clarabel et Mélanie (qui regrette le changement de couverture entre l'édition anglaise et l'édition française et il est vrai que la couverture anglaise est plus évocatrice, même si l'éditeur français a fait un réel effort pour "coller" au roman)
Stéphanie publie son billet aujourd'hui aussi!
Une interview de l'auteur sur Bibliosurf
Une vidéo sur l'auteur, extraite du JT de TF1 où l'on apprend que ce roman est en fait le premier d'une trilogie. Gemma Malley est en train d'écrire le tome 2.
PS : pour comprendre le titre de mon billet, il faudra lire le roman, chers happy few (car parfois je suis taquine)!
PSbis : l'indication de l'âge de lecture que je donne n'engage que moi chers happy few, je pense effectivement qu'un bon lecteur de 4ème serait à même d'apprécier ce roman.
PSter : merci infiniment Stéphanie pour le prêt!
06:30 Publié dans Jeunesse, Littérature anglo-saxonne, SF | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
13.04.2008
Vive les bains de langue!
Le père de Jean-Charles milite pour les cahiers de vacances et les bains de langue. Il décide donc qu'un été, toute la famille ira camper en Allemagne, histoire que son fils de 9 ans apprenne l'allemand. Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu...
Je suis en ce moment à la recherche de livres pour nouveaux lecteurs et dans ma quête, je suis tombée sur ce petit roman de Marie-Aude Murail (qu'on ne présente plus), dans la jolie collection Mouche de l'Ecole des loisirs. Et quel régal! C'est une merveille d'humour et de drôlerie! Jean-Charles, contraint par ses parents de faire la connaissance de son voisin de tente, Niclausse, invente pour ce dernier un langage imaginaire, que le jeune garçon prend pour du français et que les parents de Jean-Charles prennent pour du hollandais. Afin de ne pas se perdre dans les méandres de sa mystification, Jean-Charles fait des listes, donnant ainsi à son père l'illusion qu'il travaille, et passe un excellent été! La chute de ce petit roman très enlevé est géniale : grâce à cet épisode, toute la famille l'a dit doué pour les langues et il en appris huit, gardant l'apprentissage du Hollandais... pour la retraite!
A lire et à faire lire à tous, chers happy few!
Marie-Aude Murail, Le hollandais sans peine, Mouche de l'Ecole des loisirs, illustrations de Michel Gay
Les billets de Flo (qui pense s'inspirer de Jean-Charles pour créer des méthodes de langue) et de Malice (qui consacre un billet plus complet à Marie-Aude Murail)
PS : à mettre entre les mains des enfants dès la fin du CP et à lire à haute voix aux enfants dès la GS. Fous rire assurés!
PSbis : à noter que ce roman a reçu le Prix Sorcières 1990.
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23.03.2008
Enfer et crotte de poule!
En ce dimanche pascal et chocolaté, chers happy few, j'avais envie de vous proposer un billet kulturel de circonstance. Rassurez-vous tout de suite, je ne vais pas disserter sur les mérites comparés des différentes versions cinématographiques de la Passion du Christ (d'autant que je n'en ai vu aucune, shame, shame on me), ni vous proposer une étude détaillée de la descente de croix de Fra Angelico, non, je vais vous parler...
des P'tites Poules!
Quid est ? vous demandez-vous (en latin évidemment, je vous avais dit que le billet serait de circonstance), mais mollement car le chocolat mit gigot d'agneau que vous allez ou que vous avez ingurgité ne facilite pas forcément la réflexion, il faut bien le reconnaître, chers happy few. Eh bien, vous révélè-je immédiatement dans ma grande magnanimité, il s'agit d'une géniale série d'albums jeunesse de Christian Jolibois et Christian Heinrich.
Tout a commencé un peu avant Noël. Alors que j'errais, à l'affût, dans les rayonnages jeunesse d'une célèbre librairie germanopratine, je suis tombée sur ça :

La petite poule qui voulait voir la mer raconte l'histoire de Carméla, une petite poule qui n'a qu'un rêve : découvrir la mer. Elle s'enfuit donc un soir du poulailler et rejoint l'océan. Hélas pour elle, sa planche de surf l'entraîne trop loin et elle se retrouve perdue dans l'immensité marine. Heureusement que passent par là les trois caravelles de Christophe Colomb! Voici donc notre aventurière qui débarque dans le Nouveau Monde où elle rencontre Piticok, un charmant coq rouge aux fesses déplumées...
L'histoire est drôlatique et enlevée, lisible à tous les niveaux : les enfants suivent les rebondissements d'un voyage initiatique et les parents y trouvent de très nombreuses références culturelles (l'oeuf de Colomb m'a fait exploser de rire chez Gibert et a emporté l'achat) et le dessin est extra. Mes enfants ont tellement aimé que, même si Noël était passé, une mystérieuse F. V leur a acheté les autres albums :







Carméla et Piticok ont un fils, Carmélito, qui rêve d'aller dans les étoiles, puis une fille, Carmen, extrêmement dégourdie. Ces deux-là sont les héros des volumes suivants où on croise, au gré d'histoires débridées et formidablement drôles, Galilée, le minotaure, le Chat botté, Jean de la Fontaine, les frères Montgolfier et Lancelot du lac... On retrouve dans chaque volume Bélino le petit bélier peureux, Pedro le Cormoran complètement frappadingue, les petits coqs bagarreurs (Coqenpâte, Coqueluche (toujours malade), Molédecok, Coqsix...) et les petites poules audacieuces (Hucocotte, Liverpoule, Vienpoupoule, Coquillette...) dans de savoureuses histoires qui prônent l'amitié, la tolérance, le respect de la différence, l'égalité entre les sexes et l'amour des histoires. Pendant que les enfants rient des aventures de Carmen et Carmélito, les parents se marrent des allusions à Diogène, à Zorro, aux contes, aux fables et aux mythes (le Basilic est un grand moment, de même que Bélino en fil d'Ariane), et se délectent des nombreux jeux de mots à base de poule (de la chair de poule au lait de poule en passant par le coup de poule et quand les poules auront des dents, tout est revisité avec délectation). Que du bonheur!
Une très grande réussite, donc, chers happy few, pour les enfants de 5 à 99 ans!
Christian Jolibois et Christian Heinrich, série des P'tites Poules, Pocket jeunesse, disponibles en deux formats : grand album et petit album à couverture souple, 8 titres parus : La petite poule qui voulait voir la mer, Un poulailler dans les étoiles, Le jour où mon frère viendra, Sauve qui poule, Nom d'une poule on a volé le soleil, Jean qui dort et Jean qui lit, Charivari chez les p'tites poules, Les P'tites poules, la bête et le chevalier. Les 5 premiers ont été repris en un seul volume, dans une édition collector.
La quatrième de couverture annonce dès 5 ans et lecture seule à 7 ans. Je pense qu'on peut les lire plus tôt : mon fils de bientôt 3 ans adore cette série, et connaît les histoires par coeur.
Le billet de Bladelor sur La petite poule qui voulait voir la mer
06:30 Publié dans Jeunesse | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note
20.03.2008
Passeur d'histoires
Pour une raison qui m'échappe, chers happy few, je n'avais jamais lu aucun roman de Michael Morpurgo. C'est d'autant plus étonnant que j'ai toujours lu pas mal de romans jeunesse, par goût et par obligation professionnelle, et que je suis sans cesse à la recherche de nouveaux auteurs. Malgré tout, Morpurgo m'avait échappé, allez savoir pourquoi... C'est Bellesahi qui m'a définitivement convaincue que c'était un auteur que je devais lire absolument et je la remercie vivement!
Dans un petit village d'un pays jamais nommé mais qui est manifestement un pays de l'Est, Tomas, écrivain, raconte comment sa vie a été bouleversée quand il avait 8 ans, par la rencontre de la Dame à la Licorne, une femme qui lisait des histoires à la bibliothèque du village.
Le narrateur vient d'avoir son bac (enfin l'équivalent anglais). Il va passer quelques mois, comme il en a l'habitude depuis sa tendre enfance, dans la ferme de son grand-père dans le Devon. C'est alors que ce dernier lui avoue un secret qui lui pèse depuis longtemps : il est analphabète et il voudrait que son petit-fils lui apprenne à lire et à écrire.
Voilà deux très belles histoires, chers happy few (et fort joliment illustrées), qui ont en commun de s'interroger sur la transmission. Dans L'histoire de la licorne, il s'agit de la transmission de la culture et de la mémoire collective livresque, que les enfants, aidés par cette femme dont le père a sauvé La petite fille aux allumettes d'un autodafé nazi, mettent en oeuvre en ces temps de guerre. Après avoir sauvé les livres de la bibliothèque bombardée, les enfants les gardent précieusement chez eux en attendant que la bibliothèque soit reconstruite, illustrant l'idée du partage et de la conservation de la culture collective. J'ai beaucoup aimé l'idée que les enfants se mettent à aimer les histoires parce que la dame qui leur fait la lecture semble ne s'adresser qu'à eux et semble raconter des histoires qu'elle a vécues, je trouve que c'est une façon tout à fait appropriée de rendre tangible l'idée que la fiction romanesque parle à chacun de nous d'une manière unique et personnelle. J'aime aussi beaucoup l'histoire des deux dernières licornes de l'humanité, que Noé a échoué à sauver et qui sont devenues... des narvals, licornes des mers.
Le secret de Grand-Père est une histoire d'amour très émouvante entre un grand-père et son petit-fils, ce dernier permettant au premier de pouvoir enfin lire des romans policiers et écrire les histoires de son enfance, dont celle de Joey, le cheval de guerre (ce roman est en fait la suite du tout premier roman de Michael Morpurgo, Cheval de guerre) et du tracteur Fordson. Le grand-père transmet à son petit-fils la mémoire familiale et ce dernier lui donne les clés d'un monde vaste et magique : la littérature. Très beau.
Une très belle découverte, chers happy few, autant vous dire que je n'en ai pas fini avec cet auteur!
Michael Morpurgo, L'histoire de la licorne (I believe in Unicorns), Folio cadet (traduit de l'anglais par Diane Ménard, illustré par Gary Blythe) et Le secret de Grand-Père (Farm boy), Folio cadet (traduit de l'anglais par Diane Ménard et illustré par Michael Foreman)
Les avis de Cathulu, Flo, Bellesahi, Mélanie et Gawou sur L'histoire de la licorne
Le billet de Bellesahi sur Le secret de Grand-Père
Une très intéressante interview de Morpurgo dans Times online (dans la langue de Shakespeare), To read or not to read, où il explique son parcours de lecteur et sa vision de l'enseignant (qu'il est) comme passeur d'histoires.
10:03 Publié dans Jeunesse, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note
13.02.2008
Coeur de pierre
George Chapman, londonien, a 12 ans. Il a perdu son père, vit avec une mère souvent absente, est un peu le souffre-douleur des petits tortionnaires de sa classe et sent grandir au fond de lui une espèce de colère qui ne le quitte plus. Un jour, alors qu'il visite le Museum d'histoire naturelle, George est puni pour une bêtise qu'il n'a pas commise. De rage, il brise la statue d'un dragon, déclenchant ainsi une réaction en chaîne qui réveille les statues de Londres et le fait basculer au centre d'une guerre dont il est l'enjeu. Il doit courir vite s'il ne veut pas mourir...
Entre deux petits romans, chers happy few, j'avais besoin d'un pavé (car oui, j'avoue tout, je suis plus habituée aux pavés, voire même aux séries qu'aux tout petits livres et ça me perturbe d'en lire trop à la suite, c'est une bizarrerie supplémentaire que j'ai) et j'ai donc acheté ce roman qui me faisait de l'oeil depuis sa sortie, attirée que j'étais par la couverture que je trouve sublime et par l'histoire : les statues qui s'éveillent, même si ce n'est pas une idée révolutionnaire, c'est quand même suffisant pour me donner envie de lire un roman. Et je suis bien obligée d'avouer que je suis un peu déçue .
L'auteur a tenté de créer toute une histoire autour de ces statues, divisées en deux camps qui s'affrontent depuis des siècles : les répliques (en gros les statues humanoïdes) et les tares (statues de dragons, de salamandres et autres gargouilles). Le problème, c'est que ce Londres parallèle dans lequel n'entrent que très peu d'êtres humains et qui vit à côté du nôtre, manque un peu de chair et de consistance. Le roman est bâti comme une course-poursuite, George, bientôt rejoint par Edie, une ado perturbée qui se révèle être une fulgurance (elle a le pouvoir de voir le passé des pierres en les touchant), tentant de comprendre ce qui est arrivé et comment il peut réparer sa faute. Les sphinx lui donneront une réponse énigmatique qui le conduira à la recherche du Coeur de pierre. Je trouve que cette construction ne permet pas vraiment à ce monde de se mettre en place, puisque George et Edie vont de lieu en lieu à la recherche d'aide, ce qui rend la narration trop linéaire (ce qui semble être un défaut à mode : je trouve que c'est ce qui plombe le premier tome d'Eragon). Et je ne sais pas si c'est parce que la plupart des personnages sont des statues, mais j'ai eu un peu de mal à m'attacher à eux, trouvant qu'il leur manquait un petit quelque chose d'indéfinissable : l'humanité peut-être ?
Il n'empêche que le parcours initiatique de ce jeune garçon paumé se lit sans déplaisir et que la réflexion sur la création, amorcée dès l'exergue par la citation de D.H Lawrence est fort intéressante : qu'y a-t-il d'humain dans les statues ? Traces des sculpteurs, traces des modèles ? On apprend pas mal de choses sur l'histoire de Londres, notamment sur la City, gardée par trois dragons placés à l'emplacement des anciennes portes, dragon dont l'un s'éveille pour défendre son territoire, dans une des meilleures scènes du roman.
Ce n'est donc pas une réussite totale chers happy few, mais j'ai quand même bien envie de lire la suite (car bien évidemment, il n'y a pas de fin véritable) : Ironhead, qui sort en anglais en mars 2008!
Charlie Fletcher, Stoneheart, Hachette jeunesse (traduit de l'anglais par Laurence Kiefé)
PS : je tiens à saluer quand même cette maison d'édition qui publie des textes anglo-saxons plutôt intéressants (on leur doit la traduction de la série Twilight) et qui, surtout, reprend les couvertures originales, procédé plutôt rare et que j'apprécie beaucoup.
06:30 Publié dans Fantasy, Jeunesse, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
21.12.2007
"Les histoires créent le monde, le monde crée les histoires"
Nathan, Mathis, Eric et David sont consignés au pensionnat de St James pour l'été car ils ont échoué aux examens de fin d'année. Ils s'apprêtent à passer un été morne, quand arrive un nouvel élève, Arthur, jeune homme fascinant qui attire les jeunes gens un à un dans son univers et son domaine : Camelot...
J'avais très envie de lire ce roman suite à la critique de Clarabel, chers happy few, et je peux vous dire que tout comme elle, je suis sortie enchantée de cette lecture. Fabrice Colin réutilise les éléments du roman de pensionnat (il rend d'ailleurs hommage au film Les disparus de Saint-Agil dans l'avant-propos, film que pour ma part je n'ai pas vu, mais j'ai lu le roman de Pierre Véry, que je vous recommande chaudement) : élèves confrontés à l'abus d'autorité des professeurs, absence de mixité qui rend les femmes mystérieuses et les amitiés masculines parfois tendancieuses, sociétés secrètes avec tout ce que cela comporte de codes et de rites... et il y rajoute sa lecture des chevaliers de la Table Ronde et de la quête du Graal et quelques réminiscences du Grand Meaulnes... Le tout forme un roman d'aventures où nos quatre chevaliers, rebaptisés pour l'occasion, partent en quête d'un hypothétique Graal afin de sauver leur roi, roman qui est aussi un roman sur l'amitié et sur la folie (et là, je n'en dirai pas plus sous peine de dévoiler trop d'éléments, car même si le lecteur comprend vite où on l'emmène, j'aime autant vous laisser emmener tous seuls comme des grands, il n'y a pas de raison que je fasse tout le travail non plus). La construction du roman, en courts chapitres, et la narration à la première personne (l'histoire est racontée par Nathan), ajoutent au rythme soutenu de l'intrigue et à ses zones d'ombre, Nathan ne pouvant raconter que ce qu'il voit ou ce qu'il comprend.
Un fort bon roman jeunesse, donc, chers happy few, que je vous recommande d'ajouter à vos LAL et à vos PAL sans plus tarder !
Fabrice Colin, Camelot, Seuil, collection karactère(s)
Les avis de Clarabel et de Lily.
06:30 Publié dans Jeunesse, Littérature française | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
17.12.2007
"Trois c'est trop pour le tango"
La fin de l'année approche au lycée de Forks et avec elle l'échéance que s'est fixée Bella : elle veut devenir un vampire afin de pouvoir vivre avec Edward pour l'éternité. Mais avant que d'en arriver là, les Cullen doivent faire face à un nouveau danger : Victoria est de retour et elle veut toujours se venger de la mort de James en tuant Bella. Pour cela elle a levé une armée et seule l'alliance avec la meute des loups-garous de Jacob pourrait rééquilibrer les chances...
Troisième volume de ce qui est annoncé comme une tétralogie, après Fascination et Tentation, Hésitation est aussi bon que les deux volumes précédents. Cette fois-ci, l'essentiel réside dans le triangle amoureux formé par Edward, Bella et Jacob : les sentiments de ce dernier, que le perspicace lecteur voyait se dessiner sous la surface, éclosent violemment et Bella se retrouve entre deux hommes, deux amours, deux vies. Sommée de choisir par le tempétueux Jacob (décidément, le loup en lui n'est jamais bien loin), elle commence par nier la nature de ses sentiments pour finir par les accepter à son corps défendant, tandis qu'Edward, décidément parfait, attend qu'elle fasse un choix sans la juger jamais. L'analyse des sentiments est comme toujours fort juste, même si j'ai trouvé le parallèle avec Les Hauts de Hurlevent (décidément, on n'entend parler que de ce roman en ce moment) un peu tiré par les cheveux : si Jacob peut parfois donner l'impression de ne pas vouloir contrôler son côté animal (d'où la scène du baiser forcé), il est très loin du personnage très noir de Heathcliff et Bella n'est à un aucun moment semblable dans son comportement à Cathy (d'ailleurs la scène à la fin, où elle se lamente en disant qu'elle fait le mal autour d'elle et où elle flagelle son égoïsme, est la moins réussie de ce roman). C'est le seul bémol que j'apporterais au grand plaisir que j'ai pris à lire ce roman, où les aventures s'enchaînent, où les personnalités de chacun s'affinent et où l'humour est toujours présent.
Une décidément bien bonne série, chers happy few, et je ne sais pas comment je vais attendre le quatrième volume (dont la sortie américaine est prévue à l'automne prochain) : que va-t-il advenir de Bella ? Vampire or not vampire ?
Stephenie Meyer, Hésitation, Hachette Jeunesse
L'avis de Lilly (qui a été agacée par Bella, moi pas du tout).
PS : je comprends parfaitement que Bella ait du mal à choisir entre Edward et Jacob, c'est un peu comme Stephanie Plum avec Ranger et Morelli. Il y a des fois où le choix n'est juste pas possible. C'est tout.
PSbis : merci infiniment à Stéphanie, qui me l'a prêté, et à qui je suis donc redevable de mon addiction...
PSter : le titre est extrait d'une chanson de Lambert Wilson. Serait-ce de la midinettitude snob ?
06:30 Publié dans Fantasy, Jeunesse, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note
04.12.2007
Des nouvelles du Salon
Samedi dernier, chers happy few, je me suis donc rendue au Salon du Livre de Montreuil et après quelques péripéties pour me garer (et ce, juste afin de ne pas faire mentir ma réputation de tarte désorientée (copyright Tamara) ce qui vous permet d'admirer au passage l'abnégation dont je fais preuve), j'ai enfin pénétré dans cet antre infernal, espèce de lieu de toutes les tentations. Et, me direz-vous ?
J'ai bien évidemment succombé.
Il faut dire que tout a joué en ma défaveur chers happy few : il faisait beau, les oiseaux chantaient, les stands étaient tous en place et surtout, surtout, chers happy few, il y avait... des auteurs.
Or, depuis que je fréquente Caro[line], je n'hésite plus à faire la queue pour demander une dédicace et j'ose avouer à haute et intelligible voix à quelqu'un que j'aime ce qu'il écrit ou ce qu'il dessine, ce qui, finalement, se passe plutôt bien pour moi mais est assez terrible pour mon porte-monnaie (vous remarquerez avec quelle habileté je fais porter le chapeau à cette pauvre Caro[line] qui n'en demandait pas tant...) (quoi que) (ça lui apprendra à me traîner voir David Foenkinos) (et à me forcer à lui faire la bise).
Bref. Voici un petit aperçu de la moisson du jour :

Raymond rêve, l'histoire d'un escargot qui s'imagine d'autres vies. C'est poétique et très drôle (ah, l'escargot dragon!), Gawou en parle ici.

L'une des enquêtes de l'inspecteur Lapou, le lapin policier, qui doit retrouver des feuilles de chou, ce qui sera le prétexte à un reniflage-baisage de main en règle de toute la gent féminine. Très drôle et...

dédicacé par Bénédicte Guettier herself!

Le Noël de Rita et Machin. Qu'on ne présente plus. (Arrou-Vignod était en dédicace l'après-midi, je ne l'ai pas vu, c'est bien dommage, j'aurais pu lui parler de ses oeuvres pour ado, que j'ai beaucoup aimées.)

La sorcière aux trois crapauds, réécriture de Baba-Yaga, le conte russe, avec des dessins magnifiques.

Le philosophique et poétique (décidément j'aime les listes, on ne se refait pas) Pomelo se demande,

dédicacé par Benjamin Chaud (timide mais sympathique) (et oui, je sais, les poules sont encore de sortie).

La magie de Noël, traduction française de The night before Christmas, célébrissime en Angleterre et dont Mélanie parle ici.

Mon coup de coeur du Salon! Cet album, qui a été finaliste au prix Baobab (finalement décerné à La fille des batailles de François Place), est tout bonnement génial! C'est un très grand format, très beau, qui présente un bestiaire où chaque animal, superbement dessiné, est défini en quelques lignes drôlatiques, comme le chien, "meilleur ami de l'homme, sauf le chien-chien qui est le meilleur ami de la mémère". On y apprend que quand le loup a faim, il dévore "un lapin, un mouton, un sanglier, une demi-douzaine de petits chaperons rouges, un enfant pas sage, deux nigauds et un premier de la classe" que l'éléphant "rien qu'en mangeant de l'herbe a pris quatre tonnes et est devenu le plus gros animal du monde. Conclusion : les légumes verts sont très mauvais pour la ligne.", que pour "faire rentrer six baleines tête-bêche dans une boîte de sardines à l'huile, c'est comme quand on fait sa valise pour partir en vacances : il faut s'or-ga-ni-ser!" ou que dans chaque cochon "il y a un saucisson qui sommeille"... Je sens qu'il risque de devenir un fashion's family klassik!
Et pour finir, chers happy few, figurez-vous que j'ai rencontré Marianne Barcilon et Christine Naumann-Villemin! Je suis une grande fan de leur oeuvre, avec une tendresse particulière pour Le Rendez-vous de la petite souris, La princesse coquette et La tétine de Nina. Leur dernier opus, Le lit des parents, est savoureux. J'ai fait dédicacer La princesse coquette pour ma nièce :

(vous remarquerez que la dédicace est à quatre mains) Elles sont formidables et chaleureuses et je vous livre un scoop : quatre de leurs ouvrages sortent au printemps, et l'un s'intitulera Gloups... (je sais, c'est vraiment un scoop extraordinaire, ne me remerciez pas)!
Une belle matinée, chers happy few, un peu courte, mais je m'organiserai mieux l'année prochaine!
06:30 Publié dans Jeunesse, Salons, rencontres, dédicaces | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note
