28.04.2009
De l'amour
Dans le royaume barbare de Glome, dans l'Antiquité, la deuxième femme du Roi meurt en mettant au monde une fille d'une beauté sans pareille, qui est baptisée Istra, équivalent barbare de Psyché. L'enfant, élevée par sa soeur aînée, Orual, devient une jeune fille à la beauté surhumaine, admirée et révérée comme une divinité par le peuple de Glome. Mais, suite à une année de très mauvaises récoltes et d'épidémies, le prêtre d'Ungit (une version plus terrible, si c'est possible, d'Aphrodite) annonce au Roi qu'il doit la sacrifier pour le bonheur de tous et l'abandonner sur la Montagne à la merci de l'Ombre de la Bête.
Vous l'aurez compris, chers happy few, Un visage pour l'éternité est une réécriture par C. S Lewis (oui, celui-là même qui écrivit Narnia) du mythe de Psyché, allégorie de l'âme humaine, et que Bettelheim a rapproché du mythe de la Belle et la Bête. Tout l'intérêt de cette réécriture réside évidemment, non pas dans l'histoire car nous la connaissons tous (enfin, sauf ceux qui ont séché le club mythologie et qui s'en repentent à présent) (ne riez pas, chers happy few, car j'ai longtemps animé un club de ce genre, du temps que j'étais pleine d'enthousiasme et de fraîcheur), mais dans les modifications qu'il opère. Nous ne sommes pas en Grèce mais dans un royaume barbare et sans culture, où la religion est plus primitive, ce qui rend l'histoire plus violente et le personnage principal de cette histoire n'est pas Psyché mais sa soeur aînée, Orual, qui est aussi laide que Psyché est belle.
En déplaçant le point de vue, Lewis modifie le mythe : ce n'est pas par jalousie qu'Orual contraint sa soeur à regarder le dieu endormi, précipitant ainsi son errance et ses souffrances, mais parce qu'elle ne peut pas vivre sans elle. Orual aime Psyché d'un amour sans partage et dévorant, qui est sa seule façon de concevoir l'amour, persuadée qu'elle est que sa laideur lui ferme à jamais le coeur des autres. Sous la plume d'Orual, qui raconte l'histoire pour mettre en accusation les dieux qui, pense-t-elle, lui ont tout volé, l'histoire devient amère et tourmentée, pleine de passion et de récriminations. J'ai particulièrement apprécié la façon dont nous voyons le mythe se construire et toute la réflexion sur la vérité de l'histoire qui s'opposerait à la déformation par la religion, de même que la mise en scène du dévoilement du sens par l'écriture (parce qu'elle écrit son histoire au seuil de sa vie, Orual se rend compte qu'elle s'est aveuglée et qu'elle a donné à l'histoire le sens qui l'arrangeait). Il y a quand même quelques longueurs, notamment sur la fin, ce qui est sans doute dû au fait que le mythe et sa réinterprétation deviennent trop transparents et donc trop appuyés (j'y ai vu quand même un peu trop de christianisme à mon goût). Au final, c'est un roman assez âpre et sombre, que Lewis mit 35 ans à écrire, fasciné qu'il était par le mythe de Psyché.
C. S Lewis, Un visage pour l'éternité - Un mythe réinterprété (Till we have faces : A Myth retold), Le livre de Poche, traduit de l'anglais par M. et D. Le Péchoux, 319 pages, première parution en 1956, traduction française de 1995, réédition 2007. (Et la couverture est moche, non ? En plus, elle n'a strictement aucun rapport avec l'histoire, moi je dis qu'on devrait vérifier ce que les illustrateurs mettent dans leur café.)
A noter que le titre initialement choisi par Lewis était Bareface, que je trouve plus évocateur car il mettait le voile et son absence au centre de l'histoire, Orual décidant rapidement de ne jamais montrer son visage aux autres. De plus, elle pousse Psyché à la faute parce qu'elle est incapable de voir le palais du dieu, qui lui demeure voilé, ce qui ne figure pas dans l'histoire de départ où les soeurs voient parfaitement le palais et en conçoivent une grande jalousie.
La première version de cette histoire figure dans L'âne d'or ou les Métamorphoses d'Apulée. La Fontaine s'est lui aussi livré à une réécriture que je vous recommande, en forme de divertissement galant, dans Les amours de Psyché (disponible chez Le Livre de Poche).
23.03.2009
Atchoum!
Nous sommes à Newdon, un Londres victorien décalé, où les elfes, les nains, les gobelins, les gnomes, les zombies et les humains vivent en (relative) bonne harmonie, sous l'égide de la monstrueuse reine Astoria (400 livres au bas mot). Mais voilà qu'un soir, le Diable en personne, que les Trois Mères (la Magie, la Nature et la Mort) avaient enfermé sous le stade bien des milliers d'années auparavant, se libère et investit le corps de la Reine. Son but : neutraliser les Trois Mères et ouvrir les portes de l'Enfer. Mais quand on confie les basses tâches à un baron vampire qui a déjà fort à faire avec ses zombies qui militent pour le droit de vote, et que la bonne marche du plan diabolique dépend de John Moon, le pire entraîneur de Quartek (une espèce de Donjons et Dragons grandeur nature mit football américain) que Newdon ait jamais connu, d'Oriel Vaughan, le seul Elfe totalement dénué de pouvoirs magiques et de Gloïn McCough, un nain sans aucun talent mais avec une belle salopette verte... c'est plutôt mal barré.
J'aimais déjà beaucoup la plume de Fabrice Colin, chers happy few, et la lecture de A vos souhaits vient de le hisser d'un coup d'un seul dans mon panthéon personnel au même rang que Terry Pratchett (avec qui il partage un goût très sûr de l'humour totalement déjanté, limite non-sensique) et Glen Cook (son confrère en humour noir). A vos souhaits est un roman délirant, qui mélange les codes du roman de fantasy, de l'uchronie et du roman victorien avec beaucoup d'humour. Les personnages sont tous plus incompétents les uns que les autres et ils ont un don certain pour se retrouver dans des situations abracadabrantes, la palme revenant évidemment à John Moon, qui s'établit psy pour gagner sa vie (ce qui donne lieu à des scènes fort drôles avec sa mère), se retrouve avec un dragon qui parle dans lequel la Mort est prisonnière, veille sur la tête décapitée de sa gouvernante, rencontre des conjurés qui portent des masques des personnages de Beatrix Potter et apprend à ses dépens que la vie est une scène. Si l'histoire est assez classique, elle est habilement troussée, parcourue de références littéraires multiples que le lecteur se réjouit de déchiffrer et le style est très enlevé. Excellent.
Fabrice Colin, A vos souhaits, J'ai lu, 382 pages, 2004 (première parution, Bragelonne, 2000)
Les billets de Martlet, actusf
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11.03.2009
Wanna play a Game ?
Dans un village anglais à une époque indéterminée mais qui ne semble pas récente, Jack, McCabb et Morris, Jill, Owen, Rastov, le Comte, le Bon Docteur et leurs animaux domestiques (chien, chat, serpent, rat, chauve-souris...) se préparent fébrilement pour le Jeu du 31 octobre à coups d'emplettes macabres, de profanations de sépultures et d'incantations magiques. Mais la mort d'un puis de deux joueurs, fait entrer la police dans la ronde, sans compter l'arrivée de Larry, le... loup-garou.
Ne vous faites pas de mal, chers happy few sensibles et ne lisez pas ce billet, qui va en faire pleurer plus d'un : en effet, ce Songe d'une nuit d'octobre de Roger Zelazny (connu pour son cycle d'Ambre) est excellent mais épuisé et totalement introuvable ; je vais donc dans mon grand sadisme faire l'éloge d'un roman que vous ne pourrez pas lire, c'est affreux (Cruella is my middle name, au moins). Et comme je sais que vous vous demandez, happy few curieux (ne niez pas, vos vices sont les miens) comment j'ai eu l'idée de lire ce roman et comment je me le suis procuré, je répondrai en deux mots (ou quatre, soyons fous) : Challenge blog-o-trésors et Yueyin. J'ai pioché ce titre dans la liste du premier et la deuxième l'a très gentiment exhumé de son immense bibliothèque pour moi (bon, elle m'a demandé de retirer tout ce que j'avais bien pu dire sur un certain MMF, mais j'ai résisté car je suis comme ça, on ne m'achète pas, sauf avec du chocolat).
Bref. Le songe d'une nuit d'octobre est une oeuvre hybride, à mi-chemin entre le fantastique (pour les loups-garous, les vampires, les sorcières et les cimetières la nuit) et la fantasy (pour la magie noire, les portails entre les mondes et l'affrontement des puissances des ténèbres). Ce mélange est déjà intéressant en soi et la réutilisation de personnages célèbres (vous pouvez deviner certains noms en relisant attentivement la liste que j'ai donnée dans le résumé) rend le roman passionnant par la vision très personnelle qu'en donne Zelazny. De plus, la narration est prise en charge par Snuff, le chien de garde de Jack, doué de parole entre minuit et une heure et doté de pouvoirs surhumains, et l'histoire est donc racontée du point de vue des animaux de garde et de compagnie des êtres humains (ou pas d'ailleurs), ce qui est plutôt original, donne un ton particulier au récit et renforce le suspense, les informations étant distillées au fur et à mesure avec beaucoup de parcimonie (il ne faut d'ailleurs pas lire la quatrième de couverture qui donne notamment une information qui ne sera dévoilée qu'aux deux-tiers du roman). Les rebondissements s'enchaînent, les personnages sont bien campés (mention spéciale au Grand Détective et à Jack) et le lecteur s'amuse à déchiffrer les indices les concernant disséminés ça et là, on saluera le passage qui rend hommage à Lovecraft et le tout n'est pas exempt d'une certaine poésie mélancolique. J'ai adoré.
Roger Zelazny, Le songe d'une nuit d'octobre (A night in the lonesome october), J'ai lu SF fantasy, traduit de l'américain par Ange Desmarais, 253 pages, 1995
PS : merci encore Yueyin!
PSbis : il est apparemment épuisé aussi en anglais mais trouvable en occasion.
Lu dans le cadre du Challenge Blog-o-trésors (2/4)

14:52 Publié dans Challenge Blog'o trésors, Fantastique, Fantasy, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : zelazny, songe d'une nuit d'octobre, j'aime les chiens, je voudrais bien un cottage en angleterre, sans magie noire of course, c'est pas très reposant
11.12.2008
Meurtres au manoir
Garrett, détective privé, reprend du service en acceptant une enquête pour le compte de son ancien sergent, Lenoir. Il s'agit de trouver qui en veut à la vie du vieux général Stantnor : un ancien ennemi ? un bénéficiaire de son très large testament ? un fantôme ? Garrett se rend sur place, dans l'immense et lugubre demeure de la famille : entre la cuisinière troll, la fille de famille belle et froide et les anciens commandos, il n'est pas au bout de ses surprises...
Glen Cook, que je connaissais pour son excellente série de dark fantasy, La compagnie noire, (publiée chez L'Atalante et chez J'ai lu en poche) est aussi l'auteur de cette série qui mêle roman policier et fantasy et dont Chagrins de ferraille est le quatrième volume (et l'avant-dernier traduit). Je n'ai pas lu les trois précédents et j'ai commencé directement par celui-ci, sur les conseils du libraire du stand de L'Atalante au Salon du Livre Jeunesse, qui m'a promis un "Agatha Christie chez les trolls", ce en quoi il avait parfaitement raison. La structure de l'intrigue rappelle fortement Dix petits nègres : dans un lieu isolé (une grande demeure pleine d'escaliers et de courants d'air), entouré par de dangereux marais et à des lieues de toute autre habitation, une série de crimes est perpétrée au nez et à la barbe de notre détective, un peu largué dans cette histoire à tiroirs car c'est finalement trois énigmes en une qu'il aura à résoudre. Il croise un fantôme, une sorcière, un peintre de génie, des draugs (espèces de morts-vivants) dans un joyeux capharnaüm qui m'a beaucoup amusée. Les personnages secondaires sont hauts en couleur (mention spéciale à Morlet Dotes, le végétarien un peu voyou et moitié elfe noir qui file un coup de main à notre Garrett débordé et au géant nécromancien qui vient exorciser tout ça) et le personnage de Garrett, mélange de Marlowe pour les coups qu'il reçoit à longueur d'intrigue, de Spade pour l'espèce de nonchalance séduisante dont il ne se départit jamais et d'Indiana Jones pour l'effet qu'il fait aux femmes (aspect que l'illustrateur de la couverture a d'ailleurs privilégié) est très attachant. L'intrigue en elle-même est un peu légère pour l'amatrice de polar que je suis : j'avais deviné les tenants et les aboutissants bien avant le pauvre Garrett, mais en même temps, je n'ai pris aucun coup sur la tête pendant ma lecture, ça aide. Une série très sympathique, au style enlevé et souvent drôle (mais on n'en attendait pas moins de ce cher Glen)!
Glen Cook, Chagrins de ferraille (Old tin sorrows), L'Atalante, traduit de l'anglais par Jean-François Le Ruyet, 285 pages
L'avis de Morwenna
Une page consacrée aux 5 tomes de cette série sur Elbakin.net
11:44 Publié dans Fantasy, Littérature anglo-saxonne, Polars | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : glen cook, le peintre voit-il au-delà des apparences, j'aimerais en savoir plus sur l'homme-mort, les marais sont des endroits dangereux, être un fantôme c'est ennuyeux, la vengeance est un business surestimé
04.12.2008
Leave no path untaken
Par une nuit d'octobre, un assassin élimine froidement trois des membres d'une famille de quatre. Alors qu'il se rend dans la chambre du bébé sous les combles pour achever le travail, il se rend compte que le petit dernier, un garçon de 18 mois, a disparu. Il suit sa trace jusqu'au cimetière en haut de la colline, cimetière d'où il est chassé par une silhouette haute et sombre. Les esprits des défunts qui vivent paisiblement dans ce vieux cimetière où plus personne n'est enterré depuis un siècle décident de prendre en charge l'enfant. Mr et Mrs Owens se portent volontaires pour être les parents de celui qu'on baptise alors Nobody 'Bod' Owens. L'enfant grandit, apprend à connaître le monde qui l'entoure mais la menace de l'assassin plane toujours...
Vous ne rêvez pas, chers happy few attentifs, j'ai enfin réussi à me procurer le dernier roman de Neil Gaiman, vainement poursuivi lors de sa sortie américaine (n'allez pas chez Brentano's, ils ne connaissent même pas l'existence de Neil, j'ai failli en tourner de l'oeil de désespoir), et enfin acheté chez Smith (eux, vous pouvez y aller en confiance, ils ne m'ont jamais déçue et en plus maintenant ils vendent des turkish delight et du fudge, paradise on earth, really), dans la très belle édition anglaise : j'adore la couverture de Chris Riddell, qui signe aussi 8 illustrations intérieures de toute beauté.
The graveyard book est un roman formidable, chers happy few, un hommage au Livre de la Jungle de Kipling (que Gaiman remercie d'ailleurs en fin d'ouvrage) sombre comme une nuit sans lune au-dessus d'un cimetière. Enlevé bien malgré lui à son monde (même s'il s'est sauvé tout seul), Bod est élevé par les esprits bienveillants et démodés de ce cimetière gigantesque où certains mausolées sont classés monuments historiques. Solitaire et décalé, il y développe des talents peu naturels : il peut disparaître à volonté, manipuler les esprits des autres en provoquant en eux divers degrés de peur ou encore modifier à sa guise les rêves des humains. Il est sous la protection de Silas, son gardien, un vampire passé du côté du bien, et Gaiman réutilise comme à son habitude de manière très personnelle les éléments du folklore occidental : il est ici question de loups-garous (enfin, d'une variante), de fantômes, de sorcières et de goules. Les habitants du cimetière, toujours présentés avec leurs dates de naissance et de mort et leur épitaphe, jouent chacun un rôle dans l'éducation de Bod : il se fait des amis et a des professeurs en tous genres (dont certains, comme le médecin victorien, lui dispensent des savoirs un peu... discutables). Véritable roman d'apprentissage (Bod vit des aventures diverses, apprend l'amour et l'amitié et à se débrouiller tout seul), c'est surtout un roman sur la perte et le deuil car Bod est finalement condamné à voir partir ceux qui l'entourent : sa famille d'origine, certains mentors, l'amie qu'il s'est faite puis enfin les fantômes bienveillants de la colline. Bod grandit, quitte l'enfance et sort enfin du cimetière, riche de ce qu'il a vécu et de ce qui l'attend. C'est émouvant et drôle, profond et léger, beau, tout simplement.
Neil Gaiman, The graveyard book, Bloomsbury, illustré par Chris Riddell (à noter que la version américaine est illustrée par Dave McKean), 289 pages
Les billets de Karine, tout aussi conquise et de Mélanie (in english), enthousiasmée par sa découverte de Gaiman (quand je dis que c'est un auteur fantabuleux, chers happy few...)
PS : si on devait juger de la qualité d'un roman au nombre de stations de métro ratées (ce qui est, je trouve, un critère assez objectif), ce roman remporte la palme haut la main : j'ai raté 5 stations de métro à cause de lui. Non, vous ne rêvez pas, chers happy few, j'ai bien écrit 5 (du coup j'ai loupé mon changement, heureusement que pour une fois je n'étais pas pressée) : voilà qui ne m'était pas arrivé depuis longtemps.
06:30 Publié dans Fantasy, Jeunesse, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (54) | Envoyer cette note | Tags : gaiman forever, cimetière et mausolées, cryptes hantées, le lierre c'est victorien, beware what you wish for, j'vais relire kipling tiens, oh my un recueil de nouvelles de neil m'a échappé
03.12.2008
A bas la dictature
Dans un pays jamais nommé mais qui emprunte beaucoup à la fois à l'Angleterre et aux pays de l'est, à une époque indéterminée, deux jeunes filles, Hélène Dormann et Milena Bach, sont pensionnaires dans un internat extrêmement sévère, réservées aux enfants orphelins de ceux qui, 15 ans plus tôt, osèrent résister à la mise en place d'un état fasciste, la Phalange. Alors qu'elles se rendent chez la consoleuse d'Hélène, par une froide nuit de novembre, elles croisent deux jeunes garçons, Milos Ferenczy et Bartolomeo Casal, internes au pensionnat de garçons. Suite à cette rencontre, Milena s'enfuit du pensionnat. Les vies de ces quatre jeunes gens vont être bouleversées à jamais.
Le combat d'hiver est un roman qui emprunte à plusieurs genres, chers happy few, pour constituer une oeuvre assez unique en son genre. Il s'ouvre comme un roman de pensionnat dont les éléments traditionnels (absence de mixité, professeurs antipathiques et revêches, privations) sont habilement mêlés à des éléments uchroniques comme notamment les consoleuses, ces femmes chez qui, trois fois par an, les pensionnaires peuvent aller puiser trois heures de réconfort. Il s'oriente ensuite rapidement vers le roman d'apprentissage (avec ses codes : la découverte de l'amour, l'amitié, les épreuves, les souffrances physiques et psychologiques...) pour raconter finalement l'histoire d'une résistance contre le pouvoir en place. Tous ces aspects se mêlent avec bonheur, Mourlevat proposant un roman riche et intéressant qui soulève des points importants : comment résister à la dictature ? comment mener des hommes à leur perte en sachant que c'est pour le bien commun ? Les éléments de fantasy comme les hommes-chiens ou les hommes-chevaux, ou encore la réactualisation des combats de gladiateurs (qui donne d'ailleurs son titre à l'ouvrage), fort bien amenés, permettent au roman de devenir une fable dénuée d'ancrage contemporain et la rendent d'autant plus forte. Ce roman a donc de nombreuses qualités, qui rendent d'autant plus manifeste un aspect éclaté dans la narration (on suit les différents protagonistes) qui, au lieu d'entretenir le suspense, dilue un peu l'intérêt et surtout l'émotion. Je crois que ce Combat d'hiver aurait gagné à être raconté sans multiplier autant les points de vue, ce qui nuit parfois complètement au rythme du récit (notamment quand Milos et Hélène croient suivre les traces de Bart et Milena, qu'ils ont en réalité croisés, pour permettre un rebondissement de l'histoire amené de manière artificielle). Il y a aussi quelques facilités narratives, notamment l'apparition de certains personnages et je n'ai pas trouvé la fin (je n'en dirai pas plus pour ne pas spoiler) totalement convaincante. Cela reste quand même un bon roman, à faire lire aux ados pour enclencher une éventuelle réflexion sur le totalitarisme.
Jean-Claude Mourlevat, Le combat d'hiver, Gallimard Jeunesse, 331 pages
Les billets de Laurence (qui l'a trouvé plaisant mais pas révolutionnaire) et Laure (très enthousiaste)
Une chronique sur Ricochet
PS : du même auteur, je recommande vivement La rivière à l'envers (dès 9 ans) et L'enfant Océan (dès 11 ans).
PSbis : merci Flo pour le prêt!
06:30 Publié dans Fantasy, Jeunesse, Littérature française | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : jean-claude mourlevat, totalitarisme, gladiateurs, c'est beau une ville avec des ponts
01.12.2008
Au commencement
Lors de la semaine de folaïe qui vient de s'achever, chers happy few, j'ai consommé trois cartouches d'encre rouge, 125 litres de café et je me suis fait des cheveux blancs (une histoire de notes à saisir et de clé USB, croyez-moi, vous ne voulez pas en savoir davantage) mais en contrepartie, quasiment tous les Sexy Colis sont arrivés à bon port, occasionnant des fous rires aux quatre coins de l'hexagone (oui, je sais que c'est mathématiquement impossible, mais je dis ce que je veux, non mais) et j'ai retrouvé, de manière totalement inespérée, voire quasi-miraculeuse le chargeur de ma batterie d'APN. Vous pouvez m'ovationner, chers happy few, parce que je le vaux bien.
Entre deux copies et trois cafés, je n'ai pas lu grand chose, comme vous pouvez l'imaginer, mais je n'ai lu que du bon, à commencer par

Retour au pays de Robin Hobb.
Dame Valjine Rochecarre quitte Jamaillia, ses bals et sa vie opulente pour les Rivages Maudits, avec son mari et ses trois enfants. Ce qu'elle ne sait pas, c'est que le Gouverneur les a exilés car son mari a comploté contre le pouvoir en place. Ils sont censés, avec d'autres exilés, fonder une colonie dans le Désert des Pluies, des textes récemment traduits par des prêtres de Sâ ayant indiqué l'emplacement d'une ancienne cité dans cette partie désolée de la province...
Ceux qui sont familiers de l'oeuvre de Robin Hobb, chers happy few, auront déjà compris que ce Retour au pays est en réalité la prequel des Aventuriers de la Mer, excellente série, qui est intercalée entre les deux parties de L'Assassin Royal (certainement l'une de mes sagas de fantasy préférées). Cette prequel explique donc comment les Rivages Maudits ont été colonisés par ceux qui apparaissent dans Les Aventuriers de la Mer comme les riches marchands du Désert des Pluies. On retrouve donc dans ce court récit, raconté à la première personne par Dame Rochecarre, des éléments familiers qui placent le lecteur dans un environnement un peu connu : l'acidité du fleuve, l'étrangeté de la nature, les rêves qui rendent fous ceux qui ne sont pas de taille, la cité enfouie, les dragons, l'Art... Cependant, nul besoin d'avoir lu Les Aventuriers de la Mer pour suivre parfaitement le déroulement de l'intrigue, tant ce qui importe ici est le cheminement personnel de Dame Rochecarre qui, de femme frivole et soumise à la loi de son mari devient une femme indépendante aux ressources insoupçonnées et au talent d'adaptation précieux. Récit sur les débuts d'une colonisation difficile dans un pays étrange et dangereux, Retour au pays est aussi et surtout le parcours initiatique d'une femme hors du commun, qui réinvestit dans ce pays maudit son âme d'artiste pour sauver les siens (du moins, ceux qui sont consentants et qui ont compris que la cupidité ne sauverait personne) et qui, au bout du chemin, est devenue une autre : elle-même. Indispensable.
Robin Hobb, Retour au pays (Homecoming), Librio (traduit de l'américain par Véronique David-Maresco), 125 pages
L'avis d'Hydromielle par qui j'ai su que ce récit existait et celui de Lisa
06:30 Publié dans Fantasy, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : robin hobb i love you, dans les arbres on vit bien, rêves de dragon et d'art
01.09.2008
Par delà le reflet de la lune

Yoko est une lycéenne de 16 ans sans histoires : elle est soumise à ses parents, ne sort jamais, n'a pas de véritables amies. Cependant, elle fait des cauchemars terribles depuis un mois. Un jour, un jeune homme aux cheveux longs et blonds comme les blés et étrangement habillé fait irruption dans sa classe et lui dit qu'elle est celle qu'il cherchait depuis longtemps et qu'elle doit le suivre. Décontenancée, Yoko résiste mais elle est alors attaquée par des animaux terrifiants, ceux de son rêve. Elle suit alors le jeune homme, qui l'entraîne dans un autre monde, auquel on accède en passant de l'autre côté du reflet de la lune...
C'est Virginie, chers happy few, qui l'air de rien, a innocemment parlé ici même des Douze royaumes, série d'heroïc fantasy qui fait un carton au Japon depuis 1992, date de la parution du premier volume et je n'ai bien évidemment pas pu résister (étonnant, n'est-ce pas ?). (Et je précise tout de suite que malgré les couvertures, il s'agit bien de romans et non pas de manga.) La mer de l'ombre (en deux volumes) constitue donc le premier volet de cette série en 11 volumes (7 ont été traduits en français), qui se déroule dans un monde d'heroïc fantasy qui emprunte beaucoup à la mythologie chinoise. Le monde imaginé par Fuyumi Ono est riche et cohérent. Chacun des 12 royaumes est gouverné par un roi immortel, qui a été choisi par un kirin, mi-animal, mi-humain, incarnation de la compassion, qui aide le roi à gouverner et qui a à ses ordres des shirei, des chimères animales terrifiantes. C'est dans ce monde si différent du sien, qui ressemble par certains côtés à la Chine ancienne, que Yoko se retrouve violemment projetée et dans lequel elle va tenter de survivre : en effet, elle se retrouve très vite seule et séparée de Keiki, le jeune homme blond qui l'a enlevée à son monde, et elle ne doit compter pour survivre que sur l'épée que lui a confiée Keiki. Perpétuellement attaquée par des yôma (des démons à l'apparence animale), trahie par les humains qu'elle rencontre, Yoko ne peut compter que sur elle-même et la jeune fille effacée et peu sûre d'elle qu'elle était au Japon se transforme peu à peu.
Si le deuxième épisode (en français, ces deux volumes n'en faisant qu'un dans la version japonaise initiale) est excellent, plein de rebondissements et de révélations, le premier souffre d'une construction statique : Yoko se contente de se battre contre les yôma et de se lamenter sur son sort sans avancer, ni physiquement (elle tourne en rond dans le royaume de Kô) ni psychologiquement (elle se plaint toujours autant) et il faut attendre la rencontre avec Rashukun au tout début du deuxième volume pour que l'action s'enclenche enfin véritablement. Le personnage de Yoko est me semble-t-il, assez représentatif d'un certain type de jeune japonaise : elle est terriblement soumise à ses parents, de la même manière que sa mère est complètement soumise à son mari, elle a du mal à se prendre en main et à agir, elle se contente de réagir, parfois à contretemps. Tout ça, joint à ses lamentations (du type "je suis nulle, je ne sers à rien, je n'ai aucun intérêt"), la rend finalement peu sympathique. Ce qui est dommage, c'est qu'alors que le tome 2 est réussi et diablement enlevé (malgré une fin trop rapide à mon goût), le volume suivant raconte apparemment l'histoire d'un autre personnage et plus de Yoko, dont j'aurais bien aimé suivre les aventures un peu plus longtemps.
Un roman intéressant donc même si le premier volume n'est pas vraiment réussi et qui me donne envie de lire quand même les deux volumes suivants, chers happy few!
Fuyumi Ono, Les 12 royaumes - La mer de l'Ombre (Juunikokuki - Tsuki no kage, kage no umi), Milan, 2 volumes (excellement traduit du japonais par Fumihiko Suzuki et Patrick Honnoré), illustré (très joliment) par Akihiro Yamada), 310 et 308 pages
Précisons que l'édition est très jolie et d'un format peu habituel (plus petit qu'un poche).
Sont disponibles aussi chez Milan Le rivage du labyrinthe (2 volumes), La majesté des mers (1 volume), Le Vent de l'infini (2 volumes)
Le billet de Virginie (Chrestomanci)
PS : à noter que cette série a été adaptée en version animée (39 épisodes et 6 OAV, disponibles en 4 coffrets DVD édités par Kaze).
06:30 Publié dans Fantasy, Jeunesse, Littérature japonaise | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note
04.08.2008
La Ronce de Camorr
A Camorr, étrange cité en partie lacustre, construite sur une baie infestée de requins, sévissent de nombreuses bandes de voleurs de tous genres. Parmi elles, celle des Salauds Gentilshommes, dirigée par Locke Lamora, dont la petite taille est compensée par un cerveau extraordinaire et un sens de la duplicité inné. Leur fonds de commerce : voler aux plus riches pour ne surtout rien donner aux pauvres. Alors que Locke et sa bande déroulent le stratagème mis au point durant de longs mois et qui va leur permettre de mettre la main sur la moitié de la fortune du crédule Don Salvara, un homme étrange fait son apparition en ville, suivi d'un cortège de cadavres : le mystérieux Roi Gris semble bien décider à avoir aussi la peau de Locke...
Attention, chers happy few, nous voici en présence d'un petit chef-d'oeuvre! Vous savez que ce n'est pas un terme que j'emploie à la légère mais il me semble ici totalement de mise pour refléter l'enthousiasme qui est le mien. Je sors de trois jours de pur bonheur (ben oui, ce roman contient 550 pages grand format et fort bien remplies comme dirait Stéphanie, ce qui est l'apanage des éditions Bragelonne, il faut bien reconnaître que chez eux le rapport entre le nombre de pages et le prix est toujours en faveur du lecteur) et je me suis proprement délectée à la lecture des aventures de ces Salauds Gentilshommes, pour un peu j'en aurais oublié le boire et le manger (heureusement que du saucisson de canard m'a ramenée à la raison, mais limite).
C'est apparemment un roman qui a obtenu une presse incroyable chez nos amis anglo-saxons et qui a reçu les éloges des plus grands (c'est George R. R. Martin qui se fend des fameux "praises" en quatrième de couverture, excusez du peu) et je ne peux que joindre ma voix au concert de louanges. Le premier point fort de ce roman est sans conteste le monde que Scott Lynch (qui n'a que 30 ans, oh my) a créé de toutes pièces : il est profondément original, sans rien de déjà-vu, ce qui est ma foi plutôt rare dans le domaine de la fantasy. Ce monde, complexe et cohérent, se dévoile peu à peu sous les yeux du lecteur et j'en ai aimé toutes les trouvailles, qu'elles soient religieuses (13 religions fort bien campées, avec leurs adeptes et leurs rites), géographiques (l'omniprésence de l'eau sous toutes ses formes), sociologiques (la hiérarchie, le pouvoir, le Marché Changeant, la circulation des biens, l'architecture), historiques (l'ancien peuple subitement disparu, les différents groupes d'humains, les guerres) ou magiques (le mélange d'alchimie et de magie est extrêmement réussi). Le tout est distillé à bon escient, sans lourdeur et sans longueur, ce qui est une gageure quand on voit la taille du monde ainsi créé. Le deuxième point fort du roman ce sont les personnages : la bande des Salauds Gentilshommes est composée d'individus très attachants, enfants des rues adoptés par le père Chains qui leur enseigne la maraude de haut vol, devenus des adultes complémentaires pour qui le vol est l'occasion d'élaborer des stratégies d'une complexité et d'une efficacité redoutables, champions à la fois de la préparation et de l'improvisation et qui s'aiment comme des frères. Autour d'eux gravitent quantité de personnages fascinants ou répugnants comme le capa Barsavi, les soeurs Bérangia, le Roi Gris, l'Unité Minuit, l'Araignée du Duc et j'en passe. Troisième point fort : l'histoire, qui prend le luxe de se mettre en place tranquillement et de se déployer habilement, laissant le lecteur supputer, prendre un temps d'avance pour se rendre compte qu'il a lui aussi été manipulé comme les autres et être contraint de regarder les événements d'un autre oeil. C'est brillant et carrément page turner, vous pouvez me croire! Enfin, je dois dire que j'ai beaucoup aimé la construction du roman (un chapitre dans le présent, un "interlude" qui éclaire le passé de nos Salauds Gentilshommes ou celui de la ville, et les informations distillées ainsi ne sont jamais gratuites) et j'ai adoré le style : les descriptions sont précises, les dialogues fort bien troussés et il y a beaucoup d'humour! Franchement, que demander de plus ?
Excellentissime, chers happy few! Vite, le tome 2!
Scott Lynch, Les mensonges de Locke Lamora, Les Salauds Gentilshommes, tome 1 (The lies of Locke Lamora), Bragelonne (excellemment traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Karim Chergui)
PS : le tome 2 est sorti et louons Bragelonne qui l'a traduit très rapidement! Il s'intitule Des Horizons rouge sang.
PSbis : on apprend sur le site de l'auteur qu'il y aura 7 volumes au total. Le troisième est annoncé pour "bientôt"...
PSter : Hollywood a acheté les droits, une adaptation serait en préparation.
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24.06.2008
Serviteurs de la Lumière
Aujourd'hui, chers happy few, je vous propose pour commencer ce billet de remonter le temps, pas moins. Comme vous vous en souvenez certainement, lors de la rencontre de mai du célèbre Club des Théières, au thème évocateur des Créatures de la Nuit (je reconnais que c'est moins tordu que les Figures Géométriques (je ne sais pas pourquoi je mets des majuscules partout, une pulsion sans doute), mais franchement ce dernier thème a permis aux participantes de se surpasser dans la triche la plus éhontée, ce qui n'est pas si mal en définitive, surtout pour nos zygomatiques), donc, disais-je, avant d'être intempestivement interrompue par l'ouverture d'une parenthèse, j'avais lu L'apprenti-épouvanteur de Joseph Delaney. Et comme j'ai de la suite dans les idées, j'ai lu les deux volumes suivants.


Comme je vous aime bien, je vais vous en faire une critique groupée, paf, comme ça (encore une pulsion sans doute, y a pas à dire, j'ai besoin de vacances) (ah, il paraît que c'est pour ce soir) (chouette alors) (vous avez le droit de me haïr, je comprends parfaitement, chers happy few).
Bref. Le jeune Tom Ward, apprenti-épouvanteur qui s'est dépêtré tant bien que mal des griffes de la terrible Mère Maulkin (c'était le tome 1), se retrouve dans le tome 2 confronté à un bien plus redoutable adversaire : le Fléau, ancien dieu enfermé dans un labyrinthe sous la cathédrale de Priestown. L'Epouvanteur n'a jamais réussi à le vaincre mais il doit à présent achever le travail, la maléfique créature étant sur le point de se libérer en étendant son emprise psychique sur toute les habitants de la ville. Mais dans cette ville aux innombrables églises où on ne peut faire un pas sans croiser un membre du clergé, Gregory et son apprenti sont fort mal vus, car ils empiètent sur les plate-bandes des exorcistes qui pensent venir à bout des gobelins et des sorcières à coup de Pater Noster doctement assenés. Et comble de malchance, l'Inquisiteur, sociopathe cruel qui se réjouit de faire dresser des bûchers à tous les coins de la ville, est bien décidé à avoir la tête de nos deux Epouvanteurs... Cet excellent deuxième volume est une réflexion sur les rapports que la religion entretient avec le reste du monde et une réécriture fantastique des chasses aux sorcières que le monde a connues de tous temps. On en apprend un peu sur le passé de John Gregory, qui a aimé deux femmes, et son frère Andrew le serrurier de génie devient un personnage important. Tom prend de l'assurance et se montre capable de prendre des initiatives et des risques, justifiant par là la confiance que sa mère a toujours placé en lui. Ses relations avec Alice, la jeune sorcière qui a bien du mal à se débarrasser de son penchant vers l'obscur, s'étoffent et la jeune fille se révèle complexe et attachante (ce dont on se doutait dès le tome 1).
Le tome 3 s'ouvre au début de l'hiver par la migration de Tom, Alice et l'Epouvanteur vers les quartiers d'hiver de ce dernier, à Anglezarke, village sinistre perdu au pied d'une impressionnante falaise. Cette fois-ci nos héros sont confrontés à Morgan, ancien apprenti de Gregory, passé du côté obscur de la force et qui n'a qu'un but : libérer Golgoth, terrible Seigneur de l'Hiver de sa prison. Le pauvre Tom n'est pas au bout de ses peines... Ce volume est placé sous le signe du passé de l'Epouvanteur, Morgan en représentant une partie, Meg, la sorcière lamia, une autre. C'est un volume sous le signe du renoncement pour Gregory et pour Tom, le premier renonçant à l'illusion de l'amour, le deuxième perdant père et mère et renonçant ainsi définitivement à son enfance. On y découvre qui est réellement la mère de Tom et on y a la confirmation que l'Epouvanteur, même s'il est sur le déclin, a plus d'un tour dans son sac. Comme dans les tomes précédents, on ne peut que louer la rigueur de la construction narrative et de l'évolution des personnages, l'atmosphère très particulière, où la solitude, le jeûne et le silence tiennent une grande place, ainsi que la vision somme toute originale du métier d'Epouvanteur : pas de magie (ou très peu), pas de poudre aux yeux, pas de grands remerciements de la part de ceux qui sont sauvés mais de l'étude, de la persévérance, du courage et une bonne dose d'humilité.
Une série décidément de grande qualité, chers happy few, que je ne peux que continuer à recommander chaudement! Le combat contre l'obscur ne fait que commencer!
Joseph Delaney, La malédiction de l'Epouvanteur (The spook's curse) et Le secret de l'Epouvanteur (The spook's secret), Bayard Jeunesse (traduit de l'anglais par Marie-Hélène Delval)
Les billets de Yueyin sur Le secret de l'Epouvanteur et de Virginie sur les trois premiers volumes.
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