19.10.2011
Seuls dans la ville entre 9h et 10h30 - Yves Grevet
Parce que j'avais très envie de lire Méto d'Yves Grevet, j'ai ouvert Seuls dans la ville entre 9h et 10h30 (ne cherchez pas de logique, il n'y en a pas, as usual, life is a bitch et Christophe Maé une plaie auditive, rien de nouveau sous les nuages).
Madame Darlène, prof de Français en 1ère L donne un drôle de sujet à ses élèves pour les changer des commentaires composés et des disserts : Postez-vous seul(e) à un endroit du centre-ville entre 9 heures et 10h30 et écrivez ce que vous voyez ou ce que cela vous inspire. La forme est libre : description, fiction, poésie... Or, ce matin-là, le 23 mars, maître Marideau, notaire, est assassiné. Erwan décide alors de récupérer toutes les copies de ses camarades et d'y découvrir tous les indices possibles afin d'aider la police.
Sur une trame de départ originale et intéressante (d'ailleurs j'aime ce sujet, je pense le recycler pour mes élèves), Seuls dans la ville entre 9h et 10h30 est un très bon roman, bien construit, qui mêle habilement intrigue policière et initiation (Erwan tombe amoureux et devient un élève plus investi). Certaines idées sont très chouettes (notamment le club des mangeurs de gâteaux à la crème et j'ai beaucoup aimé la reproduction des devoirs des élèves avec une vignette les représentant et les annotations très personnelles de la prof) et les personnages très attachants, même s'ils s'expriment un peu trop bien pour des lycéens (certains dialogues sont un peu trop littéraires à mon goût). Un roman ultra sympa, à l'image de sa couverture. Il faut vraiment que je lise Méto.
Yves Grevet, Seuls dans la ville entre 9h et 10h30, Syros, 2011, 218 pages
06:53 Écrit par fashion dans Jeunesse, Littérature française | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
05.10.2011
Silence - Benoît Séverac

Jules, 15 ans, se réveille sur un lit d'hôpital au service ORL de l'hôpital Purpan, à Toulouse. Ses derniers souvenirs : une rave où il a pris deux cachets d'ecstasy pour impressionner sa petite amie, Camille. Après trois jours de coma, Jules n'est plus tout à fait le même : il a perdu totalement et définitivement l'ouïe. Il tente de s'ajuster à cette nouvelle réalité et à la colère de ses parents et ne sait que répondre aux policiers chargés de l'enquête. Doit-il donner le nom de celui qui lui a vendu de la drogue au risque de faire tomber un copain ou se taire ?
Sur une trame simple qui a tout du fait divers, Benoît Séverac bâtit un roman nerveux plutôt bien fichu et parvient à éviter la démonstration, ce qui n'est pas évident avec un tel sujet. Le lecteur suit l'évolution de Jules sur un mois, et ce dernier passe par toutes les phases en découvrant son handicap, la douleur, l'incompréhension, le déni, la colère puis l'acceptation, aidé en cela par Damien, l'infirmier qui trouve les mots justes là où ses parents, fous d'inquiétude puis furieux, échouent. Les ados sont campés de manière assez fine, dans leurs relations comme dans leurs réactions, ce qui donne un ton fort crédible à l'ensemble. On peut cependant regretter la facilité du dénouement (d'autant plus regrettable que l'enquête de police sonnait plutôt juste jusque là) mais Silence est un bon roman jeunesse qui met en garde contre les dangers de la drogue de manière claire sans oublier pour autant de nous raconter une histoire, évitant ainsi les travers du roman à thèse.
Benoît Séverac, Silence, Syros, Rat noir, 2011, 150 pages
14:19 Écrit par fashion dans Jeunesse, Littérature française, Polars | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
04.10.2011
Poupée ou fusée ?
Comme la vie est un éternel recommencement (comme disait le poète moldave en recommandant une bière), à l'heure où ma fille se passionne pour des séries si possible bien longues (les camemberts ne font pas des roqueforts, manifestement), mon fils apprend à lire. Me voilà donc de nouveau plongée dans les petits romans, les fameuses "première lectures". Et je suis tombée sur un roman de Thierry Lenain (une valeur sûre, souvenez-vous de Mademoiselle Zazie) qui nous a fait hurler de rire, à tel point que sa lecture est devenue obligatoire tous les soirs, il nous est même arrivé de le lire deux fois d'affilée, c'est dire le pouvoir hautement zygomatiquement revigorant de ce petit bouquin.

Papa emmène sa fille chez Hit-Burger. Oui, mais voilà, outre que l'élevage de leurs steaks déforeste la planète, Hit-Burger est manifestement sexiste : pourquoi le menu garçon propose-t-il une fusée alors que le menu fille contient une poupée ?
Sur ce constat qui a heurté plus d'un parent (moi la première, qui ai souvent réclamé un changement de jouet), Thierry Lenain a écrit une petite histoire drôlatique et très maline, à la conclusion parfaite. Laissons nos enfants être ceux qu'ils veulent être et allons plutôt manger des sushis, tiens.
Thierry Lenain et Catherine Proteaux (illustrations), Menu fille ou menu garçon, Nathan poche, 2006, 27 pages
06:45 Écrit par fashion dans Jeunesse | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
02.10.2011
"Even if we don't have the power to choose where we come from, we can still choose where we go from there."
Mardi dernier, chers happy few, alors que je lisais les Top Ten Tuesday des blogueurs américains consacré à ces livres qu'on a envie de relire, j'ai découvert qu'un titre revenait fréquemment sous la plume de blogueuses aux goûts aussi divers que variés. Intriguée (je n'avais jamais entendu parler de ce roman), j'ai fait une vague recherche afin de voir de quoi il était question et je l'ai commandé, parce que je suis comme ça, toute de wilditude (et qu'on ne dise pas que le net nuit à l'achat compulsif et à la découverte inattendue, la preuve). Le roman en question est

The perks of being a wallflower de Stephen Chbosky (1999, 232 pages), que l'on pourrait traduire approximativement par "Des avantages à faire tapisserie", sorti en français en 2008 sous le titre moins poétique et plus direct de Pas raccord (Sarbacane, collection Exprim', traduction de Blandine Longre).
Ce roman est un véritable best-seller aux Etats-Unis, où il a été réédité une vingtaine de fois et vendu à plus d'un million d'exemplaires. Stephen Chbosky, dont c'est le premier roman, en a aussi signé une adaptation ciné (avec Logan Lerman, que l'on voit partout depuis Percy Jackson et Emma Watson, qu'on ne présente plus) qui sortira en 2012.
Sur le fond, The perks of being a wallflower n'a rien de bien original : Charlie est en première année de lycée, il a 15 ans et c'est un garçon étrange qui a beaucoup de difficultés à relationner avec les autres. Il aime lire, observer le monde qui l'entoure et il est très passif, cette passivité se transformant parfois en agressivité incontrôlable. En début d'année, son professeur de littérature, sentant son potentiel, lui donne des devoirs supplémentaires et lui fait lire des ouvrages "initiatiques" (en commençant par Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur et en terminant par Hamlet) et Charlie se lie d'amitié pour la première fois avec un élève de dernière année, Patrick, et sa soeur, Sam, dont il tombe amoureux.
C'est dans sa forme qu'il faut certainement chercher ce qui a assuré à ce roman un engouement aussi durable. Charlie écrit à un destinataire inconnu, un garçon qu'il ne connaît pas mais dont il a entendu parler en bien et la forme épistolaire univoque ajoute une tension certaine au récit (Charlie explique à la fin qu'il ne voulait pas tenir un journal de peur que ses parents ne tombent dessus) et ajoute une formalité qui permet à Charlie d'adopter un style à la fois naïf et travaillé, car il écrit plus pour quelqu'un que pour lui-même. Le roman est du coup extrêmement bien construit et n'a de spontané que l'apparence, chaque événement raconté par Charlie faisant finalement sens à la manière d'un puzzle. Il y a des reprises mais jamais de redites, ce qui contribue à la tension dramatique (car Charlie a évidemment un secret, que le lecteur adulte comprend très rapidement), et le style, faussement simple, m'a enchantée. C'est un roman mélancolique et émouvant, pourtant étrangement optimiste, sur un adolescent qui ne savait pas qu'il cherchait sa place dans le monde qui l'entoure et qui finit par la trouver. Et si aucun des thèmes inhérents au roman de fin d'adolescence (les questionnements existentiels, la découverte de la sexualité, la drogue, le rapport au groupe, la musique et la littérature comme ouvertures et réponses à des questions que l'on verbalise mal, la place dans la famille...) ne manque à l'appel, leur traitement et le ton employé font de ce roman un des meilleurs dans son genre. We were infinite, chers happy few.
Challenge Lu en VO
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17:05 Écrit par fashion dans Challenge Lu en VO, Jeunesse, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
24.05.2011
"Je porte en moi ton coeur..."
Comme j'ai lu récemment deux romans fort proches dans leur thématique, sinon dans leur traitement, chers happy few affolés de voir une phrase sérieuse entamer ce billet, j'ai décidé, comme ça, paf une lubie, limite une pulsion, de faire une chronique croisée. (Mon Dieu, c'est la première fois que je me livre à ce périlleux exercice, un vent de folie souffle dans ce salon, la preuve, je suis décoiffée.) (Les copines confirmeront que cet état de fait est rarissime chez moi, qui suis toujours et en tous lieux l'incarnation du glamour le plus total.)
Quels sont donc les deux ouvrages qui ont l'honneur de se partager la page de ce mardi où tout est permis ? (Le suspense m'a tuer.)


(Comment ça la mise en page est aléatoire ? Vous avez la berlue.)
(Je vous aurais bien mis en photo la quatrième de cover, très importante, mais dans ma grande quichittude je ne sais comment faire. On ne peut pas avoir tous les talents, la preuve.)
La dystopie est à la mode dans la littérature adulescente en ce moment, peut-être grâce au succès de la trilogie des Hunger Games (je ne veux cependant pas croire que certains y voient un bon filon, non, je sais que les éditeurs sont purs de toute arrière-pensée). Toujours est-il que sont sortis à quelques mois d'intervalle Promise d'Ally Condie et Delirium de Lauren Oliver, qui explorent, chacune à leur manière, les conséquences de la mise en place d'un état totalitaire qui, non seulement dénie toute liberté à des citoyens élevés dans la manipulation et le mensonge, mais leur refuse aussi le droit à l'amour, thème ô combien important pour les lecteurs adolescents qui ne sont, comme chacun le sait, qu'émois et hormones. Et vice-versa.
Dans Promise, Ally Condie met en scène un monde dans lequel la vie des individus est intégralement prise en charge par l'Etat : après des études réduites au minimum, on leur donne un travail, on les "couple" en fonction de leur personnalité, on leur donne le droit de faire un ou deux enfants puis on les enthanasie à l'âge de 80 ans. Cassia, 17 ans, est "couplée" mais l'administration fait une erreur et lui envoie la photo d'un autre garçon que celui auquel elle s'attend. Troublée, la jeune fille s'intéresse alors de près à cet adolescent différent et ses certitudes ne tardent pas à se fissurer. De la même manière, Lena, personnage principal de Delirium, attend impatiemment son Protocole, qui doit, par une opération du cerveau, lui ôter la capacité à aimer, considérée comme une maladie mortelle pouvant devenir un fléau. La rencontre d'un jeune homme qui n'a pas été opéré va lui ouvrir les yeux sur la société qui l'entoure et lui permettre de réviser ce qu'elle sait de son passé à l'aune de ces découvertes.
Si le thème est similaire, on ne peut imaginer traitement plus différent : là où Promise peine à retenir l'attention du lecteur à cause d'une sécheresse de ton, d'une absence de matière d'autant plus ennuyeuse qu'un roman de science-fiction doit peindre un monde par définition neuf et ne peut donc se reposer sur les supposées connaissances du lecteur et de la trop grande place accordée à une romance aussi intéressante que les peines de coeur des héros de Dawson (oui, je suis vieille, so what ?) (et ma phrase est interminable, je sais) (et dire que je parle aussi avec des parenthèses, autant dire que suivre un de mes cours relève de la gageure la plus totale), Delirium, mieux écrit et mieux construit, peint un monde beaucoup plus riche dans lequel évoluent des personnages plus denses et plus crédibles. L'exemple le plus frappant est certainement le traitement réservé à l'idée vieille comme Platon de la suppression de la culture sous toutes ses formes et notamment de la poésie : dans Promise, Ally Condie utilise maladroitement un poème de Dylan Thomas, sans arriver à en restituer toute l'émotion sans doute parce qu'elle abuse de la répétition et de la paraphrase, alors que les quelques vers de Shakespeare, Dickinson ou Cummings cités dans Delirium, habilement intégrés à l'histoire, prennent une véritable ampleur et ne peuvent qu'inciter à la Résistance. La littérature sauvera le monde. Qui en doutait ?
Ally Condie, Promise (Matched), Gallimard jeunesse, traduit de l'anglais par Vanessa Rubio-Barreau, 398 pages, 2011
Laurence Oliver, Delirium, Hachette jeunesse, traduit de l'anglais par Alice Delarbre, 452 pages, 2011
Quelques billets sur Delirium : Stephie, Bladelor, Ori...
Et sur Promise : Stephie, Theoma...
18:40 Écrit par fashion dans Jeunesse, Littérature anglo-saxonne, SF | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : j'arrête la litté jeunesse, promis, j'ai quelques classiques britons à lire, et des copies à corriger, oui aussi, mais d'abord finir le tariquet s'impose, avec la confiture de poivrons
23.05.2011
Léviathan - Scott Westerfeld
1914.
Le 28 juin, le jeune Aleksandar, fils de l'archiduc François-Ferdinand et de Sophie Chotek, est réveillé en pleine nuit par le comte Volger, son maître d'escrime et Klopp, mécanicien en chef de l'archiduc. Sous prétexte d'une leçon de pilotage de nuit, les deux hommes "enlèvent" le jeune homme pour le mettre à l'abri : ses parents ayant été assassinés, il devient la cible de ceux qui ne veulent pas le voir sur le trône de l'Autriche. Voilà donc nos trois hommes, accompagnés de deux soldats, partis pour la Suisse dans un mécanopode, espèce de gigantesque robot bipède. Parallèlement, la jeune Deryn se fait passer pour un garçon afin de postuler comme aspirant dans la Royal Air Force : devenue Dylan, elle se retrouve, par un concours de circonstances, sur le Léviathan, fabuleuse baleine des airs. Nos deux jeunes gens, la britannique et l'autrichien, se rencontreront dans des circonstances pour le moins mouvementées.

Comme les plus perspicaces d'entre vous l'auront aisément déduit du brillant résumé que j'ai écrit à la force de mon clavier, Leviathan est un roman de steampunk, happy few amateurs de bons crus et de science-fiction, qui s'inscrit donc dans la lignée des romans d'Histoire alternative, genre dans lequel s'illustrent avec brio nos amis anglo-saxons (je ne voudrais pas dire de bêtises (ce serait si peu dans ma manière) mais il me semble que les auteurs français ne se sont guère intéressés à ce type de réécriture). Scott Westerfeld met en scène avec un incroyable talent un monde divisé en deux camps : les darwinistes (France, Grande-Bretagne, Russie) qui manipulent l'ADN des animaux pour créer des hybrides qu'ils utilisent surtout à des fins militaires et industrielles et les clankers (Autriche-Hongrie, Allemagne), qui ne jurent que par les machines extrêmement perfectionnées. Reprenant les faits qui ont mené à la Première Guerre Mondiale, Westerfeld a bâti avec maestria une intrigue riche et pleine de rebondissements, mêlé avec bonheur les histoires de Deryn/Dylan et Alek et trouvé avec le darwinisme une invention très originale qui nourrit l'intrigue de manière passionnante.
Un excellent roman, au style alerte et plein d'humour, qui m'a littéralement emballée, chers happy few.
Scott Westerfeld, Leviathan, Pocket Jeunesse, traduit de l'anglais par Guillaume Fournier, 440 pages, 2010, 2009 pour la parution en VO, très belles illustrations de Keith Thompson

Les billets d'Emmyne, Chiffonnette...
19:06 Écrit par fashion dans Jeunesse, Littérature anglo-saxonne, SF | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : be bop a lula, wah pa di dou dah, loubidoudbidou, chabadabada, tout ça pour dire que dans 3 semaines je n'ai plus d'élèves, enfin en cours, parce qu'il faudra surveiller et corriger, mais rien ne m'est impossible, hu hu hu, que de félicité et de modestie, tout moi quoi
17.03.2011
La cité bleue d'Icaria - Arthur Slade

Vous souvenez-vous de Modo, délicieux happy few ? Mais si, ce (très) jeune agent secret recruté et formé par M. Socrate, orphelin sans passé mais doté de l'étrange capacité de pouvoir modeler à l'envi son visage et son corps afin de prendre n'importe quelle physionomie, héros de La confrérie de l'Horloge, roman de steampunk très réussi.
Le voici de retour dans La cité bleue d'Icaria, un roman d'aventures et d'espionnage qui tient toutes les promesses du tome précédent. Modo est cette fois-ci envoyé en mission avec la dangereuse Octavia pour enquêter sur un mystérieux monstre marin qui sévit au large de l'Islande. Il croit chercher Moby Dick et tombe sur une version du Nautilus, pilotée par le capitaine Delphina Monturiol qui rêve d'Atlantide. Dans une aventure fort bien troussée aux multiples rebondissements, Modo rêve d'amour, rencontre Colette, une séduisante espionne française, et croise de nouveau la Confrérie de l'Horloge, la redoutable Hakkandottir et ses chiens, et Griff, l'espion invisible et fou. Un excellent deuxième volet, chers happy few.
Arthur Slade, La cité bleue d'Icaria (The Dark deeps), MsK, traduit de l'anglais par Marie Cambalieu, 287 pages, 2011
19:23 Écrit par fashion dans Jeunesse, Littérature anglo-saxonne, SF | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : steampunk, sf, espionnage et pâturage, non ce n'est pas une note mais une notule, but who cares ?, capitaine nemo mon premier crush littéraire tiens, ça nous rajeunit pas
11.03.2011
"Peut-on mettre l'imagination en bouteille comme la limonade ?"*
Roberto, le peintre, est en panne d'inspiration : son imagination s'est fait la malle et sa page reste désespérément blanche. Il décide alors de partir à sa recherche. Il charge sa vieille 4L qui le conduit littéralement hors des sentiers battus devant une auberge étrangement nommée Auberge de Nulle Part. Le peintre en mal d'inspiration va y croiser de nombreux personnages en quête d'auteurs et renouer le contact avec sa muse.
L'Auberge de nulle part est un très bel album superbement illustré que Gallimard réédite ce mois-ci et qui s'adresse à tous les publics : les plus jeunes se laisseront bercer par la douce absurdité de l'histoire, les plus grands se plongeront avec délice dans une histoire qui fleure bon la magie et se demanderont qui sont tous ces drôles de personnages ("Ah, maman, tu as vu, la jambe de bois du marin change de côté!", "Oh mais c'est la petite sirène, tout s'explique!") et les adultes se délecteront de croiser, pêle-mêle, Huckleberry Finn, Moby Dick, le baron perché, Don Quichotte ou Long John Silver, dans une histoire poétique qui s'interroge sur l'imagination et la fiction. Où vivent les personnages avant qu'un auteur ne les couche sur le papier ? D'où viennent les idées et les histoires ? Après son séjour à L'Auberge de Nulle Part, Roberto a trouvé ce qu'il était venu chercher : "la capacité à rendre réel ce que l'esprit ne fait qu'imaginer", il a "donc assez d'imagination pour nous balader jusqu'au jour où les crevettes sauront jongler". Comme tous les bons raconteurs d'histoires, on le suivra avec plaisir, parce que les histoires sont le sel de la vie.
Roberto Innocenti (illustrations), J. Patrick Lewis (texte), L'Auberge de Nulle Part (The last resort), traduit de l'anglais par Anne Krief, 47 pages, 2002, réédition 2011
* Si c'était le cas, chaque imagination aurait-elle une couleur et une texture particulières ? Y en aurait-il de sombres et riches à l'arôme capiteux comme le café, de claires et pétillantes, de presque transparentes, d'autres agitées et tourmentées comme un ciel d'orage ?
20:04 Écrit par fashion dans Jeunesse, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : cet album m'a donné envie de relire mark twain, en anglais, faut que je fasse vite, avant qu'on ne trouve plus que des versions corrigées, le politiquement correct tuera-t-il la littérature ?, imaginons un monde où on ne lirait que marc lévy, plus flippant qu'un monde sans crevettes, hein ?
17.01.2011
Alera - Cayla Kluver
Alera a 17 ans, elle est la princesse héritière du royaume d'Hytanica. Comme le veut la tradition elle doit se choisir un époux et l'épouser le jour de son dix-huitième anniversaire, jour où il sera couronné roi, les femmes hytanicaines ne pouvant pas régner. Alera n'éprouve de l'intérêt pour aucun jeune homme et c'est alors son père qui choisit à sa place : ce sera Steldor, fils du capitaine de la Garde, beau, fort et vaniteux. Mais la menace d'une guerre avec le royaume haï de Cokyri gronde et un jeune Cokyrien, Narian, vient se réfugier à Hytanica. Il est beau, sensible et dangereux. Alera tombe amoureuse de lui.
Voici un intéressant roman de fantasy adulescente, chers happy few, premier volume de ce qui sera une trilogie et qui plante un cadre que l'on a plaisir à découvrir et met en scène un personnage attachant de jeune fille partagée entre l'amour et le devoir. Dans ce royaume où on n'instruit pas les femmes et où on leur refuse tout rôle autre que celui de maîtresse de maison, Alera apparaît d'abord comme une cruche casse-pieds avant de se transformer en jeune femme décidée et réfléchie. Ce roman n'est pas exempt de maladresses, que ce soit dans la construction du récit, que j'ai trouvée parfois un peu lente et trop descriptive (savoir très exactement à chaque fois comment sont habillés les personnages est une information dont je me passe très bien), comme dans l'intrigue (si vraiment Cokyri et Hytanica se font la guerre depuis un siècle pour les motifs décrits, c'est franchement un peu léger) mais j'ai bien aimé l'évolution des personnages, que ce soient les jeunes comme les moins jeunes et la société mise en place, de même que certains éléments qui pourraient assombrir considérablement la suite de l'histoire. Alera étant laissée en fâcheuse posture à la fin du roman, je lirai avec plaisir la suite, curieuse de voir ce qui se passe vraiment dans le royaume de Cokyri. Une lecture sympathique.
Cayla Kluver, Alera (Legacy), MsK, 448 pages, 2011 pour la traduction, 2009 pour la parution en VO.
05:00 Écrit par fashion dans Fantasy, Jeunesse, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : je ne sais pas ce qui m'arrive, je lis, je chronique, je corrige mes copies, c'est une nouvelle fashion qui émerge en ce début 2011, prenons les paris, combien de temps cela va-t-il durer ?
08.01.2011
Frisson / Fièvre - Maggie Stiefvater


Grace, 17 ans, vit dans une petite ville du Minnesota, aux abords d'une forêt. A 11 ans, elle a été attaquée par une horde de loups mais elle a été sauvée par l'un des loups de la bande et a survécu à ses morsures. Les années ont passé, et un lien étrange s'est créé entre la jeune fille et ce loup, qui rôde autour d'elle en hiver et semble veiller sur elle de loin. Lorsque Jack, un camarade de Grace, est retrouvé mort, déchiqueté à mort par des loups, la ville lance des chasseurs à travers la forêt. Affolée, Grace tente d'empêcher la chasse, et retrouve sur le perron de sa maison un jeune homme dont le regard ressemble étrangement à celui de son loup...
Enième variation autour du mythe du loup-garou revisité pour les ados en mal de romance soft, j'ai entamé Frisson toute prête à me laisser convaincre (je suis parfois une lectrice facile, happy few de mon coeur) et je n'ai été qu'à moitié convaincue. Le roman m'a bien plu par son utilisation d'un certain ton tragique puisque le couple formé par Sam et Grace semble dès le début voué à l'échec : elle est humaine, il est loup n'ayant plus qu'une saison à vivre en tant que semi humain avant de rejoindre définitivement la forêt et il n'existe pas de cure. Cette menace a priori inéluctable teinte toutes leurs actions et ils s'aiment un peu envers et contre tout, sachant qu'ils vont se perdre, et le ton du roman est à l'unisson de cette histoire d'amour, triste et plein de regrets non formulés. Et le personnage de Sam, garçon maltraité devenu un adolescent secret, qui lit beaucoup, écrit des chansons et voue un culte à Rilke, est pour beaucoup dans l'intérêt que l'on a à lire ce premier opus, même si le monde mis en place manque un peu de consistance (en même temps, toutes ces histoires avec des lycéens qui font leurs devoirs et assistent aux cours de chimie commencent à me lasser sérieusement).
Malgré une fin que j'ai trouvé facile, j'ai donc entamé Fièvre relativement confiante pour découvrir rapidement que tout ce qui était bancal dans le premier opus était décuplé dans le deuxième. Fièvre souffre en effet de deux gros problèmes de construction : l'histoire est le miroir inversé de Frisson et le propos est dilué dans la multiplication des points de vue (quatre contre deux dans le premier), comme si l'auteure avait tenté de pallier l'absence d'imagination par le rajout artificiel et assez plat de l'histoire d'un autre couple. J'ai eu un mal fou à le terminer et je ne lirai pas le troisième de cette série finalement assez plate, qui plaira peut-être aux adolescentes qui n'ont plus rien à lire et se languissent d'Edward.
Maggie Stiefvater, Frisson, Fièvre, Hachette Jeunesse, Black moon, 2010
17:45 Écrit par fashion dans Fantastique, Jeunesse, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : je retourne à ma variation autour de darcy, qui est chaud bouillant, je suis totalement in love, again
