13.12.2009
Ave Capitolium, morituri te salutant!
(oui, je sais, chers happy few, ce titre est en latin de cuisine, mais que voulez-vous, j'ai une affection particulière pour cette pièce de la maison) (pour me punir, je vais relire Astérix, tiens)

Souvenez-vous, chers happy few : à la fin de The Hunger games, nous avions laissé Katniss et Peeta vainqueurs des Jeux de la Faim rentrer chez eux dans le District 12 retrouver leurs familles et couler des jours normalement sans nuages. Nous les retrouvons quelques semaines plus tard, au moment où ils se préparent à débuter la traditionnelle tournée triomphale dans les 12 Districts et le Capitole. Mais le Président Snow, qui tient Katniss pour une rebelle à cause de la manière dont se sont terminés les précédents Jeux, la fait chanter : afin de prouver que son dernier acte en tant que participante aux Jeux n'a pas été une menace politique mais l'acte désespérée d'une jeune fille follement amoureuse, elle doit épouser Peeta et se débrouiller pour éteindre les menaces de révolte qui courent dans certains districts, sinon ceux qu'elle aime seront exécutés. Katniss obéit pour se rendre rapidement compte que c'est un véritable incendie qui couve dans les Districts et que ce qui se joue à Panem va bien au-delà de ce qu'elle imaginait.
J'ai trouvé le premier volume de cette trilogie tellement excellent, chers happy few, que je n'ai pas eu la patience d'attendre la traduction du deuxième volume et je l'ai acheté en V.O lors de mon dernier week-end à Londres. Et j'ai fichtrement bien fait parce que Catching fire est encore meilleur que The Hunger games, roman pourtant passionnant et maîtrisé de bout en bout. La grande force de ce deuxième volet est d'instaurer dès le début un climat très oppressant : le lecteur averti sait parfaitement de quoi est capable le Capitole et voit donc avec anxiété l'étau se resserrer autour de Katniss et de Peeta, qui se retrouvent cette fois pris au coeur d'une intrigue politique où ce n'est plus seulement leur propre survie qui est en jeu mais celle de leurs proches et finalement d'un peuple tout entier. Confrontée aux machinations du terrifiant Président Snow (qui n'a de président que le titre vu qu'il est au pouvoir depuis plusieurs décades) qui traîne dans son sillage une odeur de roses et de sang et qui est prêt à toutes les atrocités pour garder le pouvoir absolu sur les 12 Districts, Katniss réagit à sa façon, courageuse, impulsive et parfois un peu désordonnée, comme la jeune fille de 17 ans dure au mal mais un peu déboussolée dès qu'il s'agit de sentiments qu'elle est. Catching fire est, comme le précédent volume, une véritable réflexion sur le pouvoir absolu et la manipulation des masses (que se passe-t-il vraiment dans le District 13 ?) dans cette dystopie qu'est Panem, réflexion menée tambour battant par une narration à la fois dense et limpide qui tient en haleine le lecteur malmené pendant près de 500 pages par une accumulation de rebondissements et de twists parfois imprévisibles et violents (je ne révèlerai rien pour ne pas spoiler, mais oh my, je n'en ai pas lâché le bouquin pendant deux jours) pour le laisser, au terme d'un final assez terrible, pantelant et ... anéanti : la suite des aventures de Katniss ne sortira qu'en août dans les pays anglo-saxons. L'attente va être longue, chers happy few.
Suzanne Collins, The Hunger games : Catching fire, Scholastic, 472 pages, 2009.
Le billet de Bladelor, qui propose d'inventer "le patch du lecteur en manque". Je ne peux que plussoyer.

Challenge Lire en V.O
(A ce rythme-là, je vais avoir terminé le mini-challenge (6 romans) avant même la fin 2009. J'en suis moi-même espantée. Pas moins.)

Challenge Crazy SF 2
4/6
Catégorie Dystopie
19.11.2009
Si seulement, si seulement
Stanley Yelnats est envoyé dans un camp de rééducation pour adolescents pour un vol qu'il n'a pas commis. Le voilà sous l'infernale chaleur du soleil texan, condamné à creuser des trous d'1m50 de diamètre et de profondeur sous la terrible férule d'une directrice cruelle. On dirait bien qu'elle cherche quelque chose, la diablesse aux ongles carmins et venimeux, dans cette terre oubliée de tous où règnent les lézards à taches jaunes dont la morsure est mortelle.
Parce que je n'ai rien à lire, chers happy few, il m'arrive comme ça, par jeu, de m'inscrire à des livres voyageurs (mais avec parcimonie, quand même, parce que retenue is my middle name). C'est chez Emmyne que j'ai repéré ce titre et le moins que l'on puisse dire c'est que j'ai bien fait de céder (qui a dit "encore une fois" ? il y a des poètes moldaves qui se perdent) à la tentation, parce que ce petit joyau a marqué la fin d'une période de marasme lectural qui m'a semblée bien longue. Le passage est en effet un excellent roman jeunesse, inclassable, émouvant et drôle, qui raconte l'évolution d'un jeune garçon un peu naïf, peu gâté par la nature (son poids en a fait le souffre-douleur de ses camarades de classe), affublé de parents un tantinet rêveurs (son père passe son temps à tenter de mettre en place des inventions farfelues) et d'une malédiction familiale qui accable les Yelnats depuis que l'arrière-arrière-arrière grand-père de Stanley n'a pas tenu une promesse. L'histoire de Stanley est entrecoupée de celles de l'ancêtre en question et de Kate Barlowe l'Embrasseuse, célèbre tueuse de l'Ouest américain qui a vécu à l'endroit où se tient le camp. Ces trois histoires sont bien évidemment liées et permettront de conduire au dénouement, à la suite d'aventures ma foi tout à fait passionnantes. Une histoire d'amour, d'amitié, de serments qu'on tient avec plus d'un siècle de retard, où on accorde beaucoup d'importance aux odeurs de pieds et où on mange une quantité industrielle d'oignons crus est une histoire selon mon coeur, chers happy few.
Louis Sachar, Le passage (Holes), Ecole des loisirs, Médium, traduit de l'américain par Jean-François Ménard, 278 pages, 1998, 2000 pour la traduction française.
Le billet d'Emmyne par qui ce roman est arrivé. Il est passé chez Bladelor, Liliba et Saxaoul.
Karine pour sa part n'a pas aimé du tout.
16:03 Publié dans Jeunesse, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (32) | Envoyer cette note | Tags : louis sachar, le passage, far-west, texas, trésor, oignons crus, pouce de dieu, lecture, pieds
16.11.2009
A l'abordage, cacahouètes et potage!
2216, Angleterre. Enfin, ce qu'il en reste. Lily Melkun, 13 ans, est pêcheuse dans les Dix dernières contrées d'Angleterre, terres très pauvres du sud de feu le Royaume-Uni, soumises malgré elles aux raids des pirates et oubliées de l'état et surtout de l'Ecosse, devenue une super-puissance. Un jour, Lily rentre au village pour trouver ce dernier en émoi : les pirates de Medwin ont fait une razzia et non contents d'enlever Lexy, la fille du Premier Ministre qui vivait chez sa tante, ils sont assassiné la grand-mère de Lily. Seule au monde, Lily décide de fuir afin d'échapper au mariage auquel on veut la contraindre : elle se met en tête d'aller sauver Lexy des griffes des pirates en proposant une rançon qu'elle a dérobée chez la tante de la petite fille, un bijou qui parle... Les aventures commencent.
En 2008, The Times a organisé un concours d’auteur avec Barry Cunningham, l’éditeur d’Harry Potter, comme président du jury, chers happy few, dans le but de découvrir un nouvel auteur jeunesse. C'est Emily Diamand et sa Rançon des pirates qui a remporté le concours et donc la publication, avec cet ouvrage de SF post-apocalyptique qui décrit un monde ravagé par une catastrophe écologique sans précédent. Alors que les trois quarts de Londres sont sous les eaux et que la partie émergée de la ville est un marécage sans nom, l'Ecosse, elle, au-delà de ses frontières sévèrement gardées, est une nation puissante, qui, dit-on, aurait gardé quelques ordinateurs et quelques machines intelligentes d'avant la catastrophe, ce qui est formellement défendu aux habitants des Dix dernières contrées, et maîtrise les nouvelles énergies, ce qui lui assure une grande richesse. Comme toujours dans les romans post-apocalyptiques, l'humanité revenue à l'âge pré-technologique doit faire face à des menaces qui semblent surgies d'une époque révolue, ici les pirates qui ont mis en coupe réglée les rivages pauvres et qui livrent une lutte sans merci aux Anglais dans le but de prendre le pouvoir sur ce qui reste de l'Angleterre.
Avec son intrigue pas franchement révolutionnaire (une ado brave tous les dangers pour sauver une petite fille et se retrouve prise au milieu d'une intrigue dont l'ampleur la dépasse) qui enchaîne les rebondissements par à-coups (le début est très lent), ses personnages assez superficiels et son style très plat et un peu artificiel (notamment l'alternance des points de vue entre Lily et Zeph qui ne se justifie pas vraiment), La rançon des pirates est un roman qui s'adresse à mon avis à de très jeunes lecteurs (dès 9 ans) et qui ne m'a pas vraiment convaincue, chers happy few. Si on en croit Cunningham, qui se fend des traditionnelles louanges de 4ème de couverture (une habitude décidément détestable, mais cela n'engage que moi), Emily Diamand est un grand écrivain. Si c'est vrai, elle a une mauvaise traductrice.
Emily Diamand, La rançon des pirates, Michel Lafon, 371 pages, traduit de l'anglais par Nathalie Gouyé-Guilbert, mars 2009
Le billet de Mélanie, qui m'avait donné envie.
Et comme de nos jours on semble ne plus savoir écrire de one-shot et qu'on surfe allègrement sur la vague des séries à rallonge, il y aura une suite, qui sortira en Grande-Bretagne en 2010. (Oui, je suis en mode schtroumpf grognon en ce moment, j'assume.)

Challenge Crazy SF
Catégorie Post-apocalyptique
1/3
(Toutes les informations sur ce Challenge sont chez GeishaNellie.)
18:31 Publié dans Challenge Crazy SF, Jeunesse, Littérature anglo-saxonne, SF | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : emily diamand, la rançon des pirates, chats pêcheurs, drakkars, jeux vidéos, i'm in love de mulder, comment ça aucun rapport ?, il y a toujours un rapport avec mulder, qu'on se le dise
01.11.2009
Hoche-Vite
Bruno a 9 ans, et il est le fils d'un officier SS à qui Hitler donne la direction du camp d'Auschwitz. Brutalement déraciné (la famille vivait dans une vieille demeure berlinoise), livré à lui-même, le petit garçon s'ennuie terriblement dans ce nouvel univers pour le moins étrange : personne ne veut lui expliquer qui sont ces gens en pyjama rayé de l'autre côté du grillage ni pourquoi il ne faut pas en parler. Bruno développe à leur égard une curiosité de plus en plus intense jusqu'au moment où il rencontre un jour, loin de sa maison, un jeune garçon de son âge derrière le grillage. Ils deviennent amis.
Le garçon en pyjama rayé de John Boyne est sorti en 2006 et a été immédiatement traduit en français, chers happy few, et Gallimard a profité de la sortie du DVD de l'adaptation en août dernier pour le rééditer dans un nouveau format très agréable dans lequel j'ai enfin découvert ce roman couvert de prix qui s'est vendu à plus de 5 millions d'exemplaires dans le monde, ce qui n'est pas étonnant tant le traitement du thème de l'Holocauste est ici original et fort. Il ne faut surtout pas en savoir trop en ouvrant cette fable (car c'en est une, tant dans l'histoire qui est peu vraisemblable que dans le personnage de Bruno, tellement naïf qu'il en paraît parfois un peu attardé), qui est une indéniable réussite. L'histoire est très frappante, grâce notamment au choix d'une narration à la troisième personne mais qui suit totalement les pensées et le raisonnement de Bruno : on a l'impression d'être dans la tête de ce petit garçon tout en anticipant l'intrigue, puisque nous savons décrypter ce que Bruno ne comprend pas, ce qui crée un climat très pesant et concourt évidemment à la réussite de la chute, poignante et inéluctable. Un très bon roman, à faire lire dès 13 ans.
John Boyne, Le garçon en pyjama rayé, Gallimard jeunesse, 186 pages, 2009, existe aussi en Folio junior
20:27 Publié dans Jeunesse, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note | Tags : john boyne, le garçon en pyjama rayé, holocauste, auschwitz, je crois que je vais le faire lire à mes 3ème
17.10.2009
(N)ever more
Ever (l'héroïne au prénom le plus improbable de toute la littérature mais qui doit permettre à Alyson Noël de placer quelques jeux de mots, du moins je le suppose vu que j'ai lu la traduction française) est une jeune fille comme les autres qui mène une vie parfaite avec ses parents, sa chipie de soeur, ses nombreux petits copains et ses copines pom-pom girls. Mais un jour c'est l'accident : pour éviter une biche (car il a un grand et bon coeur), son père les précipite tous dans le ravin (oui, je sais, c'est un peu crétin comme accident mais faut ce qu'il faut pour que l'héroïne devienne une héroïne). Ever est la seule à survivre (Alyson Noël nous tue même le chien, Caramel, ce que personnellement j'ai un peu de mal à lui pardonner, mais elle sauve la biche, manifestement on ne peut pas tout avoir) et après un mois d'hôpital, elle déménage en Californie chez sa tante Sabine, qui a une très grande maison avec jacuzzi (très important le jacuzzi, c'est un enjeu de taille, il y a même une scène qui manque lui être consacrée mais Alyson se rattrape in extremis, on n'est pas dans un Harlequin non plus, non mais). Le hic, c'est que la pauvre Ever a hérité de son accident de terribles pouvoirs psychiques : elle lit dans les pensées des gens et elle perçoit leur aura. Comme elle ne sait pas gérer son nouveau pouvoir, elle ne va pas très bien la pauvre, et elle dissimule son chagrin et son angoisse sous des sweat-shirts trop grands. Et puis un beau matin, arrive Damen, un garçon si beau que tout le lycée arrête de respirer (je peux vous assurer d'expérience qu'il n'y a jamais de garçon de ce type dans les lycées français, je devrais migrer aux Etats-Unis, tiens) et qui, évidemment, va tout changer dans la vie d'Ever grâce au pouvoir supersonique de ses yeux sombres frangés de longs cils...
Ce roman, véritable best-seller aux Etats-Unis, contient à mon avis une date de péremption, chers happy few : si vous avez plus de 14 ans, vous pouvez vous abstenir de le lire, à moins que vous ne vouliez comme moi, passer votre temps à pouffer devant l'énormité des dialogues et des situations. Pour ne rien vous cacher, j'ai failli abandonner cette lecture aux environs de la page 150, tant j'avais l'impression de lire quelque chose qui n'était pas Twilight tout en étant Twilight. La situation initiale est en effet décalquée de Fascination : une jeune fille déracinée, mal dans sa peau, voit arriver dans son lycée un garçon trop beau pour être vrai et qui par un heureux et improbable hasard scénaristique, semble ne s'intéresser qu'à elle. Mais là où Stephenie Meyer, malgré tous les défauts de son roman, parvenait à brosser un portrait plutôt juste de l'adolescente lambda confrontée au surgissement du désir amoureux, Alyson Noël de son côté, tombe dans le grand n'importe quoi.
Du côté de l'intrigue, point de vampires (Damen qualifie à un moment leur existence de "science-fiction" ce à quoi la pinailleuse que je suis à rectifié in petto : "fantastique, jeune homme, pas science-fiction") mais, tenez-vous bien, des Immortels. Ils ne sont que deux (enfin, pour l'instant, parce qu'une suite est prévue), on ne sait absolument pas comment ils sont devenus immortels mais ils ont des supers pouvoirs vachement plus glamour que de pouvoir grimper aux arbres. Damen, par exemple, outre le fait qu'il sait tout faire (il cuisine comme Bocuse, peint comme Picasso, écrit comme Shakespeare, conduit comme Fangio, normal cela fait 600 ans qu'il traîne sa beauté sombre sur la terre) (il a même été mannequin à New-York, c'est dire l'étendue de ses talents), lit dans les pensées (c'est la moindre des choses et ça permet de gagner aux courses) et a la capacité de transformer le réel "grâce à la physique quantique" (je vous jure que je cite le texte, happy few de peu de foi) et ce qu'il préfère c'est, tenez-vous bien, faire apparaître des tulipes rouges, symboles d'amour éternel (oups, je vous ai spoilé la fin, chers happy few, my bad) sous les pas d'Ever. Il y a évidemment une grande méchante et la pauvre Ever, dont l'évolution psychologique aurait pu être intéressante si elle avait été mieux écrite (après tout, c'est une histoire de deuil et de culpabilité) se retrouve contrainte de l'affronter mais je vous rassure tout de suite, tout finira bien pour notre blondinette qui dans le processus, perd son affreuse cicatrice cachée sous sa frange et abandonne ses jeans informes pour des mini-jupes (c'est beau la rédemption). Elle apprend au passsage que Damen et elle, c'est une histoire qui dure depuis des siècles grâce à l'idée la plus fendarde du bouquin : Alyson Noël a en effet inventé la réincarnation infinie. Ever ne cesse de vivre des histoires incomplètes avec Damen et elle meurt à chaque fois avant qu'ils n'aient pu consommer leur amour, ce qui donne lieu au dialogue le plus drôle de ce roman qui plaira assurément beaucoup aux adolescentes. Pour ma part, n'ayant plus 14 ans depuis quelques années, j'arrête là ma découverte de ce "phénomène" : le tome 2 ne passera pas par moi.
Alyson Noël, Eternels, tome 1 : evermore, Michel Lafon, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Laurence Boischot et Sylvie Cohen, 342 pages pleines de tulipes rouges et de surf, octobre 2009
Il a comblé les coeurs de midinette de Celsmoon et de Karine, Cuné pour sa part a relevé quelques morceaux choisis qui permettent de mesurer toute la profondeur (qui a dit abyssale ?) de ce roman.
12.10.2009
Jeux du cirque
Dans un futur indéterminé, après une guerre civile, la cité de Panem, dans les Rocheuses, maintient sous sa très ferme coupe les Douze Districts, dont certains sont très pauvres. Tous les ans, afin de rappeler aux Districts que l'obéissance est plus qu'une vertu, deux jeunes gens, un garçon et une fille, sont tirés au sort dans chaque district et envoyés combattre dans une arène géante sous les yeux de l'ensemble de la population, s'entretuant jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un. Cette année-là, dans le District Douze, la malchance désigne Prim, la jeune soeur de Katniss. Cette dernière refuse que sa petite soeur de 12 ans parte ainsi à l'abattoir et se porte volontaire à sa place. Elle part donc vers Panem avec Peeta, le garçon de son district dont le nom a été tiré au sort...
Hunger games (très mauvaise traduction de The hunger games soit dit en passant : pourquoi ce titre qui n'a strictement aucun sens ni en français ni en anglais alors que la traduction littérale, Les jeux de la faim, aurait été parfaite, voilà un mystère aussi insondable qu'un certain loch écossais) est, malgré son titre, chers happy few, un excellent roman. A mi-chemin entre les jeux du cirque (on remarquera d'ailleurs le nom de la Cité, Panem, comme un certain proverbe latin) et Les chasses du comte Zaroff (dont je recommande d'ailleurs chaudement la vision), ce roman est un thriller passionnant qui pose, comme son prédécesseur, bien des questions sur l'humanité et la bestialité qui sommeillent en chacun de nous. Mais l'argument de SF lui permet d'aller encore plus loin et de questionner le pouvoir politique et la manipulation qu'il a instaurée via ces jeux atroces mais présentés justement comme des jeux avec caméras omniprésentes, sponsors, styliste pour chaque candidat et paris pris dans tout le pays. Le lecteur regarde se dérouler sous ses yeux atterrés une mécanique parfaitement huilée qui va être mise à mal pour la première fois par la personnalité des candidats, que ce soit Peeta, qui fait une révélation tonitruante juste avant les jeux ou Katniss, jeune fille endurcie de 16 ans qui nourrit sa famille depuis des années et qui est bien décidée à tenir le plus longtemps possible, se servant de ses capacités de réflexion comme de ses talents de chasseuse. Thriller, roman de SF, mais aussi roman d'initiation, Hunger games est servi par un style efficace et précis et une excellente construction, qui en font un roman que l'on ne peut pas lâcher jusqu'à la fin. Il y aura encore deux volumes pour, on l'espère, notre plus grand plaisir, mais rassurez-vous, chers happy few, pas vraiment de cliffhanger à la fin de ce premier volume : c'est toujours ça de gagné pour nos pauvres nerfs.
Suzanne Collins, Hunger games (The hunger games), Pocket jeunesse, 379 pages, octobre 2009
A noter que le tome 2, Catching fire, est sorti le mois dernier aux Etats-Unis. Le tome 3 devrait paraître en 2010.
04.10.2009
"L'amour n'est pas de l'antimatière"
Thomas Drimm a 13 ans moins le quart. Il vit dans une banlieue minable des Etats-Uniques, un état totalitaire sous ses faux airs de république, où le président Narkos III n'est qu'un fantoche sous perfusion. Dans cette société où le Hasard a été érigée en ligne de vie, où les obèses sont internés et les dépressifs "retraités" en pièces détachées, Thomas, préobèse et fils d'un alcoolique, est déjà un raté. Un dimanche, il tue, par inadvertance et d'un coup de cerf-volant, Léonard Pictone, un scientifique de renom qui avait une mission et qui, pour la mener à bien, s'incarne après sa mort, dans... l'ours en peluche de Thomas. Le jeune garçon va se retrouver héros bien malgré lui d'une trépidante aventure.
Didier van Cauwelaert, prix Goncourt pour Un aller simple, s'essaie pour la première fois, avec la série consacrée à Thomas Drimm, à la littérature jeunesse, sous une forme particulière puisque ce roman a été publié en feuilleton sur téléphone portable, renouant ainsi de manière moderne avec une vieille pratique. Et ce premier volume, intitulé La fin du monde tombe un jeudi, est une véritable réussite, à la fois thriller bâti comme un compte à rebours et roman initiatique. Le monde bâti par Cauwelaert est intéressant à plus d'un titre, la SF permettant encore une fois une réflexion sur les dérives de notre société : scission riches/pauvres, caractère totalement aléatoire de la réussite (pas au mérite mais au jeu), jeu national (le man-ball) décérébré et violent, obligation de regarder les infos télévisées et manipulation politique, enseignement à dix vitesses (les bons profs aux élèves riches), censure, OGM à tous les repas, mise à l'écart de ceux qui ne rentrent pas dans le moule, etc. S'ajoute à cela une intrigue totalement SF très cohérente, avec menace imminente d'apocalypse qui tient le lecteur en haleine du début à la fin. Le personnage de Thomas est crédible et bien campé, en ado contraint de grandir bien vite, confronté à un monde d'adultes qui se manipulent à qui mieux mieux pour des intérêts qui le dépassent. Le style est vif et alerte, il y a pas mal d'humour, en bref, je recommande très chaudement. Et j'attends la suite!
Didier van Cauwelaert, Thomas Drimm, t.1, La fin du monde tombe un jeudi, Albin Michel, 393 pages, 2009.
Les billets de Celsmoon, Leiloona, Stephie, Yueyin, toutes conquises.
21.09.2009
A l'école
Nicolas est un élève comme les autres, ou presque. Il va à l'école, aime bien sa maîtresse mais pas travailler, a des copains, se moque du directeur et ne comprend pas toujours bien les réactions des adultes...
Le petit Nicolas a acquis depuis longtemps un statut de classique de la littérature jeunesse, chers happy few, ce qui lui assure une place indétrônable dans le coeur des Français (même ceux qui ne l'ont pas lu savent de quoi il s'agit) et dans les programmes de l'Education Nationale. Pour ma part, je n'avais pas lu ces histoires depuis des années et je m'y suis donc plongée avec un oeil quasi neuf, de conserve avec ma fille, pour qui c'était une découverte. J'ai trouvé cette expérience de lecture simultanée très révélatrice et elle m'a fait toucher du doigt plusieurs choses : si ces histoires sont inamovibles des programmes scolaires c'est que leur forme est extrêmement intéressante, entre la brièveté de chaque histoire, le rythme enlevé de la narration et le point de vue du petit Nicolas, qui décrit les attitudes des adultes sans les décrypter, ce qui fait naître l'humour. Mais ce sont là aussi toutes les limites de l'ouvrage (ce qui m'est apparu encore plus clairement en voyant ma fille reposer régulièrement l'ouvrage pour y intercaler d'autres lectures) : chaque histoire rappelle brièvement qui sont les personnages et le schéma narratif est toujours exactement le même (une situation qui pousse les enfants à la bêtise, puis la réaction des autres, souvent les adultes, et la manifestation de l'incompréhension de Nicolas). Le tout ne forme pas une véritable histoire mais plutôt des saynètes et les personnages n'évoluent jamais, ce qui nuit à l'identification. C'est amusant c'est vrai, mais très daté et finalement un peu vain.
Sempé/Goscinny, Le petit Nicolas, Folio junior, 176 pages, 1964, 2002 pour la présente édition
Ce livre de la chaîne est le choix d'Ys. Il est déjà passé chez Stephie, Hathaway, Doriane, Bladelor, Karine, Le Bookomaton et Lune de pluie.

14.09.2009
Les petites soeurs de Dracula
Amber et Luna sont deux adolescentes, elles sont soeurs. Elles se réveillent une nuit... dans un cercueil dans lequel elles semblent avoir été enterrées vivantes sauf qu'elles se rendent bien vite compte que quelque chose ne tourne pas rond (on s'en doutait, perspicaces lecteurs que nous sommes) : elles sont pâles, ont une soif inextinguible et des facultés physiques manifestement hors du commun, en bref, elles ont été transformées en vampires. Livrées à elles-mêmes dans un Londres qui leur apparaît bien différent de celui qu'elles ont toujours connu, elles sont recueillies par deux hommes, un certain Sherlock Holmes et son acolyte, le Dr Watson, qui les présentent rapidement au cercle des Invisibles. Les aventures commencent.
Je crois qu'il n'est plus la peine de présenter Fabrice Colin, chers happy few, prolifique et talentueux auteur qui écrit aussi bien pour la jeunesse que pour les adultes et dont j'ai déjà chroniqué quelques romans dans ce modeste salon. Les vampires de Londres est le premier volume de sa dernière série, intitulée Les étranges soeurs Wilcox, dans laquelle il se réapproprie avec intelligence les figures et les clichés de la littérature victorienne. Nous y croisons donc des vampires, constitués en clans (dont seuls deux apparaissent ici, les Drakul et les Nosferatu), chaque clan ayant un chef et étant régi par ses propres codes ; Holmes et Watson, que j'aime d'amour tous les deux, autant dire que j'étais ravie de les voir ici ; Jack l'Eventreur, qui met la police londonienne sur les dents et que les Invisibles, société secrète au-delà des lois et du gouvernement, tentent d'arrêter et Bram Stoker, le conteur fabuleux qui a fait de bien mauvais choix. Il y a des mystères (qui a vampirisé Amber et Luna ? où est leur père ? qu'est-il arrivé à Elizabeth Bathory ?), du brouillard, des créatures fantastiques, la reine Victoria, des cimetières la nuit, un chaton possédé, des crimes, du sang, bref de quoi passer un très bon moment en compagnie des soeurs Wilcox. En attendant la suite.
Fabrice Colin, Les étranges soeurs Wilcox, t.1 Les vampires de Londres, Gallimard jeunesse, septembre 2009, à partir de 12 ans (encore une fois, cette indication n'engage que moi)
Le billet de Cathulu, qui a aimé aussi.
Merci à Lily pour cette lecture.
Fabrice Colin a très gentiment accepté de répondre à quelques questions, merci à lui. Je vous livre ses réponses, chers happy few curieux.
Etes-vous un fan des aventures de Sherlock Holmes ou avez-vous choisi de faire revivre ce personnage pour d'autres raisons ?
De manière générale, je dois confesser une certaine affection pour les sociétés secrètes. Je présume - même s'il est toujours difficile de discerner a posteriori des influences dans son propre travail - qu'il me restait quelques souvenirs d'Alias ou de X-Files quand j'ai commencé à travailler sur les Sœurs Wilcox.
The Invisibles est aussi le nom d'une BD en plusieurs volumes scénarisée par Grant Morrison qui, sur des thèmes vaguement similaires mais avec un ton résolument différent, a bercé ma vie d'étudiant. Je ne connais pas Torchwood, mais je viens de regarder sur le net de quoi il retournait et je vais m'y mettre sans tarder - merci beaucoup d'avoir anéanti ce qui restait de ma vie sociale.
J'ai l'impression que l'Angleterre victorienne vous passionne : vous avez écrit A vos souhaits (que j'ai d'ailleurs adoré) et ces Soeurs Wilcox (et peut-être d'autres que je n'ai pas lus) : pourquoi cette période ? Quel est votre roman victorien favori ?
Je ne saurais dire ce qui est exactement en jeu ici. Une fascination esthétique ? Des fantasmes masculins de clubs enfumés, de canne-épées et de poètes décadents ? C'est peut-être, justement, parce que la place de la femme était réduite dans cette société mortifère à la portion congrue que j'ai choisi de mettre des jeunes filles en scène. Leur nature vampirique est, en quelque sorte, une forme de revanche : enfin, à leur tour, elles deviennent prédatrices.
Des histoires inventées, comme celle de Dracula, ou réelles, comme celle de Jack l'Eventreur, montrent en tout cas à quel genre d'explosions violentes et sensuelles le puritanisme exacerbé de l'époque pouvait donner naissance. Pour ma part, je suis un fan énamouré du Peter Pan de James Barrie et du Carmilla de Sheridan Le Fanu (nous on reparlerons sans doute) ainsi que de la plupart des romans de Wilkie Collins, Charles Dickens et Henry James.
Mais il n'y pas que l'Angleterre qui me fascine. Dès le tome 2, nous partons à New York...
05.09.2009
Devoir de mémoire
En ces temps de bonnes résolutions et de restrictions PALesques, j'ai pris, chers happy few, la seule décision possible, celle qui va bien évidemment m'aider à faire baisser la MTPAL qui encombre mes étagères, ma table de nuit, et surtout ma vue.
...
Je me suis incrite à la bibliothèque.
...
Mais j'ai des excuses. Enfin, une. Le rectorat m'ayant, dans sa grande bonté, envoyée cette année dans un collège, je suis obligée de me remettre un peu à jour en littérature jeunesse (oui, je sais que les inspecteurs, dans un sursaut aguileresque limite madonnesque ont brâmé à qui mieux mieux au mois de juin "to come back to basics" et nous ont suavement ordonné de redonner leur place aux classiques en collège, mais il faut bien quand même que je sois à la page, et que je puisse dialoguer avec ceux qui viendront forcément me parler littérature aux intercours) (comment ça je rêve ?). Et comme les bonnes résolutions PALesques sont aussi des résolutions de non-achat, je n'avais plus comme solution que la bibliothèque. CQFD.
Je suis donc repartie la semaine dernière avec un tas assez impressionnant de romans jeunesse (ben oui, le hasard, ce coquinou, aidé de ma fille qui n'avait plus rien à lire la pauvre (oui, je suis une mère indigne, je la prive de lecture) m'a fait passer dans ma bibli le dernier jour du prêt vacances : qui suis-je pour résister à l'offre d'un prêt de six semaines alors que pour me rendre dans le délicieux endroit où je diffuse la bonne parole et répands la kulture j'ai une heure de métro (donc deux par jour pour ceux qui suivent, bravo à eux) ? La chair de la LCA est faible, hélas, comme nous l'expérimentons tous les jours, chers happy few.
Bref.

11:41 Publié dans Jeunesse, Littérature française | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : fabrice colin, memory park, génocide et holocauste, camps d'extermination